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Décès des treize militaires au Mali

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 1051G de M. Alain Richard (Val-d'Oise - LaREM)

publiée dans le JO Sénat du 28/11/2019

M. Alain Richard. Monsieur le Premier ministre, nos forces armées viennent de subir la perte tragique de treize militaires d'élite, en action de combat, au Mali.

Nous nous inclinons devant leur sacrifice et nous rendons hommage à leur courage, celui de tous les hommes et femmes engagés sous les armes.

L'opération dans laquelle nos soldats sont engagés a été autorisée par le Parlement, conformément à la Constitution, et nos commissions en sont tenues informées. Elle est légitime, a été décidée en plein accord avec les autorités du pays, et elle apporte un appui décisif à la force des Nations unies chargée d'œuvrer à la stabilisation du Mali.

Nous déplorons intensément la perte dramatique de ces hommes de valeur, mais, aujourd'hui, nous devons aussi voir le sens authentique de leur action, celui de l'action internationale de la France.

Monsieur le Premier ministre, il est important que vous redisiez, aujourd'hui, devant le Sénat, les actions déjà menées par nos forces contre nos ennemis, dans le Sahel, le concours que nous apportent les nations partenaires et la coopération développée avec le Mali et ses voisins, pour construire la paix dans cette région, qui importe tant à notre sécurité. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM, ainsi que sur des travées des groupes RDSE, UC, Les Républicains et SOCR.)



Réponse du Premier ministre

publiée dans le JO Sénat du 28/11/2019 - page 16809

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, avant de répondre à la question que vous posez, monsieur le sénateur, je souhaite, vous vous en doutez bien, m'associer au message de respect et de tristesse que vous venez de formuler, à l'intention de nos compatriotes qui servent sous les drapeaux, de leurs familles, de leurs compagnons d'armes, et à l'intention de tous ceux qui mesurent, parce qu'ils les connaissent et qu'ils en sont proches, le sacrifice que nos soldats sont susceptibles de faire, et l'engagement – l'engagement de toute une vie – qu'ils prennent en servant les armées françaises.

Je le dis, monsieur le sénateur, à quelqu'un qui le sait mieux que d'autres, compte tenu des fonctions que vous avez exercées : nous pouvons être fiers de nos forces armées. Je le dis au Sénat, avec un profond respect et une immense admiration, alors que nous savons tous que les treize morts que nous devons déplorer dans cette opération de combat au Mali touchent particulièrement cette maison, cet hémicycle, en la personne de votre collègue, de notre ami, Jean-Marie Bockel.

La France se bat au Mali. Plus exactement – j'ai souvent l'occasion de le souligner –, dire : « la France se bat au Mali », c'est dire, en vérité : « des hommes et des femmes se battent au Mali pour la France, pour y défendre sa sécurité, pour garantir la stabilité d'États amis, alliés et partenaires ».

Elle se bat au Mali depuis que le précédent Président de la République a considéré qu'il était de l'intérêt de la France d'aller stopper cette avancée vers Bamako, qui menaçait de déstabiliser une région et de permettre la constitution d'une zone de non-droit, dans laquelle, nous le savons, des groupes armés terroristes se seraient organisés afin de pouvoir, ensuite, déstabiliser, non seulement la région, mais encore notre pays, y compris par des actions terroristes.

Des hommes et des femmes se battent donc au Mali, dans le cadre, d'abord, de l'opération Serval, puis de l'opération Barkhane.

Le sens de cet engagement est rappelé régulièrement, mais je veux indiquer deux choses très brièvement.

D'abord, la France n'est pas seule. Elle est la première puissance présente – par la force, par la capacité numérique de son engagement, par la compétence des forces armées qu'elle déploie sur ce territoire –, mais elle n'est pas seule. Bien d'autres nations participent à ces opérations, soit dans le cadre de la Minusma, soit dans le cadre des opérations organisées avec les États de la région, qui sont actifs dans ce processus, soit, encore, dans le cadre de l'opération dite « EUTM », qui réunit des États de l'Union européenne.

Ces derniers participent-ils assez ? C'est une question délicate et nous avons, à l'évidence, un travail de conviction à mener avec nos partenaires européens – et, au-delà, avec nos alliés – sur l'intérêt commun que nous avons à faire prévaloir des zones de paix et de développement dans la bande du Sahel, sous peine d'avoir à subir chez nous, en Europe, et partout dans le monde, la déstabilisation que j'évoquais précédemment.

Nous devons – c'est l'objectif fixé aux forces armées françaises qui participent aux opérations –, déstabiliser les groupes armés terroristes. Nous devons déstabiliser leurs caches d'armes, leurs routes d'approvisionnement. Nous devons réduire leurs points forts. Nous devons accompagner les armées des États concernés, notamment ceux du G5 Sahel, dans leur montée en puissance, indispensable pour garantir la paix.

Nous devons aussi – nous le savons parfaitement, et ce n'est pas facile – faire en sorte que le combat ne soit pas simplement militaire, car, si le combat militaire est nécessaire, il n'est pas suffisant pour régler des questions qui se posent, parfois depuis très longtemps, dans cette région. Il y a donc tout un travail de stabilisation politique, qui revient souvent aux États concernés, et de développement économique et de perspective pour l'ensemble des populations.

Ce que je veux dire, monsieur le sénateur, en vous répondant ainsi, c'est que le combat que nous livrons est un combat militaire dur et risqué. Tous ceux qui servent dans les armées françaises connaissent le risque auquel ils s'exposent. Parfois, dans la vie civile – je ne parle pas de la Haute Assemblée, bien entendu –, on oublie les risques auxquels s'exposent nos soldats, on ne les voit pas très bien, on ne les mesure pas complètement.

Tous ceux qui s'engagent sous les drapeaux les connaissent ; cela ne rend pas le risque moins intense ni le chagrin moins fort, mais c'est un risque qui est connu et que prennent consciemment les jeunes gens qui sont au service de la France. Nous devons en être fiers et les célébrer ; nous devons accompagner ceux qui restent – les conjoints, les enfants, les parents –, les accompagner de la chaleur de notre fraternité ; et nous devons savoir que ce qui se joue là-bas est important pour nous ici, et que ce combat sera long et difficile.

L'honneur d'une démocratie, c'est de faire en sorte que le pouvoir politique choisisse d'engager des troupes sur un théâtre d'opérations étranger lorsqu'il considère que c'est nécessaire ; c'est une lourde responsabilité et elle a été lourde pour tous ceux qui ont exercé ces choix.

L'honneur d'une démocratie, c'est aussi de dire la fierté que représentent, pour nous tous, ces hommes et ces femmes. J'ai bien conscience, monsieur le président, qu'en disant ces mots je suis un peu maladroit, mais je veux vous dire, mesdames, messieurs les sénateurs, que je suis, que nous sommes tous, infiniment admiratifs de ce qu'ils font sur place. (Applaudissements prolongés.)