Séance du 10 novembre 1998
M. le président.
La parole est à M. Signé, auteur de la question n° 355, adressée à M. le
ministre de l'équipement, des transports et du logement.
M. René-Pierre Signé.
Monsieur le ministre, j'ai déjà appelé votre attention sur la menace de
suppression qui pèse de plus en plus lourdement sur la gare de
Château-Chinon.
M. Henri de Raincourt.
Que c'est triste !
(Sourires).
M. René Pierre-Signé.
C'est très triste, en effet !
En dépit des assurances apportées si les utilisateurs pouvaient garantir un
certain tonnage annuel, tonnage qui a été garanti, la SNCF n'envisagerait pas
un retour à Château-Chinon, et cela pour deux raisons : le mauvais état de la
voie, qu'il conviendrait de restaurer, et son profil, qui entraîne un surcoût
d'exploitation.
La SNCF rechercherait donc une solution envisageant l'installation d'une
plate-forme ferroviaire assez proche des zones d'exploitation, facilement
accessible par route, correctement aménagée et éloignée des zones d'habitation.
Le secteur de Tamnay-en-Bazois, situé à 25 kilomètres de Château-Chinon, semble
retenir sa préférence. Un tel projet prive Château-Chinon d'un outil et d'un
potentiel susceptibles de générer de nouvelles activités.
Je m'inquiète donc de la pénalisation qui est infligée à une gare active,
située en plein coeur du massif forestier, et cela pour une simple raison de
rentabilité, pour un déséquilibre d'exploitation artificiellement créé. Est-il
raisonnable de supprimer de nouveau un service public dans une région déjà
fragilisée ?
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Jean-Claude Gayssot,
ministre de l'équipement, des transports et du logement. Monsieur le
sénateur, vous connaissez mon attachement - j'ai eu l'occasion de le dire et de
le démontrer à plusieurs reprises - au développement du transport par rail, qui
peut constituer une bonne réponse à la fois pour notre économie et pour
l'environnement.
Je crois, comme vous, que le transport du bois peut être l'un des secteurs de
développement du transport ferroviaire. La SNCF travaille actuellement à
adapter son offre afin qu'elle soit la plus efficace et la plus compétitive
possible.
A cet égard, comme je vous l'ai déjà indiqué, la gare de Château-Chinon
possède de réels atouts de par sa position géographique, au coeur du massif
forestier.
Mais tout ne se décide pas à Paris.
C'est donc très normalement au niveau local que des discussions approfondies
ont eu lieu entre les papetiers, la SNCF et la société générale de chemins de
fer et de transports automobiles, la CFTA, car la gare de Château-Chinon se
situe sur un réseau secondaire affermé à cette société.
Cela a permis d'examiner toutes les possibilités de baisse des coûts et de
voir ce qui faciliterait une diminution des prix si des engagements fermes de
la clientèle sur les tonnages transportés étaient pris. Cependant, à ce jour,
la SNCF m'indique qu'un seul client aurait accepté de prendre des engagements
de trafic, et pour des tonnages limités !
Je sais, comme vous l'avez souligné, que les discussions se poursuivent afin
de trouver la solution la plus économique pour desservir les massifs forestiers
du Morvan. Elles ont mis en évidence la diversité des possibilités, notamment
l'intérêt à cet égard de la gare de Tamnay-en-Bazois.
Je souhaite naturellement que ces discussions se poursuivent et permettent
d'arriver à la meilleure solution pour répondre aux besoins des chargeurs.
En tout état de cause, je vous le confirme, monsieur le sénateur, il n'est pas
envisagé de supprimer la gare de Château-Chinon. Cette gare sera bien maintenue
dans sa fonction actuelle de « gare bois », qui permet le chargement des
produits forestiers.
Depuis le début de l'année, 1 600 tonnes de grumes et 3 300 tonnes de bois de
trituration ont d'ailleurs été expédiées à partir de cette gare, ce qui montre
toute son utilité.
M. René-Pierre Signé.
Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à Signé.
M. René-Pierre Signé.
Monsieur le ministre, je vous remercie de votre réponse, qui semble indiquer
que la gare de Château-Chinon sera maintenue. Je voudrais cependant vous
préciser que l'activité de cette dernière s'était accrue d'un tiers en 1996
!
M. Jean-Claude Gayssot,
ministre de l'équipement, des transports et du logement. C'est vrai !
M. René-Pierre Signé.
Il s'agit donc d'un outil précieux pour la filière bois. C'est la soudaineté
de l'augmentation des tarifs qui a constitué l'élément artificiel du
déséquilibre de l'exploitation ; or c'est cet élément artificiel qui est
invoqué !
C'est un problème crucial qui ne devrait pas dépendre de la seule initiative
privée, puisque c'est l'activité économique de la région qui est en danger.
Vous m'avez dit qu'il fallait établir une programmation et une massification
des envois tout en assurant un certain volume annuel. Or, monsieur le ministre,
vos chiffres et ceux du préfet de la Nièvre divergent.
La préfecture dit disposer d'un engagement de la société UPM pour 7 200 tonnes
jusqu'à la fin de 1999, de la société Modo Paper Alizay Alicel pour 20 000
tonnes par an, et de la société Sougy pour 12 000 tonnes pas an, soit en tout
environ 40 000 tonnes, et cela malgré des prix de transport plus élevés.
En pleine production, le Morvan doit logiquement privilégier ce transport
ferré.
Monsieur le ministre, je le répète, il serait tout à fait dommageable pour la
région que les quais d'embarquement soient transférés à Tamnay-en-Bazois.
En outre, je vous rappelle que les tarifs pratiqués, qui ont été à l'origine
de la fuite, ont augmenté de 2,61 % en 1997-1998.
Enfin, je voudrais souligner que, jusqu'à présent, le Morvan a été plus riche
de volonté que d'équipements et que les élus et les socioprofessionnels sont à
la recherche d'un nouveau dynamisme. Château-Chinon, engagée dans une stratégie
de ville d'appui, peut difficilement admettre la perte d'un élément décisif, la
perte de ce service public, qui plus est dans une absence totale de
concertation.
Je souhaite, monsieur le ministre - mais vous nous l'avez laissé espérer - que
la voix de la raison se fasse entendre.
PARTICIPATION DES CONSEILS GÉNÉRAUX
À LA PRÉPARATION DES CONTRATS DE PLAN