SEANCE DU 6 NOVEMBRE 2001


M. le président. La parole est à M. About, auteur de la question n° 1149, adressée à Mme le ministre de la culture et de la communication.
M. Nicolas About. Ma question aurait pu s'adresser à Mme la secrétaire d'Etat aux droits des femmes, mais, naturellement, je suis obligé de l'adresser à Mme la ministre de la culture et de la communication.
Monsieur le secrétaire d'Etat, connaissez-vous l'histoire pathétique de Saartjie Baartman, plus connue sous le nom de « Vénus hottentote » ? Pour ma part, je me souviens avoir, enfant, plusieurs fois visité le musée de l'Homme, à Paris, où l'on exposait alors le corps empaillé de cette femme aux formes généreuses.
Originaire d'une ethnie sud-africaine, elle fut convaincue, un jour - c'était au début du xixe siècle - par un Anglais de quitter son pays natal, pour rejoindre l'Europe.
A son arrivée à Londres, le rêve se transforma rapidement en cauchemar : elle fut exhibée comme une bête de foire, puis servit d'objet sexuel lors de soirées privées, avant de sombrer finalement dans la prostitution. Elle termina sa courte existence à Paris, où elle devint un objet de curiosité scientifique.
Son corps fut disséqué, son cerveau et ses organes conservés dans le formol, et son squelette exposé au musée de l'Homme, tel un vulgaire trophée ramené d'Afrique.
Il est stupéfiant de penser que cette sordide exhibition a duré en France jusqu'en 1974 ! Aujourd'hui, les restes de cette femme pourrissent dans une remise du musée de l'Homme.
Longtemps présentée en Europe comme un exemple de l'infériorité africaine, Saartjie Baartman est devenue, dans son pays, le symbole de l'exploitation et de l'humiliation vécues par les ethnies sud-africaines, pendant la douloureuse période de la colonisation.
Depuis plusieurs années, le gouvernement sud-africain réclame à la France la restitution des restes de cette femme, afin qu'elle puisse recevoir les honneurs de son peuple, et reposer en paix, dans une sépulture décente. Le retour de la « Vénus hottentote » en Afrique du Sud serait vécu, monsieur le secrétaire d'Etat, comme le symbole de la dignité retrouvée d'un peuple à laquelle, je le sais, vous ne pouvez que souscrire.
Quand comptez-vous mettre fin aux tergiversations de la France sur cette légitime restitution, monsieur le secrétaire d'Etat ?
M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Michel Duffour, secrétaire d'Etat au patrimoine et à la décentralisation culturelle. Cette réponse a été élaborée en concertation avec le ministère de l'éducation nationale ; qui est compétent sur ce dossier, monsieur le sénateur.
Comme vous le savez, miss Baartman a été conduite en France où elle a été accueillie par des chercheurs français, en particulier par Henri de Blainville et par le baron Cuvier. Gravement malade, elle est décédée en 1815.
A sa mort, ainsi qu'il était de coutume pour les personnalités illustres ou remarquables, un moulage complet de son corps a été effectué, et son squelette a été conservé.
La France n'a été responsable d'aucun préjudice et d'aucune humiliation à l'encontre de miss Saartjie Baartman qui, bien au contraire, durant son court séjour sur notre territoire, a été soignée et prise en considération.
Les restes de miss Saartjie Baartman sont conservés d'une façon correcte et digne, comme tous les restes humains qui sont gardés dans les réserves du Museum national d'histoire naturelle. Leur accès est strictement réservé aux chercheurs et personnalités autorisés par le directeur du Museum, sur recommandation de l'ambassadeur de la république d'Afrique du Sud.
Ces pièces font partie des collections nationales, lesquelles, selon la loi française, sont inaliénables. Le directeur du Museum national d'histoire naturelle a la charge d'assurer la conservation et l'intégrité des collections, qui constituent le patrimoine de l'humanité.
Elles forment un ensemble scientifique à la disposition des chercheurs de la collectivité internationale tout entière.
Aujourd'hui, comme vous l'avez dit, des représentants de l'Afrique du Sud ont demandé le retour des restes de miss Saartjie Baartman conservés au Museum national d'histoire naturelle. Cette demande - au demeurant tout à fait compréhensible - vous l'avez fort bien dit, appelle néanmoins de notre part une réflexion globale car si son squelette devait être transféré au Cap, une loi du Parlement français devrait être votée pour permettre son rapatriement à titre exceptionnel.
De toute façon, nous pensons qu'en aucune manière la France ne peut être considérée comme responsable du sort indigne qui a été réservé à miss Saartjie Baartman. Or un simple retour de ses restes impliquerait la seule responsabilité de notre pays, ce qui n'est pas acceptable.
Nous pensons également qu'il serait souhaitable de préparer un ouvrage, sous la direction conjointe du professeur Philip Tobias, de Johanesburg, et du professeur Henry de Lumley, directeur de l'Institut de paléontologie de Paris, qui présenterait la vie et la culture du peuple San. Cet ouvrage, publié sous le patronage de l'UNESCO, marquerait tout l'intérêt et la considération que la France porte à ce problème.
M. Nicolas About. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. About.
M. Nicolas About. Monsieur le secrétaire d'Etat, je reste un peu sans voix.
Le médecin que je suis se demande en effet quel intérêt scientifique peut présenter un corps empaillé conservé au musée de l'Homme...
Je suis par ailleurs étonné que ce soit le ministère de l'éducation nationale qui fasse transmettre ce message au Parlement français. Madame la secrétaire d'Etat aux droits des femmes, c'est une insulte faite aux femmes !
Aujourd'hui, les restes de Saartjie Baartman ne présentent aucun intérêt scientifique. Il est donc inutile de les garder sur notre territoire. Leur restitution n'impliquerait pas la reconnaissance par la France d'actes que notre pays aurait pu commettre. Comme vous l'avez très bien dit, c'est surtout l'Angleterre qui est en cause.
Il n'en demeure pas moins que c'est nous qui conservons sur notre territoire les restes de Saatjie Baartman, et dans des conditions que vous seul jugez dignes. En effet, chacun sait que les réserves de nos musées, du musée de l'Homme en particulier, ne peuvent pas être considérées comme des sépultures dignes pour un être humain.
Je le répète, Saartjie Baartman constitue un symbole, un symbole très fort ainsi que nos amis sud-africains, qu'ils soient ministres ou simples citoyens, nous l'ont confirmé.
J'informe donc le Gouvernement que je déposerai une proposition de loi permettant le retour des restes de Saartjie Baartman en Afrique du Sud.

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