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Relations entre la France et Taïwan

15e législature

Question écrite n° 13996 de Mme Joëlle Garriaud-Maylam (Français établis hors de France - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 23/01/2020 - page 366

Mme Joëlle Garriaud-Maylam interroge M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur l'état et les perspectives d'avenir des relations bilatérales entre la France et Taïwan.

Elle rappelle que ce pays francophile de 23 millions d'habitants constitue un important client pour la France : quarante Airbus lui ont été vendus ces dernières années et les marges de progression potentielle pour notre commerce extérieur sont très importantes. Elle ajoute que, parmi les pays d'Asie, Taïwan est certainement l'un des plus proches de notre République en termes de valeurs, d'attachement à la démocratie et de respect des droits de l'homme et des libertés. Il est d'ailleurs le tout premier d'Asie en matière d'égalité hommes-femmes.

Elle s'interroge sur le bien-fondé de l'isolement imposé à ce pays depuis la résolution 2758 de 1971. Malgré le veto de Pékin à toute demande d'adhésion, Taïwan applique à la lettre les recommandations de l'organisation des Nations unies (ONU), et a un comportement et un bilan exemplaires, notamment en matière de protection de l'environnement, d'énergies vertes, de soins médicaux, d'éducation et de lutte contre la pauvreté. Le taux d'alphabétisation de l'île atteint 98,7 % de la population, un pourcentage qui n'a rien à envier à celui des pays de l'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et les avancées de Taïwan en termes de développement scientifique et technologique sont considérables. Son PIB par habitant à parité du pouvoir d'achat serait même plus important que celui de la France ou du Japon.

Priver Taïwan d'accès au cadre onusien est une faute politique, diplomatique et stratégique majeure, potentiellement très dommageable y compris pour la République de Chine populaire. À l'heure de l'apparition en Chine de virus rappelant le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) de 2003, une participation de Taïwan à l'organisation mondiale de la santé (OMS) - ne serait-ce qu'avec un simple statut d'observateur - pourrait par exemple s'avérer très utile pour aider à juguler les risques d'épidémie.

Les élections présidentielles et législatives taïwanaises du 11 janvier 2020 ont prouvé, avec une participation à 75 % et la victoire éclatante de la présidente sortante, combien les Taïwanais étaient attachés à leur démocratie et à leurs libertés.

Dans ce contexte, la France s'honorerait à soutenir les efforts de la démocratie taïwanaise et les aspirations de son peuple à une reconnaissance internationale.

Elle souhaiterait donc savoir de quelle manière le Gouvernement envisage de développer nos relations bilatérales, de contribuer à préserver la stabilité dans la région et d'aider Taïwan dans ses aspirations légitimes à occuper la place qui lui revient sur la scène internationale.

Transmise au Ministère de l'Europe et des affaires étrangères



Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 06/08/2020 - page 3492

La position de la France s'agissant de la participation de Taïwan aux organisations internationales est constante et connue : sans déroger à la politique d'une seule Chine, la France est favorable à une telle participation lorsque le statut des organisations le permet et que cette participation répond aux intérêts de la communauté internationale. En ce qui concerne la participation de Taïwan aux travaux de l'Organisation mondiale de la santé, la France est favorable à l'arrangement agréé par la Chine en 2009 permettant la participation de l'île du fait des enjeux sanitaires mondiaux. La formule trouvée depuis 2009 permettant une participation de Taïwan à l'Assemblée mondiale de la santé (AMS) en tant qu'observateur a contribué à une bonne circulation de l'information en matière médicale entre les différentes aires géographiques, tirant notamment les leçons de la crise du SRAS en Asie au début des années 2000. Il est important pour le bon fonctionnement du système mondial de santé de maintenir des échanges techniques et scientifiques avec Taiwan en matière de veille sanitaire et pour la préparation et la riposte aux crises sanitaires comme l'épidémie du Covid-19. La France continuera à plaider pour que Taïwan soit associée aux travaux de l'Organisation mondiale de la santé afin d'éviter de créer un vide sanitaire. Sur le plan bilatéral, la France entretient de nombreuses coopérations avec Taïwan, dans le domaine économique, industriel, scientifique, de l'innovation et de la tech mais également en matière culturelle et éducative. Elle partage avec l'île notamment des valeurs démocratiques, comme en a témoigné par exemple le déplacement à Taïwan de l'Ambassadeur pour les droits de l'Homme en janvier de l'année dernière. En matière culturelle, la France et Taïwan souhaitent poursuivre et approfondir leurs coopérations déjà denses. Taïwan fait partie des 37 territoires identifiés en 2019 par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères comme prioritaires pour l'export des industries culturelles et créatives (ICC) françaises. Notre coopération avec Taïwan est très dynamique également dans les domaines du spectacle vivant, des arts visuels, du livre et du débat d'idées.  La coopération éducative et universitaire que nous entretenons avec Taïwan est également dense, le système universitaire taïwanais étant de grande qualité, avec 26 établissements figurant sur la liste des meilleures universités mondiales (classement Times Higher Education 2017). Ainsi, le nombre d'étudiants français à Taïwan a triplé en 10 ans, faisant du contingent français le plus important des pays européens.