Question de M. RETAILLEAU Bruno (Vendée - Les Républicains) publiée le 12/10/2023

Question posée en séance publique le 11/10/2023

M. le président. La parole est à M. Bruno Retailleau, pour le groupe Les Républicains. (Vifs applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Bruno Retailleau. Madame la Première ministre, rien de ce qui est inhumain ne doit nous être étranger. Aujourd'hui, nous nous sentons tous Israéliens ; nous nous sentons aussi tous Arméniens. Ces deux peuples sont liés par leur destinée tragique, en particulier par deux génocides.

Dans le Caucase du Sud, les plans du satrape de Bakou ont réussi sans rencontrer la moindre opposition, si ce n'est quelques gesticulations. Il a commencé par organiser un blocus pour affamer, pendant de longs mois, toute la population du Haut-Karabagh. Il a ensuite porté le coup de grâce et achevé le travail en jetant sur les routes d'un exode sans retour près de 110 000 Arméniens. Presque trois mille ans de présence arménienne, trois millénaires d'histoire ont ainsi été effacés en trois jours.

Madame la Première ministre, mes questions sont précises, et je sais que vos réponses le seront.

Premièrement, cette opération est-elle, pour vous, une épuration ethnique ?

Deuxièmement, puisque l'Arménie est désormais menacée dans sa souveraineté, quelles mesures comptez-vous prendre pour la protéger ? En particulier, comptez-vous dénoncer l'accord scélérat de Bakou...

Mme Catherine Morin-Desailly. Très bien !

M. Bruno Retailleau. ... que Mme von der Leyen a signé en dépit des sanctions prononcées, puisque l'on sait que le gaz dont dispose l'agresseur vient pour partie de Moscou ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées des groupes UC et SER.)

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Réponse du Première ministre publiée le 12/10/2023

Réponse apportée en séance publique le 11/10/2023

M. le président. La parole est à Mme la Première ministre.

Mme Élisabeth Borne, Première ministre. Monsieur le président Bruno Retailleau, le Sud-Caucase est touché par des événements d'une immense gravité, et l'horreur que connaît Israël depuis samedi dernier ne doit pas nous le faire oublier.

En quelques jours, des familles entières ont dû quitter leurs maisons et leurs terres ancestrales. Un véritable exode visant plus de 100 000 Arméniens du Haut-Karabagh a été organisé.

Je connais votre attachement à l'Arménie et à la défense du peuple arménien. Ce drame a provoqué un véritable choc, et je m'associe évidemment à l'émotion qu'il vous inspire.

Dès le début, la France a été en première ligne. Nous avons fermement condamné l'attitude de l'Azerbaïdjan.

Mme la ministre de l'Europe et des affaires étrangères s'est rendue à Erevan le 3 octobre dernier. Nous apportons notre plein soutien politique aux autorités arméniennes pour que l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'inviolabilité des frontières du pays ne soient à aucun moment remises en question.

En parallèle, nous avons triplé notre aide humanitaire, afin d'aider l'Arménie à accueillir les milliers de réfugiés du Haut-Karabagh. Comme l'a dit le Président de la République à Grenade, nous soutenons le renforcement de la coopération de l'Union européenne avec l'Arménie.

Monsieur le président Retailleau, je le rappelle : le président azerbaïdjanais avait pris l'engagement clair de ne pas faire usage de la force dans le Haut-Karabagh. C'était à Prague, au mois d'octobre 2022, lors de la première réunion de la Communauté politique européenne. Force est de constater que cet engagement n'a pas été tenu.

Afin de sortir de cette crise, nous plaidons bien sûr pour que l'Arménie et l'Azerbaïdjan se parlent. Une réunion se tiendra d'ici à la fin du mois à Bruxelles, sous l'égide de Charles Michel. Nous serons extrêmement vigilants sur l'attitude qu'adoptera le président Aliyev. Ces discussions doivent permettre de parvenir à un accord de paix respectueux du droit international. Nous ne transigerons pas sur ce point.

Enfin, tout en excluant la moindre logique d'escalade, nous avons renforcé notre coopération de défense avec l'Arménie. Je vous confirme que nous avons décidé d'autoriser la fourniture de matériel militaire à ce pays, pour qu'il soit en mesure d'assurer sa défense.

Ainsi que l'a indiqué le Président de la République hier, nous voulons continuer à discuter avec tous les acteurs, pour protéger au mieux l'Arménie et pour appeler l'Azerbaïdjan à la responsabilité. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à M. Bruno Retailleau, pour la réplique.

M. Bruno Retailleau. Madame la Première ministre, cessez de mettre sur le même plan le bourreau et la victime, l'Azerbaïdjan et l'Arménie !

Le 21 février prochain, le Président de la République fera entrer au Panthéon Missak Manouchian. Orphelin du génocide arménien, celui-ci pénétrera dans ce temple de la gloire nationale accompagné du terrible cortège de ses frères d'armes, qui étaient tous, selon les mots d'Aragon, « des Français de préférence », ayant rejoint la Résistance. Il y entrera accompagné aussi de cette épouvantable clameur anonyme, de toutes ces vies broyées, oubliées, écrasées par le génocide et qui, du fond de leur tombe, implorent la protection de la France pour le peuple arménien d'aujourd'hui.

Au moment où le Président de la République célébrera, dans son discours, l'héroïsme et le courage de Missak Manouchian, peut-être songera-t-il avec quelques regrets à ce même courage qui fait tant défaut aujourd'hui pour être à la hauteur de l'histoire... (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP, ainsi que sur des travées des groupes SER et CRCE-K.)

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