Séance du 10 novembre 1998
M. le président.
La parole est à M. Mouly, auteur de la question n° 340, adressée à M. le
ministre de la défense.
M. Georges Mouly.
Monsieur le ministre, vous le savez, les conséquences du dernier plan social
appliqué au site de GIAT Industries de Tulle, c'est la suppression de 300
emplois, la mise en formation de longue durée de quelque 180 personnes et la
fermeture du bureau d'études et du service commercial.
J'ai lu que le plan stratégique, économique et social, dont les objectifs sont
fondés sur une évolution positive des hypothèses commerciales - et, parmi ces
hypothèses, en particulier le contrat de vente du char Leclerc à l'Arabie
Saoudite - et sur l'évolution des coûts internes et des gains extérieurs, vise
un résultat positif en 2002, au prix sans doute, ou peut-être, de fermetures de
sites et de réductions d'effectifs.
De son côté, le rapport de l'expert économique du comité central d'entreprise
met en cause la logique des suppressions de postes dans le domaine des
effectifs de structures. C'est de sa responsabilité.
Ajouterai-je à cela que sont jugés très modiques les moyens tant humains que
financiers consacrés à la diversification ?
Ce sont là, monsieur le ministre, des réflexions et des questions que ne
manquent pas de faire ou de poser les sites GIAT Industries, et celui de Tulle
en particulier.
Loin de moi la pensée de contester une nécessaire évolution de GIAT Industries
- les marchés sont ce qu'ils sont - mais vous comprendrez, monsieur le
ministre, que, s'agissant du site de Tulle, je formule certaines demandes ou
suggestions, et ce en me fondant sur son passé et ses spécificités
actuelles.
Ainsi en est-il du maintien sur le site des services d'études et de
commercialisation, de la confirmation de ses compétences dans le domaine du
canon moyen calibre, de la mise en route dans les meilleurs délais du programme
du véhicule blindé de combat d'infanterie.
Ces demandes satisfaites - c'est, me semble-t-il, une ambition raisonnable -
une évolution ne s'en imposera pas moins. J'en ai conscience et nous en avons
conscience sur le terrain. C'est d'ailleurs pourquoi l'assemblée départementale
a cru pourvoir récemment souhaiter la mise en place de compensations sérieuses
et chiffrées pour le secteur économique de Tulle.
L'évolution du site du chef-lieu de la Corrèze s'est effectuée à ce jour sans
heurts majeurs, j'ai vécu cette époque. Cela est dû au sens des responsabilités
de beaucoup, de part et d'autre. Mais il n'en demeure pas moins que la ville et
le bassin d'emplois sont en passe de connaître une situation économique et
sociale aux conséquences d'autant plus importantes que Tulle se situe au coeur
d'un département à dominante rurale. C'est dans ce contexte, monsieur le
ministre, que j'ai cru devoir m'adresser à vous de la sorte aujourd'hui.
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Alain Richard,
ministre de la défense. Monsieur le sénateur, je vous remercie de votre
question qui s'inspire, d'ailleurs, vous l'avez dit, de réflexions de
l'assemblée départementale de Corrèze et qui revient sur un problème que nous
connaissons bien.
Comme vous le laissez entendre, le point de départ de ces difficultés, c'est
non pas le plan social de GIAT Industries, mais la faiblesse de ses
activités.
Le Gouvernement, voilà maintenant huit ans, a transformé le GIAT, à partir
d'arsenaux qui avaient une autre habitude de fonctionnement, se bornant
finalement à répondre à des commandes plus ou moins régulières de la défense,
pour en faire une véritable entreprise.
Cela s'est passé dans le contexte le plus difficile qui soit, puisque cela a
correspondu à la période où le niveau des marchés d'armement terrestre a très
fortement baissé. A cet égard, il est bon, je crois, de garder à l'esprit -
vous connaissez bien ces dossiers-là, monsieur le sénateur -, que, globalement,
depuis le début de la décennie, le volume en francs constants des marchés de
défense a dû baisser de 25 à 30 %. Or cette baisse n'est pas du tout linéaire
entre les divers métiers de la défense ; l'armement terrestre a connu la plus
forte diminution.
GIAT Industries a donc déjà eu du mérite à conserver le niveau d'activité
qu'il a eu, compte tenu de la concurrence, qui est très dure. Quant à procéder
à l'adaptation d'anciens arsenaux en une entreprise dans un contexte aussi
exigeant, cela me conduit, personnellement, très fréquemment, à souligner
devant nombre d'interlocuteurs, et notamment la presse, que GIAT a déjà bien
avancé dans sa réforme et dans son adaptation.
Certes, il reste qu'aujourd'hui les effectifs et les moyens de production sont
nettement disproportionnés par rapport au marché vraisemblable.
Le plan a été soumis à une longue concertation et à des négociations et il a
été conclu définitivement, après un troisième comité central d'entreprise,
appelé à se prononcer le 22 octobre dernier. Il entrera en application le 1er
janvier 1999 et s'étalera sur quatre ans, de 1999 à 2002.
J'ai parfaitement conscience que l'application de ce plan, qui est elle-même
la résultante d'une situation économique réelle, va frapper particulièrement
durement certains bassins d'emplois, et vous avez tout à fait raison de
souligner la vulnérabilité de Tulle, de ce point de vue.
Généralement, les unités du GIAT sont implantées dans des zones qui ne sont
pas les plus favorisées en termes de flux économiques puisqu'elles sont souvent
situées dans des zones de mono-industries ; c'est tout particulièrement le cas
à Tulle.
Les efforts d'accompagnement social du plan doivent donc être importants. Les
partenaires sociaux et les élus territoriaux ont mesuré, je crois, que le
Gouvernement allait loin dans le soutien individuel aux salariés touchés par
ces mesures. D'ailleurs, alors que va être soumis au Parlement une disposition
visant à réduire le coût des préretraites, j'ai pu obtenir du Gouvernement, par
un effort de solidarité particulier, que les salariés du GIAT, sous statut
d'ouvrier d'Etat, bénéficient d'un départ en préretraite à 52 ans.
Vous avez raison de souligner la nécessité d'un véritable partenariat avec les
bassins d'emplois concernés. C'est une priorité pour le délégué aux
restructurations de défense que de travailler au contact des assemblées
territoriales, les conseils généraux et les communes, afin de rechercher des
modes de diversification.
Il est prévu aux termes du plan social de créer une nouvelle filiale du GIAT -
GIAT Développement - qui sera dotée, par le Gouvernement, d'un capital
spécifique de plusieurs dizaines de millions de francs et dont les activités
débuteront le 1er janvier prochain. Il s'agit de tenter d'élargir les activités
du GIAT et de permettre à ses salariés de poursuivre leur activité.
En ce qui concerne les mesures d'accompagnement nécessaires, je veux souligner
que le Gouvernement, sur ma demande, a décidé de porter de deux compagnies à
neuf la capacité de formation de l'école de gendarmerie localisée à Tulle.
Pour ne pas rester dans l'abstraction des chiffres, cela signifie que, d'ici à
2002, cette école comptera 800 élèves gendarmes supplémentaires. J'ajoute que
nous sommes en train de passer, vous le savez, monsieur le sénateur, de
gendarmes auxiliaires, qui sont des appelés avec une solde de 531 francs par
mois, à des gendarmes adjoints qui seront des jeunes professionnels, des
volontaires dont la solde est fixée, si je ne me trompe, à 4 686 francs par
mois. L'impact économique de cette mesure pour l'agglomération de Tulle sera
donc sensible.
Par ailleurs, nous avons le projet de créer quatre-vingts postes d'encadrement
et de soutien administratif supplémentaires pour cette école qui deviendra un
établissement très important. Des travaux devront aussi être réalisés puisque
les locaux actuels de l'école ne sont pas assez grands pour accueillir le
nouveau centre de formation.
Les restructurations par lesquelles nous devrons passer ne mettent pas en
cause le site du GIAT à Tulle, qui restera l'une des unités importantes de
l'entreprise. Elles seront accompagnées des mesures de soutien que je crois
significatives.
Par ailleurs, dans la mesure où le travail de la région et du département
permet de désenclaver progressivement et de donner des perspectives de
développement à la Corrèze, le fonds d'aide aux restructurations de défense et
les fonds d'aménagement du territoire pourront soutenir tous les projets de
diversification qui apparaîtront sur le territoire.
M. Georges Mouly.
Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. Mouly.
M. Georges Mouly.
Monsieur le ministre, je tiens à vous remercier - ce n'est pas une formule -
de votre réponse précise et substantielle.
J'ai en mémoire le débat sur le projet de loi visant à transformer le GIAT en
entreprise ; j'avais d'ailleurs voté ce texte. J'ai conscience - c'est un
constat que l'on ne peut que faire au demeurant et je l'ai souligné dans mon
intervention - des difficultés que connaît actuellement l'industrie de
l'armement. On ne fait pas ce qu'on veut en ce domaine.
J'ai donc écouté avec grand intérêt les éléments de votre réponse, qui sont de
première importance à mes yeux, en particulier pour l'élu que je suis du
département de la Corrèze.
Je n'ai jamais douté, monsieur le ministre, de la volonté des gouvernements en
matière de défense et des secteurs qui s'y rattachent.
Je n'ai pas davantage douté, j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, de votre
propre volonté dans le secteur qui est le vôtre.
Je note que cette volonté du Gouvernement et la vôtre aboutissent à des
résultats que chacun peut apprécier, et que, pour ma part, j'apprécie,
s'agissant notamment de l'extension de l'école de gendarmerie, et des travaux
qu'elle induira, et de l'arrivée de nouveaux gendarmes.
J'ai noté avec intérêt la volonté du Gouvernement de travailler en symbiose
avec les collectivités territoriales.
Enfin, j'ai retenu que le site de Tulle était préservé. C'est, vous
l'imaginez, appréciable à l'époque où, comme je l'ai dit dans mon intervention,
d'autres sites seront touchés.
Monsieur le ministre, je tiens à vous remercier encore une fois pour cette
réponse circonstanciée, substantielle et intéressante à certains égards.
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