Question de M. DEMILLY Stéphane (Somme - UC) publiée le 25/05/2023

Question posée en séance publique le 24/05/2023

M. le président. La parole est à M. Stéphane Demilly, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

M. Stéphane Demilly. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Je souhaite évoquer un grave sujet de fond, mais permettez-moi de le faire par le biais d'une rhétorique un peu inhabituelle : celle d'une charade, intitulée « Je fais ce que je veux, quand je veux, comme je veux et où je veux ! ».

Mon premier est une manifestation dite musicale, interdite par deux arrêtés préfectoraux.

Mon deuxième a réuni, malgré l'État de droit dans lequel nous vivons, plus de 30 000 personnes dans un petit village de l'Indre qui a subitement vu sa population multipliée par deux cent soixante-treize pour devenir, le temps d'un long week-end, la capitale de la rave-party.

Mon troisième, malgré la mobilisation de trois cent vingt gendarmes, s'est soldé par plus de cinq cents prises en charge par les services de secours, dont trente évacuations de personnes en urgence absolue.

Mon quatrième a produit quinze tonnes de déchets sur un terrain privé dont le propriétaire a vu converger en quelques heures, sans en être averti, une marée humaine de teufeurs.

Mon tout apporte de l'eau au moulin de ceux qui s'inquiètent du délitement de l'autorité de l'État.

Cet épisode du Teknival est loin d'être isolé. D'autres départements, y compris le mien, ont dû subir cette dictature de l'urgence et de la masse.

Si je sais bien, comme le rappelait Machiavel, que « le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal », j'ai toutefois deux questions à poser au Gouvernement au sujet de cet épisode affligeant.

La première est peut-être naïve, mais comment se fait-il que tout le monde ait été au courant de ce rassemblement, sauf ceux qui devaient l'être ?

La seconde est d'ordre pragmatique : pour dissuader ce genre d'événements illégaux et dangereux - sans parler de la consommation de drogue et d'alcool -, ne faut-il pas durcir les sanctions contre les organisateurs qui individuellement, à l'heure actuelle, ne risquent rien, si ce n'est 1 500 euros d'amende ?

Ces images de tant de désinvolture ont une résonance terrible dans l'opinion publique ! Au reste, je pense que le ministre de l'intérieur le sait fort bien. (Applaudissements sur les travées des groupes UC et Les Républicains.)

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Réponse du Secrétariat d'État auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer, chargé de la citoyenneté publiée le 25/05/2023

Réponse apportée en séance publique le 24/05/2023

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État chargée de la citoyenneté.

Mme Sonia Backès, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer, chargée de la citoyenneté. Monsieur le sénateur Demilly, vous nous interrogez sur le rassemblement festif musical du 17 mai, baptisé Teknival Frenchtech 2023. Comme vous l'avez dit, il n'a pas été déclaré et aucune demande d'autorisation n'a été faite.

Pour répondre à votre première question, les renseignements territoriaux avaient bien identifié l'organisation en cours d'une manifestation de ce type dans le centre de la France. Mais, comme vous le savez, le lieu exact n'a été défini que quelques heures avant le rassemblement.

Ainsi, en quelques heures, près de vingt-cinq mille personnes se sont réunies sur le site. Cet événement a été organisé dans l'urgence, alors que les conditions ne s'y prêtaient absolument pas, ni d'un point de vue sanitaire ni d'un point de vue sécuritaire.

Je remercie les services de l'État, qui se sont rendus disponibles et ont été extrêmement efficaces pour accompagner cette manifestation. Sous l'autorité du préfet et en urgence, les moyens de l'État ont été mobilisés. Les services du conseil départemental, en particulier les sapeurs-pompiers, et les associations de sécurité civile l'ont été également.

Le préfet a coordonné, avec succès, un dispositif opérationnel pour garantir l'ordre public et éviter la circulation de festivaliers quittant le rassemblement sous l'emprise de l'alcool. Nous avons renforcé les moyens de manière significative : vous avez évoqué le chiffre de trois cent vingt gendarmes, monsieur le sénateur, mais ce sont en réalité quatre cent trente-quatre gendarmes qui ont été mobilisés sur l'opération pour empêcher tout trouble majeur à l'ordre public.

Nous pouvons tous ensemble saluer le bilan de l'opération : 30 200 personnes et 13 300 voitures ont été contrôlées ; cent cinquante-cinq personnes ont été verbalisées pour conduite en état d'ébriété et trente-deux pour usage de stupéfiants ; 300 grammes de résine de cannabis, 1 kilo d'herbe de cannabis et 40 grammes de cocaïne ont été saisis. Nous avons également saisi les groupes électrogènes.

La plupart des organisateurs ont été identifiés. Des procédures sont en cours et ils seront bien évidemment sanctionnés. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)

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