Question de Mme DUMONT Françoise (Var - Les Républicains) publiée le 14/07/2022

Mme Françoise Dumont attire l'attention de M. le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le projet de départementalisation de la police nationale prévue dans le projet de réforme du ministère de l'intérieur.
Le plan de simplification prévoyant de placer toutes les forces de police d'un département sous l'autorité d'un unique responsable a été annoncé, mi-novembre 2021, lors de la publication du « livre blanc » de la sécurité intérieure, puis expérimenté, depuis le 1er janvier 2022, dans plusieurs départements.
L'expérimentation était prévue pour une durée d'un an, « avant que le système soit généralisé s'il est concluant », selon les propos du ministre de l'intérieur, rapportés dans Le Parisien.
Pourtant, dès le 27 juin 2022, 36 des 39 policiers du service de police judiciaire (SPJ) de Toulon ont transmis un rapport à leur hiérarchie sur ce sujet, dans lequel ils annoncent déjà des « retours d'expérience catastrophiques » dans les huit départements où la réforme est testée. Ils évoquent notamment une « absence de pédagogie » et de « méthode » qui engendrerait « sentiment d'inutilité », « stress » et « désarroi » dans les équipes. Une inquiétude perdure de voir leur terrain d'action réduit aux étroites limites d'un département, ainsi que la suppression de certaines antennes locales (passant de 55 antennes locales actives à 18, à l'issue de la réforme), alors que la criminalité ne se conforme pas à ce genre de formalités administratives bien françaises.
D'autres SPJ, comme celles de Montpellier, Marseille et Nice partagent ces conclusions.
Néanmoins, avant même la présentation des conclusions officielles de l'expérimentation, il semble que le ministère de l'intérieur souhaite généraliser la création des directions départementales de la police nationale (DDPN) « avant la fin du mois de juillet » (2022), le directeur général de la police nationale ayant convoqué, au mois de juin 2022, six responsables de la police pour piloter le projet au niveau national, avec un calendrier raccourci de presque 6 mois sur celui initialement prévu.
Cet emballement du calendrier ne semble donc pas opportun, au regard des premières remontées du terrain des départements expérimentateurs, du rôle fondamental que représentent les SPJ en France et de l'intérêt d'une police nationale, à visée « nationale », comme son nom l'indique par ailleurs.
Aussi elle lui demande de bien vouloir lui préciser les mesures que le Gouvernement entend mettre en place pour garantir l'intégrité des services de police judiciaire (SPJ) dans leurs composantes d'actions et le maintien des 55 antennes locales existantes.

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Réponse du Ministère de l'intérieur et des outre-mer publiée le 24/11/2022

Tournée vers les territoires, guidée par les principes d'efficacité et de proximité, menée en partenariat avec les acteurs du continuum de sécurité, la politique du Gouvernement vise à améliorer la sécurité des Français dans leur vie quotidienne. Pour atteindre cet objectif, il convient de renforcer les moyens des forces de l'ordre. Tel est le sens du « plan 10 000 » policiers et gendarmes supplémentaires mené à bien au cours du précédent quinquennat et de la hausse de près de 3 milliards d'euros des crédits alloués à la police nationale et à la gendarmerie nationale entre 2017 et 2022. D'importantes réformes ont également permis de renforcer et d'adapter l'arsenal juridique. Ces efforts vont se poursuivre avec le prochain projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur, particulièrement ambitieux et qui aura vocation à être enrichi par le Parlement. La hausse des effectifs doit être conjuguée à une action résolue en termes de gains d'efficacité. Sont en effet essentielles les questions de gouvernance, d'organisation et d'adaptation aux évolutions de la délinquance. La police nationale poursuit à cet égard le chantier de rénovation de son organisation pour optimiser ses capacités et son ancrage dans les territoires, avec notamment la création en 2020 et 2022, de directions territoriales de la police nationale (DTPN) dans les territoires d'outre-mer. Préconisation du Livre blanc de la sécurité intérieure et mis en route au terme du « Beauvau de la sécurité », le projet de création de directions départementales de la police nationale (DDPN) répond à une ambition d'efficacité, de déconcentration et de proximité, avec pour objectif de mieux adapter l'action aux exigences des territoires. Il s'agit de placer sous un commandement unifié l'ensemble des services de la police nationale dans les départements. Porteuse de synergies, de rationalisation et d'optimisation des moyens pour une meilleure efficacité au bénéfice de nos concitoyens, cette direction de police unique permettra d'améliorer l'efficacité de la gouvernance territoriale et les capacités opérationnelles de la police nationale, notamment sa présence sur la voie publique. La réforme a été engagée à titre expérimental dans trois départements de métropole en janvier 2021, puis étendue à cinq départements supplémentaires au premier trimestre 2022. Elle sera généralisée à l'horizon 2023. Cette organisation unifiée ne remet pas en cause les filières métiers auxquels sont attachés les policiers (sécurité et paix publiques, renseignement territorial, frontières et immigration irrégulière). Elle ne remet notamment pas en cause la filière police judiciaire. Au contraire, elle ambitionne de mieux l'organiser de manière intégrée, et d'en améliorer le pilotage, dans toutes ses composantes, avec des structures centrales, zonales, départementales et locales. Sur le plan national, une direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) concevra et mettra en œuvre la doctrine de la police judiciaire et sera responsable de l'ensemble de la filière investigation. Elle restera le pilote des structures opérationnelles à compétence nationale de l'actuelle direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), qui seront maintenues. Les offices centraux en particulier - ancrés dans le temps et au savoir-faire reconnu - subsisteront. Les antennes territoriales des offices seront également maintenues et chaque département disposera d'une filière judiciaire. Ainsi, loin de disparaître, la filière police judiciaire sera renforcée et forte de près de 23 000 personnels, contre 5 600 agents aujourd'hui au sein de la DCPJ. Aucun policier de PJ ne fera autre chose que ce qu'il fait aujourd'hui, sur son lieu d'affectation actuel. Il ne sera pas demandé aux enquêteurs de PJ de mener les enquêtes actuellement dévolues à la sécurité publique. Ils pourront au contraire se concentrer sur ce qu'ils savent le mieux faire en bénéficiant du soutien logistique et de gestion de la nouvelle direction départementale (surveillances de gardes à vue, gestion administrative, etc.). La cartographie de l'actuelle Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ne sera pas modifiée, si ce n'est pour la renforcer, en créant, par exemple, de nouvelles antennes d'offices centraux. Pour le dire clairement : aucune antenne PJ, aucun office ni aucun service ne sera supprimé. L'échelon zonal sera toujours compétent pour la criminalité organisée ou les affaires liées à la probité des élus. Quant aux moyens dédiés au traitement de la grande criminalité, ils seront augmentés dans le cadre de la future loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur. La réforme doit, naturellement, se faire dans la concertation, afin notamment de répondre aux inquiétudes que suscite cette réforme au sein de la police judiciaire. Elle a été présentée aux organisations syndicales de la police nationale à plusieurs reprises avec, depuis le mois de juin 2022, une association des chefs territoriaux qui ont été chargés de déterminer les organisations territoriales dans le respect des grands principes fixés au niveau national. Enfin, un bilan de la création des directions territoriales de la police nationale dans les outre-mer et des expérimentations des directions départementales de la police nationale a été confié à l'inspection générale de l'administration et à l'inspection générale de la police nationale. L'inspection générale de la justice y est associée en ce qui concerne les relations entre les autorités judiciaires et la police judiciaire. Ce bilan sera effectué au début de l'année 2023. L'objectif est de finaliser la réforme au deuxième semestre 2023 en s'appuyant tant sur les conclusions de ce bilan que sur le fruit des concertations en cours et celles qui s'engageront avec les organisations syndicales à l'issue des élections professionnelles de décembre.

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