SEANCE DU 31 JANVIER 2002


M. le président. L'amendement n° 355 rectifié, présenté par M. Domeizel et les membres du groupe socialiste, est ainsi libellé :
« Avant l'article 11, insérer un article additionnel ainsi rédigé :
« Le deuxième alinéa (1°) de l'article L. 3212-1 du code de la santé publique est compléter in fine par les mots : "ou mettent involontairement sa vie en danger". »
La parole est à Mme Campion.
Mme Claire-Lise Campion. J'interviendrai au nom de M. Domeizel : le droit du malade est aussi le droit au repos. Le projet de loi tend à renforcer la protection des droits des malades souffrant de troubles mentaux. Il répond à des besoins réels et représente une excellente initiative compte tenu de la fragilité particulière des personnes concernées.
Bien que le texte que nous examinons aujourd'hui ne vise que les modifications relatives aux conditions d'hospitalisation d'office, je souhaite exprimer une crainte : que la nouvelle rédaction de l'article 11, avec le durcissement des conditions d'hospitalisation liant la nécessité de soins au renforcement de la gravité des troubles, n'ait des effets pervers, par ricochet, sur la mise en oeuvre de l'accès aux soins par la voie de l'hospitalisation à la demande d'un tiers.
Or, nous connaissons les difficultés des familles qui sont confrontées à des situations dramatiques de proches qu'elles ne parviennent pas à faire soigner et qui se heurtent aux réticences des médecins, ces derniers refusant d'intervenir sous prétexte que le malade ne s'est pas encore montré dangereux.
Nous savons également qu'un nombre important de suicides est dû à un défaut d'accès aux soins et que nombre d'actes délictueux sanctionnés sur le plan judiciaire ou suivis d'une incarcération auraient pu être évités si leurs auteurs avaient pu être traités préventivement sur le plan médical.
Cet amendement n° 355 rectifié a un double objectif : d'une part, il tend - et c'est primordial - à garantir au malade atteint de troubles mentaux un droit aux soins, en facilitant et en dédramatisant l'accès à ces derniers, sans attendre la catastrophe. Le droit d'accéder aux soins les plus appropriés à son état fait d'ailleurs partie des principes réaffirmés dans le projet de loi que nous étudions ce soir.
D'autre part, cet amendement vise à faire prendre conscience des difficultés rencontrées dans l'application de la loi de 1990 et de la nécessité de les intégrer dans la réflexion pour aboutir à une réforme globale et de fond d'une loi qui, si elle a apporté des améliorations fondamentales dans le domaine sensible des hospitalisations sans consentement, reste cependant encore perfectible.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Francis Giraud, rapporteur. Favorable.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Bernard Kouchner, ministre délégué. L'article L. 3213-3 du code de la santé publique intègre déjà une préoccupation analogue. Néanmoins, je comprends très bien la préoccupation de M. Domeizel, et je ne peux que la partager. Par conséquent, je m'en remets à la sagesse du Sénat.
J'ajoute que j'ai proposé récemment un plan de santé mentale et annoncé une réforme en profondeur de la loi de 1990.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° 355 rectifié.
M. Jean Chérioux. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Chérioux.
M. Jean Chérioux. C'est un amendement de bon sens. Tous les élus locaux que nous sommes ont été saisis de problèmes de ce genre. Nous avons dû constater combien il était quelquefois difficile, dans des conditions comme celles qui ont été évoquées, d'obtenir une hospitalisation. Même si un texte existe déjà, cet amendement me paraît constituer un progrès. On constate en effet tellement de difficultés dans ce domaine, que ce texte, à mon avis, renforcera encore la position de ceux qui sont amenés à demander des hospitalisations de ce type.
M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 355 rectifié, accepté par la commission et pour lequel le Gouvernement s'en remet à la sagesse du Sénat.

(L'amendement est adopté.)
M. le président. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, avant l'article 11.

Article 11