Séance du 3 juin 1999
M. le président.
La parole est à M. Türk.
M. Alex Turk.
Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur et concerne
l'application des accords de Schengen.
Tout d'abord, il s'agissait de supprimer les frontières dans l'espace
intérieur et, très logiquement, en parallèle, il avait été décidé de mettre en
place, d'une part, une coopération judiciaire et, d'autre part, une autorité de
contrôle. Cette dernière était chargée de contrôler le fonctionnement du
système d'information Schengen, le SIS, dont le siège est à Strasbourg, et
d'assurer une mission d'harmonisation et de conseil d'une manière générale.
Dans ce cadre, en 1997, l'autorité de contrôle commune, composée de
représentants des autorités nationales, a décidé de lancer une grande campagne
d'information de manière que les citoyens qui étaient en voyage sur les
différents territoires de l'espace Schengen soient informés de leur droit,
s'agissant en particulier de l'accès au territoire.
Il avait donc été décidé de mettre en place des supports d'information dans
les différents points de passage autorisés, à commencer bien entendu par les
aéroports, des supports expliquant, de la manière la plus simple possible et
dans toutes les langues, comment un citoyen de l'étranger en difficulté pouvait
défendre ses droits.
Or, aujourd'hui, c'est-à-dire près de deux ans plus tard, nous constatons que
si un certain nombre de pays ont fait le nécessaire - l'Allemagne, l'Autriche,
le Portugal, la Grèce, l'Espagne - et que d'autres sont en train de le faire -
la Belgique, l'Italie et le Luxembourg - un seul pays n'a pas encore accepté de
mettre en place le système préconisé par l'autorité de contrôle : la France.
Comme vous le savez, monsieur le ministre, il est regrettable à plusieurs
titres que nous soyons à la traîne. D'abord, nous avons la chance d'accueillir
de nombreux touristes et nous courons donc plus de risques qu'un autre pays de
connaître ce type de préoccupations. Ensuite, cette initiative de l'autorité de
contrôle a été prise sous présidence française !
Ma question est très simple : quelles mesures comptez-vous prendre pour
rattraper notre retard en la matière ?
(Très bien ! et applaudissements sur
les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union
centriste.)
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Jean-Pierre Chevènement,
ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, l'autorité de contrôle
commune, instituée par la convention d'application de l'accord de Schengen
signé le 14 juin 1995, a pour mission le contrôle technique du fichier central
du système d'information Schengen mis en place dans le cadre de la coopération
policière et judiciaire ; là est sa principale mission.
Par ailleurs, cette autorité de contrôle commune a, comme vous l'avez indiqué,
un rôle de proposition et de conseil.
Elle a souhaité élaborer une notice d'information destinée à être diffusée aux
personnes franchissant les frontières au sein de l'espace Schengen quand elles
en manifesteraient le désir, afin de les informer des conditions d'exercice de
leur droit d'accès aux données les concernant contenues dans le système
d'information Schengen.
Comme vous le savez, mesdames, messieurs les sénateurs, la France accueille
chaque année 100 millions de visiteurs étrangers. Seule une très faible
proportion d'entre eux sont fichés dans le système d'information Schengen.
Néanmoins, il faut veiller à une bonne information du public, et la CNIL a
demandé au Gouvernement d'ouvrir la possibilité, pour les services de la police
aux frontières, d'assurer la diffusion de ce document.
Le Gouvernement ne voit bien évidemment aucun inconvénient à ce qu'un tel
document d'information soit mis à la disposition du public dans les ports, les
aéroports et les gares.
Cela doit-il être fait par le canal de la police aux frontières, dont les
services ont pour mission d'assurer le contrôle des flux transfrontaliers, afin
notamment de permettre le respect des engagements internationaux de la France,
mission lourde et délicate qui met en jeu notre responsabilité et notre
crédibilité vis-à-vis de nos partenaires européens ?
Entre-t-il également dans les attributions de ces personnels de police
d'assurer la distribution systématique d'une plaquette d'information aux
personnes lors de leur passage à la frontière ?
Monsieur le sénateur, dans les exemples que vous avez cités d'autres pays,
cette distribution n'est pas automatique. Des documents sont simplement mis à
la disposition des usagers des grandes infrastructures de transports. Il me
paraît plus judicieux d'envisager l'adoption d'une telle solution.
En outre, je suis tout à fait disposé à élargir la diffusion dans les
préfectures et, sous réserve de l'avis de mon collègue du ministère des
affaires étrangères, dans les consulats, afin que tous ceux qui se sentent
concernés par une éventuelle inscription dans le système d'information Schengen
puissent connaître l'étendue de leurs droits.
Je ne vois donc que des avantages à ce que, comme je l'ai indiqué à son
président en novembre dernier, des contacts soient pris entre la CNIL et le
ministère de l'intérieur afin d'examiner ensemble les modalités de mise en
oeuvre de cette diffusion. Je suis tout à fait prêt à étudier dans quelles
conditions cela pourrait se faire efficacement.
(Applaudissements sur les
travées socialistes ainsi que sur celles du groupe communiste républicain et
citoyen.)
M. le président.
Nous en avons terminé avec les questions d'actualité au Gouvernement.
Mes chers collègues, nous allons interrompre nos travaux quelques instants.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures, est reprise à seize heures quinze, sous
la présidence de M. Jean Faure.)