Question de M. DOSSUS Thomas (Rhône - GEST) publiée le 02/12/2021

Question posée en séance publique le 01/12/2021

M. le président. La parole est à M. Thomas Dossus, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

M. Thomas Dossus. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.

Monsieur le ministre, cela a été dit, vingt-sept personnes sont mortes en mer au large de Calais.

Vingt-sept personnes : des enfants, des hommes, des femmes, comme Maryam Nuri Mohamed Amin, jeune kurde irakienne de 24 ans, qui tentait de rejoindre son fiancé au Royaume-Uni.

Vingt-sept personnes sont mortes : il est de notre devoir collectif qu'un tel drame ne se produise plus.

De quoi sont-elles mortes ? D'un étau mortel : d'un côté, la militarisation grandissante de nos frontières ; de l'autre, l'avidité des passeurs qui en profitent.

Monsieur le ministre, vous pouvez ériger autant de murs, de barbelés, déployer autant d'avions et de moyens de surveillance que vous le désirez, la détresse, le chaos climatique ou l'oppression continueront de faire se déplacer des hommes et des femmes vers un avenir meilleur. Votre politique fait la fortune des groupes de passeurs. Plus haut sera le mur, plus chère sera l'échelle qu'ils vendront.

Ce naufrage doit être considéré comme le drame de trop. Il nous fait honte, comme nous fait honte, parfois, votre politique quotidienne à l'égard des exilés. Les images des tentes lacérées par des forces de l'ordre ou leurs prestataires nous rappellent quotidiennement la réalité de l'attitude de ce gouvernement vis-à-vis des migrants.

Votre réponse à ce drame est désormais de déployer Frontex dans la Manche. Après avoir investi des centaines de millions d'euros en Méditerranée pour empêcher les exilés d'entrer en Europe, vous souhaitez déployer des forces pour les empêcher de sortir d'Europe !

Monsieur le ministre, quand allez-vous mettre fin à cette surenchère militaire, aux actes de maltraitance, et enfin travailler à une politique d'accueil digne ainsi qu'à la création de voies légales et sûres de passage ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – Mme Martine Filleul et M. Jean-Luc Fichet applaudissent également.)


Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 02/12/2021

Réponse apportée en séance publique le 01/12/2021

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, ce drame ne justifie pas toutes les contrevérités !

Depuis le 1er janvier de cette année, les policiers et les gendarmes ont sauvé, au péril de leur vie, 7 800 migrants : pour cela, ils sont entrés dans l'eau, dans des conditions extrêmement difficiles.

Quand nous empêchons des migrants de traverser la Manche, nous les interpellons non pas pour les mettre en prison, mais pour les empêcher de prendre la mer sur des embarcations de fortune, précisément pour éviter que de tels drames ne se produisent.

Monsieur le sénateur, faites attention que la bonne conscience ne conduise pas, justement, à ces drames que nous constatons !

Depuis le 1er janvier, nous distribuons, grâce aux contribuables français, 2 200 repas par jour. C'est l'honneur de la France que de le faire, et cela représente 4 millions d'euros.

Depuis le 1er janvier, nous avons relogé 14 400 migrants, partout sur le territoire national ; vous les voyez, parfois, dans vos territoires. Cela représente 20 millions d'euros et c'est, là encore, l'honneur de la France.

Je constate que, dans votre question, comme dans celle de votre collègue Mme Benbassa, laquelle disait que les passeurs n'étaient pas importants, vous n'avez pas un mot pour qualifier ceux-ci de criminels, ce qu'ils sont véritablement !

Le problème, c'est que ces migrants ne veulent pas rester en France. Nous proposons l'asile à ces personnes. Or – tous les élus du Nord-Pas-de-Calais vous le diront – moins de 3 % des 2 000 migrants qui se trouvent aujourd'hui à Dunkerque et à Calais demandent l'asile en France. Tous les autres, qui sont éligibles à plus de 60 % au droit d'asile, veulent aller en Angleterre.

Pourquoi n'attaquez-vous pas le patronat anglais, qui profite de cette « armée de réserve » ? Car, en Grande-Bretagne, on peut travailler sans avoir de pièce d'identité et payer des impôts !

Pourquoi ne regardez-vous pas la situation de l'autre côté de la Manche ? En Grande-Bretagne, seules 30 000 demandes d'asile sont déposées, alors que 1,2 million de clandestins se trouvent dans le pays.

Tandis que la France fait un travail humanitaire, l'insulter et insulter les forces de l'ordre n'est pas à l'honneur de la représentation nationale ! (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI et INDEP, ainsi que sur des travées des groupes UC et Les Républicains.)

M. le président. La parole est à M. Thomas Dossus, pour la réplique.

M. Thomas Dossus. Monsieur le ministre, comme à votre habitude, vous n'êtes responsable de rien !

Puisque vous aimez les chiffres, je vais vous en donner trois : 97 % des expulsions de lieux de vie n'ont pas été suivies de mise à l'abri ; dix-huit ONG de solidarité ont signé une tribune aujourd'hui pour vous exhorter à changer de politique, et notamment à mettre en place des routes sûres pour l'immigration légale ; enfin, vingt-huit, c'est le nombre de jours de grève de la faim suivis par un prêtre pour dénoncer votre politique.

En réalité, vous menez une politique irresponsable, inhumaine et criminelle ! (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Antoine Lefèvre. Tout en nuances…

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