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Séance du 3 octobre 2012 (compte rendu intégral des débats)

MM. Jacques Mézard et Jean-Pierre Plancade. Très bien !

Mme la présidente. La parole est à M. Jacques-Bernard Magner.

M. Jacques-Bernard Magner. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, pour refonder l’école, il convient avant tout de restaurer la confiance dans l’institution. Cela nécessite de porter un regard juste sur la situation de notre système scolaire et de ses personnels. C’est pourquoi il importe de souligner l’implication et le dévouement des enseignants, au quotidien, auprès des élèves.

Les enseignants ne manquent pas de créativité pour développer les projets de leurs établissements ou des pratiques pédagogiques innovantes. En effet, ils ne sont pas des exécutants, mais des créateurs. C’est sur cette force, cette richesse, que la refondation de l’école devra s’appuyer.

La refondation de l’école doit se faire avec l’ensemble des acteurs du système scolaire et ceux qui composent la communauté éducative.

Il est indispensable de revenir à des pratiques d’écoute, d’attention et de considération des besoins de l’enfant, des attentes des parents, à conjuguer avec les objectifs de l’institution scolaire elle-même.

L’école n’est pas utilitariste. Elle doit redevenir le lieu d’éveil, d’instruction, de formation et d’appréhension des valeurs du « vivre ensemble » dans notre République. En ce sens, l’hommage rendu par le Président de la République, le 15 mai dernier, à l’école et aux enseignants était un signe fort en faveur d’une « nouvelle hiérarchie de valeurs au sommet de laquelle se situeront la science, l’intelligence, la recherche, la volonté d’apprendre et de transmettre ».

Un coup d’arrêt, préjudiciable à la réussite de tous les élèves, a été porté aux évolutions de notre système éducatif.

Des mesures de réparation ont été prises pour que la rentrée 2012 se passe dans les meilleures conditions possibles. Au-delà, d’autres dispositions préparent l’avenir, notamment pour assurer le recrutement des futurs enseignants.

Recréer une formation pour les enseignants constitue une priorité pour la refondation de l’école, car l’enseignement est non pas un art mais un métier, qui s’apprend. Les enseignants doivent être formés à la pluralité scolaire et avoir une meilleure connaissance de leurs élèves. Il apparaît nécessaire de se réapproprier la psychopédagogie afin de donner aux futurs professeurs la connaissance fondamentale de ce qu’est l’enfant.

Les systèmes éducatifs les plus performants sont aussi ceux qui ont développé une formation initiale et continue des professeurs de grande qualité. Or, pour des raisons budgétaires, idéologiques et par méconnaissance de la réalité du métier, l’ancien gouvernement a négligé et sacrifié la formation des enseignants.

M. Jacques-Bernard Magner. Alors que l’insuffisance de formation pratique était décriée, il l’a encore réduite, comme si enseigner était le seul métier qui ne s’apprend pas !

Dans l’exercice de leur métier, les enseignants sont amenés à travailler en équipe. Leur formation doit prendre en compte cette dimension en les formant au travail collectif et à la pédagogie de projet. Même s’ils enseignent des matières très différentes, ils exercent le même métier.

Actuellement, les étudiants qui doivent réussir leur master et préparer les concours se trouvent dans une situation impossible, les deux exercices étant difficilement compatibles, sinon en opposition. C’est d’ailleurs un des facteurs identifiés du faible taux de réussite et d’inscription au concours. Quelles que soient les nouvelles modalités de la formation, il faudra s’assurer que son contenu permette aux étudiants de mener à bien les deux projets.

Par ailleurs, la formation par alternance offre une voie intéressante à consolider.

La formation devra mettre en outre l’accent sur les nouvelles technologies, qui représentent un vecteur de changement de la pédagogie.

Dans la refonte de la formation des enseignants, un traitement particulier devra être réservé à l’école maternelle.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin, rapporteur. Absolument !

M. Jacques-Bernard Magner. En effet, la mise en œuvre d’une véritable politique d’égalité des chances dès l’école maternelle implique à la fois une pédagogie différenciée et un rééquilibrage des objectifs de l’école maternelle, qui ne doit plus simplement être dans l’anticipation des enseignements de l’école élémentaire.

On peut aussi se féliciter du retour au prérecrutement, qui permettra de restaurer une filière de promotion sociale.

Les conditions d’entrée dans le métier d’enseignant sont une préoccupation majeure. Elle n’a malheureusement pas été assez prise en compte ces dernières années. En témoigne le dernier rapport de la Cour des comptes, qui dresse un véritable réquisitoire contre la gestion des ressources humaines dans l’éducation nationale, en particulier pour ce qui concerne les enseignants débutants. À cet égard, une plus forte mixité au sein des établissements, entre néotitulaires et enseignants chevronnés, devra être recherchée afin de développer un véritable accompagnement à l’entrée dans le métier. L’identification de maître accompagnateur, qui constituerait une forme de tutorat, pourrait être expérimentée, à l’instar du contrat de génération, dans les établissements réputés difficiles.

L’élève reste avant tout un enfant : enfant de sa famille, de son quartier, de son village… Son environnement est une donnée fondamentale à prendre en compte dans la réussite éducative. Il convient de replacer l’école, l’établissement, dans son environnement, à travers une cohérence des politiques éducatives territoriales, peut-être à l’échelon d’un bassin de vie prenant en compte la nécessaire mixité sociale. Dans cette perspective, l’établissement scolaire est bien l’élément central à appréhender en lien avec les autres structures du champ de « l’éducation globale », qu’elles soient périscolaires, communales ou associatives.

Il est grand temps de retrouver la notion de communauté éducative, pour une école plus ouverte, où l’enfant est considéré dans sa globalité. Les maîtres ont un rôle pivot à jouer dans le dialogue avec les autres partenaires de la communauté éducative : les parents, les élus, les intervenants extérieurs,… Dès leur formation, les enseignants doivent être sensibilisés à cette dimension de leur métier, qu’il faut désormais orienter vers la coéducation plutôt que vers la standardisation des pratiques.

C’est cette communauté éducative qui doit être associée à la révision des rythmes scolaires, avec en vue la création de parcours cohérents et complémentaires d’éducation, car c’est le même enfant qui parcourt les différents espaces et temps éducatifs.

Dans la lutte contre l’échec scolaire, la continuité des parcours éducatifs, du « fil continu », pour les élèves en rupture qu’on appelle les « décrocheurs » sera une question centrale dans la mise en œuvre de chemins différents pour réussir. Actuellement, le manque de deuxième chance représente un fléau pour notre école républicaine et pour la réussite de tous.

Contre le décrochage scolaire, nous avons besoin d’apporter des réponses diverses, construites sur le terrain, avec des allers-retours possibles entre les différentes solutions proposées, et non pas de « plaquer » des réponses toute faites, uniformes pour tout le monde et partout.

Pour chaque école, chaque établissement scolaire, il faut un projet pédagogique coconstruit. Le projet pédagogique d’établissement, en tant que coconstruction d’un projet partagé par une équipe enseignante, devra être le cœur de cette démarche d’éducation globale.

Enfin, redéfinir le métier d’enseignant implique de réfléchir aux modes d’évaluation pertinents des pratiques professionnelles. Il faut passer d’une évaluation individuelle pour classer à une évaluation collective pour progresser.

Poursuivant notre idée de coconstruction du projet pédagogique, nous souhaitons une auto-évaluation collective du fonctionnement de l’établissement qui ne se confondrait pas avec l’inspection individuelle des enseignants.

En conclusion, la refondation de l’école que nous appelons de nos vœux permettra de réhabiliter un service public d’éducation pour tous. L’école devra être au cœur du dialogue avec les collectivités locales, les parents, les associations partenaires de l’école, tout particulièrement celles de l’éducation populaire, dans une démarche de coconstruction. Il s’agira de recréer de vrais liens entre les différentes institutions et partenaires du milieu éducatif, en restaurant la confiance et en redonnant des marges de manœuvre aux enseignants.

Au sein de cette communauté éducative, l’enseignant aura toute sa place, mais ce réel changement des pratiques éducatives nécessitera une redéfinition du métier et, par conséquent, du statut des enseignants. Ce sera le rôle de la concertation que de définir les grandes lignes de ce nouveau cadre référentiel, qui se concrétisera par la loi d’orientation et de programmation que vous nous présenterez, monsieur le ministre. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste, du groupe CRC et du groupe écologiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

Mme la présidente. La parole est à M. Michel Le Scouarnec.

M. Michel Le Scouarnec. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, les performances de la France en matière d’éducation sont loin d’être satisfaisantes. Elles posent avec d’autant plus d’acuité la question des conditions de la réussite à l’école.

Le rapport de la Cour des comptes de mai 2010, intitulé L’éducation nationale face à l’objectif de la réussite de tous les élèves, dresse un bilan extrêmement mitigé.

Selon les comparaisons internationales de l’OCDE, il y a en France une aggravation de l’écart entre les résultats scolaires des meilleurs élèves et ceux des plus faibles. Les études du PISA confirment ce constat et montrent que, quel que soit le domaine de compétence analysé, les écarts entre les élèves les plus performants et les moins performants sont très élevés et continuent de se creuser.

En outre, la France est l’un des pays où le destin scolaire est le plus fortement corrélé aux origines sociales.

En 2008, plus de 78 % des élèves de catégories sociales favorisées ont obtenu un bac général, contre 18 % des élèves d’origine sociale défavorisée.

Le poids des déterminismes sociaux est extrêmement prégnant, puisqu’un enfant d’ouvrier non qualifié a cinq fois moins de chances d’obtenir un baccalauréat général qu’un enfant de cadre, mais en revanche trois fois plus d’obtenir un bac professionnel, six fois plus d’obtenir un CAP-BEP et, surtout, hélas ! neuf fois plus de n’avoir aucun diplôme.

M. Jean-Claude Carle. C’est vrai !

M. Michel Le Scouarnec. Enfin, et je n’irai pas plus loin dans l’énumération, 16 % d’une classe d’âge sortent du système scolaire sans diplôme.

Il est donc urgent d’agir, mais surtout de changer de politique éducative. La définition même de la réussite à l’école a été dévoyée et déformée depuis 2007, ce qui a contribué à conduire aux résultats que je viens d’évoquer.

Loin de lutter contre les biais socioculturels des inégalités à l’école, la vision de la réussite scolaire portée par l’ancienne majorité a promu le mérite individuel et la réussite de quelques-uns, sans remettre en cause la reproduction des inégalités au sein de l’école de manière générale.

Il nous semble au contraire que l’objectif de la réussite scolaire est d’amener le plus grand nombre à réussir, en luttant contre l’orientation par défaut et en revalorisant les filières de relégation. C’est faire reculer les inégalités devant l’éducation ; c’est offrir à chacun les moyens de construire sa propre vie scolaire et intellectuelle sans que les conditions économiques, d’origines et de positions sociales la déterminent.

Il faut donc refuser l’échec scolaire et lutter en priorité contre le décrochage.

Le Président de la République avait d’ailleurs promis, pendant sa campagne, de diminuer en cinq ans – nous sommes au pied du mur – le nombre de « décrocheurs » de moitié. Et pour cause : dans son analyse Regards sur l’éducation 2012, l’OCDE pointe les mauvais résultats de la France en matière de taux de scolarisation des quinze à dix-neuf ans, taux qui a baissé depuis quinze ans.

Selon les chiffres de 2010, chaque année, environ 140 000 jeunes abandonnent l’école sans diplôme et 71 % de ces jeunes déscolarisés deviennent chômeurs ou inactifs, contre 57 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, ce qui est déjà considérable.

Passivité, souffrance, injustice, absence d’un interlocuteur qui motive les jeunes et leur donne confiance : autant d’éléments qui mènent au décrochage ! Quand on sait, comme le montre une étude de l’Association de la fondation étudiante pour la ville, l’AFEV, qu’un tiers des enfants de familles modestes n’aiment pas l’école, que 22 % s’y ennuient souvent et que 45 % s’y ennuient parfois, le lien est vite établi ! C’est particulièrement vrai dans les classes surchargées, qui plus est quand elles ne sont pas mixtes ; je reprends là des éléments du rapport de Françoise Cartron. Avec un tel cocktail, nous sommes sûrs d’obtenir du décrochage massif !

L’étude pointe aussi le sentiment d’isolement et d’absence de soutien de l’institution que ressentent ces jeunes. L’un des facteurs essentiels de « raccrochage » est la réinstauration d’un dialogue avec un adulte dans l’école.

Les différentes recherches en la matière montrent que le climat scolaire, la façon dont les jeunes se sentent ou non soutenus par les professeurs, le sentiment de justice ou d’injustice qu’ils nourrissent jouent beaucoup. Il s’agit donc là d’un phénomène multifactoriel, qui relève de la ségrégation urbaine, de la dynamique familiale et pas de la seule pédagogie.

Certes, l’école ne peut pas tout, mais le décrochage scolaire nous conduit à nous interroger sur la capacité des enseignants à en détecter les signes au plus tôt, par une formation appropriée, afin d’enclencher un processus plus large de « raccrochage », incluant la famille, l’école, mais aussi les collectivités locales, qui s’investissent déjà énormément dans les bâtiments scolaires, les crèches, les pôles multi-accueil, les activités périscolaires, telles que le développement du sport, de la musique, etc.

M. Gérard Le Cam. Et en personnels aussi !

M. Michel Le Scouarnec. Pour avoir été enseignant, j’ai l’impression que, ces dernières années, les collectivités locales ont beaucoup plus investi alors que l’État de son côté se désengageait.

Mme Françoise Cartron, rapporteur. Ce n’est pas faux !

M. Michel Le Scouarnec. L’enseignant se trouve au cœur de la réussite scolaire. Il doit être formé à toutes les dimensions de son métier, notamment afin de déceler les élèves qui ont des besoins éducatifs spécifiques et, dans une certaine mesure, de leur apporter des réponses.

Pourtant, le métier d’enseignant est au cœur d’une tempête. De la formation au recrutement, la crise que traverse ce métier, parfaitement illustrée par Brigitte Gonthier-Maurin dans son rapport, témoigne des difficultés profondes qui se font jour au sein de l’éducation nationale. Je ne reviens pas sur le constat que ma collègue a dressé, je le partage entièrement.

Dans ce contexte, le Gouvernement a annoncé le recrutement d’un peu plus de 43 000 nouveaux enseignants en 2013 pour compenser en partie les 80 000 pertes de postes issues de la révision générale des politiques publiques.

Il faut de nouveaux enseignants. Cela est nécessaire et même urgent, mais cela ne doit pas occulter la question de la mise en œuvre de ces nouveaux recrutements. Ainsi, 22 100 postes serviront au remplacement des départs à la retraite qui surviendront l’an prochain, selon un recrutement « normal » en fin de master 2.

Monsieur le ministre, vous prévoyez également la mise en place d’un deuxième concours, « transitoire » et « exceptionnel » pour les 21 350 autres enseignements qui remplaceront les départs à la retraite de 2014. Le recrutement se fera alors en fin de master 1. Ces nouveaux enseignants seront formés dans les futures écoles supérieures dont le Gouvernement nous annonce la création pour la rentrée 2013. En master 2, les étudiants seront rémunérés pour six heures de service tout en étant formés.

Cela sera-t-il suffisant pour résoudre l’autre problème, peut-être plus profond, qui est que le métier d’enseignant n’attire plus ? Monsieur le ministre, dans le contexte actuel de baisse du vivier de recrutement et de désaffection de certaines académies et de certaines matières, je m’interroge et je m’inquiète. Comment comptez-vous précisément pourvoir ces postes, sans pour autant diminuer les exigences nécessaires à l’exercice de ce métier, certes difficile, mais si important et passionnant ?

M. Jean-Claude Carle. C’est vrai !

M. Michel Le Scouarnec. Quel sera le contenu du concours ? Que seront ces écoles supérieures de formation des enseignants ? Le concours se déroulera-t-il de l’écrit à l’oral en master 1 ? Les étudiants de master 2 seront-ils fonctionnaires ? Combien seront-ils rémunérés ? Autant de questions qui méritent des réponses.

Pour toutes ces raisons, il me semble indispensable d’envisager un véritable prérecrutement des enseignants. Cela va au-delà d’une simple mesure transitoire dont on ne sait en réalité si elle a vocation à se poursuivre – en instaurant une sorte de « prérecrutement tardif », une seconde voie d’accès au concours – ou bien à devenir la seule et unique voie d’accès au métier d’enseignant en remplacement de celle qui existe actuellement et qui est issue de la réforme de la mastérisation dont nous ne cessons de dénoncer l’échec.

Nous pensons donc qu’il faudrait instaurer des prérecrutements dès la licence, ce qui permettrait de restaurer le vivier de recrutement qui est très appauvri, tout en accroissant la diversité sociale du corps enseignant. C’est d’ailleurs ce qui se passait autrefois avec les écoles normales, par lesquelles j’ai eu, comme beaucoup d’autres, le plaisir de passer. Je m’interroge d’ailleurs : les instituteurs d’alors, issus de ces institutions, ne réussissaient-ils pas mieux que ceux qui possèdent aujourd’hui un master, alors même qu’ils n’avaient pas eu de formation pédagogique avant de faire classe ?

M. René Garrec. C’est juste !

M. Gérard Le Cam. C’était efficace !

M. Michel Le Scouarnec. Sans aller jusqu’à dire qu’il faudrait, demain, recruter après la troisième, il me semble utile de rappeler l’esprit de l’école normale et la formation pédagogique qu’elle dispensait.

Ce recrutement pourrait prendre la forme d’un concours national en fin d’année de L3 avant l’accès aux deux années de master d’enseignement, sur la base d’épreuves purement disciplinaires. Il ouvrirait sur un statut particulier d’élèves-enseignants suffisamment rémunérés pour éviter le cumul études-emploi dont on connaît l’impact négatif sur la réussite universitaire. En échange, ces élèves-enseignants passeraient une sorte de contrat aux termes duquel ils s’engageraient à suivre les deux années de master, à se présenter aux concours de l’enseignement et à servir comme fonctionnaires de l’État pour un nombre minimum d’années en cas de réussite.

Les étudiants qui n’auraient pas été prérecrutés garderaient la possibilité de suivre les masters et de présenter les concours.

Monsieur le ministre, je vous demande de nous indiquer les perspectives envisagées par le Gouvernement en matière de prérecrutement. J’ai l’espoir que toutes les questions que j’ai soulevées permettront de contribuer modestement à la réussite de notre école Républicaine, seule capable de redonner confiance en l’avenir. (Applaudissements sur les travées du groupe CRC, du groupe socialiste et du groupe écologiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Corinne Bouchoux.

Mme Corinne Bouchoux. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, pour nous, la construction d’une école tournée vers la réussite à l’école doit s’appuyer sur une approche globale, suppose une concertation permanente – et pas seulement à chaque élection présidentielle – et un travail collectif qui n’exclut aucun acteur et inclut les élèves.

Si refonder l’école, c’est assurer la réussite de tous les élèves, le débat d’aujourd’hui doit nous fournir des pistes pour le texte législatif qui ne manquera pas de voir le jour. Quelle école voulons-nous pour former les citoyens de demain ? Quelle école voulons-nous pour avoir des élèves épanouis et motivés ?

Nous proposons trois leviers – nullement exclusifs les uns des autres – pour améliorer la réussite à l’école.

Il s’agit tout d’abord de lutter énergiquement contre le décrochage scolaire et, surtout, contre l’ennui. Il me semble que la source des problèmes auxquels notre système éducatif est confronté vient aussi de l’ennui à l’école, que celui-ci se manifeste dans les cités ou dans les beaux quartiers.

Il faut ensuite refonder le métier d’enseignant en ayant de la considération pour les professeurs, en les formant véritablement et en les respectant.

Il convient enfin, même si ce sujet peut paraître iconoclaste, de garantir le bien-être de tous à l’école.

Cela a déjà été souligné, le décrochage scolaire, c’est-à-dire l’abandon avant la fin d’un cursus, représente aujourd’hui un gâchis majeur à la fois pour les jeunes, pour les familles et pour l’institution. S’il touche majoritairement les milieux défavorisés, ce phénomène concerne également des milieux plus privilégiés.

Un autre problème majeur touche notre système éducatif : l’ennui à l’école. Je suis désolée s’il s’agit d’un tabou et d’un sujet qui dérange, mais, pour l’avoir évoqué avec nombre d’enseignants, je peux dire que ce phénomène, qui a peut-être toujours existé, entraîne aujourd’hui un autre type de comportement.

Certes, on peut le déplorer, mais c’est ainsi, nos jeunes ont une capacité d’attention de vingt minutes. Il faut donc adapter nos pratiques pédagogiques, pour lutter activement contre l’ennui dans les salles de classe.

À cet égard, plusieurs causes ont été identifiées.

Les élèves ont le sentiment d’être enfermés dans des disciplines qui se succèdent sans bien voir le lien qu’elles peuvent avoir entre elles.

Le recours au redoublement se poursuit, alors que cette mesure est inefficace. Si l’on voit deux fois le même film, mais que l’on dort à chaque fois, à la fin de la seconde projection, on n’a toujours rien vu ! C’est ce qui se passe dans notre système en France.

Comment créer une école qui permette d’éviter à la fois le décrochage et l’ennui ? Nous pensons en effet qu’il existe un lien entre les deux phénomènes.

Sur ce sujet, je tiens à signaler les intéressantes initiatives menées par un certain nombre de collectivités territoriales. Celles-ci tentent, en marge du système éducatif, de promouvoir des mesures innovantes. Il faut absolument que tous les acteurs travaillent ensemble ; peut-être en sera-t-il question demain, lors des états généraux de la démocratie territoriale.

Nous proposons donc une scolarité commune pour tous les élèves, avec une école fondamentale de six à seize ans, qui soit libérée de toute pression évaluative et de tout enjeu d’orientation, en tout cas en primaire. Avant onze ans, les notes ne servent à rien. Allez en Finlande, en Suède, ces pays où l’école réussit ; on va voir ce qui marche et on ne le fait pas !

La finalité du système ne doit pas être celle qui prévalait au début du siècle, c’est-à-dire sélectionner l’élite de l’élite. Aujourd’hui, il s’agit de donner à tous un bagage important. Il faut que tous les enfants à l’école aient conscience que la formation se déroule tout au long de la vie et pas seulement pendant quelques années.

Pour lutter contre le décrochage scolaire et l’ennui, offrir une autre formation aux enseignants constitue également un remède efficace. Nombre de mes collègues ayant développé ce point, je n’évoquerai pas la mécanique qui permettrait une autre formation. À nos yeux, le principe « 3 + 2 » que Michel Le Scouarnec a décrit est une bonne solution. Nous pourrions y revenir plus en détail à d’autres occasions.

En matière de pédagogie, les valeurs qui sont défendues doivent évoluer. Jules Ferry, c’est bien, Freinet, c’est bien, mais, depuis, il y a eu du nouveau sur de nombreux sujets !

Les élèves doivent apprendre à coopérer plutôt qu’à s’opposer, à participer y compris à l’oral. Ils doivent apprendre à se tromper : on parlerait bien mieux les langues vivantes étrangères si l’on pouvait prendre le risque de s’exprimer de façon fautive. Ils doivent apprendre à travailler par projets, individuels ou collectifs. Il nous faut prendre en compte le fait que, depuis cinquante ans, le monde a profondément changé et que l’école essaie de faire au mieux face à ces mutations.

Par conséquent, la formation des enseignants doit être adaptée à toutes ces nouveautés. Faute de quoi, nous constaterons toujours du décrochage massif, de l’ennui à l’école, lesquels peuvent aussi malheureusement produire de la violence.

J’en viens au troisième levier, qui s’inscrit dans la suite logique de notre raisonnement. Même si cela semble une idée originale qui peut prêter à sourire, nous pensons qu’il faut promouvoir le bien-être à l’école.

Je souhaite appeler votre attention sur le fait que nous avons en France de très bons élèves qui sont extrêmement malheureux. Songez au nombre de tentatives de suicide en classes préparatoires aux grandes écoles. Ces élèves, en pleine réussite scolaire, ce qui contribue à améliorer le classement de notre pays dans l’enquête PISA, personne n’en parle jamais. Je demande qu’un travail approfondi soit entrepris sur ce sujet qui pose la question des formes de la réussite scolaire.

Enfin, il faut aussi un accompagnement, c’est-à-dire des psychologues, des éducateurs. Nos enseignants doivent être sensibilisés à ces questions. Prenons en compte le bien-être de l’enfant. Cela passe par de la prévention, la lutte contre les discriminations et l’addiction à l’alcool. André Reichardt a d’ailleurs étudié le problème de l’alcoolisation des jeunes, phénomène qui peut apparaître dès l’âge de onze ans pour un certain nombre d’entre eux.

Du travail reste donc à accomplir pour que le bien-être à l’école permette la réussite de tous à l’école.

Monsieur le ministre, nous comptons sur vous pour relever tous ces défis, même s’il s’agit, nous en sommes conscients, d’une mission difficile. (Applaudissements sur les travées du groupe écologiste, du groupe socialiste et du groupe CRC.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Colette Mélot.

Mme Colette Mélot. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, si notre école a réussi la démocratisation aux XIXe et XXe siècles, l’école du XXIe siècle échoue à intégrer tous les publics. Notre pays doit pourtant répondre aux défis du monde d’aujourd’hui et de demain, et l’éducation est au cœur de cet enjeu.

L’enquête internationale PISA publiée en décembre 2010, dont nous avons déjà parlé, montre que le système éducatif français obtient des résultats corrects, dans la moyenne des grands pays développés. Notre système éducatif se caractérise à la fois par des performances moyennes, donc perfectibles, et par un écart de niveau plus important qu’ailleurs entre les meilleurs élèves et les moins bons. C’est là que se situe l’une de nos difficultés.

Les inégalités de niveau scolaire recoupent, davantage que dans les autres pays, les inégalités sociales et les inégalités territoriales. Le sentiment d’une école à deux vitesses, au sein de laquelle ne réussiraient que les « initiés », enfants de cadres supérieurs ou d’enseignants, est en passe de casser la confiance des Français dans cette institution. Nous ne pouvons l’accepter.

Quelles sont les conditions de la réussite à l’école ? Les écoliers ont changé mais l’école n’en a pas fait autant ; à mon avis, nous partageons tous ce constat, au-delà de nos différences de point de vue. En quelques décennies, sous l’action conjuguée de la massification scolaire, du déclin des valeurs traditionnelles et, dans une certaine mesure, de l’immigration, le public accueilli par l’école s’est métamorphosé, sans que notre système éducatif évolue en conséquence. Le résultat est que, dans de nombreuses classes de France, il est tout simplement devenu difficile d’enseigner.

Monsieur le ministre, il est indispensable de transmettre aux Français un projet clair et précis de transformation de notre système éducatif. L’école de la République est l’affaire de toute une nation.

Dès 2007, et tout au long du quinquennat, de nombreuses et indispensables réformes ont été menées par votre prédécesseur au profit de l’école, des élèves et du corps enseignant. Grâce aux dispositifs de l’aide personnalisée, de l’accompagnement éducatif, des stages de remise à niveau, des passerelles et du tutorat, l’élève dispose, de l’école maternelle à la terminale, d’un accompagnement personnalisé tout au long de sa scolarité.

La réforme de l’école primaire est sans aucun doute l’acquis le plus incontestable, puisqu’elle a permis de recentrer les programmes sur les fondamentaux et a instauré deux heures par semaine d’aide individualisée pour les élèves en difficulté. Ce sont 1,3 million d’écoliers, soit 26 % des élèves de primaire, qui bénéficient de cette aide ; dans les zones d’éducation prioritaire, les ZEP, ce chiffre atteint 33 %. À mon avis, il faudrait encore améliorer le fonctionnement de cette aide personnalisée, qui n’est pas toujours dispensée au moment le plus opportun ; des progrès restent à faire.

Le principal objectif de l’école primaire est de donner aux élèves la maîtrise d’une triple compétence : « lire, écrire, compter ». Ces fondamentaux sont loin d’être acquis par tous les élèves. Cette triste situation est probablement due, entre autres raisons, à la méthode employée et à la réécriture systématique des programmes. Je suis convaincue que les changements incessants des programmes sont nuisibles.

Le collège unique, nécessaire dans les années 1970, est devenu une véritable machine de nivellement par le bas : l’hétérogénéité empêche les élèves d’atteindre leur niveau d’excellence comme ils pourraient le faire dans des classes plus homogènes. Je ne parle pas seulement des bons élèves, mais également des élèves en difficulté qui ne peuvent pas obtenir l’aide nécessaire à leurs progrès. La mixité est certes un idéal, mais en pratique il est très difficile de s’occuper à la fois des élèves ayant déjà atteint un excellent niveau et des élèves en difficulté.

Le socle commun des connaissances est une notion qui reste malheureusement floue, puisque la définition même de ce qui doit être commun au cours de la scolarité ne fait pas l’objet d’un consensus. Je sais, monsieur le ministre, que vous venez de simplifier le livret personnel de compétences des élèves. C’était nécessaire, car cet outil récemment créé doit encore être perfectionné. Il est important de définir et d’évaluer le socle commun afin que, dans toutes les écoles de France, l’objectif recherché soit le même.

Quant à la réforme précédente, dite du lycée de la réussite, laissons-lui le temps de faire ses preuves. Avec la réforme du lycée général et technologique, les séries économique et littéraire devraient être revalorisées par rapport à la voie scientifique. Ce vœu a souvent été émis mais n’a pas encore été suivi d’effet. Je sais combien cette revalorisation est difficile, mais chaque élève devrait trouver sa place selon ses aptitudes et ses goûts.

La réforme de la voie professionnelle, qui généralise le « bac pro » en trois ans, a redonné sa dignité à cette filière, encore trop souvent choisie par défaut. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour que la voie professionnelle devienne une voie de réussite. Il serait souhaitable – là aussi, il s’agit d’un vœu pieux – que l’élève opte pour la filière professionnelle par choix et non par défaut – et souvent bien trop tard, qui pis est. Pour ce faire, les formations professionnelles doivent être présentées aux élèves et mieux valorisées. Par exemple, les formations aux métiers de la restauration ou de l’hôtellerie permettent de trouver un emploi ; les élèves devraient en avoir conscience, mais ce n’est pas toujours le cas. Le CAP petite enfance et les formations diplômantes dans des domaines comme les services à la personne méritent d’être valorisés en tant que voie d’avenir. La liste n’est pas exhaustive. Il faut aussi présenter les formations aux métiers et à l’artisanat d’art. En effet, ces métiers, dans lesquels des talents peuvent se révéler, offrent beaucoup de possibilités mais demeurent méconnus.

Les élèves veulent aller à l’école en toute tranquillité, mais les violences scolaires sont sous le feu de l’actualité. Nous devons agir pour le respect des enseignants et des personnels éducatifs, ainsi que pour la sécurité des établissements scolaires.

Il est urgent de réconcilier les familles avec l’institution ; il est essentiel de trouver ou de retrouver une harmonie entre culture scolaire et culture familiale. L’école ne doit pas être un lieu de débat permanent mais une structure organisée et respectée, qui permette le travail et l’épanouissement culturel de l’enfant dans le respect de chacun. Pour ce faire, les enseignants et les équipes éducatives doivent être écoutés. On ne peut pas perpétuellement remettre en cause la parole des enseignants !

Dans le rapport d’information sur le système éducatif finlandais que j’avais présenté en 2010 au nom de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, j’avais souligné que ce système reposait sur une forte autonomie pédagogique des établissements au niveau communal, mais également sur une autonomie dans le recrutement des enseignants, l’État conservant toutefois la maîtrise complète des programmes et des diplômes. Même si l’on peut regretter que la question de l’autonomie ne soit plus d’actualité, il est indispensable que les chefs d’établissement puissent disposer de davantage de marges de manœuvre pour adapter au mieux l’enseignement au profil des élèves et aux territoires, les besoins et les attentes n’étant pas uniformes en zone urbaine, en zone urbaine sensible et en territoire rural.

Les conditions idéales de la réussite scolaire passent par une connivence entre familles et enseignants. Les parents devraient avoir confiance en l’école pour qu’ils puissent persuader leurs enfants de la nécessité de réussir à l’école pour réussir dans la vie, mais encore faut-il qu’ils en soient eux-mêmes persuadés. Je crois que, au début du XXe siècle, les familles élevaient leurs enfants dans cet état d’esprit et leur inculquaient des valeurs, en particulier celle du respect, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Comment donner aux enfants le plaisir d’apprendre, de découvrir le monde ? Dans certains cas, il faudrait une école ou une maison des parents, pour les familiariser avec l’école et les conseiller.

La formation des enseignants doit aussi prendre en compte les publics nombreux et divers. La pédagogie est certes l’instrument essentiel au service de la réussite scolaire, mais, dans une société mosaïque, composée de personnes d’origines et de cultures diverses, il faut trouver d’autres moyens pour aider tous les enfants.

En conclusion, l’école doit être plus juste pour tous les jeunes de France et sur l’ensemble de notre territoire. Sachez, monsieur le ministre, que le groupe UMP sera vigilant quant aux mesures prises par le Gouvernement pour accompagner la refondation de l’école de la République, une mission qui nous engage et nous oblige tous. (Applaudissements sur les travées de l’UMP et de l’UCR.)