Question de M. VIAL Cédric (Savoie - Les Républicains-R) publiée le 26/11/2020

Question posée en séance publique le 25/11/2020

M. le président. La parole est à M. Cédric Vial, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

M. Cédric Vial. Monsieur le Premier ministre, comment en est-on arrivé là ?

Lundi dernier, vous avez réuni l'ensemble des acteurs de la montagne pour échanger sur les conditions d'un accueil dans nos stations, cet hiver. Sur la base d'un travail sérieux et responsable, vous avez annoncé une décision sous dix jours, lorsque la situation sanitaire serait plus claire.

Hier soir, nous avons écouté avec stupeur les déclarations du Président de la République. Nous les avons ressenties comme une trahison.

M. François Patriat. De la part de qui ?

M. Cédric Vial. Comment en est-on arrivé là ?

Depuis votre nomination, pour plus d'efficacité de l'action publique, vous n'avez eu de cesse de nous vanter les vertus de la décentralisation…

M. François Patriat. Ce n'est pas Wauquiez qui va arrêter le virus…

M. Cédric Vial. … et de la proximité, ainsi que le rôle des élus locaux. Or la gestion de cette crise sanitaire n'a jamais été aussi centralisée. Les situations sont pourtant bien différentes d'un massif à l'autre, d'un territoire à l'autre.

Comment en est-on arrivé là ?

Nous ne comprenons plus rien à votre stratégie de gestion de crise. Nous déplorons l'absence d'une méthode coordonnée. Nous ne savons même plus qui pilote. S'il existe bien des voitures à deux volants, lorsque l'on se sert des deux en même temps, c'est l'accident !

Monsieur le Premier ministre, soit vous n'étiez pas informé des déclarations du Président de la République hier soir, et cela pose le problème de la gouvernance à la tête de l'État, soit vous l'étiez, et vous nous avez dans ce cas raconté des calembredaines, ce qui pose un problème de crédibilité à la tête de l'État.

Comment en est-on arrivé là ?

Certes, la situation sanitaire n'est pas bonne – d'ailleurs, la pression sur le monde hospitalier reste forte –, mais elle s'est considérablement améliorée ces derniers temps…

M. François Patriat. En attendant la troisième vague ?

M. Cédric Vial. … et son évolution nous offre espoir et perspectives.

Tous les ans, l'accueil des touristes en station est une prouesse sanitaire, réalisée sans encombre. Cette année, on attend une fréquentation en baisse de 50 %. Des personnels médicaux saisonniers sont d'ores et déjà prévus dès le 15 décembre prochain. Une politique de tests massive a été prévue par la région et par les départements. Nous pourrions être prêts en toute sécurité.

Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous nous confirmer que la concertation entre le Gouvernement et les acteurs de la montagne est toujours d'actualité et que la décision sera finalement fondée sur des éléments objectifs plutôt que sur des appréciations à l'emporte-pièce ? (Vifs applaudissements sur des travées des groupes Les Républicains et UC.)


Réponse du Secrétariat d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du tourisme, des Français de l'étranger et de la francophonie publiée le 26/11/2020

Réponse apportée en séance publique le 25/11/2020

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État chargé du tourisme.

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargé du tourisme, des Français de l'étranger et de la francophonie. Monsieur le sénateur Vial, nous mesurons tous la déception que vous exprimez : je la mesure tout particulièrement, comme la colère, qui éclate parfois.

Il y a une heure encore, j'étais en réunion avec le président des domaines skiables, les représentants de l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), de l'Association nationale des élus de la montagne (ANEM) et des écoles des skis pour préparer la suite.

Voilà plusieurs semaines que nous travaillons ensemble : j'ai pu mesurer combien les acteurs du monde de la montagne sont sérieux et responsables… (Protestations sur des travées des groupes Les Républicains et UC.)

M. Rémy Pointereau. Ce n'est pas la question !

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État. Ils veulent simplement travailler : ils ne sont pas en cause !

Ce qui est en cause, c'est la situation sanitaire, qui, même si elle s'améliore, demeure très tendue.

Ce qui est en cause, c'est aussi l'évolution des intentions des États voisins.

M. Jacques Grosperrin. Les skieurs iront en Suisse !

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État. Je pense à l'Italie ou encore à l'Allemagne.

Mme Anne Chain-Larché. Et la Suisse ?

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État. Ces intentions ont été manifestées postérieurement à la réunion tenue par le Premier ministre.

Le Premier ministre a réuni les acteurs lundi dernier. Il a émis le vœu que le travail se poursuive et ce sera bien le cas. Le Président de la République le souhaite aussi.

À la suite des annonces d'hier, nous allons voir s'il est possible d'autoriser telle ou telle activité, comme la raquette. On pourrait également rouvrir les jardins d'enfants en plein air… (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)

Mme Anne Chain-Larché. Il faut s'adapter !

Mme Sophie Primas. Et le ski, ce sera en Suisse !

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État. Ces questions doivent encore être travaillées et discutées. (Nouvelles protestations sur les mêmes travées.)

En outre, le soutien économique doit être renforcé pour aider les acteurs à faire face à cette situation particulièrement complexe. On le sait : Noël représente 20 % à 25 % de la saison. Ce que nous voulons, c'est préserver le cœur de la saison. De nombreux acteurs l'ont dit : rien ne serait pire que d'ouvrir les stations, puis de devoir les refermer à cause d'une mauvaise évolution.

Nous allons continuer à travailler d'arrache-pied. On pourrait également organiser davantage de classes de neige le moment venu – le Président de la République y est très ouvert. On a besoin de réamorcer la pompe pour que les jeunes redécouvrent la montagne. (Mêmes mouvements.)

En tous les cas, nous allons travailler et nous serons au côté des acteurs de la montagne ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à M. Cédric Vial, pour la réplique.

M. Cédric Vial. Monsieur le secrétaire d'État, ce n'est pas sérieux !

La concurrence n'est pas en Allemagne ou en Italie. Elle est en Autriche et en Suisse : ces deux pays ont pris la décision d'ouvrir leurs stations. Nos compatriotes vont s'empresser de s'y rendre et nous devrons ensuite gérer le retour de cette clientèle française, alors même que, notamment en Suisse, la situation sanitaire y est pire qu'en France aujourd'hui ! (Très bien ! et applaudissements sur des travées des groupes Les Républicains et UC.)

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