Question de Mme LOPEZ Vivette (Gard - Les Républicains) publiée le 14/01/2021

Mme Vivette Lopez attire l'attention de M. le ministre de l'agriculture et de l'alimentation sur la situation de la filière riz d'indication géographique protégée (IGP) de Camargue.

Depuis plusieurs années en effet, les acteurs de la filière font face à une distorsion de concurrence avec nos voisins européens sur la protection phytosanitaire du riz et sur le désherbage en particulier.

Bien que les autorités compétentes sur ce sujet aient été plusieurs fois alertées, la situation n'a malheureusement guère évolué laissant les riziculteurs aujourd'hui dans une impasse technique pour désherber correctement leurs rizières. Ces difficultés entraînent une baisse constante des rendements mais également une diminution des surfaces rizicoles dont l'étendue se situe désormais au-dessous de 15 000 hectares alors que 20 000 hectares étaient cultivés il y a une dizaine d'années. La sole riz 2021 est à titre d'exemple estimée à 8 000 hectares.

Cette réduction du volume de culture a des conséquences dramatiques en outre sur le paysage et la biodiversité camarguaise. En effet, l'important apport en eau douce nécessaire à la riziculture a vocation à irriguer toute la nature environnante. En effet, en présence de la nappe phréatique extrêmement salée de ce territoire, la submersion régulière des parcelles grâce au riz est indispensable pour permettre à la terre de ne pas devenir stérile à cause de trop grandes remontées de sel.


C'est pourquoi elle souhaite demander au Gouvernement les mesures qu'il entend prendre pour harmoniser les moyens de production de nos riziculteurs avec nos voisins européens afin que la riziculture française indissociable de l'identité de la Camargue au même titre que l'élevage de taureaux et de chevaux de Camargue puisse envisager l'avenir avec sérénité.

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Réponse du Ministère de l'agriculture et de l'alimentation publiée le 14/04/2021

Réponse apportée en séance publique le 13/04/2021

M. le président. La parole est à Mme Vivette Lopez, auteur de la question n° 1461, adressée à M. le ministre de l'agriculture et de l'alimentation.

Mme Vivette Lopez. Monsieur le ministre, ma question porte sur la situation de la filière liée à l'indication géographique protégée (IGP) Riz de Camargue.

Depuis plusieurs années, les acteurs de la filière font face à une distorsion de concurrence avec nos voisins européens, en particulier sur la protection phytosanitaire du riz et sur le désherbage.

Bien que les autorités compétentes sur le sujet aient été plusieurs fois alertées, la situation n'a malheureusement guère évolué, laissant les riziculteurs aujourd'hui dans une impasse technique pour désherber correctement leurs rizières. Ces difficultés entraînent une baisse constante des rendements, mais également des surfaces rizicoles, dont l'étendue se situe désormais au-dessous de 15 000 hectares alors que 20 000 hectares étaient cultivés voilà une dizaine d'années. La sole riz 2021 est, à titre d'exemple, estimée à 8 000 hectares.

En outre, cette diminution du volume de culture a des conséquences dramatiques sur le paysage et la biodiversité camarguaise. L'important apport en eau douce nécessaire à la riziculture a vocation à irriguer toute la nature environnante. En effet, en présence de la nappe phréatique extrêmement salée de ce territoire, la submersion régulière des parcelles grâce au riz est indispensable pour permettre à la terre de ne pas devenir stérile à cause de trop grandes remontées de sel.

Monsieur le ministre, pouvons-nous à cet égard compter sur votre aide pour harmoniser les moyens de production de nos riziculteurs avec nos voisins européens, afin que la riziculture française, indissociable de l'identité de la Camargue, au même titre que l'élevage de taureaux et de chevaux Camargue, puisse envisager l'avenir avec sérénité ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Laurent Duplomb. Bravo !

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation. Madame la sénatrice Lopez, vous connaissez, je le crois, ma position sur les surtranspositions en général. Je suis pour l'arrêt de cette pratique, dont notre pays a pris l'habitude depuis très longtemps. Le combat que j'ai mené en faveur de la filière betterave a, me semble-t-il, été une preuve concrète de cette vision.

Les transitions seront d'autant plus rapides qu'elles seront le fait de tous les pays membres d'un même marché commun. Il est totalement illusoire de croire que, au sein d'un même marché commun, certains peuvent engager des transitions plus rapides que les autres sans conséquences importantes. Nous l'avons vu sur tant de cultures dans notre pays : certes, la transition a été plus rapide, mais la production a décliné et il a fallu importer ; cela n'a certainement pas amélioré le bilan écologique !

Vous m'interrogez sur le riz. Vous le savez, en début de chaque campagne, mes services font un point avec les professionnels pour déterminer les moyens de lutte contre certaines maladies, avec des utilisations temporaires d'un certain nombre de produits. C'est ce que nous faisons habituellement. Nous allons continuer.

Pour aller plus loin, nous avons également entrepris depuis de longs mois un grand travail avec l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), qui a ainsi pu délivrer au mois de février dernier une autorisation pour dix ans de l'herbicide dénommé Loyant. Cette décision était, je le crois, attendue. Nous avons agi avec méthode et raison, en procédant par évaluation, pour permettre l'utilisation du produit.

Les producteurs ont également formulé trois autres demandes de dérogations. Deux ont été acceptées. La troisième ne l'a pas été, car le produit n'est pas autorisé à l'échelon européen. On retrouve la position d'équilibre qui est la mienne : le cadre européen est le bon échelon, mais les décisions doivent s'appliquer dans les deux sens, ni plus ni moins.

Voilà pour les flux des nouvelles autorisations que nous devons rendre. Pour le stock, nous subissons, chacun le sait, beaucoup de surtranspositions sur certains types de produits, que cela concerne le riz ou la lentille, chère au sénateur Duplomb. J'ai bien conscience du problème. Nous travaillons tous les jours sur ce dossier.

M. le président. La parole est à Mme Vivette Lopez, pour la réplique.

Mme Vivette Lopez. Monsieur le ministre, nous connaissons effectivement fort bien votre combat contre les surtranspositions et votre action pour défendre notre agriculture. Je vous remercie infiniment de l'attention particulière que vous portez à la filière riz.

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