Séance du 27 mai 1998
M. le président.
« Art. 38
nonies. - Il est inséré, après l'article L. 2333-86 du code
général des collectivités territoriales, un article ainsi rédigé :
«
Art. L. 2333-87. - Les communes peuvent instituer une taxe due, pour
l'année de création de l'établissement, par toute personne exerçant sur le
territoire de la commune une activité saisonnière non salariée à caractère
commercial.
« La taxe est assise sur la surface du local ou de l'emplacement où est
exercée l'activité commerciale ; à défaut de local ou d'emplacement, elle est
établie forfaitairement.
« Son tarif est fixé par une délibération du conseil municipal, prise avant le
1er mars de l'année d'imposition.
« Le recouvrement de la taxe sur les activités à caractère saisonnier est
opéré par les soins de l'administration municipale ; il peut être poursuivi
solidairement contre le propriétaire du local ou du terrain où le redevable
exerce son activité.
« Les modalités d'application de cette taxe sont définies par décret. »
Sur cet article, je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet
d'une discussion commune.
Par amendement n° 46, M. Lambert, au nom de la commission des finances,
propose de supprimer l'article 38
nonies.
Par amendement n° 75, le Gouvernement propose de compléter le troisième alinéa
du texte présenté par cet article pour l'article L. 2333-87 du code général des
collectivités territoriales par les mots et la phrase suivants : « dans la
limite de 500 francs par mètre carré. Le montant de la taxe forfaitaire ne peut
excéder 3 000 francs ».
La parole est à M. Lambert, rapporteur, pour présenter l'amendement n° 46.
M. Alain Lambert,
rapporteur. La commission des finances jette toujours un regard critique
sur la création de taxes nouvelles. Il s'agit cette fois d'une taxe,
facultative d'ailleurs, sur les activités commerciales à caractère
saisonnier.
J'ai sous les yeux un argumentaire qui démontre le caractère peu
constitutionnel du texte qui nous est soumis. Je sais que le Gouvernement s'est
donné beaucoup de peine pour rendre moins inconstitutionnelle la taxe et qu'il
a déposé un amendement n° 75. Il n'empêche, mes chers collègues, que la
commission des finances vous recommande vivement de supprimer cet article.
Cette suppression nous évitera tout tracas quant à la constitutionnalité du
dispositif. Elle nous évitera également, ce qui est positif aussi, de créer une
taxe supplémentaire dans un pays qui en compte déjà beaucoup et, à vrai dire,
beaucoup trop.
(Tout à fait ! sur les travées des Républicains et
Indépendants.)
M. le président.
La parole est à M. le secrétaire d'Etat pour défendre l'amendement n° 75 et
donner l'avis du Gouvernement sur l'amendement n° 46.
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. L'article 38
nonies a été proposé par
l'Assemblée nationale au nom d'une argumentation de caractère fortement rural,
en raison de la concurrence exercée par un certain nombre d'activités
saisonnières à l'encontre des commerces permanents. Cette argumentation se
fondant véritablement sur la vie quotidienne, le Gouvernement avait laissé
passer.
M. le rapporteur se plaint de l'instauration de cette taxe supplémentaire. Sur
le principe, je partage son avis : il ne faut pas multiplier les taxes. Mais,
en l'occurrence, il s'agit de la vie quotidienne dans les communes.
M. le rapporteur a développé une argumentation de type juridique qui a amené
le Gouvernement à proposer, par l'amendement n° 75, de plafonner le montant de
cette taxe, de façon à ne pas encourir de difficultés juridiques en la matière.
La limite serait fixée à 500 francs par mètre carré et, dans le cas où il n'y
aurait ni local, ni emplacement fixe, même saisonnier, le montant de
l'imposition serait déterminé forfaitairement, dans la limite de 3 000
francs.
Voilà ce que nous vous proposons. Je crois que l'amendement de l'Assemblée
nationale, précisé par celui du Gouvernement, constitue un dispositif propre à
favoriser la vie de nos communes, mais vous êtes plus expert que moi en la
matière, monsieur le rapporteur.
M. le président.
Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° 75 ?
M. Alain Lambert,
rapporteur. Je salue l'effort méritoire du Gouvernement pour tenter
d'atténuer les grands risques d'inconstitutionnalité pesant sur cet article.
Aux yeux de la commission des finances, le Gouvernement y parvient peut-être
s'agissant du taux, mais pas vraiment s'agissant de l'assiette, de sorte que
nous n'avons pas été convaincus. Pour cette raison, la commission des finances
a émis un avis tout à fait défavorable sur l'amendement n° 75.
M. le président.
Je vais mettre aux voix l'amendement n° 46.
M. Jean-Philippe Lachenaud.
Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. Lachenaud.
M. Jean-Philippe Lachenaud.
Je voudrais démonter l'argument de la protection des activités en milieu
rural.
Tous ceux qui connaissent le milieu rural - ils sont nombreux sur ces bancs -
savent très bien qu'il est heureux que des activités saisonnières se
développent pendant l'été et les vacances scolaires. Notre objectif, c'est
d'ailleurs d'élargir ces activités et d'en étaler la durée afin de développer
le tourisme « vert ».
Chacun d'entre nous sait bien que ces activités saisonnières, que ces
prestations de loisirs ou touristiques sont des éléments extrêmement importants
de l'animation dans les communes rurales et que les taxer irait véritablement à
l'encontre du but que nous nous sommes fixé.
Cela étant, en proposant un plafonnement, le Gouvernement résout le problème
du taux. En revanche, l'assiette est tout à fait ridicule.
En effet, l'assiette n'a pas de rapport avec la valeur locative ou la nature
de l'activité. Or certaines activités peuvent dégager des marges faibles et
d'autres des marges très importantes. Il est donc complètement absurde d'avoir
la même assiette et un tarif forfaitaire.
Pour ce qui est du recouvrement, mieux vaudrait ne pas en parler. car il
relève non pas de l'administration fiscale, mais des municipalités. Et
j'imagine mal les agents de police municipale, lorsqu'il y en a, faisant office
d'agents de recouvrement. Cette proposition est tout à fait détestable et nous
voterons contre.
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 46, repoussé par le Gouvernement.
(L'amendement est adopté.)
M. le président.
En conséquence, l'article 38
nonies est supprimé et l'amendement n° 75
n'a plus d'objet.
Article 39 bis