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Tensions à la frontière ukrainienne

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 2251G de M. Michel Dagbert (Pas-de-Calais - RDPI)

publiée dans le JO Sénat du 27/01/2022

M. le président. La parole est à M. Michel Dagbert, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. Michel Dagbert. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, et porte sur la situation aux frontières entre la Russie et l'Ukraine.

Monsieur le ministre, le conflit russo-ukrainien semble s'aggraver de jour en jour et les tensions qu'il provoque entre les Russes et les Occidentaux deviennent de plus en plus préoccupantes.

Hier encore, la Russie a effectué une série de manœuvres militaires, impliquant 6 000 hommes, des avions de chasse et des bombardiers, le long de sa frontière sud avec l'Ukraine et en Crimée, territoire annexé.

Ces opérations interviennent après le déploiement de chars et de 100 000 soldats à la frontière ukrainienne, faisant craindre une possible invasion. Dans le même temps, l'Ukraine est également touchée par des cyberattaques ciblant notamment plusieurs sites gouvernementaux.

Les pays de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord) ont, pour leur part, placé des forces en alerte et envoyé des navires et des avions de combat pour renforcer la défense en Europe de l'Est.

Réunis en visioconférence ce lundi, les dirigeants des États-Unis, des instances européennes, de l'OTAN et de plusieurs pays européens, dont la France et l'Allemagne, ont réaffirmé leur soutien sans réserve à l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Ils ont évoqué des sanctions très lourdes à l'encontre de la Russie en cas d'agression contre ce pays.

Parallèlement, des efforts diplomatiques, auxquels la France prend toute sa part, se poursuivent. Les dirigeants occidentaux ont exprimé leur désir commun d'une solution diplomatique et leur souhait de trouver une voie de désescalade. La France a, quant à elle, pris l'initiative de relancer les rencontres et les discussions dans le format Normandie.

Dans ce contexte, monsieur le ministre, comment la France compte-t-elle agir pour élaborer une position unique et forte de l'Union européenne, susceptible de favoriser une résolution politique de cette crise ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)



Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 27/01/2022 - page 1007

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Monsieur le sénateur Dagbert, je ne vous cacherai pas que la situation est sous très grave tension. Comme l'a dit le Président de la République hier aux côtés du Chancelier allemand, la Russie se comporte comme une puissance de déséquilibre et il ne tient qu'à elle de devenir un acteur de désescalade. Nous sommes totalement mobilisés, avec nos partenaires européens, avec nos partenaires américains, pour enrayer la dynamique de l'escalade – il faut appeler les choses par leur nom.

Je voudrais souligner la grande unité qui existe aujourd'hui entre les Vingt-Sept, réunis à Bruxelles toute la journée de lundi sous présidence française.

La même unité s'observe à l'OTAN. Les entretiens que j'ai eus, avec le secrétaire d'État Blinken avant-hier, avec le secrétaire général de l'OTAN hier, montrent la force de cette unité autour de trois priorités.

D'abord, des sanctions massives seront imposées à la Russie si elle porte une nouvelle atteinte à l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Nous y travaillons.

Ensuite, il faut tout faire pour que le dialogue avec la Russie se poursuive, afin de contribuer à la désescalade. Des discussions dans le format Normandie ont lieu aujourd'hui même à Paris. J'espère que d'autres propositions seront faites à la Russie, sur notre initiative, dans les différents cadres où se déroulent en ce moment les discussions, à l'OTAN ou à l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).

Enfin, nous sommes solidaires des pays de l'OTAN ou de l'Union européenne qui peuvent être affectés par cette crise. Il s'agit là de ce qu'on appelle les mesures de réassurance, que nous prenons à l'égard des pays baltes, et que nous prendrons, dans les jours qui viennent, à l'égard de la Roumanie.

Nous sommes donc dans une posture de défense collective, de dissuasion, de résilience européenne, mais aussi de contribution au dialogue. La présidence française est totalement mobilisée pour ces initiatives.

Je me rendrai moi-même à Kiev dans quelques jours avec mon homologue allemande. Puis, j'irai de nouveau en Roumanie pour assurer nos partenaires roumains de notre solidarité – Mme la ministre des armées se trouve d'ailleurs à Bucarest en ce moment.

Bref, monsieur le sénateur, la situation est très tendue, mais nous prenons toutes les initiatives nécessaires pour la faire embrayer sur un processus de désescalade. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. – Mme Françoise Gatel ainsi que MM. Alain Cazabonne et Pierre Louault applaudissent également.)