SEANCE DU 29 MAI 2001


M. le président. Par amendement n° 88 rectifié, le Gouvernement propose d'insérer, avant l'article 6 bis , un article additionnel ainsi rédigé :
« I. - L'article 36 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité est ainsi modifié :
« 1° Le permier alinéa est précédé de la mention : "I. - " ;
« 2° Il est complété par les dispositions suivantes :
« II. - Les adjoints de sécurité peuvent être nommés au premier échelon du grade de gardien de la paix de la police nationale :
« - à titre posthume, lorsqu'ils sont blessés mortellement dans l'exercice de leurs fonctions,
« - à titre exceptionnel, lorsqu'ils ont été grièvement blessés à l'occasion d'une mission de police.
« En cas d'inaptitude physique reconnue par le comité médical compétent, ils peuvent faire l'objet d'un reclassement au sein d'un corps de fonctionnaires relevant de l'autorité du ministre de l'intérieur. Dans ce cas, la titularisation est prononcée après avis de la commmission administrative paritaire du corps d'accueil.
« Pour les fonctionnaires nommés dans les conditions prévues ci-dessus, les prescriptions de l'article 22 de la présente loi sont applicables. »
« II. - Après l'article 30 de la même loi, est inséré un article ainsi rédigé :
« Art. ... - I. - Les volontaires servant en qualité de militaires dans la gendarmerie peuvent être admis dans le corps des sous-officiers de gendarmerie et nommés au premier échelon du grade de gendarme :
« - à titre posthume, lorsqu'ils sont blessés mortellement dans l'exercice de leurs fonctions,
« - à titre exceptionnel, lorsqu'ils ont été grièvement blessés à l'occasion d'une mission de police.
« En cas d'inaptitude physique, sur avis médical, ils peuvent faire l'objet d'un reclassement au sein d'un corps de fonctionnaires relevant de l'autorité du ministre de la défense. La titularisation est prononcée, le cas échéant, après avis de la commission administrative paritaire du corps d'accueil.
« II. - Pour les militaires de la gendarmerie nommés dans les conditions prévues au I du présent article, les prescriptions de l'article 29 de la présente loi leur sont applicables. »
La parole est à M. le ministre.
M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur. Je m'efforcerai d'être rapide, mais vous comprendrez que le ministre de l'intérieur veuille s'exprimer sur un sujet aussi important pour la police nationale.
Les policiers, vous le savez, exercent un métier difficile et exigeant. Je tiens à leur rendre hommage - hommage auquel, je le sais, tous ici vous vous associez - et à saluer leur ardeur, leur mobilisation et leur courage lorsqu'il s'agit de lutter contre la délinquance, d'élucider les affaires dont ils sont saisis, de prévenir et réprimer les troubles à l'ordre public, d'être attentifs aux préoccupations de nos concitoyens en matière de sécurité et de répondre ainsi à leurs attentes.
Les policiers comme les gendarmes sont au premier rang du combat contre l'insécurité. Leur action doit être soutenue et prolongée par tous ceux qui, à un titre ou à un autre, peuvent concourir au combat contre l'insécurité.
Les policiers exercent un métier dangereux, parfois au péril de leur vie, ainsi que l'ont montré trop d'événements récents : en six mois, huit policiers et un gendarme ont trouvé la mort en service ; dans la majorité des cas, ils ont été victimes de la folie meutrière à l'occasion d'interventions souvent des plus banales.
En pareilles circonstances, et comme la nation se doit d'y veiller, un dispositif d'accompagnement social est prévu pour les familles des policiers victimes du devoir. Sans, bien entendu, pouvoir remplacer un être cher, un tel dispositif d'aide a pour objet de garantir aux proches du disparu une aide financière, notamment en portant la pension de réversion à 100 %.
Parmi les personnels de police victimes du devoir, l'on compte des policiers titulaires, mais aussi des adjoints de sécurité : quatre d'entre eux ont trouvé la mort en service ou victimes du devoir depuis la mise en place de cette forme particulière d'emplois-jeunes, et 552 ont été blessés en mission de police. Les adjoints de sécurité méritent donc la même reconnaissance de la nation que celle qui est accordée aux policiers ou aux gendarmes tués en service.
Succédant aux policiers auxiliaires, qui ont disparu après la suppression du service national dans les conditions que l'on sait, les adjoints de sécurité constituent un apport des plus précieux pour la police nationale : par leur nombre, puisqu'ils sont aujourd'hui 16 000 contre, au maximum, 9 000 policiers auxiliaires ; par la diversité de leur origine et leur présence sur la voie publique, qui leur permet de contribuer très fortement au rapprochement de la police avec la population ; par la filière de prérecrutement qu'ils ont permis d'organiser et qui donne la possibilité d'améliorer encore la qualité du recrutement dans la police nationale, où plus de 4 500 d'entre eux ont déjà été intégrés après avoir réussi les concours normaux d'accès - c'est d'ailleurs bien utile pour le remplacement des départs à la retraite, je n'y reviens pas à cette heure ; par la pleine réussite de l'insertion professionnelle que permet cette filière d'emplois-jeunes, grâce aux mesures d'accompagnement mises en oeuvre par mon ministère.
Au moment où, par ailleurs, le Gouvernement entend pérenniser leur action et leur donner certaines attributions de police judiciaire, il est tout à fait normal que soit institué un dispositif de protection sociale correspondant à l'importance de leur mission et aux risques encourus.
En conséquence, il est proposé d'étendre aux adjoints de sécurité les garanties statutaires des fonctionnaires stagiaires et des élèves appelés à servir dans les services actifs de la police nationale.
L'amendement n° 88 rectifié vise également à appliquer aux adjoints de sécurité, notamment en autorisant leur titularisation en qualité de fonctionnaires après leur décès, les dispositions de l'article 22 de la loi du 21 janvier 1995 qui portent au taux de 100 % la pension de réversion au conjoint survivant.
La mise en oeuvre de ces mesures, tout en contribuant à honorer la mémoire de l'agent décédé, permettra à ses ayants droit d'obtenir des compensations pécuniaires et sociales comparables à celles dont bénéficient dans les mêmes circonstances les ayants droit des fonctionnaires du corps de maîtrise et d'application de la police nationale. De même, elle sera l'occasion, en cas de blessure grave, de reconnaître leur sens élevé du service public.
Il est par ailleurs proposé d'étendre ces mêmes dispositions aux gendarmes adjoints de sécurité.
Tel est l'objet de l'amendement que nous vous proposons d'adopter.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Jean-Pierre Schosteck, rapporteur. La commission a estimé qu'il s'agissait d'une mesure tout à fait nécessaire et justifiée qui apporte d'utiles garanties aux adjoints de sécurité et aux gendarmes volontaires tués ou grièvement blessés dans l'exercice de leurs fonctions. Nous pensons même qu'elle aurait dû être prise plus tôt.
En revanche, dans la perspective de l'organisation du texte, nous pensons que l'article additionnel qui nous est proposé trouverait mieux sa place après l'article 6 que dans les dispositions relatives au code de la route.
M. le président. Monsieur le ministre, acceptez-vous de rectifier votre amendement en ce sens ?
M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur. Oui, monsieur le président.
M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° 88 rectifié bis, qui tend à insérer un article additionnel après l'article 6.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 88 rectifié bis , accepté par la commission.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l'article 6.
Monsieur le ministre, vous permettrez à la présidence de joindre ses sentiments à ceux que vous avez exprimés aux agents de la sécurité victimes de leur devoir.

Article 6 bis