Séance du 10 novembre 1998
M. le président.
La parole est à Mme Derycke, auteur de la question n° 358, adressée à M. le
secrétaire d'Etat à la santé.
Mme Dinah Derycke.
Je souhaite attirer l'attention de M. le secrétaire d'Etat à la santé sur le
statut des praticiens exerçant dans les centres d'orthogénie.
Le décret du 27 mars 1993 confère aux établissements publics de santé la
possibilité de recruter des médecins en qualité de praticiens contractuels.
L'arrêté du 17 janvier 1995 précise quant à lui le niveau de rémunération des
praticiens exerçant des missions spécifiques, comme l'interruption volontaire
de grossesse. Or ces mesures réglementaires ne sont que rarement mises en
oeuvre.
En effet, un grand nombre de médecins exerçant dans les centres d'orthogénie
continuent de le faire à titre de vacataires. De ce fait, ils perçoivent une
rémunération très faible et n'ont droit ni aux congés payés ni aux
congés-formation. Il s'agit, la plupart du temps, de médecins militants, qui ne
pourront bientôt plus pallier le manque d'intérêt de leurs collègues pour ce
travail mal reconnu.
A ce jour, seuls les hôpitaux de Paris, Tours, Grenoble, Chambéry et, depuis
peu, Roubaix ont contractualisé leurs praticiens en centres d'orthogénie.
L'exemple de Roubaix me paraît porteur d'espoir et ouvre de nouvelles
perspectives.
Après une grève de vingt jours, les médecins du centre d'orthogénie du centre
hospitalier universitaire de Roubaix ont obtenu de devenir contractuels et de
bénéficier d'une augmentation du nombre de demi-journées de travail, ainsi que
d'un droit à la formation.
Ces dispositions permettront aussi aux praticiens d'exercer une activité
préventive. La planification prend ainsi une place importante : l'Etat s'est
d'ailleurs engagé à financer les heures travaillées pour le compte de la
planification en cas de défaillance du conseil général, compétent en cette
matière.
Dans le seul département du Nord, quinze centres d'orthogénie attendent
l'extension de la mise en oeuvre de cette solution à leur cas. Il s'agit
simplement d'appliquer les règlements en vigueur, il s'agit surtout de veiller
à garantir le droit des femmes. Ces centres, confrontés au désintérêt du corps
médical et à une absence de volonté de la part de la hiérarchie administrative
hospitalière, voient en effet leurs missions très sérieurement remises en
cause.
Compte tenu de l'excellence de l'accord roubaisien, je souhaite savoir,
monsieur le secrétaire d'Etat, si vous entendez prendre des dispositions afin
d'étendre l'application de cette solution exemplaire à l'ensemble des centres
d'orthogénie, ce qui premettrait de lever les menaces pesant sur leur bon
fonctionnement et leur pérennité.
M. le président.
La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Bernard Kouchner,
secrétaire d'Etat à la santé. Madame le sénateur, je vous remercie
d'attirer notre attention sur le statut de praticiens bien délaissés, ceux qui
exercent dans les centres d'orthogénie.
Les dispositions réglementaires permettent effectivement de recruter comme
contractuels - ils le demeurent, hélas ! trop longtemps - à temps plein ou à
temps partiel, les praticiens pratiquant des interruptions volontaires de
grossesse, les IVG.
Ces dispositions sont d'autant plus nécessaires que, dans les établissements
publics de santé, les structures pratiquant des IVG rencontrent des difficultés
pour maintenir et renouveler leurs effectifs de praticiens. En effet, très peu
de praticiens statutaires acceptent d'effectuer des interruptions volontaires
de grossesse.
Il est exact qu'encore trop peu d'établissements publics de santé utilisent
ces possibilités réglementaires, et je me félicite comme vous qu'une telle
solution ait pu être mise en oeuvre au centre hospitalier de Roubaix, à la
suite de la grève que vous avez évoquée.
Le Gouvernement est conscient des difficultés que pose, là comme ailleurs, le
recrutement des personnels. Elles constituent aujourd'hui un frein à l'égal
accès des femmes, sur l'ensemble du territoire, aux centres d'orthogénie.
Ainsi, l'article 76 de la loi de lutte contre les exclusions précise que la
mise en place des permanences d'accès aux soins - les PASS - dans les
établissements de santé doit comprendre notamment l'installation de permanences
d'orthogénie adaptées aux besoins des personnes en situation de précarité. Cela
signifie, pour le moins, que des horaires particuliers soient prévus.
Conscients de la diversité des situations locales, conscients de la
sous-estimation des difficultés de fonctionnement des centres d'orthogénie,
conscients enfin des disparités d'emploi qui existent entre les praticiens
exerçant dans les établissements de santé, Martine Aubry et moi-même avons
chargé le professeur Nisand d'une mission d'étude sur la situation des centres
d'IVG.
Sur la base des conclusions de ce rapport, qui nous sera remis dans quelques
semaines, avant la fin du mois de décembre 1998, le Gouvernement prendra les
mesures nécessaires au bon fonctionnement de ces structures. En particulier,
celles-ci devront être adaptées aux attentes des populations les plus
démunies.
Il sera alors temps de considérer la situation de l'ensemble des centres
d'orthogénie et de dresser un très nécessaire bilan, dont nous ne manquerons
pas de vous faire part, madame le sénateur.
Mme Dinah Derycke.
Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à Mme Derycke.
Mme Dinah Derycke.
Monsieur le secrétaire d'Etat, je suis enchantée de votre réponse. J'ai
notamment appris avec intérêt qu'une mission d'étude remettra bientôt un
rapport sur les structures pratiquant l'IVG. Je ne doutais d'ailleurs pas de
votre volonté de revoir le fonctionnement de ces centres.
Vous avez évoqué les « praticiens délaissés », mais il existe aussi des
centres délaissés. Peut-être faudra-t-il un jour faire en sorte que ces
services soient pleinement reconnus au sein de l'hôpital et dotés notamment
d'un chef de service.
(M. le secrétaire d'Etat opine.)
En effet, je rappelle que le législateur a tranché. Les décrets ont été
pris, et il n'est pas normal, dans un Etat de droit, que l'on ne puisse pas
avoir accès concrètement aux droits que la loi a prévus. De plus, l'IVG est une
conquête des femmes, qu'il est de notre devoir de préserver.
Je serai bien entendu très attentive, monsieur le secrétaire d'Etat, à
l'évolution de ce dossier.
CARTE HOSPITALIÈRE