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Assurer la sécurité des activités de pastoralisme

15e législature

Question écrite n° 15529 de Mme Dominique Estrosi Sassone (Alpes-Maritimes - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 23/04/2020 - page 1862

Mme Dominique Estrosi Sassone interroge M. le ministre de l'agriculture et de l'alimentation sur l'anticipation des mesures à prendre pour assurer dans les meilleures conditions possible les activités de pastoralisme à l'approche de la période d'estive et de transhumance.

Force est de constater qu'aucune mesure n'a été véritablement prise afin de limiter le plus possible les attaques incessantes de loups comme cela est régulièrement le cas plus particulièrement dans les Alpes Maritimes.

Plus que jamais, il faut pour chaque département une réponse adaptée aux réalités du terrain or le plafond de tirs n'a pas été supprimé dans les territoires les plus touchés comme dans les Alpes-Maritimes et il reste modulable par l'État en fonction du nombre d'attaques.

En 2019, le prélèvement de 98 loups sur un plafond de 100 a mis en lumière le rehaussement permanent d'un plafond initial peu réaliste fixé à 43 loups. Or, les attaques de troupeaux ne diminuent pas et le nombre de victimes est même en augmentation depuis deux ans.

En janvier 2020, le Gouvernement a décidé de reconduire par arrêté la méthode dite d' « expérimentation » appliquée en 2019 consistant à augmenter le taux de prélèvement au prorata des attaques soit 17 % de la population recensée des loups depuis le 1er janvier 2020, augmenté de 2 % par le préfet-coordonnateur du plan national d'actions sur le loup lorsqu'il l'estimera nécessaire. Le plafond pourrait encore être augmenté en fonction de l'évaluation de la dynamique du niveau de population des loups dont les résultats seront publics en juin 2020.

Toutefois, le recensement exact des loups au niveau national est imprécis compte tenu de leur dispersion sur le territoire avec environ 85 zones de présence permanente et 72 meutes recensées dont 67 % concentrées en région Sud.

Les attaques répétées de loup sont dramatiquement le quotidien des éleveurs. Le pastoralisme régresse tout particulièrement dans les pâturages alpins éloignés alors que les éleveurs aspirent à pouvoir exercer leur travail dans de bonnes conditions sans pression extérieure d'un prédateur volontairement peu maîtrisé.

Elle lui demande de bien vouloir lui présenter la stratégie du Gouvernement en matière de prédation en ce début d'estive et si de nouvelles mesures vont être mises en œuvre afin de protéger les troupeaux et soulager les éleveurs.



Réponse du Ministère de l'agriculture et de l'alimentation

publiée dans le JO Sénat du 25/06/2020 - page 2935

Le loup est une espèce « strictement protégée » au titre de la convention de Berne et de la directive européenne « habitats, faune, flore », mais son expansion dans un contexte d'activités pastorales remet en question la vitalité de certains territoires. C'est pourquoi depuis 2004, les plans nationaux d'action précisent le dispositif de soutien aux éleveurs pour protéger leurs troupeaux et autoriser le prélèvement de loups. Ces dernières années, jusqu'en 2018, il a été observé une forte augmentation du nombre de victimes (près de 40 % entre 2015 et 2018). Cela a conduit l'État à impulser le plan national d'actions loup 2018-2023. Ce plan a été élaboré avec l'ensemble des partenaires concernés, notamment les représentants de la profession agricole. Il apporte une réponse collective à un double impératif : d'une part, protéger le loup et, d'autre part, permettre au pastoralisme d'atteindre ses objectifs économiques, ainsi que de garantir l'aménagement des espaces ruraux et le lien social indispensable à la vie des territoires. Ce plan d'action comporte de réelles avancées afin de concilier au mieux l'activité d'élevage avec la présence du prédateur. Si la mise en œuvre de ce plan s'inscrit dans la durée, il convient de noter que pour la première fois depuis de nombreuses années, le nombre de victimes du loup s'est stabilisé en 2019 (12 451 victimes en 2019, contre 12 523 en 2018). Les principales actions d'ores et déjà engagées méritent d'être soulignées. En premier lieu, l'État mobilise des crédits afin d'aider les éleveurs à mettre en place des moyens de protection. En 2019, 26,84 millions d'euros (M€) (dont environ la moitié issue du fonds européen agricole pour le développement rural) ont été versés pour 2 722 éleveurs ayant déposé une demande d'aide pour protéger leurs troupeaux. Un nouveau dispositif d'accompagnement technique des éleveurs a été ouvert en vue d'optimiser l'efficacité des moyens de protection. Cette mesure a été notamment utilisée pour accompagner les éleveurs à la mise en place et à l'utilisation des chiens de protection grâce à des conseils personnalisés et des formations collectives. Ils ont ainsi pu bénéficier des savoirs et savoir-faire du réseau national d'expertise sur les chiens de protection mis en place courant 2018. Par ailleurs, deux brigades de bergers mobiles ont été déployées dans les parcs nationaux de la Vanoise et du Mercantour afin de prêter main forte aux bergers en difficulté. Enfin, afin d'acquérir davantage de visibilité sur les capacités du pastoralisme à se maintenir voire à se développer en présence du loup à l'horizon 2035, une étude prospective a été lancée fin 2018. Les conclusions ont été présentées au groupe national loup du 8 juin 2020. En matière d'indemnisation des dommages, 3,07 M€ ont été versés à la suite de 3 790 constats d'attaques. Un travail de refonte des barèmes d'indemnisation a été mené en concertation avec les organisations professionnelles et non gouvernementales concernées, et a abouti à une revalorisation de 14 %. Ce nouveau cadre intègre également les exigences issues des lignes directrices agricoles de l'Union européenne concernant les aides d'État dans les secteurs agricole et forestier et dans les zones rurales 2014-2020 qui conditionnent l'indemnisation à la mise en œuvre préalable de mesures de protection. Cette règle est déployée de façon souple et progressive afin de laisser le temps aux éleveurs de s'adapter. Par ailleurs, elle ne sera pas mise en œuvre pour les troupeaux et les zones reconnues comme difficilement protégeables. En matière de tirs, la réglementation issue du plan loup 2018-2023 donne la possibilité aux éleveurs d'utiliser les tirs de défense simples. Ainsi, 1 609 autorisations des tirs ont été accordés en 2019 (contre 1 469 en 2018). Cette possibilité de tirs de défense sera également possible pour les éleveurs qui n'ont pas mis en place les mesures de protection, dès lors que la possibilité de faire reconnaître leurs troupeaux ou zones de pâturage comme non protégeable sera opérationnelle. Comme le Gouvernement s'y était engagé, une gestion adaptative de l'espèce est mise en œuvre. Elle tient compte de sa dynamique démographique et de la pression de prédation pour définir le niveau de prélèvement. Compte-tenu des premiers éléments disponibles issus du suivi estival 2019, le taux de prélèvement a été maintenu à 17 % (avec possibilité de 2 % de prélèvements additionnels) en 2020. De nouvelles mesures sont également prévues afin de rendre l'ensemble du dispositif plus efficace et de parvenir à une diminution des dommages sur les troupeaux. Compte tenu de la forte concentration des attaques sur les foyers de prédation, le Gouvernement a renforcé l'aide financière au gardiennage des troupeaux sur ces zones. Ainsi, elle peut désormais être obtenue sans limite annuelle de dépenses éligibles pour l'embauche d'un ou plusieurs bergers. Par ailleurs, pour l'ensemble des éleveurs, les formalités de demande d'autorisation de tirs de défense ont été simplifiées en étant unifiées avec la demande d'aide à la protection. Enfin, sur les fronts de colonisation, où le loup est susceptible de s'établir dans les années à venir, l'aide financière relative à l'acquisition, à l'entretien et aux formations pour l'éducation des chiens de protection est désormais ouverte aux éleveurs afin de permettre à ceux qui le souhaitent d'anticiper. L'avancée de ces nouvelles mesures, ainsi que le suivi des différentes actions du plan pour le loup et les activités d'élevage, font l'objet d'échanges et d'informations avec l'ensemble des parties prenantes dans le cadre du groupe national loup. Il s'agit de parvenir à un traitement équilibré du dossier au regard des différents enjeux. Le ministère de l'agriculture et de l'alimentation est déterminé, avec l'ensemble du Gouvernement, à agir dans le sens de la sauvegarde du pastoralisme, dont le maintien est déterminant pour le bon développement économique, social et écologique des territoires.