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Situation à Chanteloup-les-Vignes

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 1006G de Mme Marta de Cidrac (Yvelines - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 07/11/2019

Mme Marta de Cidrac. Monsieur le Premier ministre, connaissez-vous Chanteloup-les-Vignes ? C'est une ville de 10 000 habitants, à l'ouest de Paris, dans les Yvelines, meurtrie après les affrontements de samedi dernier entre criminels et policiers ayant entraîné l'incendie d'un équipement collectif.

Chanteloup est une ville française comme Mantes, Béziers ou Brest, qui pansent leurs plaies et se battent au quotidien pour reconquérir, mètre carré par mètre carré, chaque morceau de leur territoire républicain que des criminels souhaitent voir disloqué.

Lorsqu'on brûle nos villes, qu'on attaque nos policiers ou qu'on menace nos élus, c'est la République qu'on brûle, qu'on attaque et qu'on menace, monsieur le Premier ministre. Or, pour bien combattre ce mal, il faut bien le nommer et bien le comprendre. Relativiser ce qui s'est passé en qualifiant les agresseurs « d'imbéciles » fut une erreur.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que ces agresseurs, très organisés, défendent l'extraterritorialité de leur espace. Ils rejettent les lois de la République, ils refusent toute autorité venue de l'État, ils interdisent à la République de s'occuper de leurs affaires. Ils font scission, monsieur le Premier ministre.

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Sécession, plutôt !

Mme Marta de Cidrac. C'est cela que vous devez nommer et combattre avec la plus grande fermeté.

Monsieur le Premier ministre, comment envisagez-vous de rétablir l'autorité de l'État que vous devez à nos concitoyens, dans les Yvelines ou ailleurs en France ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe UC.)



Réponse du Premier ministre

publiée dans le JO Sénat du 07/11/2019 - page 14876

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Madame la sénatrice, la première partie de votre question m'est adressée personnellement. Il s'agit de savoir si je connais Chanteloup-les-Vignes. La réponse est oui : j'ai la chance de connaître cette commune des Yvelines, ainsi que sa maire. Je m'y suis rendu en tant que Premier ministre. J'ai visité un certain nombre de quartiers, ainsi que le commissariat. J'ai pu rencontrer ceux qui, pour le compte des services de l'État et en tant qu'élus locaux, gèrent cette commune et essaient d'apporter les réponses les plus adaptées à une situation dont nous savons qu'elle est difficile.

Vous évoquez ensuite les événements survenus samedi dernier, en début de soirée, à savoir l'attaque, le guet-apens, contre les forces de police et l'incendie criminel de l'un des équipements culturels de Chanteloup-les-Vignes.

Vous dites aussi que, pour bien traiter les questions, il faut savoir les nommer. Ce faisant, vous faites référence à mes propos qualifiant les agresseurs de « petite bande d'imbéciles ».

Comme vous, je suis attaché à la parole publique et aux positions que prennent les élus locaux. Je me permets donc de vous faire remarquer, madame la sénatrice, que le président du conseil départemental des Yvelines, que vous connaissez et que vous respectez, comme moi, a employé le terme « crétins ». Je ne sais pas s'il est plus léger, plus infamant, plus responsable, plus dur que « petite bande d'imbéciles ». Je ne sais pas non plus si les termes « racaille » ou « sauvageons » qui ont été utilisés sont plus pertinents. (Murmures sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. François Bonhomme. « Galopins » !

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Je crois, mesdames, messieurs les sénateurs, que nous pourrions nous entendre sur le fait que ce qui compte, au-delà du champ lexical, c'est la réalité des faits et des réponses.

Pour ce qui est de ces dernières, madame la sénatrice, nous souhaitons tout mettre en œuvre pour que l'ordre soit rétabli. Pour ce faire, nous essayons d'attaquer le problème de toutes les façons possible.

Lorsque nous doublons le budget de l'ANRU, nous ne le faisons pas pour le plaisir de doubler un budget. Nous le faisons parce que, à l'écoute des élus locaux, nous savons que les opérations de rénovation urbaine sont des éléments puissants de réponse à ce problème. Je le sais, parce que j'écoute Mme la maire de Chanteloup-les-Vignes, parce que j'écoute, le cas échéant, le président du conseil départemental des Yvelines et parce que, madame la sénatrice, j'ai été maire du Havre et que je sais ce qu'est l'ANRU, ce que sont les opérations de rénovation urbaine et ce que sont les violences urbaines. Je le sais d'expérience. Je ne parle pas de façon théorique. Je sais que les opérations de rénovation urbaine permettent d'apporter non pas toutes, mais une partie des réponses que ces quartiers exigent.

C'est exactement la même logique lorsque, avec l'ensemble du Gouvernement, nous essayons d'augmenter les effectifs de la police nationale : 10 000 effectifs supplémentaires dans la police nationale sur l'ensemble du quinquennat. Pourquoi ? Non pas pour le plaisir d'augmenter les effectifs, mais parce que, malheureusement, ils font défaut. Or nous savons qu'il faut renforcer la présence des forces de l'ordre pour être en mesure d'apporter une réponse crédible. C'est ce que le ministre de l'intérieur et le secrétaire d'État placé auprès de lui essaient de faire.

M. François Grosdidier. Et l'équipement ? Et la réponse pénale ?

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Lorsque nous dédoublons les classes de CP, lorsque nous essayons de faire en sorte que l'éducation fonctionne mieux, y compris et surtout dans les zones dites sensibles, c'est exactement la même logique. Nous essayons d'aborder cette question par tous les bouts, si vous me permettez cette expression.

Nous sommes parfaitement conscients de la difficulté. Nous en avons discuté avec Mme la maire de Chanteloup-les-Vignes. Elle a d'ailleurs souligné – et je sais que vous y serez sensible, puisque vous êtes attachée, comme moi, à ce que disent les élus locaux – que nous venions perturber des trafics de stupéfiants à Chanteloup, comme dans d'autres villes. Lorsque l'on perturbe ces trafics, lorsque l'on vient briser des habitudes néfastes et criminelles, cela crée forcément des turbulences que nous devons affronter. Elles ne doivent pas nous horrifier, elles sont la conséquence d'une action résolue que nous allons poursuivre. La lutte contre le trafic de stupéfiants, la préparation du futur dans ces quartiers, dans ces villes, sont les objectifs du Gouvernement, et je suis sûr que vous les partagez. (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM et Les Indépendants, ainsi que sur des travées des groupes RDSE et UC.)

M. le président. La parole est à Mme Marta de Cidrac, pour la réplique.

Mme Marta de Cidrac. Que nous partagions les objectifs, j'en suis tout à fait d'accord, monsieur le Premier ministre. Reste que vous me parlez de sémantique quand je vous parle d'autorité de l'État. Vous ne m'avez donc pas répondu.

Nous partageons le même constat, monsieur le Premier ministre. J'étais hier aussi à Chanteloup-les-Vignes, avec vos ministres. L'autorité de l'État est aujourd'hui absente de ces quartiers et c'est son rétablissement que nous vous demandons. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe UC.)