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Séance du 1er octobre 2004 (compte rendu intégral des débats)

compte rendu intégral

PRÉSIDENCE DE MME PAULEtTE BRISEPIERRE

présidente d'âge

Mme la présidente. La séance est ouverte. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

(La séance est ouverte à seize heures cinq.)

1

INstallation du bureau d'âge

Mme la présidente. J'invite les six plus jeunes sénateurs à venir siéger au bureau pour y remplir les fonctions de secrétaires d'âge.

D'après les renseignements qui m'ont été fournis, ce sont :

- Mme Sandrine Hurel. (Applaudissements.)

- M. François-Noël Buffet. (Applaudissements.)

- M. Thierry Repentin. (Applaudissements.)

- Mme Patricia Schillinger. (Applaudissements.)

- Mme Annie David. (Applaudissements.)

- Mme Valérie Létard. (Applaudissements.)

2

OUVERTURE DE LA SESSION ORDINAIRE DE 2004-2005

Mme la présidente. En application de l'article 28 de la Constitution, la session ordinaire de 2004-2005 est ouverte.

3

HOMMAGE AUX Sénateurs décédés en cours de mandat

Mme la présidente. J'ai le grand regret de vous rappeler le nom des sénateurs décédés depuis le premier octobre 2001.

Il s'agit de Martial Taugourdeau, sénateur de l'Eure-et-Loir de 1989 à 2001, de Dynah Derycke, sénatrice du Nord de 1997 à 2002, qui fut la première présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes, de Robert Calméjane, sénateur de Seine-Saint-Denis de 1986 à 2002, de Patrick Lassourd, sénateur d'Ille-et-Vilaine de 1998 à 2003, qui nous a quittés très brusquement, d'Emmanuel Hamel, sénateur du Rhône de 1986 à 2003, et de Michel Pelchat, sénateur de l'Essonne de 1995 à 2004.

Ils étaient des figures de notre assemblée ; nous les regrettons tous.

Je vous propose maintenant de vous recueillir quelques instants. (Mmes et MM. les sénateurs se lèvent et observent une minute de silence.)

4

élection d'un sénateur

Mme la présidente. En application des articles L.O. 325 et L.O. 179 du code électoral, j'ai reçu de M. le ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales une communication de laquelle il résulte qu'à la suite des opérations électorales du 26 septembre 2004 M. Alain Lambert a été proclamé élu sénateur de l'Orne.

5

liste des sénateurs proclamés élus

Mme la présidente. En application des articles L.O. 325 et L.O. 179 du code électoral, j'ai reçu de M. le ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales la liste des sénateurs proclamés élus dans les départements de la métropole et d'outre-mer, à Mayotte et à Saint-Pierre-et-Miquelon à la suite des opérations électorales du 26 septembre 2004.

Acte est donné de cette communication.

La liste de ces sénateurs sera publiée en annexe au compte rendu intégral de la présente séance.

6

liste des sénateurs proclamés élus représentant les Français établis hors de France

Mme la présidente. En application de l'article 10 de la loi n° 83-390 du 18 mai 1983, j'ai reçu de M. le ministre des affaires étrangères la liste des quatre sénateurs représentant les Français établis hors de France, élus le 26 septembre 2004 par les membres élus de l'Assemblée des Français de l'étranger.

Acte est donné de cette communication.

La liste de ces sénateurs sera publiée en annexe au compte rendu intégral de la présente séance.

Je vous rappelle que, jeudi 7 octobre, le bureau procédera, en application de la loi organique du 30 juillet 2003, au tirage au sort, parmi ces quatre sénateurs, des deux sénateurs dont le mandat sera de neuf ans.

7

allocution de la présidente d'âge

Mme la présidente. C'est pour moi un grand honneur de présider la séance d'ouverture de la session parlementaire 2004-2005.

Cette session revêt une importance particulière, non seulement parce qu'elle est la première après la réforme du mode d'élection des sénateurs, mais surtout, parce qu'elle s'inscrit dans un contexte international incertain auquel nous aurons à faire face tous ensemble.

Il y a trois ans, j'avais déjà eu le privilège de m'adresser à vous. En observant ces trois dernières années au cours desquelles tant d'événements se sont enchaînés, et parfois malheureusement déchaînés, je réalise combien tout a changé dans le monde qui nous entoure. Cependant, je retrouve intacts les sentiments de fierté, d'émotion et de bonheur qui étaient les miens le 1er octobre 2001.

Fierté que soient honorées, par ma présence à cette tribune, toutes les femmes qui font partie de cette grande famille qu'est le Sénat, qu'elles siègent ou non dans cet hémicycle. (Applaudissements.)

Emotion, puisque à travers ma voix résonnent non seulement celles de nos collègues et amis délégués à l'Assemblée des Français de l'étranger, mais plus généralement celles de nos deux millions et demi de compatriotes établis hors de France qui, sur les cinq continents, dans des conditions parfois difficiles, représentent une grande part du rayonnement et de l'âme de la France. C'est à eux que je pense aujourd'hui.

Bonheur, enfin, de retrouver dans notre hémicycle tant de visages d'amis que j'ai toujours trouvés auprès de moi lorsque j'ai fait appel à eux, et de voir de nouveaux visages qui deviendront, je l'espère, également des amis.

Je félicite tous nos collègues élus ou réélus, mais avec une pointe de nostalgie lorsque je pense à ceux qui nous ont quittés, soit parce qu'ils ne se sont pas représentés, soit parce que le sort des urnes ne leur a pas été favorable. Quelle que soit leur appartenance politique, ils étaient pratiquement tous des amis et ont tous fait beaucoup pour le Sénat ; nous ne les oublierons pas.

Je ne peux les citer tous, mais vous me permettrez d'avoir une pensée particulière pour mes trois collègues sénateurs représentant les Français de l'étranger qui ne se sont pas représentés : Xavier de Villepin, Guy Penne et Hubert Durand-Chastel. Tous trois ont fait un travail remarquable ; ils nous manqueront.

Et toujours en tant que sénateur représentant les Français de l'étranger, permettez-moi de nommer ceux qui les ont remplacés en faisant remarquer qu'en ce qui concerne tout au moins la parité, les Français de l'étranger sont exemplaires puisqu'ils ont élu deux femmes : Joëlle Garriaud-Maylam et Christiane Kammermann, et deux hommes, Christian Cointat, qui était sénateur sortant, et Richard Yung.

Mes chers collègues, pour les trois années à venir, nous constituerons tous ensemble l'équipe du Sénat.

Ne nous faisons pas d'illusions. Nous avons devant nous trois années qui s'annoncent intenses, difficiles, ponctuées de problèmes. Dans les jours sombres d'une actualité qui souvent nous dépasse, tout peut arriver, n'importe où, n'importe quand, et pour traverser avec succès les temps à venir nous devons être unis - solidaires - et oublier autant que possible les querelles politiciennes, comme nous l'avons fait pour nos otages Français en Irak, donnant au monde une image sans faille et exemplaire de la France.

Face aux avis de tempête qui ne manqueront pas de jalonner notre route, cet équipage du Sénat va devoir montrer sa solidarité, sa cohésion, et sa capacité à garder à chaque instant le cap de l'intérêt général.

Ce ne sera pas toujours facile. Il appartient à chacun de nous d'oeuvrer pour que notre grand vaisseau ne se transforme pas en bateau ivre, mais soit une figure de proue de la démocratie.

L'écoute, le respect mutuel et l'efficacité sont traditionnellement des valeurs reconnues du Sénat. A nous de continuer dans ce sillage...

Nous le devons à nos électeurs qui nous ont témoigné leur confiance ; nous le devons également au Sénat, ce Sénat que nous aimons et auquel nous sommes fiers d'appartenir.

Au Sénat, qui continue de rajeunir, malgré les trois années de plus de sa doyenne. (Sourires.)

Au Sénat qui se féminise puisque nous comptons maintenant cinquante-six femmes, soit 17 %. Qui dit mieux ?

Le Sénat se modernise également par ses activités culturelles, sociales, scientifiques et économiques et les manifestations marquantes qu'il organise sous l'impulsion de son président.

La Haute Assemblée continue inlassablement à promouvoir une meilleure connaissance du monde des entreprises, qui manquait si souvent aux responsables politiques. Ainsi, les stages d'immersion en entreprise, dont ont bénéficié près de 250 collègues depuis cinq ans, ou les rencontres sénatoriales de l'entreprise sont autant de passerelles jetées entre notre assemblée et le monde économique.

Et, surtout, le Sénat a su poursuivre son adaptation aux nécessités de la vie politique d'aujourd'hui : plus d'initiative, plus de contrôle, plus de célérité dans son travail interne.

Le Sénat incarne l'efficacité, jusque dans sa façon d'être et de travailler au quotidien, avec, reconnaissons-le, l'aide inestimable de collaborateurs d'une qualité rare, et ce à tous les échelons. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

Nous sommes ainsi plus forts pour faire face aux évolutions planétaires récentes, sur lesquelles je voudrais maintenant m'attarder quelques instants.

Je citerai simplement les quatre points qui me semblent les plus importants et qui me paraissent refléter le mieux l'évolution de ces trois dernières années : la montée du terrorisme et son immixtion dans la vie politique des pays ; l'élargissement de l'Europe à vingt-cinq ; la poursuite d'une mondialisation si difficile à saisir dans sa globalité ; les vertiges de la diplomatie américaine.

Avec une intuition fulgurante, qui m'a toujours remplie d'admiration, notre grand collègue Maurice Schumann écrivait, voilà près de dix ans : « Le troisième millénaire commencera par une guerre diffuse et permanente. »

Nous y sommes... Du 11 septembre 2001 à Manhattan au 3 septembre 2004 en Ossétie - comble de l'horreur puisqu'on a osé s'en prendre à des enfants -, en passant par les attentats de Tunis, Casablanca, Bagdad ou Madrid, l'attentat contre les avions russes et l'attaque devant l'ambassade d'Australie à Djakarta, sans oublier les enlèvements, qui se multiplient, comme celui de nos journalistes, auxquels nous pensons chaque jour, le terrorisme s'invite aujourd'hui régulièrement à la une d'une terrible actualité.

Mais ce fil rouge, rouge sang, pourrais-je dire, joue selon plusieurs logiques, parfois contradictoires, qui rendent la lutte contre le terrorisme déroutante et toujours plus complexe.

Permettez-moi de citer deux exemples parmi d'autres.

L'attentat du World Trade Center avait renforcé la cohésion de la nation américaine autour de son président, élu de justesse à l'époque, en le transformant en chef de guerre tout puissant.

Plus récemment, le sanglant et monstrueux septembre noir du Caucase a affaibli la position du président russe, dont la fermeté affichée ne réussit pas à occulter le sentiment qu'il est aujourd'hui plus vulnérable.

La leçon de ces tragédies ?

Cette guerre diffuse et permanente qu'est le terrorisme bouleverse désormais autant les rapports de force de la politique intérieure des Etats que les équilibres de leur politique extérieure.

Nous devons absolument tout mettre en oeuvre pour diminuer les inégalités entre les peuples, inégalités insupportables qui engendrent la haine et la rancoeur, formidables ferments du terrorisme.

Deuxième évolution spectaculaire : l'élargissement de l'Europe.

De l'Europe des six, en 1957, à l'Europe des vingt-cinq, en 2004, que d'avancées radicales en si peu d'années !

Avec, à la clé, un glissement du centre de gravité vers l'Est, un accroissement formidable de la population et de la puissance économique de l'Union, et une refonte rendue nécessaire des mécanismes européens, à travers ce projet de constitution.

L'Europe à vingt-cinq peut-elle apporter des réponses au terrorisme ? Peut-elle modifier l'équilibre international, notamment entre les Etats-Unis et l'Europe ? L'Europe à vingt-cinq sera-t-elle plus forte, donc plus encline à servir de moteur économique et culturel, ou plus faible, parce qu'incapable de parler d'une seule voix ?

Une chose est certaine, en jouant la partition de l'élargissement, l'Europe participe à sa manière au concert de la mondialisation, troisième fait marquant de ce début de siècle.

Mais cette mondialisation, que l'air du temps a transformée en victime expiatoire, ne fait-elle pas l'objet d'un malentendu ?

Notre planète ne souffre-t-elle pas de l'inachèvement de la mondialisation plutôt que de sa prétendue omniprésence ? En effet, si elle était à ce point en marche, comment pourrait-on expliquer la marginalisation des pays du Sud, qui s'enfoncent chaque année dans leur isolement ?

Voilà un des défis majeurs.

Terrorisme, Europe à vingt-cinq, mondialisation...

Il me reste à évoquer le rôle des Etats-Unis et notre relation avec la puissance américaine.

Après une période de relations assez glaciales avec les Etats-Unis, réjouissons-nous de constater un retour à des relations normalisées.

Puissent l'épisode irakien et ces « malentendus transatlantiques » dont parlait M. Kissinger nous inciter à méditer. Si les Etats-Unis sont aujourd'hui tentés par l'unilatéralisme et l'interventionnisme, c'est sans doute davantage par réalisme politique que pour des raisons philosophiques. Si l'Amérique intervient, c'est parce qu'elle se sait puissante et qu'elle constate l'impuissance de l'Europe et des grands pays européens.

Nous devons absolument travailler à renforcer l'Europe, afin que notre relation transatlantique retrouve son équilibre, sans quoi les tentations américaines deviendront « structurelles », au-delà même de la personnalité des dirigeants des Etats-Unis.

Face aux défis du terrorisme, de l'élargissement européen, de la mondialisation et du rééquilibrage de notre relation avec les Etats-Unis, le Sénat doit faire entendre sa voix - haut et fort -, loin des querelles politiciennes, mais à travers les différents rôles qui sont les siens.

Rôle de législateur d'abord, rôle de représentant des collectivités territoriales, rôle de contrôleur de l'exécutif, bien sûr.

Mais au-delà, parce qu'il est une chambre d'écho des opinions des parlementaires - de nos opinions à tous -, le Sénat est, si j'ose dire, un « influenceur » de notre société en mal de repères. Chaque fois que l'un d'entre nous s'exprime dans les médias, le Sénat contribue à assurer une plus grande lisibilité de nos institutions et de notre vie démocratique.

Le temps me manque pour citer toutes les initiatives de notre assemblée, mais avouons que nous n'avons pas attendu pour nous mettre au diapason d'une Europe qui redécouvre les nécessités d'un rallongement de la durée du travail.

Il est peu de dire que notre travail s'est considérablement accru ces derniers temps ; le Sénat a siégé 127 jours pendant la dernière session, et l'on n'a pas compté les séances de nuit...

C'est tout à l'honneur de notre fonction, et nous pouvons nous regarder droit dans les yeux, même s'ils sont entourés de quelques cernes supplémentaires, ce qui n'est jamais agréable pour une femme ! (Sourires.)

Voilà pour le rôle du Sénat dans le cadre hexagonal. Qu'en est-il au-delà de nos frontières ?

Je disais il y a trois ans : notre base, ce sont les collectivités territoriales, mais notre circonscription, c'est le monde. Je le redis haut et fort aujourd'hui.

En décidant d'organiser, à partir de l'année prochaine, les états généraux des Français de l'étranger, M. le président Poncelet a pris une initiative dont les sénateurs des Français de l'étranger ne peuvent que lui être reconnaissants.

Il nous faudra la poursuivre, en défendant avec acharnement le statut des Français établis hors de France et en renforçant leurs droits, qui n'ont actuellement rien à voir avec ceux des Français de la métropole. Pourtant, n'oublions pas qu'ils sont la partie avancée de la France dans le monde.

D'une certaine manière, le dynamisme de la communauté française de l'étranger, que je constate régulièrement à l'occasion de mes voyages, contraste avec un certain désenchantement que l'on rencontre parfois dans l'hexagone.

Comme si l'avenir faisait moins rêver les Français en France que ceux de l'étranger.

N'oublions pas pourtant, comme le disait Bernanos, qu' « on n'attend pas l'avenir comme on attend un train ; l'avenir, on le fait ! »

Et si l'heure est parfois au doute, à l'angoisse, à l'inquiétude, prenons-en volontairement le contre-pied.

Ces derniers temps, de nombreux ouvrages ont vu le jour, décryptant le prétendu déclin de la France, pour ne pas dire sa décadence.

Il s'agit là non pas de nier nos difficultés ou de tomber dans l'angélisme, mais de ne pas sombrer dans le pessimisme et d'en appeler à notre responsabilité de politique.

Nous tournons le dos à la noblesse de notre mission lorsque nous faisons notre miel des difficultés de notre pays, lorsque nous affichons nos dissensions internes, qui nuisent à notre image à l'étranger, lorsque nous oublions que la solidarité nationale est la seule façon d'obtenir le respect de la communauté internationale.

Alors, plutôt que d'observer un pays en chute libre, « une France qui tombe », sachons, nous, responsables politiques, écrire les premières pages de « La France qui se relève ». (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

Des pistes d'un optimisme raisonnable et raisonné existent. Il y en a en France, mais également en Europe. Même si l'Europe à vingt-cinq ne sera pas facile à vivre tous les jours, ce mouvement de rapprochement de notre vieux continent lui permettra sans doute de ne pas devenir un « petit cap du continent asiatique », comme le redoutait Paul Valéry.

Et nous serons plus forts demain qu'aujourd'hui, à condition d'avoir le réflexe de chercher ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous divise.

Isaac Newton disait : « Avec les pierres, les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. » L'actualité pourrait illustrer son propos.

Mais on peut également le prendre à contre-pied : le premier mur de la honte a été détruit en 1989, le pont de Mostar rebâti en juillet dernier et celui de Srebrenicza voilà un peu plus d'un mois.

Il ne s'agit en aucun cas de nier les difficultés et les nouveaux défis qui nous sont apparus ces derniers temps, avec en tête le terrorisme et l'humiliation de certains peuples, humiliation, qui plus que tout, engendre la haine, ou la terrible menace d'une fracture pourtant injustifiée entre le monde judéo-chrétien et l'islam.

Il s'agit simplement de rappeler que le monde a vécu d'autres époques dramatiques avec presque toujours une éclaircie, après les années sombres.

Alfred de Musset ne disait-il pas : « Les larmes du passé fécondent l'avenir. » ?

Finalement, c'est notre vocation et notre devoir de représentants de la nation, de femmes et d'hommes responsables de ne jamais sacrifier au pessimisme.

Car pourquoi nous sommes-nous présentés ?

Pour donner un sens supplémentaire à notre vie, pour apporter notre pierre à l'édifice de l'intérêt général, pour détruire des murs et construire des ponts, pour faire en sorte que l'avenir de nos enfants soit porté par le progrès et par l'espoir.

Dans les Confessions d'un enfant du siècle, Alfred de Musset, écrivait, à propos de son époque, située au carrefour de la Révolution et de la Restauration : « Tout ce qui était n'est plus ; tout ce qui sera n'est pas encore. Et l'on ne sait, à chaque pas, si l'on marche sur un débris ou sur une semence. »

Notre époque incertaine, qui a vu s'écrouler voilà quelques années un système international né de la guerre froide, et qui est confrontée à l'émergence de défis inédits ressemble à ce que l'auteur de Lorenzaccio disait de son temps.

Alors, mes chers collègues, c'est à nous d'accepter ce qui n'est plus, mais c'est à nous surtout qu'il appartient de construire ce qui sera, à nous de détruire les murs de haine, et de bâtir les ponts d'espoir, à nous de savoir semer les graines vivaces de l'avenir, afin que le monde que nous préparons à nos enfants soit digne de leurs rêves. (Applaudissements sur les travées de l'UMP, de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE, du groupe socialiste et du groupe CRC.)

8

Election du président du Sénat

Mme la présidente. L'ordre du jour appelle le scrutin pour l'élection du président du Sénat.

Conformément à l'article 3 du règlement, cette élection a lieu au scrutin secret à la tribune.

Si la majorité absolue des suffrages exprimés n'a pas été acquise au premier ou au deuxième tour de scrutin, au troisième tour, la majorité relative suffit.

La parole est à M. Josselin de Rohan.

M. Josselin de Rohan. Au nom du groupe UMP, j'ai l'honneur de présenter la candidature de M. Christian Poncelet (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Mauroy.

M. Pierre Mauroy. Pour la gauche, qui est ici rassemblée, je présente la candidature de M. Jean-Pierre Bel. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

Mme la présidente. Je suis donc saisie des candidatures de M. Jean-Pierre Bel et de M. Christian Poncelet.

Il va être procédé au tirage au sort de six scrutateurs titulaires et de trois scrutateurs suppléants, qui opéreront le dépouillement du scrutin.

Sont désignés :

Scrutateurs titulaires : MM. Paul Blanc, Jean-Pierre Godefroy, François Zocchetto, Mmes Marie-Christine Blandin, Evelyne Didier et M. Jean-Patrick Courtois.

Scrutateurs suppléants : Mme Monique Papon, MM. Philippe Nogrix et Claude Domeizel.

Les sénateurs qui ont reçu une délégation voudront bien venir voter soit à l'appel de leur nom, soit lorsque le nom du délégant sera appelé.

La liste des délégations de vote régulièrement adressées à la présidence a été remise à Mmes et MM. les secrétaires afin qu'ils puissent procéder au contrôle.

Il va être procédé à l'appel nominal de nos collègues en appelant tout d'abord ceux dont le nom commence par une lettre tirée au sort ; il sera ensuite procédé à un nouvel appel des sénateurs qui n'auront pas répondu au premier appel de leur nom.

Je vais tirer au sort la lettre par laquelle commencera l'appel nominal.

(Le sort désigne la lettre J)

Mme la présidente. Je vous rappelle que des bulletins de vote sont à votre disposition dans la salle des conférences.

Ces bulletins devront être mis dans l'urne sous enveloppe.

Pour vous permettre d'aller retirer les bulletins de vote dans la salle des conférences, la séance est suspendue pendant dix minutes.

(La séance, suspendue à seize heures trente-cinq, est reprise à seize heures quarante-cinq.)

Mme la présidente. La séance est reprise.

Le scrutin pour l'élection du président du Sénat est ouvert.

Il sera clos quelques instants après la fin de l'appel nominal.

Huissiers, veuillez commencer l'appel nominal.

(Il est procédé à l'appel nominal.)

Mme la présidente. Le premier appel nominal est terminé.

Il va être procédé au nouvel appel.

(Le nouvel appel a lieu.)

Mme la présidente. Personne ne demande plus à voter ?...

Le scrutin est clos.

J'invite Mmes et MM. les scrutateurs qui ont été désignés au début de la séance à se rendre dans la salle des conférences pour procéder au dépouillement du scrutin.

La séance est suspendue pendant l'opération de dépouillement du scrutin.

(La séance, suspendue à dix-sept heures quarante-cinq, est reprise à dix-huit heures dix.)

Mme la présidente. La séance est reprise.

Voici le résultat du premier tour de scrutin pour l'élection du président du Sénat :

Nombre de votants :325

Bulletins blancs ou nuls : 17

Nombre de suffrages exprimés :308

Majorité absolue : 155

Ont obtenu :

M. Christian Poncelet : 191 voix ; (Vifs applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

M. Jean-Pierre Bel : 116 voix ; (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

M. Robert Badinter : 1 voix.

M. Christian Poncelet ayant obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés, je le proclame président du Sénat. (Mmes et MM. les sénateurs de l'UMP, de l'Union centriste et du RDSE se lèvent et applaudissent longuement.)

Conformément à l'article 1er du règlement, j'invite M. Christian Poncelet à venir prendre place au fauteuil de la présidence. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes travées.)

Monsieur le président, je vous rends ma présidence éphémère, avec toutes mes félicitations. (M. Christian Poncelet remplace au fauteuil de la présidence Mme Paulette Brisepierre, présidente d'âge.)

PRÉSIDENCE DE M. Christian Poncelet

M. le président. Madame la doyenne, mes chers collègues - m'adressant à toutes et à tous sans distinction, je me permettrai de dire simplement mais avec sincérité : « mes chers amis » -, en cet instant, particulièrement émouvant comme vous pouvez l'imaginer, mes premières paroles seront des mots de remerciement simples, sobres, amicaux et sincères.

Je souhaite, en premier lieu, exprimer ma gratitude à notre juvénile doyenne, notre collègue et amie Paulette Brisepierre, qui exerce, pour la deuxième fois, mais toujours avec talent, élégance et clairvoyance, sa fonction de première doyenne de l'histoire du Sénat et même du Parlement. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE et certaines travées du groupe socialiste.)

Ce Sénat, dont la benjamine est également une femme, compte désormais 56 représentants du sexe qui n'est plus faible, si toutefois il l'a été un jour... Le vrai succès des élections de dimanche dernier, c'est la féminisation de notre assemblée, qui compte désormais 17 % de femmes,...

M. Jean-Louis Carrère. Pas partout !

M. le président. ...c'est-à-dire une proportion de femmes plus importante qu'à l'Assemblée nationale. Et ce n'est qu'un début ! (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste et de l'UMP, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

Merci, chère Paulette, merci chère amie, pour la magnifique leçon de dynamisme, d'optimisme et d'humanisme que vous venez de nous donner en ces temps difficiles et incertains.

Merci, chère Paulette, merci de nous exhorter au refus de la spirale d'un prétendu déclin. Merci de votre appel au sursaut. Merci pour votre brillant et vibrant plaidoyer en faveur de la primauté du politique.

Merci aussi, chère amie, d'avoir eu des propos aussi aimables pour le capitaine qui a su, malgré des courants parfois contraires, tenir la barre d'un vaisseau sénatorial, désormais renfloué. (Applaudissements sur certaines travées de l'UMP. - Sourires sur les travées du groupe socialiste. )

Merci, madame la doyenne, d'avoir rappelé à nos jeunes collègues avec force, enthousiasme et conviction le rôle indispensable du Sénat. Ils deviendront très vite, j'en suis convaincu, des avocats du bicamérisme, d'un bicamérisme qui a le vent en poupe à l'échelle de notre planète. Au nom de quelle conception altière de l'exception française ce qui est bon pour les autres Etats ne le serait plus pour notre pays ?

Je voudrais, mes chers collègues, vous exprimer toute ma reconnaissance pour votre soutien et votre confiance. Je veux voir dans vos suffrages, au risque de vous paraître immodeste, une approbation du bilan de mes deux précédents mandats, placés tous deux sous le signe de la rénovation avec vous tous et vous toutes du Sénat.

Mais cette oeuvre, comme toute oeuvre humaine, est fragile et perfectible. Nous devons rendre le Sénat encore plus performant pour que son utilité soit encore plus largement reconnue.

Je sais pouvoir compter sur vous, sur vous toutes et vous tous, pour m'aider durant ce troisième et dernier mandat à poursuivre cette mission exaltante.

Il nous faut créer un groupe de travail pour dresser un bilan « coût-avantages » de l'instauration de la session unique et définir ensemble les moyens de l'inéluctable modernisation de nos méthodes de travail. Cette réflexion sur nos méthodes de travail s'avère d'autant plus indispensable qu'il nous faudra également dégager du temps dans l'hémicycle pour affirmer, renforcer et valoriser notre fonction de contrôle et d'évaluation des politiques publiques, débattre des problèmes de société, valoriser notre fonction de contrôleur vigilant, mais aussi cultiver notre différence.

Avec votre accord, je me réserve de développer, lors du discours que je prononcerai le mardi 12 octobre, les pistes qui me paraissent primordiales pour conforter le renouveau de notre maison, le Sénat.

M. René-Pierre Signé. Ce sera historique ! (Sourires.)

M. le président. Mais à chaque jour suffit sa peine ! Demain est un autre jour...

Au terme de mon propos, sachant traduire en cet instant des sentiments unanimes, j'aurai une pensée amicale pour nos anciens collègues qui n'ont pas souhaité solliciter le renouvellement de leur mandat ou pour lesquels le verdict des urnes n'a pas été favorable. Qu'ils trouvent ici l'expression de notre sincère et cordiale reconnaissance pour la qualité du travail qu'ils ont accompli dans notre assemblée.

Enfin, je voudrais, mes chers collègues, vous assurer d'une double ambition.

La première tient à ma volonté, chevillée au corps, d'être le président de tous les sénateurs,...

M. René-Pierre Signé. Bravo ! (Sourires.)

M. le président. ...car, au-delà de nos légitimes différences de sensibilités politiques, nous avons tous en commun d'être viscéralement attachés à notre institution. Le Sénat est la maison de toutes les sénatrices et de tous les sénateurs.

Ma seconde ambition, c'est d'être le président d'un Sénat moderne, dynamique et utile, où chacun d'entre vous, femme, homme, ancienne, ancien, nouvelle, nouveau, trouve sa place, toute sa place, au service de notre République, une République apaisée, une République ressourcée, une République revivifiée. (Applaudissements prolongés sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE et du groupe socialiste.)