Question de M. BOCQUET Éric (Nord - CRCE) publiée le 06/01/2022

M. Éric Bocquet attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la progression du paludisme en 2020.
L'année 2020 a en effet été fortement marquée par la progression du paludisme dans le monde et plus spécifiquement en Afrique subsaharienne. Le directeur du programme mondial de lutte contre le paludisme de l'organisation mondiale de la santé (OMS), fait régulièrement état de la gravité de la situation.
En 2020, 241 millions de cas de paludisme ont été recensés soit 14 millions de plus qu'en 2019, avec 627 000 décès contre 558 000 l'année précédente.
C'est dire la progression de cette maladie infectieuse, et ce d'autant plus dans les zones fragilisées de notre planète et notamment en Afrique qui a regroupé 96 % de tous les décès dus à cette maladie qui touche essentiellement et fort malheureusement les enfants de moins de 5 ans.
La crise sanitaire liée à la Covid-19 a renforcé les difficultés. Il est ainsi estimé que les deux tiers des décès supplémentaires enregistrés seraient dus aux perturbations des services de prévention et de diagnostic liées à la Covid-19.
L'accès au traitement s'avère également de plus en plus difficile dans les territoires particulièrement touchés. Le paludisme reste donc, encore de nos jours, particulièrement meurtrier.
Or, selon l'OMS, il manque cruellement de moyens pour lutter efficacement contre la maladie. Le financement destiné à la lutte contre le paludisme a été de 3,3 milliards de dollars en 2020, alors que les besoins sont évalués à 6,8 milliards de dollars, soit plus du double. La France y participe à hauteur de 4 %.
C'est pourquoi, au regard des chiffres et des enjeux énoncés, il lui demande si la France entend réévaluer à la hausse sa participation financière à la lutte contre le paludisme dans le monde.

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Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 14/04/2022

La France soutient fortement la lutte contre le paludisme via, d'une part, ses contributions multilatérales aux organisations internationales qui jouent un rôle clé en la matière (Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, Gavi, Unitaid) et, d'autre part, sur le plan bilatéral, grâce à la mise en œuvre de projets, notamment via l'Agence française de développement (AFD). Le Fonds mondial est le principal financeur international de la lutte contre le paludisme (56 % des financements mondiaux) avec plus de 14 milliards de dollars investis depuis 2002. La France en est le premier donateur européen, le deuxième contributeur historique (7,93 milliards de dollars engagés depuis 2002). Elle a versé 1,296 milliard d'euros sur le cycle actuel, ce qui représente 13 % du budget total du Fonds mondial. La part des financements du Fonds mondial dédiés à la lutte contre le paludisme représente le tiers de l'enveloppe disponible sur le cycle actuel. Si la répartition globale par maladie a été revue en faveur de la lutte contre la tuberculose, la France a défendu, de concert avec les circonscriptions africaines et ses partenaires européens, une approche permettant de limiter l'impact de cette révision sur les enveloppes VIH et paludisme. La France consacre, par ailleurs, une partie de sa contribution au Fonds mondial au financement direct de projets et de missions d'assistance technique à travers un dispositif piloté par Expertise France sous la tutelle du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (budget de 39 millions d'euros annuel). La France est également le premier contributeur à Unitaid, agence d'innovation en santé active dans la lutte contre les grandes pandémies (60 % de ressources cumulées). Les financements que cette organisation a dédiés à la lutte contre le paludisme (accès aux traitements préventifs, vaccins, protection contre les vecteurs de la maladie, diagnostics et traitements) dépassent 400 millions de dollars depuis sa création. La France est aussi le 5e donateur de Gavi, l'Alliance mondiale pour le vaccin, organisation qu'elle finance depuis 2004 : l'engagement français sur le cycle 2021-2025 s'élève à environ 500 millions d'euros. En 2021, un programme très attendu et prometteur de vaccination contre le paludisme a, pour la première fois, été approuvé par le conseil d'administration de Gavi, pour un montant de 156 millions de dollars sur la période 2022-2025. L'ensemble de ces engagements financiers, qui contribuent à la lutte contre le paludisme, ont été maintenus malgré la crise de la Covid-19. L'année 2022 sera marquée par plusieurs processus de mobilisation de ressources financières en santé mondiale, avec notamment la 7e conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Le montant de la participation financière de la France pour le nouveau cycle 2023-2025 sera déterminé en fonction du programme de travail proposé par le Fonds mondial. Consciente de l'impact de la crise sanitaire sur les programmes du Fonds mondial et notamment des revers affectant la lutte contre le paludisme, la France plaide pour un maintien du mandat originel de lutte contre les trois pandémies, afin d'éviter un effet d'éviction de la lutte contre la Covid-19 sur les autres priorités. Enfin, plusieurs projets d'opérateurs français de l'aide au développement contribuent directement à la lutte contre le paludisme : amélioration de l'offre et de l'accès aux soins de santé maternelle et infantile en République centrafricaine, extension et rénovation des hôpitaux Aga Khan au Kenya, financés par l'AFD, ou encore étude récente de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) sur l'élimination de la transmission résiduelle du paludisme en Afrique du Sud.

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