Séance du 10 novembre 1998
M. le président.
La parole est à M. Dussaut, auteur de la question n° 344, adressée à M. le
secrétaire d'Etat à la santé.
M. Bernard Dussaut.
Monsieur le secrétaire d'Etat, ma question porte sur les conséquences de la
mise en oeuvre des décrets parus au
Journal officiel du 10 octobre
dernier et relatifs aux maternités, plus particulièrement sur les incidences
directes que leur application ne manquerait pas d'entraîner pour le centre
hospitalier de La Réole, en Gironde. En effet, le service maternité de cet
établissement assure 250 accouchements en moyenne par an, et ce chiffre est
donc en deçà du seuil des 300 accouchements annuels fixé par ces décrets.
Au mois de juin 1994, j'interpellais déjà le ministre des affaires sociales,
de la santé et de la ville, qui était alors Mme Simone Veil, sur le projet de
fermeture de la maternité et - conséquence directe - sur la réduction du
service des urgence de l'hôpital de La Réole. Les professionnels, les élus et
les habitants, s'appuyant sur le rapport positif de l'Inspection générale des
affaires sociales, l'IGAS, se sont battus pour conserver ces services qu'ils
savaient essentiels à la survie de l'hôpital et, par là même, au développement
du bassin du Réolais.
Aujourd'hui comme hier, les arguments avancés pour justifier la fermeture de
la maternité ne sont pas recevables, qu'ils soient sécuritaires ou
économiques.
En effet, le centre hospitalier de La Réole a été classé, pour l'année 1997,
parmi les hôpitaux les plus performants d'Aquitaine, au cinquième rang sur
dix-huit. Il est classé également en deuxième position parmi les six hôpitaux
réalisant moins de 7 000 entrées par an. Quant au nombre de naissances, nous
savons tous que le seuil des 300 accouchements par an ne signifie rien : il n'y
a pas eu le moindre accident depuis plus de vingt ans dans cette maternité.
L'argument économique ne tient pas non plus, car les hôpitaux de proximité
n'absorbent que 5 % du budget global des hôpitaux, tandis que le fonctionnement
de l'hôpital de La Réole ne représente que 0,8 % du budget départemental.
Par ailleurs, tout a été fait pour que l'établissement bénéficie d'un meilleur
équipement et soit conforme aux normes hospitalières. Ainsi, d'importants
investissements - plus de 3,2 millions de francs - ont été réalisés pour
renforcer le plateau technique, et la présence de deux chirurgiens et de deux
anesthésistes permet une prise en compte des urgences vingt-quatre heures sur
vingt-quatre dans de bonnes conditions. Lors d'un récent contrôle, la DASS, la
direction des affaires sanitaires et sociales, a pu constater la qualité du
pôle chirurgical et anesthésique.
Or, ne nous voilons pas la face : si la maternité fermait, cela entraînerait
immanquablement des conséquences en chaîne dramatiques qui concerneraient tout
le centre hospitalier. Il y aurait immédiatement une diminution de
l'utilisation de ce plateau technique, pourtant très performant, et, à terme,
le service des urgences serait remis en question.
L'existence même de cet hôpital de proximité serait alors compromise, et la
disparition de services hospitaliers actifs aurait un impact négatif très
important sur le développement économique local et surtout sur la sécurité des
habitants du secteur, au moment même où, au sein des structures
intercommunales, les programmes réalisés commencent à porter leurs fruits.
Pour la sécurité de nos populations - c'est le point le plus important - et
pour ne prendre qu'un exemple, que ferions-nous, très concrètement, dans
l'hypothèse d'une fermeture du service des urgences, des 120 à 150 accidentés
du travail, de la route et autres qui sont conduits chaque année par les
sapeurs-pompiers de Monségur, chef-lieu du canton du sud-est du département que
je représente au conseil général, à cet hôpital ? Le transfert, dans les
conditions actuelles, prend déjà de vingt-cinq à trente minutes, ce qui est
long dans certains cas. Or ce délai serait doublé si le service des urgences de
La Réole fermaient. J'ai d'ailleurs l'intention d'inviter le directeur de
l'agence régionale - le DAR - à se rendre compte sur place de cette
situation.
Les décrets parus le 10 octobre dernier fixent un cadre très précis. Aussi ne
reste-t-il sans doute que l'espoir d'une dérogation pour échapper au
couperet.
Monsieur le secrétaire d'Etat, nous souhaitons très vivement obtenir une telle
dérogation, qui peut être justifiée par la prise en compte des besoins de la
population, de la spécificité de notre bassin de vie, de la qualité du plateau
technique et de la disponibilité des anesthésistes et des sages-femmes
vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ces éléments représentent autant de gages
de sécurité, et leur prise en considération permettrait en outre de poser le
problème dans une perspective plus large d'aménagement durable du territoire -
le thème est d'actualité - par la lutte contre la désertification sanitaire.
M. le président.
La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Bernard Kouchner,
secrétaire d'Etat à la santé. Monsieur Dussaut, votre question portait
initialement sur les maternités, or vous l'étendez à l'hôpital de La Réole. Je
vous répondrai donc sur les deux points.
Je commencerai par évoquer les maternités, et en particulier l'éventuel
assouplissement des critères permettant de déroger à la règle des 300
accouchements par an, seuil en deçà duquel, en application du code de la santé
publique, le maintien des maternités à faible activité ne serait pas envisagé.
Je ferai une fois encore observer qu'il ne s'agit pas seulement d'une affaire
de chiffres.
Depuis 1972, c'est-à-dire depuis la parution de la circulaire de Mme
Marie-Madeleine Dienesch, le chiffre de 300 accouchements par an est proposé
comme un repère. Mais il n'est pas question, je l'affirme, de fermer
automatiquement une maternité où l'on pratiquerait 299 accouchements et de la
maintenir si ce chiffre était de 301. Il s'agit simplement de fixer un chiffre
de référence, pour bien marquer que proximité ne signifie en rien sécurité.
Permettez-moi, monsieur le sénateur, de vous rappeler deux chiffres : la
France se situe au douzième rang - j'y insiste - des pays de l'OCDE pour les
indicateurs de mortalité et de morbidité infantiles - malgré les progrès
constants obtenus en la matière, il est donc impératif de poursuivre nos
efforts - et seulement 15 % des accouchements à risques dans notre pays sont
pris en charge par des structures adaptées. Cela revient à dire que, dans 85 %
des cas, les femmes et les enfants courent des risques. A la fin du xxe siècle,
nous ne pouvons laisser perdurer une telle situation.
Ce n'est pas sans raison que les gouvernements successifs, quelle que soit
leur couleur politique, ont tous insisté, autour du chiffre de 300, sur la
sécurité sanitaire en matière d'accouchement. S'agissant de ce chapitre de
santé publique particulier, nous sommes très en retard. C'est pourquoi les deux
décrets publiés au
Journal officiel du 10 octobre s'inscrivent dans un
plan d'ensemble qui vise à améliorer la sécurité de la mère et de l'enfant lors
de l'accouchement et à assurer des soins de qualité.
Lorsque j'ai produit ces décrets devant les gynéco-obstétriciens, ils ne m'ont
pas fait une conduite de Grenoble, ils m'ont plutôt félicité, car ils
connaissent les difficultés de leur métier, comme ils sont à même de connaître
les dangers que courent les femmes.
Parmi les mesures prises, la mise en réseau des différentes maternités avec
une hiérarchisation précise des niveaux de soins de néonatalogie et
l'élaboration de normes minimales de personnels sont des éléments
essentiels.
Il y aura trois niveaux : un niveau 1, pour les accouchements sans risque, un
niveau 2, avec un service de réanimation, et un niveau 3, avec un service de
réanimation de néonatalogie. C'est à travers ces trois niveaux que, au plus
vite, avec une prise en charge immédiate et avec une sage-femme dont la
rémunération, ce qui est également nouveau, sera remboursée par la sécurité
sociale, les femmes pourront se répartir en connaissance de cause.
Donc, il y aura une hiérarchisation des niveaux de néonatalogie et de prise en
charge. Aussi, je ne peux vous laisser dire, monsieur le sénateur, que ce sont
des raisons budgétaires qui nous contraignent à fermer les petites maternités.
Et quand bien même ce serait en effet des raisons budgétaires, seraient-elles
de notre part une preuve d'inconscience ? Et même si nous devions - ce n'est
pas le cas - faire un choix à l'intérieur d'une enveloppe close votée chaque
année par le Parlement il faudrait bien que je respecte la loi, et vous aussi.
De toute façon, il n'y a rien de péjoratif à constater que l'on ne peut pas
faire entrer un litre et demi dans un litre.
C'est non pas pour des raisons budgétaires que nous portons notre effort sur
les petites maternités, loin de là, car leur aménagement nous coûtera de
l'argent, mais bien au contraire pour des raisons de santé publique, notamment
au nom de la santé des mères.
Je ne peux pas non plus vous dire - comme s'il était possible de dépasser en
permanence les enveloppes fixées - que les raisons budgétaires, dans ce domaine
comme dans d'autres, ne doivent pas être prises en compte.
Pour le moment, il s'agit de la sécurité, et je vous réserve une petite
surprise à la fin de mon propos, ce en toute cordialité.
S'agissant du seuil de 300 accouchements, je le répète : c'est une référence
et il n'est pas question de s'y attacher à l'unité près.
L'offre de soins en matière de prise en charge des grossesses doit être
envisagée dans le cadre des schémas régionaux d'organisation sanitaire, qui
sont à l'heure actuelle en discussion. Les états généraux sont d'ailleurs le
cadre de discussions articulées autour de ces schémas d'organisation sanitaire.
J'y ai assisté à plusieurs reprises et je vous invite à y participer. Je suis
d'ailleurs prêt à aller dans votre région, monsieur le sénateur, pour
m'expliquer et pour débattre avec la population tant de l'organisation des
schémas d'organisation sanitaire que de la prise en charge de la sécurité des
maternités ; c'est l'objet même des états généraux. Je dis d'ailleurs cela pour
vous tous, mesdames, messieurs les sénateurs, car je suis disposé à participer
à des discussions dans vos régions.
Par ailleurs, j'ai demandé à mes services d'évaluer attentivement les
conditions dans lesquelles pourront être pris en charge les besoins des
populations concernées dans les zones éloignées des centres urbains, avec le
souci constant de conjuguer - évidemment - accessibilité et sécurité. Certains
sites, qui ont une activité plus faible, pourront bien sûr être autorisés si
les conditions d'accès à un service de plus grande activité étaient trop
difficilement réalisables, notamment en termes de sécurité routière, en
particulier en hiver.
En revanche, ne pourront être autorisés les établissements à activité modeste
que s'ils répondent aux conditions techniques de fonctionnement énoncées par
décret, notamment en ce qui concerne la qualification et la présence des
personnels médicaux et paramédicaux.
Je vous rappelle, enfin, que ces textes « périnatalité » n'entreront que
progressivement en vigueur, et j'insiste sur ce point. Le respect des nouvelles
dispositions réglementaires ne sera exigible qu'au moment où l'Agence régionale
de l'hospitalisation statuera sur les demandes d'autorisation formulées par les
établissements, c'est-à-dire, conformément à la procédure prévue, au plus tard
le 10 octobre 2000.
Ils ont donc un an pour se déclarer. Des délais supplémentaires pourront être
accordés à des établissements qui ne rempliraient pas immédiatement toutes les
conditions techniques de fonctionnement. Compte tenu de ces délais, nous ne
sommes pas en train de faire fonctionner un couperet. Il est bien évident que
ces délais ne seront accordés que si l'établissement en question répond à un
besoin établi par la carte sanitaire.
Les établissements de santé, tant publics que privés, ont donc le temps
nécessaire pour dresser le bilan de leur activité obstétricale, pour
l'amplifier - pourquoi pas ? - pour arrêter une stratégie de maintien, pour se
mettre en résonnance avec d'autres centres, pour opter en faveur d'un
regroupement avec d'autres partenaires, pour décider d'une reconversion. Bref,
nous leur laissons tout le temps nécessaire. Nous n'avons pas l'intention, pour
des raisons économiques, de fermer l'établissement.
Cette démarche devra, comme pour tous les établissements hospitaliers publics
et privés, notamment, être conduite par l'hôpital de La Réole qui a une
activité obstétricale d'environ 220 accouchements par an, soit moins d'un
accouchement par jour.
Monsieur le sénateur, comment peut-on maintenir sérieusement une équipe qui
comporte au moins un anesthésiste, un obstétricien, une sage-femme, une
infirmière et plusieurs aides-soignantes, sans parler du personnel pour assurer
la garde, lorsqu'il y a moins d'un accouchement par jour ? Pardonnez-moi de
vous le demander : compte tenu des frais importants que la modernité entraîne,
n'est-ce pas un luxe que notre pays ne peut plus se payer ?
Enfin, je voudrais vous dire que « la spécificité sociale des bassins de vie »
appelée par ailleurs « spécificité sociale des territoires de soins » sera
prise en compte. Cependant, la spécificité sociale est-elle si différente à
Langon, située à quinze kilomètres de La Réole, et à Marmande, distante de
dix-huit kilomètres, où l'on dénombre respectivement 450 et 760 accouchements
par an ? C'est une simple question.
Je ne dis pas que la maternité de l'hôpital de La Réole doit fermer. Peut-être
est-il possible de s'arranger avec Langon et Marmande pour répartir
différemment les accouchements. Si tel était le cas, je serais le premier à
être satisfait.
Et maintenant, la surprise !
(Ah ! sur plusieurs travées.)
M. Gérard César.
La surprise du chef !
(Sourires.)
M. Bernard Kouchner,
secrétaire d'Etat. Monsieur le président, vous vous souvenez sans doute
de certains troubles à Pithiviers, à Bitche, etc. Eh bien, j'ai reçu ce matin
même - et vous en avez la primeur - un article dont le titre est le suivant : «
Après la fermeture de la maternité : Bitche, les pionniers du centre de
périnatalité ». Cet article précise : « Le 1er juillet, un centre périnatal de
proximité a ouvert à Bitche. Il est unique en Moselle. Pas d'accouchements,
mais des cours de préparation, des soins, de l'information pour les femmes
enceintes sont assurés. C'est le bébé de Bernard Kouchner. Les maternités qui
pratiquaient moins de 300 accouchements par an doivent fermer et laisser la
place à un centre périphérique de proximité. Après plusieurs mois de
contestation, la maternité de Bitche a fermé ses portes. Dans la foulée s'est
ouvert le centre... »
Je tiens cet article à votre disposition, monsieur le sénateur.
(M. le secrétaire d'Etat montre le document.) Je vous assure qu'ils sont
satisfaits de ce centre. En effet, la naissance, la prise en charge d'un bébé
ne se résument pas à l'accouchement, c'est-à-dire à une période de deux jours à
deux jours et demi.
M. Bernard Dussaut.
Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. Dussaut.
M. Bernard Dussaut.
Monsieur le secrétaire d'Etat, je vous remercie de votre réponse.
S'agissant de la maternité, je suis assez d'accord, mais après c'est le
service des urgences qui sera menacé, puisque le plateau technique sera
beaucoup moins utilisé étant donné la baisse d'activité. Langon est à quinze
minutes et Marmande à vingt-cinq. Certes, mais pour moi qui suis déjà à près de
trente minutes, cela s'ajoute.
Je parle de la prise en compte de l'urgence. Là aussi est notre problème,
monsieur le secrétaire d'Etat. Il ne s'agit donc pas seulement de la maternité.
En effet, on commence ainsi et, dans un an ou deux, on nous dira
qu'effectivement le plateau technique est moins utilisé. Alors, comment cela se
passera-t-il pour les accidentés, puisque le service des urgences n'aura plus
sa raison d'être ?
J'ai bien noté votre proposition de venir dans notre secteur. Si vous avez le
temps, car il vous en faudra, je vous y invite. Vous viendrez à Monségur et,
chronomètre en main, nous nous rendrons au service des urgences le plus proche,
à savoir Langon. Vous constaterez qu'il faut moins de temps pour aller de
Langon à Bordeaux que de Monségur à Langon.
Certes, on ne parle pas de la fermeture du service des urgences. Cependant,
nous sommes très inquiets de la procédure qui est enclenchée : d'abord la
maternité, ensuite le service des urgences.
M. Gérard César.
Très bien !
M. Bernard Kouchner,
secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Bernard Kouchner,
secrétaire d'Etat. Je veux rassurer M. Bernard Dussaut : il ne s'agit ni
de la fermeture du plateau technique des urgences - nous n'avons parlé que de
la maternité - ni de celle de l'hôpital en général.
S'agissant des urgences, un plan vous sera également présenté, mais, si je
l'évoquais, je dépasserais largement mon temps de parole.
M. le président.
Monsieur le secrétaire d'Etat, c'était un sujet important. Je ne sortirai pas
de mon rôle de président de séance cet après-midi, mais j'adresserai à mon
collègue quelques réflexions sur les problèmes de qualité, d'accréditation et
d'organisation territoriale de la santé.
SITUATION DES ÉCOLES
DANS LE XXe ARRONDISSEMENT DE PARIS