C. UNE CONSÉQUENCE : L'AFFAIBLISSEMENT DE LA NOTION DE PROJET

Les conséquences du saupoudrage des crédits sur des objectifs flous sont bien connues :

- les cocontractants ont été conduits à accorder la primauté aux financements et aux clefs de financement, au détriment de la définition de priorités, de la réflexion sur les actions les plus efficaces, de la remise à plat des dispositifs existants, de l'étude des projets territoriaux et, pour l'Etat, d'une coopération approfondie entre les services et les ministères ;

- dominés par une lecture budgétaire, les contrats de plan n'ont pas toujours été fondés sur une communauté de projet , les partenaires se transformant en " financeurs " dans le discours de certains élus ou fonctionnaires ;

- il en est parfois résulté ou bien " un effet d'affichage , qui conduit à décevoir les attentes légitimes de nos concitoyens " 89( * ) , ou bien " une logique de guichet et de cueillette " 90( * ) de la part des bénéficiaires des dispositifs contractualisés, c'est-à-dire qu'ils ont au mieux adapté leurs dossiers pour se conformer aux critères établis dans les contrats, au pire, monté ex-nihilo des dossiers pour attirer des cofinancements, sans que ces projets ne correspondent à des dépenses publiques optimales ;

- de même, les projets contractualisés ont davantage été instruits en terme d'éligibilité et de conformité à des critères préétablis, qu'en fonction de leur opportunité économique ;

- le saupoudrage des crédits s'est accompagné d'une dilution de l'action publique, en particulier pour le volet territorial : faute d'assise sur une masse critique de projets émanant des territoires, le " volet territorial " n'a pas toujours enclenché une véritable dynamique de développement et de coopération. Dans certains cas, les animateurs des territoires ont ainsi géré davantage des procédures que des moyens ;

- dans certains cas, " l'inscription financière [dans les contrats de plan] a dédouané d'un réel examen des conditions d'articulation des actions de l'Etat et de la Région " ;

- enfin, " le démarrage de certaines actions a été parfois lent " 91( * ) .

Au total, selon la Cour des Comptes " ces dysfonctionnements font craindre que les ressources considérables ainsi mobilisées n'aient pas leur pleine efficacité, et que la planification, dans de telles conditions, perde de sa cohérence et de sa signification " 92( * ) .

Par surcroît, les contrats de plan y perdent en lisibilité pour le citoyen-contribuable, comme en capacité de mobilisation des énergies et des bonnes volontés au niveau local.

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