Question de Mme HARRIBEY Laurence (Gironde - SER) publiée le 09/02/2023

Question posée en séance publique le 08/02/2023

M. le président. La parole est à Mme Laurence Harribey, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

Mme Laurence Harribey. Le projet d'union sacrée autour du logement entre les associations et le Gouvernement peine à faire ses preuves. Dans une interview donnée au journal Libération le 4 février, vous dénonciez, monsieur le ministre délégué chargé de la ville et du logement, « l'outrance » d'associations comme Utopia 56 ou la Fondation Abbé Pierre, que vous accusez de « jouer avec la misère des gens » au travers d'actions chocs de sensibilisation.

Pourtant, ces associations ne se contentent pas d'alerter : elles produisent surtout un travail de fond chiffré et documenté – et elles sont les seules à le faire !

Le même jour, plus de vingt maires de gauche ont interpellé le Président de la République sur la situation du mal-logement en proposant sept mesures visant à répondre aux besoins des différents publics en situation de grande exclusion.

Monsieur le ministre, ma question est très simple : quelle réponse allez-vous leur faire ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER. – Mme Esther Benbassa et M. Daniel Breuiller applaudissent également.)


Réponse du Ministère auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement publiée le 09/02/2023

Réponse apportée en séance publique le 08/02/2023

M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé de la ville et du logement.

M. Olivier Klein, ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement. Madame la sénatrice Harribey, vous avez raison, le sans-abrisme est une question qui nous préoccupe tous et sur laquelle le Gouvernement agit de manière historique.

Hier soir encore, plus de 200 000 places d'hébergement d'urgence étaient ouvertes dans le pays. Ce chiffre n'avait jamais été atteint, tous gouvernements confondus. Quelque 5,7 millions d'euros sont dépensés chaque soir pour héberger les plus fragiles – et ce n'est que justice.

Le Gouvernement a lancé le plan Logement d'abord I, dont les résultats sont sans précédent : 440 000 personnes ont quitté la rue et l'hébergement d'urgence pour avoir un toit. D'ailleurs, plus de la moitié des maires qui nous ont interpellés dans le journal il y a quelques jours administrent des territoires d'accélération de ce plan. Je les réunis très régulièrement pour préparer le plan Logement d'abord II et leur ai proposé de les recevoir dès demain pour continuer à travailler avec eux, car nous avons déjà discuté de leurs propositions dans ce cadre.

Notre priorité, avec ce plan, est de poursuivre l'accélération des mises à l'abri. Pour cela, nous continuerons de construire des pensions de famille (Mme Sophie Primas s'exclame.) et des résidences sociales, car il faut accompagner les familles avant, pendant et après leur relogement – cela fait partie des éléments forts du plan Logement d'abord.

Bien évidemment, la préoccupation exprimée par ces maires est partagée par tous les maires et élus présents dans cet hémicycle, moi le premier. Jamais nous n'accepterons qu'une famille avec un enfant soit à la rue. Jamais nous n'accepterons – du moins, je l'espère – que cet enfant ne soit pas scolarisé. Cela fera également partie de nos priorités. Nous continuerons de travailler ensemble à cet effet, et j'en parlerai dès demain avec l'ensemble de ces maires ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à Mme Laurence Harribey, pour la réplique.

Mme Laurence Harribey. J'entends votre réponse, monsieur le ministre, et je ne remets pas en cause votre volonté personnelle ni votre expérience d'élu local sur cette question. En revanche, je déplore le fait qu'une politique globale du logement ne pourra être menée tant que vous verrez le logement comme une variable d'ajustement budgétaire.

La tribune des vingt maires en question appelle à déployer en urgence un plan stratégique national et transversal qui répondrait à un diagnostic clair et transparent. Le Gouvernement a tout intérêt à produire rapidement celui-ci : cela vous éviterait de contester les seuls chiffres qui existent.

Pour l'heure, il n'existe pas de stratégie globale et la vérité n'appartient à personne. La question est de savoir si nous voulons travailler tous ensemble, car ce n'est pas dans un seul atelier du Conseil national de la refondation (CNR) qu'une solution sera trouvée.

Vous avez déclaré, monsieur le ministre, que « les associations sont mal inspirées quand elles tombent dans l'outrance » ; j'ai la modestie et l'humilité de vous dire qu'un gouvernement est mal inspiré quand il tombe dans la suffisance.

Mme Angèle Préville. Bravo !

Mme Laurence Harribey. Ce n'est certainement pas le meilleur moyen de coconstruire. Pour notre part, nous sommes prêts, avec ces vingt maires, à le faire.

M. le président. Il faut conclure !

Mme Laurence Harribey. Notre groupe déposera bientôt une proposition de loi en ce sens : ce sera l'occasion de constater qui a la volonté de coconstruire.

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