ANNEXE 3 :

LES CIRCULAIRES RELATIVES À LA PRÉPARATION
DES TROISIÈMES CONTRATS DE PLAN ÉTAT-RÉGION

Cette annexe reproduit les deux principales circulaires relatives à la préparation des troisièmes contrats de plan Etat-Régions :

- la circulaire du Premier ministre en date du 31 mars 1992, relative à la préparation du XI e Plan ;

- la circulaire du Premier ministre en date du 20 juillet 1992, relative à " la stratégie de l'Etat en région ".

Circulaire du Premier ministre du 31 Mars 1992,

relative à la préparation du XI e Plan

Le Premier ministre à Mesdames et Messieurs les ministres et secrétaires d'Etat (copie pour attribution à Messieurs les préfets de région)

La préparation du XI e Plan va commencer : c'est un moment important de notre vie économique et sociale au cours duquel toutes les forces vives du pays vont être amenées à réfléchir aux objectifs que la France doit s'assigner, de 1993 à 1997.

La mondialisation de l'économie, la construction de la Communauté européenne et les nouveaux partages de compétences qu'elle entraîne, la multiplication des centres de décision, la décentralisation sont autant de facteurs qui imposent aujourd'hui de renouveler profondément la manière de construire et de traduire cette ambition collective qu'est le Plan.

Je souhaite que, prolongeant l'effort amorcé dans cette direction par le X e Plan (1989-1992), la préparation du XI e Plan marque un renouvellement profond des méthodes. Ce doit être l'occasion d'une vraie réflexion stratégique conduite sur l'ensemble du territoire, à laquelle soit effectivement associé le plus grand nombre d'acteurs économiques et sociaux et prenant en compte les principaux travaux de réflexion à moyen terme menés par ailleurs.

Afficher un certain nombre de règles du jeu et de principes suffisamment robustes pour être considérés par l'ensemble des acteurs comme des données ; définir, non pas une fois pour toutes, mais avec le souci d'en évaluer régulièrement les résultats et de les adapter en conséquence, les lignes de force des politiques publiques conformes aux objectifs que la nation s'est fixés ; favoriser la cohérence des stratégies des différents acteurs, en particulier de ceux qui interviennent sur le territoire de chaque région ; tel est l'enjeu d'une planification stratégique et sélective.

Sa réussite impose une mobilisation de vos services sur ce projet, à travers la participation à un haut niveau de vos représentants dans les instances de concertation et la mise à disposition de ces dernières de l'ensemble des informations et travaux utiles. Cette mobilisation doit valoir tant pour le dispositif national de concertation que pour la planification décentralisée et leur prolongement ultérieur, la prochaine génération de contrats de plan.



1. Le dispositif national de concertation

Le dispositif national de concertation qui fonctionnera de mars à décembre 1992 correspond aux principes d'une planification sélective. Il est concentré autour d'un petit nombre de groupes et de commissions visant à approfondir les axes prioritaires que j'ai fixés pour la préparation du XI e Plan. Trois priorités me paraissent en effet s'imposer :

1. Moderniser Etat, administration et services publics. La société bouge ; les services aux publics doivent s'adapter, pour être mieux rendus, mais aussi être plus valorisants pour les agents publics eux-mêmes.

2. Développer une compétitivité solide de notre économie, dans tous ses secteurs, mais aussi dans tous ses aspects : une place spécifique sera faite à l'évolution des relations sociales dans les entreprises.

3. Assurer un meilleur cadre de vie. Plus grande place de l'environnement dans notre société, cohésion sociale renforcée et développement équilibré des territoires en sont des composantes essentielles.

Cinq commissions traiteront de ces trois priorités.

Les commissions s'appuieront sur les travaux des groupes spécifiques (" Education et formation ", " Villes ", " Création culturelle ", " Recherche et technologie ", " Décentralisation ") pour mener des investigations parfois à la charnière de plusieurs commissions.

Enfin, quatre groupes de concertation transversaux sont chargés, sur des thèmes qui concernent l'ensemble des travaux du XI e Plan (enjeux internationaux, perspectives économiques, emploi, outre-mer) d'une double mission : conduire une réflexion propre et proposer des orientations d'une part ; veiller à ce que toutes les commissions prennent en compte ces dimensions essentielles d'autre part. Chacun d'eux organisera la concertation selon des modalités spécifiques, adaptées au thème qu'il a à traiter.

La composition des commissions reflétera la double nécessité d'une connaissance approfondie de l'environnement international et d'une approche territoriale, notamment régionale, du développement économique et social.

Groupes et commissions pourront asseoir leurs analyses sur un document introductif établi par le Commissariat général du Plan qui fournira des éléments de réflexion communs à tous ceux qui participeront aux travaux menés tant au niveau central que dans les régions.

Ils pourront prendre appui sur les travaux de prospective déjà disponibles ou lancés, notamment à l'initiative du Commissariat général du Plan. Une information étroite sur les travaux des groupes d'études et de mobilisation (GEM) sera assurée tout au long du processus, y compris avec les groupes d'études et de mobilisation régionaux. Enfin, le Conseil national de l'aménagement du territoire adressera d'ici l'été aux commissions un rapport sur les orientations souhaitables à moyen terme de l'aménagement du territoire.



L'association des régions à la planification nationale pourra prendre la forme de contributions demandées aux partenaires régionaux sur la base des mandats des commissions ou groupes ainsi que sur les avants-projets de rapports. Les rapports des groupes et commissions, s'ils n'engagent pas directement les pouvoirs publics, ont vocation à être des documents de référence pour les décideurs publics ou privés. Aussi devront-ils tendre à être le plus possible des documents d'orientation sélectionnant quelques axes d'action majeurs et explorant les modalités de leur mise en oeuvre.

Afin de leur assurer la diffusion la plus large, je souhaite que les instances nationales de concertation définissent, dès leurs premières réunions et en liaison avec le Commissariat général du Plan, un programme de communication et de valorisation externe de leurs travaux aussi diversifié que possible.



2. La planification décentralisée

Je souhaite faire franchir une nouvelle étape à la décentralisation de la réflexion stratégique.

Une articulation étroite sera organisée entre les procédures nationale et régionales de planification afin que tous les acteurs disposent, en même temps, d'une information comparable et que les convergences puissent émerger le mieux possible, dans le respect des responsabilités et des compétences de chacun (cf. annexe III).

En second lieu, je demande aux préfets de région d'expliciter la stratégie de l'Etat dans leur région (cf. annexe IV), c'est-à-dire de préciser, dans un cadre de cohérence à la fois sectoriel et territorial, les orientations des actions de l'Etat à moyen terme, en les déclinant en fonction des réalités régionales. L'élaboration des stratégies de l'Etat dans chaque région constituera une contribution importante aux travaux de planification tant nationale que régionale. Les propositions des préfets de région feront l'objet d'un examen interministériel et seront, ensuite, formalisées en vue d'une approbation en comité interministériel d'aménagement du territoire.

Au-delà des travaux de planification, ces stratégies de l'Etat dans chaque région, ainsi arrêtées, apporteront non seulement un cadre de référence pour les choix relatifs à l'exercice déconcentré des compétences de l'Etat, notamment ceux concernant les opérations contractualisables, mais encore un éclairage nouveau pour la préparation de leurs esquisses budgétaires par les départements ministériels.

Ces dispositions sont une composante du processus de planification régionale, qui relève de la responsabilité des conseils régionaux. Elles sont nécessaires pour conférer au plan régional sa véritable vocation d'ambition commune, de " projet partagé " du territoire régional.

La planification régionale est, en effet, aujourd'hui, l'outil essentiel pour assurer sur un territoire, par la voie du dialogue entre partenaires responsables, la convergence indispensable des orientations publiques à moyen terme.

A ce titre, les collectivités territoriales dans la région seront invitées à se rapprocher pour rechercher une mise en cohérence de leurs actions.

Cette concertation pourrait être éventuellement formalisée dans un " protocole " d'orientations communes, établi entre la région et les collectivités infrarégionales, à l'image de ce que propose le Conseil économique et social dans son avis du 27 mars 1991.

Outre la concrétisation des priorités du plan régional, un tel " protocole " qui formaliserait le champ et les lignes directrices des différentes contributions à sa réalisation, permettrait à chaque collectivité de se situer dans la dynamique d'ensemble du plan régional.

Ce " protocole ", auquel l'Etat ne saurait être partie prenante, vise ainsi à une concertation des collectivités de la région sur des priorités et des objectifs, hors financement et hors calendrier.



Mais le plan régional et les priorités qu'il définit auront une valeur d'engagement d'autant plus forte que les conseils régionaux auront manifesté la volonté, et la capacité, d'associer à leurs travaux l'ensemble des acteurs publics et socio-économiques de leur territoire. Il m'apparaît donc souhaitable que cette concertation régionale puisse s'engager rapidement.

Car la qualité des travaux de planification et de la concertation déployée conditionnera évidemment la qualité des programmes contractuels susceptibles d'être engagés.

Une circulaire adressée aux préfets de région sera élaborée et soumise à un prochain CIAT.

Elle précisera les conditions de mise en oeuvre de la nouvelle génération des contrats de plan en application du CIAT du 3 octobre 1991. Elle mettra notamment l'accent sur la recherche d'une plus grande cohérence et la nécessaire contractualisation par objectif.

ANNEXE I :

CALENDRIER DE PRÉPARATION DU XI e PLAN.

Année 1992 : travaux de concertation :

Mars-novembre :

- travaux des commissions et groupes du Plan ;

- réunions à l'initiative du commissaire au Plan des présidents des commissions nationales, des présidents des conseils régionaux et des préfets de région (ou de leurs représentants).

Septembre :

- transmission au Commissariat général du Plan des grandes orientations régionales retenues par les conseils régionaux ;

- transmission au Commissariat général du Plan par les préfets de région des premiers axes de la stratégie de l'Etat en région et des orientations par " grands chantiers " inter-régionaux.

Octobre :

- établissement par les groupes et commissions du Plan d'un relevé de leurs principales conclusions.

Décembre :

- remise, puis publication des rapports des commissions et groupes du Plan ;

- document de synthèse adressé par le commissaire au Plan au Premier ministre à l'issue des travaux de concertation.

Année 1993 : vote du XIe Plan et signature des contrats de plan :

Janvier :

- adoption par le Gouvernement d'un document sur " les orientations fondamentales du XI e Plan " ;

- approbation par un CIAT des documents d'orientation de la stratégie de l'Etat en région et des orientations par " grands chantiers " inter-régionaux.

Février :

- débat au Conseil économique et social sur " les orientations fondamentales du XI e Plan ".

Premier trimestre :

- élaboration par le Gouvernement du projet du XI e Plan.

Deuxième trimestre :

- vote de la loi du XI e Plan après avis du Conseil économique et social ;

- période souhaitable pour l'adoption des plans régionaux.

Deuxième semestre :

- approbation en fin d'année des contrats de plan.

ANNEXE II :

LES COMMISSIONS ET GROUPES DU XI e PLAN

I - Groupes transversaux de concertation :

GT n° 1 : " Monde-Europe " ;

GT n° 2 : " Perspectives économiques " ;

GT n° 3 : " Emploi " ;

GT n° 4 : " Outre-mer ".

II. - Commissions :

Commission n° 1 : " Etat, administration et services publics de l'an 2000 : modernisation et efficacité " ;

Commission n° 2 : " La compétitivité française " ;

Commission n° 3 : " Agriculture et développement rural " ;

Commission n° 4 : " Cohésion sociale et prévention de l'exclusion " ;

Commission n° 5 : " Environnement, qualité de la vie, croissance ".

III. - Groupes :

" Education et formation " (commun aux commissions n° 2 et n° 4) ;

" Création culturelle " (commun aux commissions n° 2 et n° 4) ;

" Décentralisation : bilan et perspectives " (commission n° 1) ;

" Recherche, technologie et compétitivité " (rattaché à la commission n° 2) ;

" Villes " (rattaché à la commission n° 4).

ANNEXE III :

ARTICULATION ENTRE LES PROCÉDURES NATIONALE

ET RÉGIONALE

Les démarches de planification nationale et de planification régionale doivent être très étroitement articulées.

Les conseils régionaux, pour leur responsabilité de planification régionale, et les préfets de région, pour la formalisation de la stratégie de l'Etat en région, sont aussi des interlocuteurs de la planification nationale.

Un dispositif organisant les relations entre les niveaux national et régional de la planification a donc été arrêté :

- le commissaire au Plan est chargé de réunir périodiquement les présidents des commissions nationales, les présidents des conseils régionaux et les préfets de région, ou leurs représentants, pour faire le point des études engagées et formaliser le dialogue avec les responsables territoriaux sur l'analyse et l'expression des orientations nationales ;

- une circulation permanente de l'information entre niveaux national et régional sera assurée par le Commissariat général du Plan au travers des séminaires mensuels d'Infoplan ;

- un document introductif de réflexion commune aux exercices national et régionaux de planification sera établi par le commissaire au Plan ;

- les mandats des commissions nationales du XI e Plan seront communiqués aux partenaires régionaux pour permettre aux uns d'inscrire leurs réflexions dans les problèmes de portée nationale, et aux autres de prendre en compte les dimensions territoriales des thèmes à traiter ; dans la même perspective, les commissions du XI e Plan seront incitées à faire réagir les échelons régionaux qui le souhaitent, sur leurs propositions, et à leur confier l'examen de problèmes spécifiques à caractère régional ou interrégional ;

- chaque commission du XI e Plan comprendra un à deux experts de terrain, impliqués dans le développement territorial ;

- un calendrier coordonné des travaux impose de transmettre au CGP dès septembre 1992, pour exploitation par les commissions nationales, les grandes orientations régionales retenues par les conseils régionaux et les premiers axes de la stratégie de l'Etat en région.

ANNEXE IV :

LA STRATÉGIE DE L'ÉTAT EN RÉGION

Planification régionale et stratégie de l'Etat en région sont des démarches étroitement complémentaires : l'une formalise les ambitions partagées d'un territoire et l'autre précise les orientations des actions de l'Etat sur ce même territoire. Elles doivent donc être élaborées dans le même cadre territorial et temporel pour s'enrichir réciproquement.

La stratégie de l'Etat en région fera l'objet d'un avant-projet préparé par le préfet de région, sur la base des priorités nationales, en liaison avec les préfets des départements et en concertation avec les responsables régionaux des services publics industriels et commerciaux (EDF, GDF, France Télécom, La Poste, SNCF, sociétés d'autoroutes). Le préfet de région disposera, à cet effet, du plus large concours des départements ministériels concernés et plus particulièrement de celui de la délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale, de la délégation interministérielle à la ville et du Commissariat général du Plan.

Les analyses et propositions formulées par les préfets de région seront examinées au niveau interministériel avec les administrations centrales concernées, et seront ensuite formalisées dans des documents d'orientation de la stratégie de l'Etat en région, approuvés en comité interministériel d'aménagement du territoire. Ces documents d'orientation serviront notamment à la préparation des mandats de négociation qui seront adressés aux préfets de région pour l'élaboration des contrats de Plan.

Le ministre des départements et territoires d'outre-mer, le commissaire au Plan et le délégué à l'aménagement du territoire et à l'action régionale donneront mandat aux préfets de région pour qu'ils engagent l'élaboration des avant-projets de document d'orientation de la stratégie de l'Etat en région, suivant une chronologie qui soit cohérente avec celle des travaux de planification nationale et celle des réflexions menées dans le cadre interrégional des " grands chantiers " de la politique d'aménagement du territoire.

Le commissaire au Plan et le délégué à l'aménagement du territoire et à l'action régionale sont, par ailleurs, chargés d'étudier, en liaison étroite avec les ministères de l'économie, des finances et du budget, de l'intérieur et des départements et territoires d'outre-mer, les caractéristiques et la formulation type de la stratégie de l'Etat en région, qui permettent une exploitation efficace aussi bien individuelle que consolidée pour l'ensemble du territoire national.

Outre une contribution importante aux travaux de planification tant nationale que régionale, la formulation de la stratégie de l'Etat en région par les préfets de région s'inscrit directement dans la logique de la déconcentration.

Elle conditionne aussi le développement et la diffusion de la démarche d'évaluation, mesurant les effets obtenus et fournissant des informations sur l'adéquation de la stratégie et des moyens utilisés aux problèmes traités.

Un rapport synthétique d'évaluation de la stratégie de l'Etat en région sur la période couvrant l'exercice budgétaire écoulé me sera adressé avec des propositions d'actualisation, chaque année au 1er mai au plus tard, par chaque préfet de région.

ANNEXE V :

LA PLANIFICATION RÉGIONALE.

1. Planification régionale et décentralisation

La planification régionale représente un des acquis essentiels de la décentralisation ainsi qu'un enjeu majeur pour son approfondissement.

La loi du 29 juillet 1982 portant réforme de la planification, celle du 7 janvier 1983 sur les transferts de compétences aux collectivités locales et les décrets d'application ont confié aux conseils régionaux une compétence générale en matière de planification, de développement économique et d'aménagement du territoire régional.

Compte tenu des principes de la décentralisation qui consacrent la libre gestion des collectivités locales, seul un dialogue permanent entre les différents niveaux d'administration publique - et l'élaboration d'un plan régional est par excellence l'enjeu de ce dialogue - évite les risques potentiels résultant d'un cloisonnement excessif de l'exercice de leurs compétences par les diverses collectivités locales.

Dans la mesure où elle assure une convergence des analyses, une coordination des actions autour de projets communs, une complémentarité des interventions et une appréciation commune des résultats, la planification régionale apparaît, aujourd'hui, comme le meilleur outil disponible pour assurer localement la cohérence indispensable de toutes les orientations publiques à moyen terme.

De plus, elle constitue, tant par son processus que par son contenu, un instrument privilégié de développement économique et social pour la région et, à travers elle, pour la nation :

- en obligeant à la communication et à l'échange, elle conduit à surmonter les cloisonnements, les incompréhensions et les clivages ;

- en amenant les acteurs à se projeter dans l'avenir, elle est facteur de mobilisation ;

- en harmonisant le développement engagé par le niveau national et celui qui résulte des initiatives régionales et locales, elle assure la synergie des différents niveaux :

- en veillant à la complémentarité entre les mesures de renforcement des espaces prospères et les mesures de solidarité à l'égard des zones menacées, elle étaie la compétitivité de l'ensemble du territoire régional.



2. Principes d'élaboration du plan régional

Dépassant la simple recherche d'une optimisation de la gestion du budget du conseil régional, la planification régionale doit viser à ordonner, voire à fédérer, dans une ambition commune (le projet de la région-territoire), les stratégies des différents acteurs intervenant ou opérant sur le territoire régional, et notamment :

- l'Etat : plan national et sa traduction sur le territoire régional explicitée par le préfet de région (stratégie de l'Etat en région) ;

- les départements qui se sont quasiment tous engagés dans la mise au point de schémas directeurs (action sociale, tourisme, aménagement rural, ) ;

- les villes qui formalisent de plus en plus des documents à visée stratégique (plans d'occupation des sols, projets d'agglomération, chartes de développement, réseaux de villes, ) ;

- les structures intercommunales à vocation de développement et d'aménagement qui définissent des orientations locales à moyen terme.

Elle doit, de même, prendre en compte les travaux menés par les acteurs économiques et sociaux, au premier rang desquels le conseil économique et social régional, mais aussi les instances consulaires, notamment régionales, le groupe d'étude et de mobilisation régional, les comités de bassins d'emploi, les associations, en fait tous les réseaux d'initiatives de la région.

Les difficultés d'une telle tâche ne doivent pas être sous-estimées : le débat doit être cadré et la concertation organisée. Il revient, bien entendu, à chaque conseil régional de déterminer les modalités d'une telle démarche, mais il est du rôle de l'Etat d'insister sur la nécessité et l'importance vitale d'une concertation de qualité, qui devrait donc être engagée dès la phase d'analyse et se poursuivre tout au long des travaux.

Les préfets de région apprécieront les types de concours que leurs services et les services déconcentrés de l'Etat pourront apporter pour enrichir les travaux de planification régionale. Dans ce cadre, ils ne manqueront pas de répondre aux éventuelles demandes de participation à des instances, du type conférence régionale, ou interrégionale, de planification, qui rassembleraient périodiquement les principaux acteurs et collectivités partenaires.

3. Le plan régional

De la qualité de la concertation dépend évidemment la valeur d'engagement du plan régional. Mais la qualité de la concertation dépend elle-même de la lisibilité des réflexions stratégiques qui auront été conduites.

Il est essentiel qu'à chaque priorité stratégique retenue soit associé un objectif précis exprimant un résultat recherché, explicitant les effets attendus. Mais le fait de définir un objectif avec précision ne signifie pas pour autant qu'il doive être considéré comme rigide et immuable : l'évaluation en continu, l'évolution imprévue de l'environnement peuvent conduire à sa réadaptation.

A chaque objectif défini doit correspondre un plan d'actions, c'est-à-dire un ensemble ordonné et formalisé d'opérations, qui font appel à des compétences nettement identifiées et dont la mise en oeuvre organisée sur un lieu géographique précis ou dans un domaine sectoriel circonscrit devrait conduire à la réalisation de cet objectif.

L'existence d'un protocole d'orientations communes répondrait à cette exigence de clarté tout en respectant l'identité culturelle qui doit caractériser chaque plan régional.

Il identifierait, pour chacun des objectifs sous-tendus par une priorité du plan régional, les actions qui reviendraient en propre à chacun des acteurs et seraient susceptibles d'une mise en oeuvre combinée.

Il permettrait à chacun de se situer dans la dynamique d'ensemble.



Circulaire du Premier ministre du 20 juillet 1992,

relative à la stratégie de l'Etat en région

Le Premier ministre à Messieurs les préfets de région

La loi n°92-125 du 6 février 1992 relative à l'administration territoriale de la République, et le souci de renouvellement de la planification exprimé par la circulaire de mon prédécesseur en date du 31 mars 1992 relative à la préparation du XI e Plan, conduisent à établir, dans chaque région, un document sur la stratégie de l'Etat en région.

Cette démarche, tout à fait nouvelle, propose à l'ensemble des partenaires, collectivités territoriales et services déconcentrés de l'Etat, d'inscrire leurs actions dans une logique d'objectifs cohérents.

Elle a pour vocation :

- d'alimenter les travaux des commissions nationales du XI e Plan par la prise en compte de priorités territoriales, et d'enrichir la préparation du plan régional par l'intégration de données décisives pour le développement économique, social et culturel de la région ;

- de servir de base à l'élaboration du mandat qui vous sera donné pour négocier le prochain contrat de plan Etat-région ;

- d'inscrire localement les différentes interventions de l'Etat dans une logique claire et de favoriser une démarche d'évaluation qui doit devenir progressivement une composante normale des politiques publiques.

Une telle ambition exige de définir la notion de stratégie de l'Etat en région, et de préciser les modalités d'élaboration et d'exploitation de la note d'orientation que vous devez établir dans ce cadre.

1. Définition

La stratégie de l'Etat en région est la combinaison ordonnée d'actions, relevant de priorités qui sont :

- jugées essentielles, donc limitées en nombre ;

- identifiées à partir de la situation régionale et des orientations gouvernementales ;

- exprimées chacune en termes d'effets attendus précis à l'expiration du XI e Plan.

2. Modalités d'élaboration

Il importe que l'élaboration de la note d'orientation sur la stratégie de l'Etat en région s'effectue sur la base d'une méthodologie et de données de référence homogènes pour l'ensemble des régions. vous pourrez utilement appuyer vos travaux sur une étude relative à l'aide de la formalisation de la stratégie de l'Etat en région, qui a été conduite en associations avec les administrations centrales concernées et plusieurs préfectures de région par le Commissariat général du Plan, et qui vous sera ultérieurement adressée. Pour les données de référence, vous prendrez notamment pour base, au niveau national, les statistiques et les indicateurs des régions françaises récemment publiés par l'INSEE et, au niveau européen, le 4 ème rapport périodique de la Commission sur la situation et l'évolution socio-démographique des régions de la Communauté (" Les régions dans les années 90 ").

La préparation du XI e Plan national et l'élaboration de la prochaine génération des contrats de plan doivent être l'occasion d'approfondir la décentralisation et la déconcentration, et faire l'objet de concertations étendues entre tous les partenaires concernés.

Vous organiserez à votre convenance les concertations que vous jugerez indispensables, non seulement au niveau régional, mais également en direction des autres collectivités territoriales et de tous ceux qui, à un titre ou à un autre, jouent un rôle déterminant dans le développement économique et social de votre région.

Vous veillerez toutefois à conduire ces travaux en liaison avec les préfets de départements et en concertation avec les responsables régionaux des services publics, industriels et commerciaux, dont les directions nationales auront été au préalable informées.

3. Présentation de vos propositions

Vos propositions devront faire l'objet d'une note de synthèse de 8 à 10 pages maximum.

a) Vous établirez, dans une première partie, un diagnostic ciblé sur les enjeux nationaux et européens auxquels la région devra faire face, en sélectionnant les problèmes et les handicaps majeurs.

b) Vous énoncerez, dans une seconde partie, ce qui devrait constituer la stratégie globale et les priorités de l'intervention de l'Etat dans votre région, pour les cinq prochaines années, et vous expliciterez les politiques correspondantes, en affectant à chacune d'elles un objectif spécifique, exprimé en termes de résultats recherchés.

Il est indispensable que vos analyses et vos propositions combinent :

- une approche sociale et culturelle, afin de permettre le recensement des catégories et des populations qui devraient principalement bénéficier de mesures de solidarité et de rattrapage ;

- une approche économique, pour retenir les domaines essentiels qui justifieraient la mise en oeuvre de mesures spécifiques de soutien ou de promotion ;

- une approche territoriale qui mette en cohérence les deux précédentes ; l'Etat doit pouvoir identifier les zones géographiques jugées prioritaires pour son intervention, tant pour l'élaboration des contrats de plan, qu'en prévision de la préparation des futurs programmes européens à finalité régionale ; cette approche devra intégrer les réflexions interrégionales.

Si vous l'estimez utile, compte tenu des spécificités de votre région, vous aurez la possibilité de proposer, selon que vous privilégiez telle ou telle approche, une ou deux variantes à une stratégie de base.

c) Vous esquisserez, en conséquence, un plan d'action décrivant l'organisation des moyens et des modes d'intervention liés à votre proposition de stratégie de l'Etat, en distinguant ce qui reviendrait en propre à l'Etat et ce qui nécessiterait un accompagnement par d'autres secteurs.

Vous adresserez votre note d'orientation sur la stratégie de l'Etat pour le 30 septembre prochain, délai de rigueur, au ministre de l'Intérieur et de la sécurité publique, au ministre des Départements et territoires d'outre-mer (pour les régions d'outre-mer), au délégué à l'Aménagement du territoire et à l'action régionale (pour les régions de métropole), et au commissaire au Plan (pour l'ensemble des régions).

4. Exploitation de la note d'orientation

Votre note d'orientation sera exploitée à la fois région par région et de manière synthétique au niveau national, pour enrichir les travaux du Plan national et ceux des départements ministériels, et pour préparer le mandat de négociation du futur contrat de plan Etat-région.

A cet effet, une cellule de suivi, constituée de représentants du Commissariat général du Plan, de la délégation à l'Aménagement du territoire et à l'action régionale, de la délégation interministérielle à la Ville et au développement social urbain, des ministères de l'Intérieur et de la sécurité publique, du Budget, des Départements et territoires d'outre-mer, sera chargée d'exploiter vos propositions en liaison avec les ministères techniques concernés, et vous fera connaître, courant décembre, les modifications et ajustements éventuels à y apporter en fonction des orientations gouvernementales.

Vos propositions feront ensuite l'objet d'une approbation en comité interministériel de l'aménagement du territoire au début de l'année 1993.

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