Séance du 10 novembre 1998
M. le président.
La parole est à M. Taugourdeau, auteur de la question n° 342, adressée à Mme
le ministre de l'emploi et de la solidarité.
M. Martial Taugourdeau.
Lors de la mise en place de l'aide à domicile en faveur des personnes âgées
handicapées, plusieurs communes ont fait le choix de confier cette tâche à des
associations.
Ces associations, en statuant sur leurs comptes de 1997, ont fait connaître
des pertes prévisionnelles importantes pour l'année 1998.
A l'origine de ces pertes, on trouve deux causes.
La première concerne le prix forfaitaire de l'heure d'aide à domicile,
augmenté, du fait de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, de seulement
0,51 franc, à partir de juillet 1998, ce qui représente la moitié de l'aide
globale de 60 millions de francs, promise il y a quelque temps.
En outre, 30 millions de francs seraient attribués aux associations en
difficulté par la mobilisation d'un fonds d'aide d'urgence distribué par le
canal des directions départementales des affaires sanitaires et sociales et des
URSSAF.
La seconde cause concerne la loi de finances pour 1998, qui a modifié le
dispositif de réduction dégressive des charges patronales de sécurité sociale
sur les bas salaires, ce qui entraîne une hausse substantielle de ces charges -
entre 6 % et 7 % - pour certaines associations, sans compensation dans le prix
forfaitaire de l'heure.
L'exonération à 100 % au-delà de quinze heures par semaine serait octroyée non
plus sur critère d'âge - plus de soixante-dix ans - mais seulement aux
personnes handicapées pour qui l'aide d'une tierce personne est nécessaire et
aux personnes âgées des groupes 1, 2, 3 de la grille AGGIR.
Des aménagements devaient être trouvés pour permettre aux associations
rencontrant des difficultés à régler leurs dettes fiscales ou sociales de le
faire dans des conditions satisfaisantes.
Je citerai un exemple concret pour illustrer mon propos. Dans le département
d'Eure-et-Loir, trois associatations totalisent un déficit prévisionnel de 1
710 000 francs alors que l'augmentation de 0,51 franc ne leur apportera que 120
000 francs. Je ne pense pas que les 30 millions répartis sur l'ensemble du
territoire par les DDASS et les URSSAF couvriront le déficit restant.
Enfin, des dispositions devaient être prises dans la loi de financement de la
sécurité sociale en ce qui concerne l'exonération des cotisations patronales,
mais pour les seuls contrats à durée indéterminée. Ne serait-il pas logique
d'inclure également les contrats à durée déterminée dans le champ de cette
mesure, car ils permettent souvent d'assurer la continuité dans le service
auprès des personnes âgées ?
M. le président.
La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Bernard Kouchner,
secrétaire d'Etat à la santé. Monsieur le sénateur, les associations
d'aide à domicile ne sont pas uniformément touchées par les dispositions de
l'article 115 de la loi de finances de 1998, qui ont instauré la proratisation
de la ristourne unique dégressive des charges patronales de sécurité sociale
sur les bas salaires.
Ces associations gèrent des services prestataires d'aide ménagère, de
travailleuses familiales, d'auxiliaires de vie, de soins infirmiers à domicile,
et seuls les services d'aide ménagère sont de fait concernés par la ristourne
unique dégressive.
Ces associations gèrent également, dans une proportion qui n'a cessé de
croître ces dernières années, des services mandataires relevant du dispositif
des emplois familiaux, lesquels, sous ce régime, ne sont pas éligibles à
l'allégement des charges sur les bas salaires puisque l'employeur est un
particulier.
Il n'en demeure pas moins que les dispositions évoquées de la loi de finances
de 1998 ont des conséquences indéniables sur les charges supportées par les
associations.
Les différents problèmes rencontrés par celles-ci doivent, au demeurant, être
resitués dans une perspective d'ensemble si l'on veut en faire une juste
évaluation. C'est pourquoi le Gouvernement a diligenté, en cours d'année, une
mission conjointe de l'Inspection générale des finances et de l'Inspection
générale des affaires sociales, mission qui a procédé à un examen d'ensemble
des divers dispositifs de soutien publics aux services à domicile et qui a
formulé des propositions de réforme.
Une concertation est engagée par le Gouvernement sur la base du constat dressé
par la mission. Elle s'est d'ores et déjà traduite par le vote en première
lecture à l'Assemblée nationale, d'un amendement gouvernemental - sur lequel
vous allez devoir vous prononcer très prochainement - au projet de loi de
financement de la sécurité sociale.
Cet amendement tend notamment à exonérer totalement des cotisations patronales
d'assurances sociales, d'accidents du travail et d'allocations familiales les
associations d'aide à domicile pour les prestations qu'elles effectuent chez
des publics handicapés ou dépendants ou au titre de l'aide ménagère.
Cette exonération concerne leurs employés sous contrat à durée indéterminée.
Le Gouvernement attache en effet une très grande importance à la nécessaire
professionnalisation de ce secteur, notamment conditionnée par la stabilité des
employés.
Il est exact, monsieur le sénateur, qu'un gage financier partiel a été dégagé
par le plafonnement à quinze heures par semaine de l'exonération dont
bénéficient les personnes âgées de soixante-dix ans et plus. Cette mesure
entrera en application pour les périodes de travail postérieures au 1er avril
1999 afin que les personnes intéressées puissent être informées de cette
modification du dispositif d'exonération.
Ces dispositions ont recueilli un entier soutien des fédérations
d'associations d'aide à domicile.
Par ailleurs, pour répondre aux situations financières d'urgence de certaines
associations, le Gouvernement, comme il l'avait annoncé, a pris ou proposé
trois mesures pour aider les associations d'aide à domicile qui rencontrent
actuellement des difficultés.
D'une part, il a demandé aux services de recouvrement des dettes fiscales et
sociales d'examiner leur cas avec bienveillance et d'accorder, le cas échéant,
des délais de paiement.
D'autre part, il a invité la Caisse nationale d'assurance vieillesse des
travailleurs salariés - la CNAVTS - à mobiliser, en 1998, une somme de 30
millions de francs pour soutenir ces associations. Cet organisme n'a pas
souhaité contribuer à ce dispositif. Son conseil d'administration a néanmoins
décidé de revaloriser de 0,51 franc sa participation au titre de l'aide
ménagère à domicile à compter du 1er juillet 1998. De plus, la CNAVTS vient de
demander de leur accorder, sous certaines conditions, une avance de trésorerie
exceptionnelle.
Enfin, concernant les situations d'urgence précitées, le Gouvernement s'est
engagé à consacrer à ces associations une somme de 30 millions de francs. Les
crédits nécessaires ont été ouverts par un arrêté publié au
Journal officiel
du 3 octobre 1998.
Une circulaire en cours de signature définit les modalités concrètes
d'attribution de ces aides. Celles-ci pourront être versées avant la fin du
mois de janvier 1999 aux associations sélectionnées sur des critères objectifs.
Les associations estimant pouvoir en bénéficier devront déposer avant le 30
novembre un dossier auprès de la direction régionale des affaires sanitaires et
sociales dans le ressort duquel est situé leur siège. Seront retenus pour
examen les dossiers des associations agréées au titre de l'article L. 129-1 du
code du travail ayant opté pour la réduction dégressive des charges patronales
de sécurité sociale au titre des rémunérations versées en 1997 et en 1998.
C'est sur ces bases que seront notamment examinés les comptes des associations
d'Eure-et-Loir que vous avez mentionnées. Il reste à vérifier que les déficits
évoqués sont bien liés aux effets de la proratisation de la ristourne
dégressive sur les bas salaires.
L'ensemble de ces dispositions va, monsieur le sénateur, dans le sens d'une
amélioration du service rendu aux personnes âgées dépendantes, et permet de
garantir l'avenir des associations et la professionnalisation dont j'ai
parlé.
M. Martial Taugourdeau.
Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. Taugourdeau.
M. Martial Taugourdeau.
Je vous remercie de votre réponse, monsieur le secrétaire d'Etat, mais, malgré
la proratisation - je sais qu'il faudra opérer une distinction dans les comptes
de chaque association et faire la part exacte de ce qui revient aux personnes
âgées handicapées - je crains, si l'association est confrontée à des
difficultés financières dans d'autres secteurs et si le déficit n'est pas
entièrement comblé, que le conseil général ne soit sollicité une nouvelle fois.
Comme vous le savez, monsieur le secrétaire d'Etat, cela aggraverait la
situation de nos budgets sociaux.
Quoi qu'il en soit, les mesures annoncées sont appliquées, et à mon retour je
ferai remarquer aux responsables des associations qu'ils doivent faire leur
déclaration avant le 30 novembre.
STATUT DES PRATICIENS EXERÇANT
DANS LES CENTRES D'ORTHOGÉNIE