SEANCE DU 15 NOVEMBRE 2000


M. le président. « Art. 4. - I. - Après l'article L. 136-8 du code de la sécurité sociale, il est rétabli un article L. 136-9 ainsi rédigé :
« Art. L. 136-9 . - La diminution de ressources résultant de la réduction de la contribution sociale généralisée prévue à l'article 2 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2001 (n° du ) est compensée intégralement chaque année par l'Etat aux régimes obligatoires de base de sécurité sociale et aux organismes créés pour concourir à leur financement, dans les conditions fixées par la loi de financement de la sécurité sociale et la loi de finances. »
« I bis. - Le deuxième alinéa de l'article L. 114-1 du code de la sécurité sociale est complété par les mots : "et de l'article L. 136-9". »
« II. - A l'article L. 241-1 du code de la sécurité sociale, après la référence : "L. 136-7-1, ", sont insérés les mots : "par une fraction des sommes allouées en application de l'article L. 136-9,". »
« III. - A l'article L. 241-6 du code de la sécurité sociale, il est rétabli un 6° ainsi rédigé :
« 6° Une fraction des sommes allouées en application de l'article L. 136-9. »
« IV. - Après le 4° de l'article L. 135-3 du code de la sécurité sociale, il est inséré un 5° ainsi rédigé :
« 5° Une fraction des sommes allouées en application de l'article L. 136-9 ; ».
« V. - Dans les conditions fixées par l'article 17 de la loi de finances pour 2001 (n° du ), et en application de l'article L. 136-9 du code de la sécurité sociale, une fraction du produit de la taxe spéciale sur les conventions d'assurance visée à l'article 991 du code général des impôts est ainsi répartie :
« - 20,8 % à la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés ;
« - 4,4 % à la Caisse nationale des allocations familiales ;
« - 4,6 % au fonds visé à l'article L. 135-1 du code de la sécurité sociale.
« VI. - Les dispositions du présent article s'appliquent au produit de la taxe sur les conventions d'assurance perçue à compter du 1er janvier 2001. »
Je suis saisi de deux amendements identiques.
L'amendement n° 5 est présenté par M. Descours, au nom de la commission des affaires sociales.
L'amendement n° 47 est déposé par M. Oudin, au nom de la commission des finances.
Tous deux tendent à supprimer cet article.
La parole est à M. Descours, rapporteur, pour présenter l'amendement n° 5.
M. Charles Descours, rapporteur. Cet amendement de suppression est une conséquence de l'amendement de suppression adopté à l'article 2.
La suppression du mécanisme de réduction dégressive de CSG dispense d'affecter des fractions de la taxe sur les conventions d'assurance au FSV, à la CNAMTS et à la CNAF, pour un total de 8,4 milliards de francs.
Il reste que la commission a les plus grands doutes sur cette compensation. Cette taxe repose sur une assiette qui est peu dynamique et bien différente de celle de la CSG. Son destin serait donc plutôt de disparaître.
Je m'interroge aussi sur les conditions de la compensation de la ristourne de CSG en 2003. Je rappelle que le coût total de l'exonération de CSG pour la sécurité sociale est estimé, en 2003, entre 25 milliards de francs et 30 milliards de francs, soit un montant équivalent au rendement actuel de la taxe sur les conventions d'assurance, qui rapporte actuellement 28,3 milliards de francs. Le choix de cette taxe est probablement dû à cette coïncidence de chiffres.
Mais je rappelle qu'en vertu d'un arbitrage 14,1 % de cette taxe, soit 4 milliards de francs, sont déjà prévus pour le FOREC par le présent projet de loi. En conséquence, il faudra, en 2003, soit opter pour une nouvelle taxe permettant de compenser intégralement l'exonération de CSG à la sécurité sociale, soit choisir une nouvelle fois de financer les 35 heures au détriment de la sécurité sociale.
Je me demande enfin pourquoi le Gouvernement a résisté à sa tentation préférée, celle de créer un fonds - il ne serait que le vingt-deuxième ! - qui aurait pu s'appeler « fonds de la compensation de la réduction de contribution sociale généralisée », doté d'un conseil d'administration et d'un conseil de surveillance et dont le décret d'application ne serait paru que plusieurs mois après le vote de la loi !
M. le président. La parole est à M. le rapporteur pour avis, pour défendre l'amendement n° 47.
M. Jacques Oudin, rapporteur pour avis. Nous proposons également de supprimer cet article, ce qui permettra de conserver des recettes pour financer le crédit d'impôt alternatif que nous allons proposer prochainement.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements identiques n°s 5 et 47 ?
Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat. L'avis du Gouvernement est évidemment défavorable.
L'article 4 tire la conséquence, sur les recettes de la sécurité sociale et sur celles du fonds de solidarité vieillesse, de la réduction de la CSG sur les revenus les plus modestes.
L'affectation de la taxe sur les conventions d'assurance à la sécurité sociale et au fonds de solidarité vieillesse répond aux engagement de l'Etat de compenser intégralement cette réduction. Il est par conséquent indispensable que cette mesure soit maintenue, au nom de l'équilibre même.
M. le président. Je vais mettre aux voix les amendements identiques n°s 5 et 47.
M. Guy Fischer. Je demande la parole contre ces amendements.
M. le président. La parole est à M. Fischer.
M. Guy Fischer. Ces deux amendements, respectivement de la commission des affaires sociales et de la commission des finances, ont plus qu'un point commun : exactement identiques dans leur rédaction, ils tendent à la suppression pure et simple de l'article 4.
Cette position est d'ailleurs logique et cohérente, puisque l'article 2 a été supprimé et qu'il est donc légitime, dans cette perspective, que l'on ne procède pas à la compensation attachée à quelque chose qui n'existe plus, au moins temporairement.
Pour autant, cette démarche appelle des observations complémentaires.
Le souci qui anime nos deux commissions dans leur refus d'adopter l'article 4 provient, pour l'essentiel, de la volonté de créer les conditions d'une réduction durable des déficits sociaux, d'autant que le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2001 n'est pas déficitaire, mais présente un excédent prévisionnel non négligeable.
Qu'une part de cette marge de manoeuvre soit utilisée pour réduire les prélèvements ne nous paraît pas forcément scandaleux, mais je crois qu'en la matière nous prêchons des convaincus.
Qui est, en effet, régulièrement, en première ligne pour proposer que les fruits de la croissance soient utilisés pour réduire les prélèvements obligatoires ?
Je connais un peu la réponse à cette question.
On nous objectera que l'artice 4 ne fait pas véritablement varier le niveau global des prélèvements, car il affecte des ressources fiscales à la compensation d'allégements de contributions sociales. Il n'en demeure pas moins qu'un effort est fait dans le sens que vous défendez assez régulièrement. On peut donc s'étonner que vous repoussiez cet article.
Mais nous n'en restons pas là.
Nous débattons, soit dit en passant, d'une mesure d'allégement de contribution sociale parce qu'il existe des possibilités pour le faire, parce qu'il y a des marges de manoeuvre financières.
Cette situation est liée à deux facteurs. Elle est liée, d'une part, à la progression des recettes issue de la croissance par le jeu de la création d'emplois, notamment par ceux qui proviennent de l'application de la réduction négociée du temps de travail. Elle est liée, d'autre part, à la progression plus limitée des dépenses, même si cette situation est, selon nous, loin d'être satisfaisante.
Que ce mouvement qui a conduit à la disparition des déficits d'exécution et à l'apparition des excédents puisse ensuite être partagé entre allégements de cotisations ou de contribution et amélioration des prestations servies n'est pas en soi scandaleux.
Ce qui l'est, c'est de s'en tenir inflexiblement à une seule logique comptable, qui connaît au demeurant, l'examen des amendements le prouve, deux exceptions : l'accroissement permanent des allégements de cotisations accordés aux patronat et la grande liberté demandée par les médecins libéraux.
Nous ne voterons donc pas ces amendements de suppression de l'article 4.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix les amendements identiques n°s 5 et 47, repoussés par le Gouvernement.

(Les amendements sont adoptés.)
M. le président. En conséquence, l'article 4 est supprimé.

Article 4 bis