Séance du 8 juin 2000







M. le président. La parole est à M. Trucy.
M. François Trucy. Ma question s'adressait à M. le ministre des affaires étrangères ; mais, en son absence, je la poserai à M. le ministre délégué à la coopération et à la francophonie.
Monsieur le ministre, le moins que l'on puisse dire, et regretter, c'est que la France essuie bien des déconvenues de la part de nombre de pays africains supposés, avec peut-être trop d'optimisme, être des amis de notre pays.
C'est ainsi que la République du Tchad, dont la vie politique intérieure est plutôt mouvementée, mais sur le territoire de laquelle l'opération Epervier mobilise près d'un millier de soldats français qui y sont positionnés pour garantir la sécurité, a fait partir sans ménagement, pour employer un langage diplomatique, notre ambassadeur.
C'est ainsi encore qu'à Djibouti le président de cette République, qui s'emploie efficacement par ailleurs à ramener la paix en Somalie, ne parvient pas à comprendre comment la presse française peut se permettre de l'accuser du meurtre d'un magistrat français, le juge Borrel, alors que l'enquête judiciaire française en cours privilégie un suicide. Il en tient rigueur à la France.
C'est ainsi toujours - et c'est très clair - que le putsch en Côte d'Ivoire a surpris les autorités françaises qui ont soutenu jusqu'au bout le président Bédié, qui menait pourtant une politique peu respectueuse de la démocratie.
Enfin, au Sénégal, le président Abdulaye Wade, vainqueur à la régulière du président Diouf, a bien du mérite de conserver à la France sa très ancienne amitié tant il a été traité avec condescendance par notre pays quand il n'était que candidat.
Monsieur le ministre, j'en reviens à la Côte d'Ivoire, pays qui a des liens historiques très forts avec la France et qui bénéficie de l'assistance technique française la plus importante en matière financière. La situation générale en Côte d'Ivoire vous paraît-elle acceptable ? Une mutinerie, des exactions journalières et des dérapages militaires à Abidjan nous inquiètent, même si le général Gueï semble y avoir mis bon ordre.
Que faut-il penser de l'expulsion du gouvernement provisoire, dit « d'union », des derniers partisans de M. Alassane Ouattara réléguant le parti de celui-ci dans l'opposition ?
De plus, 20 000 Français vivent en Côte-d'Ivoire et 350 entreprises françaises y sont installées. Ces chiffres sont peut-être mal connus. Quelles dispositions prenez-vous pour garantir leur sécurité et pour assurer le sort de nos ressortissants ?
Enfin, pensez-vous que les élections successives annoncées par le général Gueï se dérouleront dans la transparence et le respect des règles démocratiques ? (Applaudissements sur les travées des Républicains et Indépendants, du RPR et de l'Union centriste.)
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie. Monsieur le sénateur, j'ai craint, devant la sévérité du réquisitoire, qu'emporté par votre volonté de convaincre que la France est à l'origine des malheurs africains vous n'alliez évoquer la situation au Zimbabwe et en Sierra Leone, la guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée, et pourquoi pas ? - ces affrontements auxquels les alliés d'hier, devenus frères ennemis, le Rwanda et l'Ouganda, se livrent en République démocratique du Congo ! (Exclamations sur les travées des Républicains et Indépendants et du RPR.)
S'agissant du Tchad, monsieur le sénateur, il est exact que l'annonce faite par Total du retrait d'Elf du consortium appelé à financer le projet pétrolier de Doba a provoqué un mécontentement compréhensible que notre ambassadeur a pu en effet mesurer.
Depuis, les explications que je suis allé porter là-bas, la relève par d'autres opérateurs, l'implication de la Banque mondiale, que nous saluons car elle garantit un meilleur usage des retombées financières du projet, ont permis d'apaiser la situation.
Quant à l'opération Epervier, des discussions intervenues sur les conditions de sa présence et de son fonctionnement ont donné satisfaction, je crois, aux uns comme aux autres.
A Djibouti, où nous saluons les efforts du président Guelleh dans les tentatives de paix entre l'Erythrée et l'Ethiopie, les conditions dans lesquelles le juge Borrel a trouvé la mort font l'objet d'une enquête judiciaire. Mais les autorités de Djibouti doivent savoir tenir compte du fait - et elles le comprennent - qu'en France la presse est libre et la justice indépendante.
Au Sénégal, le président Wade sait où sont les intérêts de son pays. Invité à la cérémonie d'investiture à Dakar, j'ai été le premier hôte étranger au palais présidentiel pour un entretien très long avant de déjeuner au domicile du Premier ministre. Par ailleurs, l'attention accordée au président Wade lors de sa visite à Paris, voilà quinze jours, confirme l'excellence de nos relations.
C'est peut-être le procès qui nous est fait à propos de la Côte d'Ivoire qui surprend le plus. Il est vrai qu'autrefois la France a été moins surprise par certains putschs. Cette fois, l'attitude de la France a été saluée unaniment par l'opinion africaine, singulièrement par nos ressortissants. Leur sécurité n'est pas en cause. Nous y veillons, au demeurant. Par ailleurs, nous contribuerons bien entendu, aux côtés de nos partenaires européens à la transparence des prochaines élections, selon le calendrier annoncé et dont nous espérons qu'il sera respecté.
Bref, la France veut être l'amie des Africains. Les Africains, dans leur grande majorité, le savent. (Très bien ! et applaudissements sur les travées socialistes, ainsi que sur celles du groupe communiste républicain et citoyen.)

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