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Situation des réfugiés palestiniens et syriens en Guyane

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 1193G de M. Antoine Karam (Guyane - LaREM)

publiée dans le JO Sénat du 27/02/2020

M. Antoine Karam. Monsieur le ministre de l'intérieur, depuis plus d'un mois, près de soixante-dix personnes venues de Syrie ou de Palestine se sont installées, dans le dénuement le plus total, sur la place Auguste-Horth à Cayenne.

En cours de procédure, les familles syriennes qui bénéficieront, selon toute vraisemblance, du statut de réfugié, subissent directement les conditions d'accueil réservées aux demandeurs d'asile en Guyane.

Pour rappel, aucun centre d'accueil des demandeurs d'asile n'est présent sur ce territoire, où l'on a enregistré 3 000 demandes en 2019 et 5 000 demandes en 2016. Rapportés à la population, ces chiffres font de Cayenne le premier guichet du pays, loin devant l'Île-de-France.

En réponse, la loi Asile et immigration a prévu une procédure expérimentale censée réduire l'attractivité de la Guyane. Parallèlement, l'accueil devait être amélioré par la création d'un centre d'hébergement d'urgence, mais l'installation ayant été récemment détruite, tout est à refaire.

Vous conviendrez que la situation actuelle ne fait pas honneur à la longue tradition d'asile de la France. Si la procédure adaptée permet de traiter plus efficacement les demandes illégitimes, elle ne doit en aucun cas altérer l'exercice du droit d'asile des personnes nécessitant une protection. Outre les Syriens, je pense aux demandeurs palestiniens, qui voient actuellement leurs demandes rejetées.

Monsieur le ministre, que nous le voulions ou non, ces populations persécutées continueront d'arriver en Guyane. Encore faut-il que nous soyons capables de les accueillir. Au moment où je vous parle, le centre d'accueil provisoire est déjà saturé, et l'installation prolongée des familles en pleine rue commence à susciter une vive incompréhension. Il nous faut impérativement repenser l'accueil de jour et de nuit et trouver des solutions permettant de désengorger la ville de Cayenne.

Monsieur le ministre, quels engagements entendez-vous prendre pour garantir le droit d'asile en Guyane ? Un financement supplémentaire semble attendu pour repenser l'accueil des réfugiés et reconstruire un centre d'hébergement d'urgence. Sera-t-il au rendez-vous ?



Réponse du Ministère de l'intérieur

publiée dans le JO Sénat du 27/02/2020 - page 1774

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur Karam, permettez-moi, avant d'aborder le sujet particulier des ressortissants issus de Palestine, du Yémen et de Syrie que vous avez évoqué, d'apporter une réponse globale.

Je tiens à saluer la mobilisation de nos services et l'amélioration du travail qui est effectué dans le département de Guyane. Il y a quelque temps encore, l'instruction des demandes de protection prenait deux ans, et nous devions évidemment l'accélérer.

À la suite de la visite du Président de la République et du décret que j'ai pris le 9 décembre 2019, l'élargissement de dispositifs spécifiques à l'ensemble des Antilles nous permet aujourd'hui, dans le cadre d'une procédure adaptée, de traiter les demandes d'asile en moins d'un mois en Guyane, ce qui est un temps indispensable pour une instruction efficace.

Depuis deux à trois mois, nous observons un phénomène nouveau : une filière, qui passe a priori par le Liban, puis par le Brésil, nous amène des populations issues de Syrie, du Yémen et de Palestine. Nous leur devons un examen attentif, pour, le cas échéant, leur accorder une protection.

Ces dossiers requièrent une attention toute particulière, mais nous n'avions pas forcément les effectifs nécessaires. J'ai donc demandé à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), qui évidemment a accepté, de mettre en place des missions spécifiques d'examen, lesquelles nous permettront d'aller plus vite.

J'en viens enfin à la question de l'hébergement d'urgence. Je vous confirme que 1,4 million d'euros ont été débloqués en début d'année pour créer 222 places d'hébergement d'urgence pour les demandeurs d'asile.

Par ailleurs, j'ai demandé au préfet d'étudier toutes les solutions d'hébergement d'urgence, y compris d'hébergement hôtelier, afin que les populations que vous évoquez soient traitées dans les conditions d'humanité qui sont absolument indispensables. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM.)