Question de M. VOGEL Louis (Seine-et-Marne - Les Indépendants) publiée le 19/10/2023

Question posée en séance publique le 18/10/2023

M. le président. La parole est à M. Louis Vogel, pour le groupe Les Indépendants - République et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP.)

M. Louis Vogel. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Samuel Paty, Dominique Bernard : comment en sommes-nous arrivés là ?

L'école républicaine est en principe le lieu où chacun peut tirer le meilleur de lui-même.

L'école républicaine, c'est aussi le creuset de notre démocratie, le meilleur moyen d'intégrer et de souder notre communauté nationale.

Or nous avons laissé le pacte se faire entamer et grignoter par petits bouts. En réalité, nous sommes aujourd'hui engagés dans un combat de valeurs : les valeurs républicaines contre l'intégrisme, les Lumières contre l'obscurantisme, la démocratie contre le fanatisme.

Ce n'est pas un hasard si les professeurs d'histoire sont les premières cibles dans ce combat, si tous les enseignants sont en première ligne. Leurs témoignages se multiplient. Ils dénoncent les agressions verbales ou physiques, les intimidations qu'ils subissent au quotidien, encore amplifiées aujourd'hui par les réseaux sociaux et leur immédiateté.

Au même titre que les élus, les professeurs sont les meilleurs garants de l'ordre républicain. Les enseignants doivent pouvoir transmettre nos valeurs communes en toute liberté.

Pour leur permettre d'exercer leur métier, nous devons bien sûr assurer leur protection, mais cela ne suffira pas. Nous devons davantage valoriser leur rôle, peut-être organiser les enseignements, notamment civiques, de façon à les laisser moins seuls dans l'accomplissement de leur mission et peut-être intervenir dès leur formation pour mieux les préparer et leur permettre de continuer d'être ce qu'ils ont toujours été, les hussards de la République.

Monsieur le ministre, l'heure est grave. Que comptez-vous faire pour mieux protéger et mieux aider nos enseignants dans l'exercice de leur mission, qui est essentielle à notre démocratie ? (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP, ainsi que sur des travées du groupe UC.)

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Réponse du Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse publiée le 19/10/2023

Réponse apportée en séance publique le 18/10/2023

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

M. Gabriel Attal, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur Louis Vogel, un enseignant sur deux déclare s'être déjà autocensuré dans ses enseignements par crainte de réactions ou de représailles. C'est dire à quel point ce phénomène est structurant.

Il concerne, comme vous l'avez mentionné, les professeurs d'histoire-géographie, mais il peut également toucher des professeurs de lettres et de philosophie, ainsi que des professeurs de sciences de la vie et de la terre dans un certain nombre d'établissements. Nous devons regarder ce phénomène en face et nous montrer implacables.

Si nous voulons lutter contre l'autocensure, la première chose à faire, c'est d'être en toutes circonstances aux côtés de nos enseignants, en les soutenant lorsqu'ils font face à ces situations, en les encourageant à les signaler et en nous montrant exemplaires en matière de sanctions. C'est la première étape.

La seconde chose à rappeler constamment - ce n'est pas toujours fait -, c'est que la relation entre un enseignant et ses élèves n'est pas une relation d'égal à égal.

M. Laurent Duplomb. Enfin !

M. Gabriel Attal, ministre. Il y a celui qui sait et qui tire autorité de ce savoir, et il y a ceux qui apprennent.

M. Jacques Grosperrin. Très bien !

M. Gabriel Attal, ministre. Cela paraît une évidence, mais, malheureusement, cela ne l'est plus partout dans notre pays, et il est nécessaire de le rappeler.

La troisième chose, comme vous l'avez souligné, monsieur Vogel, c'est de travailler en collaboration avec les enseignants, en adaptant parfois, s'ils le demandent, le format de certains cours, afin de garantir que ceux-ci soient dispensés en toute sérénité.

Lors de mes déplacements sur le terrain, a été évoquée la possibilité de prévoir pour certains sujets, tels que la laïcité, un renfort de personnes extérieures venues du ministère, comme nos formateurs de laïcité ou les équipes Valeurs de la République des rectorats, qui viendraient soutenir les enseignants, sur leur demande, pour les décharger d'une partie du poids qu'ils subissent face à certains élèves.

Cette approche fait partie des pistes que j'explore en collaboration avec les organisations syndicales représentatives des enseignants. Je sais que je pourrai compter sur le soutien de la représentation nationale pour progresser dans ce chantier, qui revêt une importance fondamentale pour notre école et, par conséquent, pour notre République. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées des groupes INDEP et RDSE.)

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