Question de Mme MERCIER Marie (Saône-et-Loire - Les Républicains) publiée le 19/03/2020

Mme Marie Mercier attire l'attention de Mme la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation sur la situation dégradée des étudiants français.
Leur précarité n'est pas un vain mot, et trop nombreux sont ceux qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté, certains allant jusqu'à la prostitution pour survivre. La hausse du coût de la vie, notamment des loyers et des transports, s'ajoute à la baisse des aides au logement – la baisse de 5 euros mensuels qui a tant soulevé la colère – ou à l'augmentation du prix du repas universitaire.
Beaucoup d'étudiants n'ont pas de mutuelle et renoncent aux soins. Beaucoup d'entre eux sont dans l'obligation de travailler à côté de leurs études pour augmenter leurs revenus. Ils sont bien trop à avoir des pensées suicidaires, en partie du fait des difficultés financières qu'ils rencontrent.
Aussi, elle demande solennellement quelles mesures le Gouvernement envisage de mettre en place pour lutter contre la pauvreté des étudiants qui représentent l'avenir de notre pays.

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Réponse du Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation publiée le 27/05/2020

Réponse apportée en séance publique le 26/05/2020

M. le président. La parole est à Mme Marie Mercier, auteur de la question n° 1177, adressée à Mme la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.

Mme Marie Mercier. Madame la ministre, les étudiants français sont beaucoup trop nombreux à vivre au-dessous du seuil de pauvreté. Ils ont subi la baisse de l'aide personnalisée au logement (APL) et l'augmentation des tarifs des restaurants universitaires. Le coût de leurs mutuelles était trop élevé, si bien que nos étudiants ne sont pas toujours en bonne santé, certains s'adonnant même à la prostitution.

Pendant le confinement, nos étudiants sont rentrés chez leurs parents. Ils ont participé aux repas avec un enthousiasme certain, ce qui a augmenté les charges familiales. Ils n'ont pas pu faire les petits boulots, notamment de serveur, qu'ils font habituellement. Et pour ceux qui ne bénéficient pas d'un logement du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous), le loyer a continué à courir.

Or ce sont les parents qui paient les loyers des bailleurs privés. Les parents de nos étudiants font partie de cette grande famille des « travailleurs-payeurs » : ce sont des gens qui travaillent, qui paient des impôts, mais qui n'ont jamais droit à rien, parce que – pas de chance ! – ils sont toujours juste au-dessus du seuil qui permet de bénéficier d'une aide.

Si l'aide de 200 euros est la bienvenue, madame la ministre, envisagez-vous quelque chose pour ceux qui ne peuvent pas en bénéficier ? Ne pourrait-on imaginer, soit un écrêtement, soit, comme pour les entreprises, une compensation fiscale pour les bailleurs privés qui accepteraient de baisser leurs loyers ou d'en exonérer les étudiants ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Madame la sénatrice Mercier, je vous remercie pour cette question qui me permet de revenir sur le sujet de la précarité, notamment des étudiants qui ne sont pas boursiers sur critères sociaux.

La lutte contre la précarité étudiante est l'une de mes priorités depuis 2017. C'est pourquoi j'ai souhaité supprimer les cotisations de sécurité sociale étudiante, qui s'élevaient à plus de 200 euros par an, et les remplacer par une contribution de vie étudiante et de campus. Cette contribution permet de soutenir des étudiants, qu'ils soient boursiers ou non, notamment en matière de santé ou de vie étudiante.

C'est aussi pourquoi j'ai augmenté les bourses sur critères sociaux de 46 millions d'euros cette année. J'ai également étendu les financements des aides spécifiques, ouvertes à l'ensemble des étudiants, et j'ai essayé de faciliter au maximum leur accès.

Ces derniers mois, la question de la précarité étudiante a pris un tour plus prégnant encore du fait de l'épidémie de Covid-19. C'est pourquoi nous avons travaillé avec les représentants des étudiants, les établissements d'enseignement supérieur, le Cnous et les Crous pour mettre en place des aides à destination de l'ensemble des étudiants, qu'ils soient boursiers ou non.

Dès la fin du mois de mars, la contribution de vie étudiante et de campus a été libérée, soit un montant de plus de 139 millions d'euros cette année, pour que les établissements et les Crous puissent répondre aux besoins matériels quotidiens les plus urgents des étudiants, qu'il s'agisse de répondre à des besoins alimentaires, de les aider à acquérir un ordinateur ou à étendre leur forfait de téléphonie pour assurer la continuité pédagogique. J'ai également augmenté de 10 millions d'euros l'aide spécifique aux étudiants en situation de précarité.

Par ailleurs, comme vous le savez, le Président de la République a annoncé – et le Premier ministre a confirmé devant le Sénat – la création d'une aide spécifique pour les étudiants qui ont perdu leur stage rémunéré ou leur emploi et qui ne sont pas pris en charge par le chômage partiel. Cette aide ouverte à l'ensemble des étudiants est accessible de manière simple par voie dématérialisée.

J'ai également annoncé que nous gèlerions les frais d'inscription pour la rentrée, et nous sommes en train de travailler à la mise en place de mesures spécifiques de façon à garantir que l'accès à l'enseignement supérieur ne soit pas un privilège, mais reste ouvert à l'ensemble de notre jeunesse, y compris celle des classes moyennes qui ne bénéficient pas d'aides par ailleurs.

M. le président. La parole est à Mme Marie Mercier, pour la réplique.

Mme Marie Mercier. Je vous remercie de ces précisions, madame la ministre. Vous avez fait de la lutte contre la précarité étudiante votre priorité, et c'est une excellente chose.

Permettez-moi d'insister sur l'importance de ne pas oublier les loyers. « L'homme est une question de persévérance » ; je vous encourage donc à continuer dans cette voie pour aider nos étudiants.

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