Séance du 29 octobre 1998
M. le président.
La parole est à M. Demilly.
M. Fernand Demilly.
Ma question s'adresse à M. le ministre de l'équipement, des transports et du
logement et pourrait se résumer ainsi : est-il encore possible de lancer la
construction de nouvelles autoroutes en France ?
Les récentes décisions de votre ministère, monsieur le ministre, tendaient à
prouver que non seulement le système des concessions d'autoroutes, qui a permis
à la France de rattraper son retard, est remis en question, mais qu'aucune
solution réaliste n'existe pour financer les infrastructures nouvelles de
transport.
Jusqu'en 1997, le système reposait sur un mécanisme simple et efficace, le
système dit de l'adossement. Vous désigniez, monsieur le ministre, une société
concessionnaire chargée de financer, de construire, et d'exploiter chaque
nouveau tronçon ; en échange, les emprunts nouveaux que la société d'autoroute
contractait étaient remboursés par les péages pris sur l'ensemble du réseau.
Pour les nouvelles autoroutes, dites d'aménagement du territoire, il suffisait
de prolonger la concession sur l'ensemble du réseau. Ne serait-il pas logique,
par exemple, que l'usager de l'autoroute A 1, saturée, contribue au financement
de l'autoroute A 24, qui va dédoubler le trafic et améliorer la sécurité ?
Bien que ce transfert de ressources soit cohérent avec la logique
d'aménagement du territoire, on lui reprocherait de détourner l'esprit du
péage, qui consiste à faire payer l'usager, et de créer une distorsion de
concurrence entre les candidats concessionnaires. La direction des routes a
donc décidé de mettre fin à ce système de l'adossement.
Dans ces conditions, la France ne risque-t-elle pas de se voir privée du plus
efficace de ses mécanismes d'aménagement du territoire ? Qui serait alors le
grand perdant de cette nouvelle situation ?
(Applaudissements sur les travées du RDSE, de l'Union centriste, du RPR et des
Républicains et Indépendants.)
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Jean-Claude Gayssot,
ministre de l'équipement, des transports et du logement. Monsieur le
sénateur, vous regrettez l'abandon du système dit d'adossement. Il faut
reconnaître qu'il a eu des qualités, j'en conviens avec vous : il a permis le
développement de 6 700 kilomètres d'autoroutes concédés. Je puis vous dire
d'ailleurs qu'il va continuer à produire ses effets, puisque environ 1 300
kilomètres de section déjà concédés sont en construction ou restent à
construire dans les années qui viennent.
Aujourd'hui, force est de constater que ce système rencontre de sérieuses
difficultés, et ce d'un double point de vue.
Les premières difficultés touchent à l'équilibre financier des sociétés
concessionnaires d'autoroute.
L'accélération du schéma autoroutier de 1994 s'est traduite par des tensions
financières dans certaines sociétés pour lesquelles un adossement
supplémentaire entraînerait des difficultés parfois insurmontables.
Les autres difficultés sont d'ordre juridique.
Les directives communautaires nous obligent en effet à revoir le mode
d'attribution des nouvelles concessions à un moment où la transparence des
choix d'investissements publics se fait plus exigeante.
Le Conseil d'Etat a d'ailleurs annulé les décisions - vous le savez, mesdames
et messieurs les sénateurs - des concessions prises par le gouvernement
précédent au motif que la directive Travaux n'avait pas été appliquée, et je
n'insisterai pas sur la décision prise tout récemment par le Conseil d'Etat
concernant l'autoroute A 86.
En outre, la facilité de financement procurée par la technique de l'adossement
a conduit à certains choix d'investissements qui peuvent être contestables, et
qui ont abouti à un système à deux vitesses dans lequel les ressources
financières étaient sans commune mesure entre le réseau concédé et non concédé,
d'une part, et entre les travaux neufs et les travaux d'entretien, d'autre
part.
Face à cette difficulté, il nous faut mener une réforme du système autoroutier
permettant de poursuivre le développement du réseau d'autoroutes à un rythme
adapté à la demande de transports.
Le Sénat a lui-même engagé une réflexion sur le financement des
infrastructures, et ses travaux seront utiles pour engager les évolutions
nécessaires.
Ces évolutions, auxquelles nous travaillons depuis un an, doivent s'inscrire
dans le droit communautaire. Elles doivent permettre la mise en concurrence
transparente et non discriminatoire pour l'attribution de nouvelles
concessions.
Mes services...
M. le président.
Je vous prie de conclure, monsieur le ministre.
M. Jean-Claude Gayssot,
ministre de l'équipement, des transports et du logement. J'ai terminé,
monsieur le président.
Mes services, dis-je, sont actuellement en négociation avec Bruxelles. Pour
finir, les usagers et les contribuables seront gagnants à travers cette
réforme. Les grands perdants, ce sont ceux qui refusent la transparence dans
les décisions d'investissements.
(Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen,
ainsi que sur les travées socialistes.)
MAINTIEN DE L'ACTIVITÉ
DES CHANTIERS NAVALS DU HAVRE