Séance du 10 novembre 1998
M. le président.
« Art. 13. _ Il est inséré, après l'article 276-4 du code rural, un article
276-5 ainsi rédigé :
«
Art. 276-5. _ I. _
Non modifié.
« II. _ Seuls les chiens et les chats âgés de plus de huit semaines peuvent
faire l'objet d'une cession à titre onéreux.
« III. _
Non modifié.
« IV. _ Toute cession à titre onéreux d'un chien ou d'un chat, faite par une
personne autre que celles pratiquant les activités mentionnées au IV de
l'article 276-3, est subordonnée à la délivrance d'un certificat de bonne santé
établi par un vétérinaire.
« V. _ Toute publication d'une offre de cession de chats ou de chiens, quel
que soit le support utilisé, doit mentionner le numéro d'identification prévu à
l'article L. 324-11-2 du code du travail ou, si son auteur n'est pas soumis au
respect des formalités prévues à l'article L. 324-10 du même code, mentionner
soit le numéro d'identification de chaque animal, soit le numéro
d'identification de la femelle ayant donné naissance aux animaux, ainsi que le
nombre d'animaux de la portée.
« Dans cette annonce doivent figurer également l'âge des animaux et
l'existence ou l'absence d'inscription de ceux-ci à un livre généalogique
reconnu par le ministre de l'agriculture. »
Par amendement n° 13, M. Braye, au nom de la commission, propose de compléter
in fine le II du texte présenté par cet article pour l'article 276-5 du
code rural par les mots suivants : « ou gratuit ».
La parole est à M. le rapporteur.
M. Dominique Braye,
rapporteur. Cet amendement, adopté en première lecture par le Sénat, a
été rejeté par l'Assemblée nationale sans que cette dernière, je crois, en ait
saisi toute la portée.
Ce qui est important dans ce passage de l'article 276-5 du code rural, c'est
que les animaux ne doivent pas quitter leur mère et l'environnement où ils sont
nés avant l'âge de huit semaines. En effet, cette période de la vie, que l'on
appelle le « maternage », est capitale pour l'acquisition des traits de
caractères fondamentaux chez le jeune, acquisition qui ne peut se faire qu'au
contact de la mère. C'est cette période de huit semaines qui va déterminer le
comportement des futurs adultes.
Il est intéressant de constater que, si les spécialistes du comportement canin
divergent parfois quant à leurs analyses et à leurs diagnostics sur certains
problèmes, ils sont en revanche unanimes depuis fort longtemps sur ce point-là.
Ils ont d'ailleurs insisté à nouveau sur l'importance de cette période de
maternage dans le développement de l'agressivité lors du colloque qu'ils ont
tenu jeudi dernier ici même au Sénat.
Si cette donnée élémentaire est étrangère à beaucoup de nos concitoyens, je
peux vous assurer qu'elle n'a pas échappé aux délinquants qui l'utilisent pour
développer l'agressivité des animaux : ils se procurent en effet les chiots les
plus jeunes possible pour mieux les conditionner.
C'est pourquoi, mes chers collègues, si l'on veut donner aux chiens et aux
chats toutes leurs chances d'être équilibrés, il faut impérativement leur
laisser la possibilité de rester avec leur mère jusqu'à l'âge de huit semaines.
Et le fait que la cession soit faite à titre onéreux ou gratuit ne change
absolument rien !
J'ajoute que, dans l'immense majorité des cas, c'est déjà ce qui se passe et
qu'il ne viendrait pas à l'esprit d'une personne responsable, ayant une
connaissance élémentaire du monde animal, d'agir autrement.
C'est donc à l'intention de ceux qui n'ont pas ce comportement ou cette
connaissance que je vous propose d'adopter cet amendement, mes chers
collègues.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Jean Glavany,
ministre de l'agriculture et de la pêche. La disposition qui vise à fixer
un âge minimal pour la vente des chiens et des chats est justifiée par des
considérations éthologiques et physiologiques et peut être vérifiée par les
services de contrôle, qui peuvent également s'assurer de la délivrance des
documents prescrits par les autres articles de la loi. En revanche, dans le cas
des cessions à titre gratuit, de chatons ou de chiots, cette exigence serait
incontrôlable.
C'est pourquoi le Gouvernement émet un avis défavorable sur cet amendement.
M. Dominique Braye,
rapporteur. Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. le rapporteur.
M. Dominique Braye,
rapporteur. Je formulerai brièvement une dernière observation : dans le
cadre d'un projet de loi visant à défendre effectivement la moralisation du
commerce des animaux, l'adoption de cette disposition aboutira à stimuler la
vente illicite d'animaux, la cession ayant toujours été effectuée
officiellement à titre gratuit alors qu'elle n'aura rien eu de gratuit dans les
faits. En effet, pour échapper à cette règle, des gens ayant vendu leurs
animaux - le commerce sera en effet leur principale motivation - déclareront
les avoir cédés à titre gratuit. Ainsi favoriserons-nous ce commerce illicite
d'animaux.
M. le président.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 13, repoussé par le Gouvernement.
(L'amendement est adopté.)
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 13, ainsi modifié.
(L'article 13 est adopté.)
Article 15