Question de M. DOSSUS Thomas (Rhône - GEST) publiée le 03/02/2022

Question posée en séance publique le 02/02/2022

M. le président. La parole est à M. Thomas Dossus, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

M. Thomas Dossus. Ma question s'adresse à Mme la ministre des sports et porte sur les jeux Olympiques de Pékin, dont l'ouverture aura lieu ce vendredi.

Je tiens tout d'abord à adresser tous mes vœux de médailles à la délégation de sportives et sportifs français, et particulièrement à celles et ceux d'Auvergne-Rhône-Alpes, grande région de sports d'hiver. (Très bien ! sur les travées du groupe GEST. – M. Jean-François Husson applaudit.)

M. Michel Savin. Bravo !

M. Thomas Dossus. Mais ce n'est clairement pas la passion des sports d'hiver ou l'envie de faire découvrir au monde son formidable domaine skiable qui anime la Chine. On a pu voir les pistes de ski chinoises 100 % artificielles installées sur des montagnes arides en plein milieu d'une réserve naturelle.

En réalité, la Chine affirme sa toute-puissance au monde grâce à l'esprit olympique, tout en accentuant sa politique brutale de répression des droits humains : c'est le « en même temps » chinois.

Cette politique s'applique à Hong Kong, où depuis juin 2020 la presse est mise sous coupe réglée et où les jeunes démocrates sont traqués, à Taïwan, sous menace permanente pour sa sécurité et sa souveraineté, et bien évidemment contre les Ouïghours. Entre 1,8 et 3 millions d'entre eux sont internés dans des camps de rééducation, les femmes de ce peuple sont victimes d'une campagne de stérilisation forcée et la pratique de leur religion est fortement réprimée par le gouvernement de Pékin.

La semaine dernière, l'Assemblée nationale, avec l'appui de la majorité, a reconnu que les violences exercées contre ces populations sont constitutives de crimes contre l'humanité et d'un génocide. Si un génocide est en cours, alors se pose a minima la question du boycott diplomatique des jeux. C'est la voie adoptée par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada ou encore l'Australie. Le 20 janvier dernier, Franck Riester déclarait : « Face à la gravité de la situation […], la France dénonce avec force, de manière constante […] ces pratiques inqualifiables et injustifiables. »

Ma question est donc la suivante : madame la ministre, cette force et cette constance s'arrêtent-elles à la porte des tribunes officielles des jeux de Pékin ? Allez-vous par votre présence légitimer la brutalité du régime chinois ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – MM. Jean-Michel Houllegatte, Patrice Joly et André Gattolin applaudissent également.)


Réponse du Ministère auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports - Sports publiée le 03/02/2022

Réponse apportée en séance publique le 02/02/2022

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des sports.

Mme Roxana Maracineanu, ministre déléguée auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, chargée des sports. Monsieur le sénateur Dossus, vous le savez, au niveau bilatéral, la France mène un dialogue exigeant en matière des droits de l'homme avec la Chine. (Marques de dénégation sur les travées du groupe SER. – Rires ironiques sur les travées du groupe Les Républicains.) Nous sommes convaincus que c'est par ce biais que nous parviendrons à faire connaître nos positions.

J'ai rencontré récemment la présidente d'Amnesty International France (Exclamations sur les travées des groupes SER et Les Républicains.), Mme Coudriou, pour évoquer les jeux de Pékin, mais aussi la Coupe du monde de football au Qatar. Nous avons abordé l'impératif qui est le nôtre : responsabiliser davantage le Mouvement sportif international sur différents sujets.

En effet, le Mouvement sportif international doit être pleinement conscient des enjeux de société sur lesquels ses représentants ne peuvent plus aujourd'hui plus faire l'impasse lorsqu'il faut attribuer l'organisation de compétitions sportives dans le monde.

M. Rachid Temal. Alors, Pékin ou pas ?

Mme Roxana Maracineanu, ministre déléguée. Il s'agit – vous l'avez évoqu頖 du respect des droits de l'homme, mais aussi du combat contre les discriminations et les violences, de l'égalité entre les femmes et les hommes, et de l'attention portée à la lutte contre le terrorisme. Sans oublier, pour évoquer un enjeu qui vous est cher, le développement durable, bénéfique à la fois pour la planète et pour les populations des pays qui organisent les événements sportifs. (Exclamations sur diverses travées.)

M. Guy Benarroche. Alors, Pékin ou pas ?

Mme Roxana Maracineanu, ministre déléguée. Le Gouvernement et l'État français pensent que la politique de la chaise vide n'est pas une solution efficace (Exclamations sur les travées du groupe GEST.) pour avancer et accompagner le Mouvement sportif sur ces questions.

Je vous rassure, monsieur le sénateur : ma présence pour soutenir notre délégation à Pékin n'affecte en aucune manière la position de la France sur le sujet des droits de l'homme (Exclamations sur les travées des groupes GEST et SER.), comme sur tous les autres.

Si je vais à Pékin, c'est pour soutenir nos athlètes. Vous avez évoqué les sportifs de votre région. Jeudi prochain vont commencer les compétitions de ski de bosses : Perrine Laffont, qui va tenter de défendre son titre olympique, Camille Cabrol, Benjamin Cavet et Sacha Theocharis. (Exclamations sur diverses travées.)

M. Vincent Éblé. Citez plutôt les noms des Ouïghours !

Mme Roxana Maracineanu, ministre déléguée. Autant de sportifs qui s'entraînent depuis quatre ans. Ces jeux sont l'objectif de leur vie, et nous leur devons le respect.

Ma mission en tant que ministre des sports est d'être à leurs côtés : je compte la remplir avec responsabilité et en toute conscience que, comme ministre, je porte la parole de la France lorsque je serai en Chine. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. – Mme Élisabeth Doineau et M. Jean-Paul Prince applaudissent également. – Protestations sur de nombreuses travées.)

M. le président. La parole est à M. Thomas Dossus, pour la réplique.

M. Thomas Dossus. Alors qu'à l'Assemblée nationale votre majorité dénonce un génocide, vous le légitimez par votre présence là-bas. Madame la ministre, arrêtez le slalom, prenez des décisions et assumez vos positions ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées des groupes GEST et SER, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains. – MM. Henri Cabanel et André Gattolin applaudissent également.)

- page 1252

Page mise à jour le