SÉANCE DU 11 MARS 1997
M. le président.
M. Dominique Braye attire l'attention de M. le ministre de la culture sur la
situation catastrophique que connaît le château de Rosny-sur-Seine dans les
Yvelines. Dans la nuit du 23 au 24 janvier dernier, une partie très importante
de ce château était entièrement détruite par un incendie, dont la police
judiciaire a établi l'origine criminelle.
Depuis 1985, ce château, dont la valeur historique est unanimement reconnue, a
été sciemment dépouillé de ses richesses patrimoniales et artistiques et laissé
à l'abandon par ses propriétaires japonais, cela au mépris de tous les
engagements qu'ils avaient contractés et de toutes les lois de notre
République.
Le dernier espoir pour ce château est de trouver de nouveaux propriétaires,
désireux de le restaurer. L'imbroglio qui s'est créé autour de sa situation
juridique est tel qu'il décourage d'éventuels acquéreurs, et doit donc être
dénoué au plus vite.
Par conséquent, il lui demande ce que le ministère de la culture, déjà
sollicité à plusieurs reprises par ses soins, sans résultat concret à ce jour,
compte faire pour permettre la sauvegarde du château. (N° 577.)
La parole est à M. Braye.
M. Dominique Braye.
Ma question s'adresse à M. le ministre de la culture.
Dans la nuit du 23 au 24 janvier dernier, une partie très importante du
château de Rosny-sur-Seine, dans les Yvelines, a été entièrement détruite par
un incendie dont la police judiciaire a établi l'origine criminelle. Classé
depuis 1941, ce château n'était malheureusement pas assuré.
Cela constitue la dernière étape d'un triste processus de dégradation et
d'abandon subi depuis douze ans par un château qui fut la demeure de Sully et
de la duchesse de Berry et qui est toujours aujourd'hui la propriété d'une
société japonaise, la Nippon Sangyo, qui possède sept autres châteaux en
France. Cette société a acheté ces châteaux à des conditions préférentielles,
avec la bénédiction des autorités de la protection du patrimoine, parce qu'elle
s'engageait à assurer des restaurations et à les ouvrir à la visite. Rien de
tout cela n'a jamais été fait.
Ces châteaux, qui tous contenaient un mobilier somptueux, ont été sciemment
dépouillés au mépris de toutes les lois de notre République. Depuis 1985,
témoin de ce dépouillement prémédité, la mairie de Rosny-sur-Seine a tout mis
en oeuvre pour obtenir, d'une part, le classement du mobilier, et, d'autre
part, celui du domaine en zone naturelle sensible.
La bataille a été gagnée, mais cela n'a pas empêché que ce mobilier classé,
donc théoriquement protégé, en particulier le fameux salon jaune de la duchesse
de Berry et d'inestimables tapisseries, soit vendu à Drouot et dispersé, en
dépit des dispositions prévues pour ce type de patrimoine.
En 1994, la municipalité et la population de Rosny-sur-Seine s'étaient battues
avec succès pour obtenir une préemption d'Etat pour deux tapisseries qui sont
actuellement exposées à l'hospice Saint-Charles de la ville. Cela prouve bien
qu'avec une mobilisation de tous il est possible d'obtenir des résultats
concrets.
Le ministère de la culture a chaque fois été prévenu de ces manoeuvres
frauduleuses, tant par la mairie de Rosny-sur-Seine que par les élus du Mantois
et les services de la préfecture des Yvelines. Rien n'a jamais été entrepris
sérieusement en haut lieu pour mettre fin aux agissements de ces escrocs, sinon
l'abandon des créances que l'administration fiscale avait auprès d'eux.
Les responsables de cette mise à sac sont connus : il s'agit de Mme Nakahara,
fille du P-DG de la Nippon Sangyo et sa représentante en Europe qui a été mise
en examen en janvier 1996 pour abus de confiance, faux et usage de faux. Il a
été mis fin à sa détention préventive fin décembre dernier - un mois avant
l'incendie - à la suite du paiement d'une caution de 4 millions de francs. Son
mari et associé, M. Perez-Vanneste, alias M. Renoir, est en fuite et fait
actuellement l'objet d'un mandat d'arrêt international pour la même affaire.
Les différents acquéreurs potentiels qui se sont succédé depuis cinq ans se
sont découragés devant cet imbroglio juridique, alors même qu'ils apportaient
une solution pour la survie de ce magnifique château. Depuis l'incendie, il
s'en trouve pourtant encore à vouloir le sauver.
Je tiens aujourd'hui à vous faire part, monsieur le secrétaire d'Etat, du
ressentiment et de la colère de la population de la région de Mantes et de ses
élus, face à l'apparente inertie du ministère de la culture. Nous attendons
aujourd'hui une action concrète et rapide pour que soit mis fin à cette
situation rocambolesque qui n'a que trop duré et pouvoir sauver ce qui reste de
ce château soumis maintenant aux méfaits des intempéries puisque la moitié de
la toiture a été détruite dans l'incendie du 24 janvier dernier.
Monsieur le secrétaire d'Etat, nous le savons tous, dans quelques mois il sera
définitivement trop tard et ce château sera irrémédiablement perdu. Que
comptez-vous faire pour restaurer les droits de la France sur cet élément de
son patrimoine, qui fut la propriété d'un homme d'Etat, symbole d'une France
forte ? Que comptez-vous faire pour redonner vie à ce château édifié par Sully
en personne, sur le lieu de sa naissance ?
Quand la France, sous Henri IV, eut besoin de renflouer ses caisses, Sully fit
couper la forêt de Rosny-sur-Seine au profit de l'Etat. Ne croyez-vous pas,
monsieur le secrétaire d'Etat, que vous avez aujourd'hui l'occasion de vous
acquitter de cette dette morale envers la commune de Rosny-sur-Seine ?
M. le président.
La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. François d'Aubert,
secrétaire d'Etat à la recherche. Je partage, monsieur le sénateur, votre
émotion légitime quant à l'avenir du magnifique château de Rosny-sur-Seine,
construit pour Maximilien de Béthune, duc de Sully, ministre de Henri IV,
transformé au xixe siècle par le duc de Berry, qui vint y habiter en 1818.
Déjà pillé par ses propriétaires, ce magnifique monument vient en effet de
subir un nouveau et terrible coup du sort, puisqu'il a été très gravement
endommagé par un incendie le 24 janvier dernier.
Je souscris également, monsieur le sénateur, à votre conclusion : il est
indispensable que ce château, de même que les huit autres châteaux acquis pour
le compte de la société japonaise Nippon Sangyoo et d'autres sociétés qui lui
sont liées, puisse être acquis par de nouveaux propriétaires dignes et capables
d'en supporter la charge.
Pour autant, la vente du château de Rosny-sur-Seine, comme celle des autres
propriétés qui sont dans une situation similaire, est aujourd'hui rendue très
difficile par un véritable imbroglio judiciaire, que vous avez décrit, monsieur
le sénateur.
En effet, la propriété des huit châteaux a été transférée, en juillet 1995, à
une société en nom collectif, ultérieurement transformée en société anonyme,
dénommée « Châteaux Holdings ».
Des actions pénales et civiles ont été intentées car il semble que ce
transfert de propriété aurait été opéré au préjudice de la société Nippon
Sangyoo à l'aide d'un mandat irrégulier.
Si ces faits étaient prouvés, il est probable que les juridictions civiles
prononceraient la nullité de ce transfert de propriété. La société Nippon
Sangyoo recouvrerait alors la propriété des immeubles. Mais le tribunal de
grande instance de Versailles, saisi de ce dossier, a prononcé un sursis à
statuer dans l'attente de l'achèvement des procédures pénales en cours.
Dès lors, dans l'attente de la décision du juge pénal et de celle, qui lui
sera consécutive, du juge civil, la société Châteaux Holdings est le
propriétaire apparent des châteaux.
Or cette société ne peut pas vendre ces immeubles pour deux raisons : d'une
part, parce qu'elle est sous administration provisoire, et qu'il est de
principe qu'un administrateur provisoire ne peut accomplir d'actes de
disposition, sauf habilitation par les associés ou décision de justice ;
d'autre part, et surtout, parce qu'une telle vente serait extrêmement fragile,
car elle risquerait d'être remise en cause par les décisions de justice qui
doivent intervenir sur la question de la propriété réelle des châteaux.
C'est la raison pour laquelle l'administrateur judiciaire de la société
Châteaux Holdings ne peut envisager aucune vente sans l'accord de la société
Nippon Sangyoo.
Pour l'instant, aucun accord n'a pu être trouvé pour procéder à la vente de
ces propriétés, sauf pour l'une d'entre elles, le domaine de La Grise, en
Maine-et-Loire, qui a été vendu le 30 octobre 1996.
L'Etat ne dispose pas des moyens juridiques d'intervenir dans cette question
de propriété qui relève exclusivement du droit privé et des rapports entre deux
sociétés privées. L'expropriation des châteaux pour cause d'utilité publique ne
peut être envisagée dès lors que ce serait uniquement pour les céder à d'autres
propriétaires privés : il s'agirait d'un détournement de procédure
caractérisé.
Dans le cas de Rosny-sur-Seine, selon les informations les plus récentes, un
accord ne serait pas impossible entre les deux sociétés intéressées en vue
d'une vente. Le ministre de la culture fera naturellement tout ce qui est en
son pouvoir pour favoriser cet accord, à condition, bien sûr, que la vente soit
conclue au profit d'un acheteur sérieux.
Par ailleurs, compte tenu de la nécessité impérieuse de réparer les principaux
dégâts causés par le récent incendie, M. le ministre de la culture a donné
instruction à ses services d'engager immédiatement la procédure d'exécution
d'office des travaux urgents de conservation prévue par la loi du 31 décembre
1913 sur les monuments historiques.
La mise en oeuvre de cette procédure exceptionnelle permettra la mise hors
d'eau du château et évitera - ce qui est déjà important - que sa dégradation ne
se poursuive.
M. Dominique Braye.
Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. Braye.
M. Dominique Braye.
Si je me suis permis d'attirer l'attention sur le château de Rosny, alors que,
dans mon département, existe un deuxième château, celui de Louveciennes, qui
appartient à la même société, c'est que, à la suite de l'incendie du 24 janvier
dernier, l'eau pénètre dans le château et que, si des travaux ne sont pas
entrepris de toute urgence, il sera irrémédiablement perdu.
J'ai pris bonne note de ce que M. le ministre de la culture avait donné les
instruction nécessaires pour que ces travaux d'urgence soient effectués le plus
rapidement possible.
J'espère que, dans un proche avenir, nous pourrons assister à l'ouverture des
travaux de conservation de la toiture, qui permettront d'attendre plus
sereinement la solution du problème juridique.
RÉGIME FISCAL
APPLICABLE AUX ASSOCIATIONS