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Crise migratoire européenne

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 1217G de M. André Vallini (Isère - SOCR)

publiée dans le JO Sénat du 05/03/2020

M. André Vallini. L'inconvénient de passer en fin de séance, c'est que la question que je souhaite aborder a déjà été largement évoquée par mes collègues Bargeton, Benbassa, Buffet et Cigolotti, puis, à l'instant, par M. del Picchia.

M. Philippe Dallier. Un peu d'imagination ! (Sourires.)

M. André Vallini. Justement, monsieur le ministre des affaires étrangères, vous avez déclaré avoir une conversation privilégiée avec M. del Picchia depuis quelques années sur le sujet de la Turquie. Permettez-moi de m'immiscer dans cette conversation, en vous posant la question de l'appartenance de la Turquie à l'OTAN.

Bien qu'elle soit membre de l'Alliance atlantique, depuis quelques mois, la Turquie a acheté des missiles russes, plutôt qu'occidentaux. Elle a attaqué les Kurdes, nos alliés contre l'État islamique, sans prévenir ses alliés occidentaux. Elle intervient en Libye, en dehors de tout accord international. Enfin, depuis quelques jours, vous l'avez reconnu, elle fait du chantage à l'égard de ces mêmes alliés, notamment ceux de l'Europe occidentale.

Pour toutes ces raisons, la question de l'appartenance de la Turquie à l'OTAN doit se poser. Voilà quelques mois, le président Macron a considéré que cette organisation était « en état de mort cérébrale ». Le moment n'est-il pas venu de provoquer un électrochoc, en posant en son sein cette question ? (Applaudissements sur les travées des groupes SOCR et LaREM. – M. Pierre Ouzoulias applaudit également.)



Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 05/03/2020 - page 2087

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Monsieur le sénateur Vallini, bienvenue au club de la conversation sur la Turquie ! (Sourires.)

Vous avez raison de souligner les ambiguïtés de ce pays. J'en ai relevé quatre, au moins.

Tout d'abord, comme vous l'avez rappelé, en octobre dernier la Turquie a mené une intervention unilatérale contre nos alliés kurdes, dans le cadre de la coalition contre Daech, dont est membre l'OTAN, dont elle-même fait partie … C'est une première ambiguïté.

Par ailleurs, la Turquie a décidé unilatéralement de délimiter des zones maritimes de juridiction propre, en contradiction avec le droit de la mer, ce que nous contestons. En plus, elle mène des manœuvres militaires contre un autre pays membre de la même alliance qu'elle, à savoir la Grèce, en attendant d'autres cibles… J'espère que ce ne sera pas nous ! C'est une deuxième ambiguïté.

En outre, la Turquie vient de demander à l'OTAN un soutien militaire et des mesures de réassurance dans le domaine de la défense aérienne et de la défense antimissile. Dans le même temps, elle achète à la Russie du matériel S-400, dont l'interopérabilité au sein de l'alliance n'est pas avérée, au contraire. C'est une troisième ambiguïté.

Enfin, quand elle se trouve attaquée à Idlib, la Turquie se retourne vers l'OTAN pour réclamer l'application de l'article 4 et la solidarité des alliés. Je parle bien de l'article 4, et non pas de l'article 5.

Aux termes de cet article, il faut ouvrir des conversations, ce que nous avons fait, comme pour tout membre de l'alliance. Mais dans le même temps, la Turquie instrumentalise avec cynisme les migrants, comme je l'ai évoqué. C'est une quatrième ambiguïté.

Oui, monsieur le sénateur, la grande explication s'impose. Elle s'impose dans nos relations bilatérales avec la Turquie, mais aussi au sein de l'alliance. Le Président de la République a demandé qu'une réforme stratégique de l'OTAN soit mise en œuvre. Je crois que cela fait partie de cette discussion. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM.)

M. Ladislas Poniatowski. Très bien !

M. le président. La parole est à M. André Vallini, pour la réplique.

M. André Vallini. Je vous remercie, monsieur le ministre. Ces ambiguïtés, comme vous dites, sont maintenant insupportables.

Le président Erdogan fait preuve d'une duplicité totale. Nous ne pouvons plus supporter ce comportement, qui est totalement contraire aux engagements qui nous lient au sein de l'alliance atlantique. (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe SOCR, ainsi que sur des travées des groupes CRCE, LaREM, UC et Les Républicains.)