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Séance du 10 octobre 2013 (compte rendu intégral des débats)

M. le président. La parole est à Mme Colette Mélot, pour la réplique.

Mme Colette Mélot. Je vous remercie, madame la ministre, des précisions que vous venez de nous apporter. Nous ne manquerons pas, à l’avenir, de dresser un nouveau bilan.

Concernant le cautionnement solidaire, je remarque que la priorité est accordée aux personnes ayant des difficultés à trouver un cautionnement. Or le problème tient également au manque de confiance des propriétaires dans la caution proposée par les étudiants, d’où la nécessité d’élargir le dispositif afin que l’État soit garant pour tous. À défaut, on introduit une inégalité entre les étudiants ne disposant que d’une caution « ordinaire » et ceux qui bénéficient de la caution de l’État. Je vous remercie de prendre en considération cet aspect du problème.

M. le président. La parole est à Mme Chantal Jouanno.

Mme Chantal Jouanno. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, j’évoquerai un sujet cher à mon collègue Jean-Léonce Dupont, celui de la situation financière des universités.

Reconnaissons qu’il est difficile de se faire une idée claire de cette situation. Le Gouvernement se veut rassurant. Il est tout à fait dans son rôle quand il annonce que 5 000 postes universitaires devraient être créés au cours du quinquennat, que la loi du 22 juillet dernier a redéfini les missions de l’enseignement supérieur et que le budget de la mission interministérielle recherche et enseignement supérieur, la MIRES, augmentera de 0,44 % par rapport à 2013.

Et pourtant, les syndicats s’alarment, ceux des étudiants comme ceux des enseignants et chercheurs. Vous me direz qu’ils sont aussi dans leur rôle !

En revanche, quand la présidente de l’université de Montpellier-III ferme le site de Béziers pour protester contre sa dotation budgétaire, elle n’est sans doute pas totalement dans son rôle…

De fait, la situation budgétaire des établissements semble toujours très préoccupante : 15 universités sur 76 devraient être en déficit cette année ; 3 d’entre elles sont dans une situation critique et 38 autres ont un fonds de roulement inférieur au seuil de sécurité.

Dès lors, on peut se demander si les mesures prises sont bien à la hauteur de l’enjeu.

D’une part, le budget des créations de postes servirait en fait à couvrir les besoins de financement des établissements. Les présidents d’université annoncent le gel de 400 postes, soit 40 % des 1 000 postes promis.

D’autre part, une fois prise en compte l’inflation, le budget de la mission baisserait en réalité de 0,46 %. Et le glissement vieillesse technicité n’est pas encore répercuté dans le budget des universités !

Madame la ministre, comment entendez-vous concrétiser votre détermination à « remettre l’université et la recherche en mouvement » ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Geneviève Fioraso, ministre. Madame la sénatrice, je vous remercie de cette question. Effectivement, j’ai eu moi-même beaucoup de mal avant d’avoir des idées claires sur la situation réelle des universités, parce qu’en fait elles ne sont pas toutes passées aux RCE et n’ont pas toutes opéré la déconcentration des fonds à la même période ; quant à l’autonomie, les universités sont autonomes depuis leur création.

On observe que, dans l’année ou dans les deux ans qui suivent le passage aux RCE, les universités se retrouvent confrontées à des difficultés parce qu’il leur faut provisionner des dotations aux amortissements, ce qu’elles ne faisaient pas auparavant, mais aussi parce qu’elles n’ont pas été accompagnées dans ce passage et que mes prédécesseurs leur conseillaient même de saturer les postes. Or jamais aucune administration, aucun organisme ne sature complètement ses postes !

C’est ainsi que 98 embauches sont intervenues afin de faciliter le passage aux RCE de certaines universités de taille moyenne. Il est certain que le financement de ces 98 postes à temps plein cause, par la suite, certaines difficultés. N’importe quelle entreprise dont vous multipliez, artificiellement certes, le budget par dix sans accompagner les gestionnaires ni la gouvernance, va dans le mur. Nous n’en sommes pas là parce que nous provisionnons toujours 90 % du budget des universités, ce qui correspond à la masse salariale, mais, sur les 10 % restants, les universités rencontrent des difficultés.

D’autant qu’au moment du passage aux RCE, le GVT, le glissement vieillissement technicité, n’a pas été pris en compte dans le transfert. Pour le dire plus simplement, l’évolution des salaires n’a pas été prise en compte, pas plus que l’augmentation du compte d’affectation spéciale « Pensions ». Tous les organismes de recherche s’acquittent eux-mêmes de leur GVT, mais ce n’était pas le cas des universités. Nous avons donc dû aider ces dernières, ce que n’avaient pas fait mes prédécesseurs au cours des deux dernières années. Nous les accompagnons avec une ingénierie spécifique pour les amener à rassembler davantage leur offre de formation – 10 000 masters et 3 800 licences, c’est sans doute beaucoup ! – sans pour autant porter atteinte à ce qui est notre priorité : la réussite étudiante.

C’est un exercice difficile, mais nous avons trouvé une situation dégradée et nous faisons de notre mieux pour y remédier et donner une image positive des universités françaises, qui sont de très bonne qualité, mesdames, messieurs les sénateurs.

M. le président. La parole est à Mme Jouanno, pour la réplique,… qui n’est pas obligatoire, ma chère collègue !

Mme Chantal Jouanno. Elle n’est pas obligatoire, mais je tiens à remercier Mme la ministre. Elle est tout à fait dans son rôle en me faisant cette réponse, que je transmettrai aux personnes compétentes.

M. le président. La parole est à Mme Dominique Gillot.

Mme Dominique Gillot. Madame la ministre, malgré les ambitions affichées par le précédent gouvernement dans le cadre du plan « Réussite en licence », les indicateurs dont nous disposons témoignent d’une dégradation de la situation.

La loi ESR, promulguée en juillet dernier, érige cet enjeu essentiel de la réussite étudiante en objectif premier du service public de l’enseignement supérieur. Cette volonté, que nous partageons tous, doit d’abord se traduire par l’affirmation d’une continuité entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur et par l’affirmation d’une pédagogie attentive révisée : compléter les missions du premier cycle pour garantir à tout étudiant la constitution d’un projet personnel et professionnel ; lui permettre de comprendre ce qu’il peut attendre de l’université, et ce que l’université attend de lui ; introduire la spécialisation progressive en premier cycle en élargissant la pluridisciplinarité des enseignements dispensés en licence.

Avec les appuis du ministère, la mise en œuvre de la loi est en cours, éclairant les initiatives de certaines universités qui se sont déjà engagées dans la réussite de leurs étudiants. C’est le cas à Cergy-Pontoise, que je connais bien : sous l’impulsion de son président, l’université, assumant sa responsabilité sociale, a mis en place un semestre « nouveau départ », permettant aux étudiants de se réorienter positivement en cours d’année.

Madame la ministre, de quels outils disposez-vous pour accélérer la mise en œuvre d’un processus qui doit aussi mobiliser le ministère de l’éducation nationale ?

Depuis cette année, il est mis fin à l’injustice qui frappait les bacheliers professionnels et technologiques. Ils bénéficieront d’un accès plus aisé aux STS, les sections de technicien supérieur, ainsi qu’aux IUT, les instituts universitaires de technologie, au moyen de pourcentages minimaux fixés pour ces filières. Avez-vous des indicateurs sur les effets de cette disposition, qui a fait grand bruit ?

Pour faire entrer l’université dans le XXIe siècle et préparer la France de demain, vous soutenez le développement du numérique dans l’enseignement supérieur, amorçant ainsi la révolution pédagogique attendue par les étudiants et les enseignants. Accompagné de moyens financiers et techniques importants, le lancement de la plate-forme nationale FUN, France Université Numérique, permettra à notre pays de rattraper son retard dans ce domaine.

Madame la ministre, au-delà, pourriez-vous nous préciser les prochaines actions concrètes en faveur de la réussite étudiante ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Geneviève Fioraso, ministre. Je vous remercie de votre question, madame la sénatrice. La réussite étudiante est effectivement au cœur des priorités du Gouvernement. Nous sommes, en effet, plus de 10 % en deçà de l’objectif de Lisbonne visant à diplômer 50 % des jeunes Européens à un niveau bac+3. Nous sommes en dessous des 40 % - bien en dessous même, si l’on exclut les diplômes universitaires de technologie, les DUT, et les brevets de technicien supérieur, les BTS. Il nous faut donc rattraper ce retard parce que, si nous voulons une société innovante et une industrie qui se redresse, il nous faut améliorer la qualification de notre jeunesse.

En fait, les étudiants arrivent à s’insérer assez bien, mais leur parcours est trop souvent erratique, ce qui est particulièrement préjudiciable aux étudiants de familles de revenus modestes. Telle est la situation constatée aujourd’hui en France.

Nous pouvons agir avec les universités, notamment sur les dotations qui leur sont versées. Nous nous sommes entendus avec la conférence des présidents d’université pour que les dotations contractuelles qui sont versées aux universités tiennent compte de la priorité « Réussite en licence » de façon à éviter que ne se renouvelle ce qui s’était passé précédemment, quand, malgré les 730 millions d’euros consacrés aux plans pour la réussite en licence, le taux de réussite en licence en trois ans avait reculé de cinq points !

Nous observons donc un certain nombre de critères, comme l’accompagnement des étudiants en difficulté en première année, une orientation appelée « – 3/+ 3 » en lien avec le ministère de l’éducation nationale, un comité « Sup’Emploi » réunissant des chefs et cadres d’entreprise ainsi que des formateurs et des universitaires pour mieux anticiper sur les filières porteuses et les nouveaux métiers, sans oublier l’introduction du numérique, non comme gadget mais en tant qu’outil pédagogique innovant au service de la réussite étudiante, rendant les étudiants plus actifs dans leur parcours.

Nous avons déjà reçu cinquante-trois contrats pédagogiques des universités, afin qu’elles puissent bénéficier de ces dotations spécifiques sur critères qualitatifs. Tel est donc cet objectif de réussite en licence reposant sur l’innovation pédagogique, le doublement de l’alternance, un accompagnement personnalisé et efficace, qui, effectivement, met les universités en mouvement !

M. le président. La parole est à Mme Dominique Gillot, pour la réplique.

Mme Dominique Gillot. Je vous remercie, madame la ministre, pour ces précisions. Il est vrai que l’exercice des questions cribles thématiques est très rapide, mais je pense que, dans l’ensemble de vos réponses, nous trouverons les éléments qui nous permettront d’appuyer la mise en œuvre de la loi.

M. le président. La parole est à Mme Brigitte Gonthier-Maurin.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin. La loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités, dite « loi LRU », de 2007, et le passage aux responsabilités et compétences élargies, de 2008, textes dus à l’initiative du précédent gouvernement, ont placé les universités en situation de grande difficulté.

L’autonomie a essentiellement consisté en un transfert de la gestion de la pénurie budgétaire de l’État vers les universités, devenues vecteur d’application de la révision générale des politiques publiques, la RGPP, dans l’enseignement supérieur.

À ce jour, ces dispositions n’ont pas été fondamentalement remises en cause. Il est d’ailleurs cocasse d’entendre ceux qui en sont les auteurs s’en émouvoir aujourd’hui. Nulle surprise donc, à ce que, cette année encore, la rentrée universitaire soit très compliquée !

Quinze universités sur soixante-seize sont en déficit. Les autres universités n’atteignent l’équilibre budgétaire qu’au prix de mesures d’économie aussi drastiques que dangereuses : diminution du fonds de roulement inférieur aux trente jours réglementaires, gel des postes et non renouvellement des contrats à durée déterminée. Vous avancez la création de 1 000 postes par an, mais comment s’en féliciter quand ils ne compensent pas même le gel des emplois depuis 2008 et qu’un gel de 500 emplois vient s’y ajouter pour 2014 ?

Comment y voir une avancée alors que le budget de 2014 ne finance toujours pas le GVT, qui augmente mécaniquement chaque année le coût de la masse salariale des établissements ?

La situation est si grave que certaines universités devront utiliser l’argent de ces postes pour payer des frais de fonctionnement aussi élémentaires que le chauffage, les dotations de l’État, du fait de leur faiblesse, ne permettant plus d’y pourvoir.

En conséquence, les conditions d’études se dégradent pour les étudiants : des heures d’enseignements mutualisées ou supprimées ; des capacités d’accueil limitées ouvrant la voie à une sélection injuste ; des formations qui ne sont plus proposées, quand ce ne sont pas des sites entiers qui sont fermés !

Aussi, madame la ministre, quelles mesures comptez-vous prendre pour que la rentrée universitaire se déroule dans de bonnes conditions ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRC.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Geneviève Fioraso, ministre. Madame la sénatrice, pour les universités, je ne vois la vie ni en rose, ni en noir ! En arrivant en 2012 à ce ministère, j’ai effectivement trouvé une situation difficile pour de nombreuses universités. Pour autant, il nous faut donner de l’université française une image de qualité, car l’enseignement qui y est dispensé est de qualité.

À force de réclamer des moyens nouveaux, on risque de contribuer encore à dégrader l’image des universités. (Protestations sur les travées du groupe CRC.) L’enseignement à l’université est certainement celui qui est de la plus grande qualité. (Marques d’approbation sur les travées du groupe socialiste.)

Mme Brigitte Gonthier-Maurin. Continuons donc à supprimer des emplois !

Mme Geneviève Fioraso, ministre. Nous ne supprimons pas des emplois, nous en créons 1 000 par an pendant cinq ans. Cela n’avait pas été fait depuis des années !

M. Jean-Pierre Sueur. C’est la vérité !

Mme Geneviève Fioraso, ministre. Que tous ces emplois ne soient pas remplis est un fait, mais il est sage de la part des présidents d’université de ne pas utiliser tout leur contingent d’emplois en début d’année. Encore une fois, par prudence, aucune administration, aucun organisme ne sature ses postes.

Ces emplois sont cependant utilisés – nous en avons la liste, que je tiens à votre disposition – pour lutter contre l’échec en premier cycle. S’il faut, pour cela, réduire légèrement le nombre des masters et mutualiser au profit du premier cycle, soit, car ce peut être tout à fait justifié : sans dégrader le moins du monde la qualité de l’enseignement dispensé,…

M. Jacky Le Menn. Au contraire !

Mme Geneviève Fioraso, ministre. … cela augmentera, au contraire, les chances de réussite des étudiants.

Telle est notre ambition pour l’université, et c’est dans cet esprit que nous discutons avec les universités.

Ces 1 000 postes, je le rappelle, sont bien créés chaque année. Le budget a augmenté de 2 % l’année dernière et la dotation, de 1 %. Les difficultés ne portent, en fait, que sur 10 % du budget, puisque 90 % sont assurés par le transfert des salaires. Pour incomplet que soit ce transfert, à cause des conditions de passage aux RCE décidé par mes prédécesseurs, cette masse salariale représente tout de même 90 % du budget.

Il s’agit donc de discuter avec les universités sur ces 10 %, en leur accordant certes des moyens complémentaires, mais en leur demandant aussi de s’orienter en direction de la réussite des étudiants, particulièrement dans le premier cycle. C’est ce que nous faisons, tout en maintenant la qualité reconnue de la formation universitaire, qualité qu’il faut aussi savoir faire connaître pour que les étudiants viennent en toute confiance à l’université. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

M. le président. La parole est à Mme Brigitte Gonthier-Maurin.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin. Je vous remercie, madame la ministre, pour votre réponse. Je pense malheureusement que notre divergence de fond est profonde, puisque nous considérons, pour notre part, que les difficultés fondamentales que connaissent aujourd’hui les universités naissent des logiques LRU et du passage des universités aux RCE, qui demeurent, mais aussi des dotations de l’État aux universités qui continuent à diminuer, quoi que vous indiquiez, et d’un budget global de l’enseignement supérieur et de la recherche qui est, cette année encore, en diminution, si l’on tient compte de l’inflation.

Madame la ministre, il ne sera pas possible de remédier à la situation dramatique de l’enseignement supérieur, dont on a le témoignage tous les jours sur le terrain, sans rupture fondamentale avec les politiques conduites précédemment et sans moyens supplémentaires suffisants.

À l’heure de la mise en place, non sans difficultés, des nouvelles écoles supérieures du professorat et de l’éducation au sein des universités – dispositif si important pour la revalorisation du métier d’enseignant et la préparation des enfants d’aujourd’hui aux défis de demain –, il est plus que jamais temps pour l’État d’assumer pleinement ses responsabilités ! (Applaudissements sur les travées du groupe CRC.)

M. le président. La parole est à Mme Corinne Bouchoux.

Mme Corinne Bouchoux. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, à l’occasion de la rentrée universitaire de 2013, les écoles supérieures du professorat et de l’éducation, dites « ESPE », ont ouvert leurs portes. Implantées dans chaque académie, ces nouvelles composantes universitaires formeront les enseignants de la maternelle à l’université, ainsi que les conseillers principaux d’éducation. C’était un engagement du Président de la République pour revenir sur les désastreuses réformes qui avaient amené à la suppression de la formation pédagogique des enseignants.

Lors de l’examen de la loi de refondation de l’école de la République, avant l’été, les écologistes avaient alerté le Gouvernement sur le risque que la nature des formations proposées dans le cadre des masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » ne prennent pas bien en compte les inflexions souhaitées et en restent à des enseignements disciplinaires.

Comme vous le savez, le Parlement, notamment le Sénat, avait intégré par voie d’amendement des cadres de contenus spécifiques : parcours artistiques et culturels ; formation à la résolution non-violente des conflits ; recours à des pédagogies coopératives plutôt que compétitives ; contenus dispensés par des intervenants d’horizons variés, non seulement des universitaires et des professeurs de ces nouvelles ESPE, mais aussi des professeurs déjà en activité, des acteurs de l’éducation populaire ou encore des artistes intervenants.

Alors qu’un nombre croissant d’universités ne parviennent pas, cela a été dit, à boucler leur budget et que des tensions amènent des pôles de recherche et d’enseignement supérieur, PRES, à se déliter, le contenu pédagogique demandé par le ministre de l’éducation nationale aux universités pour les ESPE doit être garanti en totalité par des moyens identifiés afin que ces écoles ne soient pas une variable d’ajustement de leur site de rattachement.

Madame la ministre, les premiers retours doivent vous être parvenus sur le déroulement de cette rentrée 2013 dans les ESPE. Je souhaiterais savoir si la volonté du Parlement en général et de la Haute Assemblée en particulier a été respectée par l’ensemble des universités et s’il subsiste encore des résistances ou des difficultés dans la mise en œuvre de cette réforme. (Applaudissements sur les travées du groupe écologiste.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Geneviève Fioraso, ministre. Madame la sénatrice, les ESPE sont au cœur de la réussite de notre projet pédagogique, de la maternelle jusqu’au doctorat.

Dans les dix prochaines années, c’est le tiers du corps professoral, soit 300 000 enseignants, qui sera formé dans ces nouvelles écoles supérieures. C’est dire l’enjeu. Il ne faut cependant pas tout attendre de cette rentrée des ESPE, même si tous les efforts ont été faits, dans la plus grande concertation, pour qu’elle soit la plus réussie possible. Il y avait urgence, compte tenu des résultats de plus en plus mauvais obtenus en particulier par les jeunes issus des milieux les plus défavorisés, mais nous avons agi, pour répondre à l’urgence, de manière très construite est très concertée. Nous devrions enregistrer des progrès dans les années à venir.

Nous souscrivons totalement à votre souhait que le travail en groupe ou en équipe se substitue – ou, du moins, la complète – à la performance individuelle, sur laquelle se fonde quasi exclusivement notre système pédagogique. C’est prévu dans les contenus pédagogiques. Pareillement, la formation aux métiers du professorat et de l’éducation comprend un tronc commun de formation portant notamment sur les « gestes professionnels liés aux situations d’apprentissage, dont la conduite de classe et la prévention des violences scolaires, la prise en compte de la diversité des publics et en particulier des élèves en situation de handicap, les méthodes de différenciation pédagogique et de soutien aux élèves en difficulté », ainsi que le prévoit un texte réglementaire pris en application de la loi.

Il se trouve que le recteur Daniel Filâtre, qui connaît bien le sujet pour avoir lui-même travaillé sur les formations des ESPE, et Édouard Leroy, représentant le ministère de l’éducation nationale, ont été missionnés pour suivre l’ensemble des ESPE qui se mettent en place et envisager l’ensemble des formations complémentaires, dans toute leur diversité, tant académiques que disciplinaires et professionnelles, à mettre en place.

Six ESPE ont bénéficié d’une autorisation provisoire : celles de Versailles, de Toulouse, de Grenoble, d’Antilles-Guyane, de Paris et de Lyon. Nous les suivons avec la plus grande attention, de même que MM. Filâtre et Leroy, en raison des difficultés qu’elles connaissent: Toutes nos équipes sont mobilisées pour que ces ESPE progressent rapidement et qu’elles soient en ordre de marche à la rentrée scolaire prochaine, au service des parcours de réussite. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe écologiste.)

M. le président. La parole est à Mme Corinne Bouchoux, pour la réplique.

Mme Corinne Bouchoux. Madame la ministre, je vous remercie de cette réponse précise à une question qui tenait particulièrement à cœur à ma collègue Marie-Christine Blandin.

Ce dossier est particulièrement symbolique puisqu’il s’agit de faire travailler de concert les universités autonomes, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, le ministère chargé de l’enseignement scolaire, le ministère de la culture et toutes les collectivités territoriales, qui jouent un rôle très important dans ces domaines. Nous espérons recevoir régulièrement des informations sur la mise en place de ces ESPE. Nous irons d’ailleurs sur le terrain constater par nous-mêmes ce qu’il en est afin d’en rendre en compte à nos collègues.

M. le président. La parole est à Mme Natacha Bouchart.

Mme Natacha Bouchart. Madame la ministre, je souhaite interroger le Gouvernement sur sa politique en matière de soutien aux formations scientifiques et techniques mises en place au sein des universités de proximité, dans les territoires.

Ma réflexion est inspirée de la situation de l’ULCO, l’Université du Littoral Côte d’Opale, que je connais bien en tant que maire de Calais. Cette université, dont les antennes sont implantées à Boulogne, Calais, Dunkerque et Saint-Omer, a lancé, en 2010, l’École d’ingénieurs du Littoral Côte d’Opale. Cette structure, à laquelle nous tenons beaucoup, compte 250 étudiants recrutés à bac+2, qui sortent avec le diplôme d’ingénieur après trois années d’études.

La carte universitaire est parfois critiquée quand elle semble répondre plus à des critères politiques qu’à l’intérêt des étudiants, mais l’existence d’universités de proximité est un atout indéniable quand les formations s’insèrent avantageusement dans le tissu économique territorial. Ainsi, l’École d’ingénieurs du Littoral Côte d’Opale souhaite développer son projet pédagogique sur les métiers des flux, de l’énergie ou de la mer, qui sont ceux de l’avenir de notre région.

Encourager ces cursus scientifiques et techniques représente un véritable enjeu pour renforcer l’économie locale tout en offrant des débouchés à nos étudiants.

Madame la ministre, nous souhaitons savoir comment l’État peut accompagner la montée en charge de ces filières, alors qu’elles sont adossées au budget des universités de proximité. En outre, comment encourager l’apport de taxe d’apprentissage vers ces formations dans les territoires ? En effet, même quand l’initiative locale est forte, celle-ci est concurrencée par les métropoles régionales, qui aspirent les financements au sein de leur propre région.

Pouvez-vous, madame le ministre, nous indiquer quelle est la politique du Gouvernement pour soutenir ces filières ? (M. Jean-Pierre Sueur applaudit.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Geneviève Fioraso, ministre. Madame la sénatrice, je suis allée à Boulogne et que j’ai rencontré, en compagnie de mon collègue Frédéric Cuvillier, la communauté universitaire. Nous nous sommes également rendus à l’IFREMER, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer. J’ai pu mesurer à quel point les entreprises, les universités et les laboratoires de cette école d’ingénieurs travaillaient ensemble dans des domaines très divers, non seulement dans l’agroalimentaire ou dans des domaines relevant du Campus de la mer – appellation prise par les quatre sites de formation de la Côte d’Opale qui se sont associés –, mais dans bien d’autres, que j’ai d’ailleurs découverts à cette occasion, par exemple celui des cosmétiques.

Tous travaillent de manière très naturelle avec les entreprises. C’est dire que le partenariat avec ces dernières via la taxe d’apprentissage doit pouvoir se développer, ce qui implique d’accroître le nombre de jeunes en alternance. À cet égard, je veux dire ici que je crois beaucoup à l’alternance pour la réussite des étudiants. D’ailleurs, l’ULCO connaît dans ce domaine un taux de réussite supérieur de dix points à la moyenne. L’école d’ingénieurs que vous citez doit donc se rapprocher d’un centre de formation des apprentis. Dans le Nord – Pas-de-Calais, la plupart des formations en apprentissage dans l’enseignement supérieur sont gérées par le CFA Formasup, qui a l’habitude de travailler avec des organismes de formation divers.

Pour répondre à l’augmentation des effectifs, il existe les contrats de site. Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche aura à cœur de donner les moyens nécessaires à cette université, à cette école d’ingénieurs pour leur permettre de continuer à insérer durablement leurs étudiants dans ce territoire, dans cet écosystème doté d’une dynamique qui lui est propre et que j’ai pu mesurer de visu. Car assurer la réussite étudiante, c’est aussi assurer l’insertion professionnelle des étudiants !