Séance du 10 novembre 1998
M. le président.
Par amendement n° 15, MM. Bizet, Bernard, Gruillot, Gérard Larcher, Lassourd
et Le Grand proposent d'insérer, après l'article 19, un article additionnel
ainsi rédigé :
« Sont admis aux concours d'entrée dans les écoles vétérinaires ouverts en
1998 les élèves dont les noms figurent à l'arrêté du ministère de l'agriculture
et de la pêche du 13 août 1998.
« Un rapport du ministère de l'agriculture et de la pêche relatif à la
clarification et à la simplification des procédures d'admission au concours
vétérinaire sera communiqué au Parlement dans les quatre mois qui suivent la
publication de la présente loi.
« Un décret en Conseil d'Etat fixera les modalités d'application de cet
article. »
La parole est à M. Bernard.
M. Jean Bernard.
Monsieur le ministre, ne m'en veuillez pas de défendre cet amendement, mais
l'occasion est inespérée de parler avec vous du problème des concours d'entrée
dans les écoles vétérinaires.
En 1994, la rénovation de l'architecture générale des études vétérinaires a
été achevée. Parallèlement, une révision des conditions d'admission dans les
écoles nationales vétérinaires a été engagée, réforme qui a été renforcée et
concrétisée par la publication de différents arrêtés ministériels.
Or, les résultats du dernier concours d'entrée aux écoles vétérinaires font
actuellement l'objet de recours par certains candidats qui estiment que le
concours ne s'est pas déroulé de façon satisfaisante.
Nous avons donc été saisis, dans l'exercice de nos responsabilités, de
multiples réclamations. En effet, l'extrême complexité du système a eu pour
conséquence l'anomalie suivante : la possibilité de se présenter au concours
était soumise à certaines restrictions et les postes ouverts étaient variables.
Tout cela a engendré une sorte d'imbroglio entre les différentes catégories de
candidats admissibles.
A l'heure actuelle, des recours ont été déposés. Or, la rentrée a eu lieu,
monsieur le ministre, et des élèves qui ont d'ores et déjà intégré les écoles
vétérinaires risquent de voir leur cursus scolaire annulé si ces recours
aboutissent.
Les auteurs de cet amendement, très attachés à la profession de vétérinaire,
souhaiteraient que soit mis fin à ce climat d'incertitude et que les procédures
d'admission à la possibilité de concourir - bien entendu, il ne s'agit pas de
l'admission dans les écoles - soient définitivement simplifiées et clarifiées
en vue du prochain concours.
Cet effort de clarification serait le bienvenu. Il serait apprécié de tout un
chacun et de nos futurs confrères.
M. le président.
Quel est l'avis de la commission ?
M. Dominique Braye,
rapporteur. Je ne peux naturellement qu'être favorable à cet amendement,
qui est manifestement présenté par des sénateurs fort au courant de ce
problème.
Toutefois, il est pour le moins étonnant qu'un tel amendement, très éloigné de
l'objet qui nous préoccupe aujourd'hui, ait été déposé sur ce projet de loi.
Voilà qui dénote le contexte troublé et même injuste dans lequel s'est déroulé
le concours d'admission aux écoles vétérinaires de 1998, concours qui a
provoqué, comme le rappelait mon collègue Jean Bernard, d'innombrables
réactions, fort légitimes d'ailleurs, et de quantité de recours.
En effet, des modifications ministérielles intervenues à la veille des
épreuves à l'instauration de quotas complètement arbitraires, pénalisant les
candidats, en passant par une liste complémentaire très contestable, rien n'a
été épargné à ce concours de 1998 !
Il me paraît donc souhaitable, monsieur le ministre, de revenir enfin à une
situation simple et juste qui laisse à ceux qui ont moins de facilités que
d'autres, mais qui deviendront souvent d'excellents vétérinaires, la
possibilité de préparer ce concours en deux ans s'ils le souhaitent.
Tout étudiant à la sortie du baccalauréat peut avoir un doute sur le choix de
sa future profession et préférer réfléchir un peu plus longtemps que ses
camarades. Il faut lui en donner la possibilité et ne pas ouvrir un boulevard
aux étudiants qui sont des bêtes à concours en fermant la porte aux autres. Si
l'on est d'accord avec cette approche, il suffit d'appliquer la règle
élémentaire de tout examen ou concours : les candidats obtenant de moins bonnes
notes ne doivent pas être admis au détriment de certains ayant eu des notes
meilleures.
Cessons de tout vouloir réglementer et de scinder le concours vétérinaire en
trois catégories : A, A I et A II. Revenons tout simplement au concours unique,
qui a fait ses preuves dans le passé.
M. Patrick Lassourd.
Très bien !
M. Dominique Braye,
rapporteur. C'est pourquoi je suis favorable à cet amendement, qui règle
une partie des problèmes du concours de 1998, sans toutefois résoudre ceux des
prochains concours.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Jean Glavany,
ministre de l'agriculture et de la pêche. Il n'est pas question pour moi
de fuir mes responsabilités devant ce dossier difficile, mais je souhaite,
après avoir remercié M. Bernard d'avoir présenté cet amendement, apporter une
précision pour que les choses soient tout à fait détendues entre nous : cette
réforme, dont je ne conteste pas le fondement, a pour auteur non pas le
ministre de l'agriculture et de la pêche actuel, mais M. Vasseur.
Cette réforme, qui imposait
grosso modo une limite d'âge et un nombre
maximum de présentations au concours, a prévu, sans sa modalité d'application,
une période transitoire. Cette phase visait à épargner les candidats qui se
présentaient pour la première fois au concours et qui craignaient d'être
écrasés par les étudiants ayant bénéficié d'une préparation plus importante.
Ainsi a été mis en place un système de quotas. Reconnaissons, sans faire
preuve de trop d'humour, que l'administration du ministère de l'agriculture
s'est révélée plus efficace pour les quotas laitiers que pour les quotas au
concours de vétérinaire !
(Sourires.) On a sauvé la production laitière
grâce aux quotas et grâce à l'Europe. Dans le cas du concours d'entrée aux
concours vétérinaires, on s'est mis dans un embrouillamini plutôt pitoyable
!
Des recours ont été déposés par toutes les associations d'étudiants, ces
dernières représentant à la fois les candidats qui se sont présentés au
concours pour la première fois et les candidats qui ont déjà eu plusieurs
occasions de concourir.
Le Conseil d'Etat étant saisi de plusieurs recours, je ne vois d'autre
solution, pour nous mettre à l'abri de toute décision, que de valider ce
concours par voie législative.
J'ajoute, pour répondre à la sollicitation de M. Bernard et de M. le
rapporteur, que, bien évidemment, le concours de 1998 sera le dernier avec
quotas : les dispositions sont prises pour que tout rentre dans l'ordre l'année
prochaine et pour que cette période transitoire tumultueuse prenne fin.
C'est pourquoi le Gouvernement émet un avis favorable sur cet amendement.
M. le président.
Personne ne demande la parole ? ...
Je mets aux voix l'amendement n° 15, accepté par la commission et par le
Gouvernement.
(L'amendement est adopté.)
M. le président.
En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet
de loi, après l'article 19.
Les autres dispositions du projet de loi ne font pas l'objet de la deuxième
lecture.
Vote sur l'ensemble