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Séance du 20 février 2018 (compte rendu intégral des débats)

M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue !

M. Guillaume Chevrollier. Il serait intéressant, par exemple, de réinjecter les excédents dans le financement de la maternité. Qu’en pensez-vous, madame la secrétaire d’État ? Et pourquoi le ministère de l’agriculture a-t-il été choisi pour cette expérimentation ?

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Marlène Schiappa, secrétaire dÉtat auprès du Premier ministre, chargée de légalité entre les femmes et les hommes. Merci, monsieur le sénateur, pour votre question, et, de manière plus générale, pour l’exposé que vous avez réalisé des conditions de travail des agricultrices.

Nous avons en effet décidé – il s’agissait d’un engagement de campagne du Président de la République – de mettre en place un budget dit « sensible au genre ».

Un tel budget existe depuis longtemps dans de nombreuses collectivités ; il s’agit même, en France pour certaines collectivités, d’une obligation légale. Un tel document est également réalisé depuis des années par de nombreux États, comme le Canada ou le Maroc. Le choix de commencer par le ministère de l’agriculture s’est fait sur la base du volontariat, tout simplement : le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert, est très sensible à la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. Il a fait, avec Laura Flessel, acte de candidature commune pour expérimenter ce budget sensible au genre.

L’idée est simplement de calculer l’argent qui est directement consacré, dans les politiques publiques, aux hommes et aux femmes. C’est ce calcul très fin qui permet de savoir s’il existe une iniquité des financements publics.

Par exemple, une collectivité locale finançant un skate-park dont on sait qu’il sera occupé à 90 % par des jeunes garçons pourra constater, via la budgétisation sensible au genre, qu’il y a là une iniquité de financement des équipements publics.

C’est ce travail qui sera mené avec le ministère de l’agriculture. Nous procéderons par étapes : cette démarche sera expérimentée, dans un premier temps, pour les budgets opérationnels de programmes concernés par le document de politique transversale Égalité, piloté par la DGCS, la direction générale de la cohésion sociale. En l’occurrence, il s’agit des programmes 142, « Enseignement supérieur et recherche agricoles », 143, « Enseignement technique agricole », et 149, « Économie et développement durable des entreprises agricoles, agroalimentaires et forestières ».

M. le président. La parole est à Mme Denise Saint-Pé, pour le groupe Union Centriste.

Mme Denise Saint-Pé. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, madame la présidente de la délégation, mes chers collègues, je souhaite évoquer la féminisation des instances dirigeantes, qui a une importance clé dans le combat pour l’égalité, en ce qu’elle permet de donner la parole aux femmes, de susciter des vocations, d’inspirer, d’illustrer des réussites au féminin.

Depuis l’entrée en vigueur du décret du 29 juin 2012 et de la loi du 4 août 2014, les chambres d’agriculture comptent désormais obligatoirement un tiers de femmes élues – la moyenne nationale est actuellement de 27 %. Ce chiffre correspond peu ou prou à la démographie de la profession. Le problème se situe ailleurs. Comme dans beaucoup d’autres secteurs, les instances dirigeantes restent très masculines.

Si les chambres d’agriculture élues en 2013 ont vu, relativement aux précédentes, leur ouverture aux femmes, cette ouverture ne s’est pas traduite au sein des bureaux, lesquels n’ont fait l’objet d’aucune obligation juridique – vous y faisiez référence tout à l’heure, madame la secrétaire d’État.

À titre d’exemple, le conseil d’administration de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, l’APCA, ne compte qu’une femme pour trente-trois hommes, et son bureau, une élue pour treize hommes.

Sur les quatre-vingt-quatre chambres départementales d’agriculture, trois d’entre elles seulement sont présidées par des femmes.

La délégation aux droits des femmes avait par conséquent recommandé que soit appliqué le système de proportion minimale d’un tiers de femmes au sein des instances dirigeantes des différentes chambres d’agriculture, de l’APCA, des syndicats agricoles, des coopératives agricoles.

Madame la secrétaire d’État, une modification de la loi est-elle envisagée sur ce plan ?

Quelle stratégie entendez-vous mettre en œuvre pour encourager la féminisation de la gouvernance professionnelle ? Plusieurs leviers existent : rôles modèles, réseaux féminins, meilleure répartition des tâches dans la cellule familiale pour libérer du temps libre, législation, etc.

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Marlène Schiappa, secrétaire dÉtat auprès du Premier ministre, chargée de légalité entre les femmes et les hommes. Madame la sénatrice, vous posez une question cruciale. Je ne reviens pas sur le constat, puisque vous l’avez très justement dressé.

La parité complète sur les listes électorales sera atteinte à compter du deuxième renouvellement des chambres départementales d’agriculture et des chambres régionales d’agriculture qui suit la promulgation de la loi, soit en 2020 – les prochaines élections des chambres d’agriculture auront lieu en 2019.

Dans la loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, que j’évoquais tout à l’heure, est inscrite l’amélioration de la représentation des femmes au sein des SAFER, les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, la représentation minimale de chaque sexe dans les collèges des conseils d’administration étant fixée à 30 % des membres.

Comme vous le savez sans doute, mesdames, messieurs les sénateurs, le ministère de l’agriculture et de l’alimentation est engagé, en 2018, dans une démarche de double labellisation, égalité et diversité. Dans le cadre de cet engagement, il a pris la décision de veiller au respect des mêmes principes d’égalité et de parité chez les opérateurs qui sont sous sa tutelle.

Je partage évidemment ce sujet de préoccupation ; je puis vous dire que mon collègue Stéphane Travert et moi-même veillerons de près à ce que la parité, dans ces instances, devienne le plus vite possible une réalité.

M. le président. La parole est à Mme Victoire Jasmin, pour le groupe socialiste et républicain.

Mme Victoire Jasmin. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, madame la présidente de la délégation, chère Annick, mes chers collègues, il est des secteurs de l’activité humaine dont la féminisation fut d’abord perçue comme une contrainte, pour se révéler finalement une opportunité.

Vous conviendrez aisément qu’il en est ainsi de la politique comme de l’agriculture.

Aussi ne peut-on que se féliciter de l’excellent travail effectué par la délégation sénatoriale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes sur les femmes et l’agriculture ; la présentation de son rapport vient aujourd’hui clôturer un cycle de plus d’un an de colloques, de rencontres, d’auditions et de témoignages, au plus près de la réalité des agricultrices et de leurs territoires.

C’est donc avec fierté que la fille d’agricultrice que je suis souhaite se faire l’écho de la recommandation 34 dudit rapport, visant à encourager les jeunes filles à choisir le métier d’agricultrice.

Il s’agit d’un métier certes exigeant, mais ô combien prioritaire en matière d’économie, d’écologie, et surtout de santé publique.

Aussi est-il primordial de susciter des vocations et d’orienter les jeunes filles vers ces filières malheureusement peu ou mal connues, en les informant dès le collège sur la multiplicité des métiers et sur les opportunités de poursuite d’études ; en améliorant la connaissance des professionnels de l’éducation et de l’orientation sur les débouchés dans le milieu agricole ; en communiquant sur tous les supports, y compris sur internet et les réseaux sociaux, avec un vocabulaire adapté et des images s’adressant tant aux filles qu’aux garçons ; en valorisant davantage les bonnes pratiques et en insistant sur les aides à l’installation et les moyens existant pour accompagner les jeunes agricultrices et agriculteurs ; en créant, enfin, des internats et des structures d’accueil et d’hébergement adaptés aux filles, tant en formation initiale qu’en formation continue.

À n’en pas douter, ces recommandations de la délégation participent à valoriser le métier d’agricultrice, trop souvent sous-estimé. Les agricultrices constituent un maillon essentiel dans la revitalisation de territoires fréquemment en proie à la désertification rurale.

Il est donc indispensable de lever les freins qui pèsent sur la création ou la reprise d’exploitation par des filles.

M. le président. Il faut conclure, ma chère collègue !

Mme Victoire Jasmin. Une telle politique pourrait être un vecteur d’innovations en matière de diversification des productions ou de transformation agroalimentaire.

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Marlène Schiappa, secrétaire dÉtat auprès du Premier ministre, chargée de légalité entre les femmes et les hommes. Madame la sénatrice, vous m’interrogez sur les actions conduites par le Gouvernement pour la diversification des choix d’orientation scolaire et professionnelle en direction des jeunes filles. Le réseau Insertion-égalité des chances anime des actions de sensibilisation spécifiques et des appels à projets auprès des établissements, pour faire réfléchir à la fois les élèves et l’ensemble du monde éducatif à ce sujet.

À titre d’exemple, le projet Filagri accompagne les filles minoritaires dans leur formation ; il a mobilisé huit régions pendant quatre ans.

Un guide à destination des équipes, dans les établissements, vise également à mieux accompagner les apprenants dans leurs projets personnels, scolaires et professionnels. Il a été conçu avec une attention spécifique à l’égalité entre filles et garçons, pour encourager l’orientation des jeunes filles en direction de ces filières.

Je crois, comme vous, madame la sénatrice, à l’importance des rôles modèles. C’est pour cette raison que nous renforçons notre communication destinée à valoriser des femmes qui exercent des métiers dans lesquels les hommes sont fortement représentés, dans l’agriculture et dans d’autres secteurs. J’étais hier sur le bassin d’Arcachon ; une députée, Sophie Panonacle, a remis une médaille de l’égalité à une femme ostréicultrice en présence de lycéens et de lycéennes, afin qu’ils puissent se projeter dans ce type de rôle. Il faut multiplier ce genre d’initiatives, particulièrement dans le domaine de l’agriculture.

Enfin, le Tour de France de l’égalité entre les femmes et les hommes a fortement mobilisé les lycées agricoles, qui ont travaillé dans ce cadre au regard porté sur les métiers de l’agriculture par les jeunes.

M. le président. La parole est à Mme Christine Bonfanti-Dossat, pour le groupe Les Républicains.

Mme Christine Bonfanti-Dossat. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, madame la présidente de la délégation, mes chers collègues, ce rapport, dont je salue moi aussi la pertinence, nous permet de mesurer le chemin parcouru depuis les années 1960 pour faire progresser les droits et la condition des femmes agricultrices.

Mais, mes chers collègues, ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Le tableau qui y est peint nous appelle également à nous retrousser les manches, tant les actions à mener sont structurantes.

En 1949, Simone de Beauvoir écrivait : « C’est le travail qui peut seul garantir à une femme une liberté concrète. » Cette liberté demeure à conquérir pour les femmes agricultrices. En effet, les conditions dans lesquelles celles-ci exercent leur métier nous interpellent, diront certains, nous révoltent, diront d’autres.

La faiblesse des revenus a des répercussions sur leur statut, leur protection sociale et le montant de leur retraite. Si cette problématique n’est pas exclusivement féminine, elle se pose avec d’autant plus de vigueur pour les femmes agricultrices en raison de la création récente du statut de conjoint collaborateur et de l’accès tardif au statut de chef d’exploitation.

Les chiffres sont éloquents : la retraite moyenne d’une femme agricultrice se situe entre 500 et 600 euros. Le minimum vieillesse, quant à lui, est d’environ 800 euros. Dans certaines situations, les plus préoccupantes, la retraite s’élève à 40 euros seulement !

Cette situation doit appeler une réponse ambitieuse, tant il semble anormal que des années de travail soient in fine moins rémunératrices et moins protectrices que le minimum vieillesse.

Madame la secrétaire d’État, les agricultrices sont les « héritières d’une longue invisibilité », comme le soulignent les auteurs du rapport. Il est de notre devoir de ne pas faire de ces femmes les prisonnières de cet héritage.

Le salon de l’agriculture ouvre dans quatre jours ; allez-vous leur tendre la main ?

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Marlène Schiappa, secrétaire dÉtat auprès du Premier ministre, chargée de légalité entre les femmes et les hommes. En effet – vous l’avez dit, madame la sénatrice, à raison –, les métiers de l’agriculture sont pourvoyeurs d’emplois. Il est donc essentiel de travailler plus encore à améliorer leur image, y compris auprès des jeunes filles.

Ce thème a été largement évoqué lors de l’atelier 13 des états généraux de l’alimentation, Renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture et des filières agricoles et développer la formation. Les branches agricoles et le ministère de l’agriculture vont notamment travailler à la réalisation d’une campagne de communication sur ce sujet.

Madame la sénatrice, vous avez évoqué également d’autres thèmes, qui sont liés à celui que je viens de mentionner, en particulier la question des retraites. Je ne me répète pas : j’ai parlé tout à l’heure des pistes de travail sur lesquelles planche le Gouvernement, avec notamment le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye. Mais j’entends bien votre interpellation et vous assure une nouvelle fois qu’il s’agit d’un sujet majeur sur lequel l’ensemble du Gouvernement est mobilisé.

M. le président. La parole est à Mme Maryvonne Blondin, pour le groupe socialiste et républicain.

Mme Maryvonne Blondin. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, madame la présidente de la délégation, mes chers collègues, je dois dire que depuis sa sortie, en juin 2017, ce rapport a connu une notoriété sans cesse croissante. Il est devenu, pourrait-on dire, un best-seller, et aussi un outil de travail utilisé par les réseaux de femmes agricultrices, qui nous permet à nous, sénatrices et sénateurs, d’aller à leur rencontre et d’échanger avec eux sur toutes les recommandations qui y sont faites.

Il traite différents sujets, et surtout celui de la diffusion de l’information concernant les droits des femmes, au moment de leur installation notamment. La MSA, la mutualité sociale agricole, doit assurer l’organisation de campagnes d’information beaucoup plus poussées.

Nous avons parlé de l’articulation des temps, vie professionnelle, vie familiale, et, ajouterai-je, vie personnelle. Sur ce point, à ce stade du débat, vous avez bien entendu déjà répondu, madame la secrétaire d’État – vous avez répondu à beaucoup de questions, et proposé des solutions innovantes. J’y ajouterai les bus itinérants de garde d’enfants, qui circulent chaque jour dans une commune différente et apportent des solutions.

La section des agricultrices de la FDSEA, la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles, du Finistère s’est réunie jeudi dernier en assemblée générale. Je peux vous dire, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, que ce rapport a été discuté. Justement, les membres de la section ont mis en exergue la proposition d’étendre le dispositif de remplacement ou de mettre en place un chèque emploi service prépayé utilisable pour la garde d’enfants, mais également pour les tâches ménagères, qu’il ne faut pas oublier ! Telle sera l’une de leurs recommandations de travail pour l’année 2018.

M. le président. Il faut conclure, ma chère collègue !

Mme Maryvonne Blondin. J’aurais voulu évoquer les violences faites aux femmes, monsieur le président …

M. le président. Le temps qui vous était imparti est écoulé, ma chère collègue !

La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Marlène Schiappa, secrétaire dÉtat auprès du Premier ministre, chargée de légalité entre les femmes et les hommes. Madame la sénatrice, j’ai entendu la fin de votre intervention, sur les violences faites aux femmes. Il s’agit bien sûr d’un sujet de préoccupation ; nous pourrons, si vous le souhaitez, en débattre plus longuement.

Il n’y a pas, me semble-t-il, de plus beau destin, pour un rapport du Sénat, que de devenir un best-seller et un outil de débat et de discussion. C’est la vocation première d’un tel document. Je salue donc le fait que chacune et chacun s’en empare et le fasse vivre, dans les politiques publiques ou dans sa vie quotidienne, faisant de ce rapport, après sa publication, une forme de média d’échange prolongé.

Plus particulièrement, madame la sénatrice, l’une des questions que vous me posez porte sur la mise en place des dispositifs de remplacement, dont le coût serait pris en charge, comme pour les maternités, en cas d’enfant malade.

J’ai évoqué tout à l’heure la question des bus itinérants et des modes d’accueil innovants. Actuellement, vous savez que seul le congé de maternité est pris en charge par la MSA. En cas de maladie très grave, il est possible de bénéficier de l’allocation journalière de présence parentale ; ce droit est ouvert aux personnes qui assurent la charge d’un enfant gravement malade. Mais cette allocation ne permet bien sûr pas de financer le remplacement de la mère par un salarié agricole. À l’heure actuelle, rien ne permet d’assurer ce financement.

Mais il s’agit d’une question importante, que, attentifs, justement, au rapport dont nous débattons aujourd’hui, mon collègue le ministre de l’agriculture, mais aussi ma collègue la ministre des solidarités et de la santé, qui est également concernée par ce sujet, et moi-même allons regarder de très près.

M. le président. La parole est à M. Christophe Priou, pour le groupe Les Républicains.

M. Christophe Priou. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, je veux avant tout saluer le travail remarquable réalisé dans le cadre de la rédaction de ce rapport, sur l’initiative de la délégation aux droits des femmes – cela a été dit, mais il faut le souligner de nouveau, surtout à l’époque des prix littéraires et des best-sellers. (Sourires.)

Mme la secrétaire d’État a rappelé la loi. Mais il y a aussi l’esprit de la loi, et, de ce point de vue, je pense qu’il est possible d’anticiper.

Au conseil régional des Pays de la Loire, nous avons une commission de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la forêt, de la pêche et de la mer, et elle compte trois femmes agricultrices, dont l’excellente présidente Lydie Bernard, qui non seulement irrigue la région Pays de la Loire, mais rayonne aussi à l’Association des régions de France.

Cela étant, dans nos régions, nous avons tous des exemples des difficultés que rencontrent les agricultrices pour porter une exploitation. En effet, il faut se former pour s’installer tout en faisant face à une charge de travail importante et à une administration qui prend toujours plus de temps et de place !

Même s’il est souvent une passion, ce métier doit s’accompagner d’une meilleure protection sociale et d’un vrai statut.

L’exploitation familiale d’autrefois a largement muté pour tendre vers la gestion d’une véritable entreprise. Le rapport décrit d’ailleurs bien la variété des situations et des profils qui comportent toujours les mêmes contraintes et difficultés et s’accompagnent de conditions d’emploi souvent moins favorables que dans d’autres secteurs.

Dans la région Pays de la Loire, la démarche des agricultrices est souvent tournée vers le qualitatif et les circuits courts ; je pense notamment aux filières du sel, de l’élevage, du maraîchage ou de la viticulture.

Parmi les quarante recommandations du rapport, il me semble que les points suivants sont prioritaires et demandent que des solutions soient mises en œuvre très rapidement. Je pense, d’abord, au statut, avec un parcours de formation initiale adapté. Je pense, ensuite, à la revalorisation du montant de base des retraites agricoles, incluant une bonification forfaitaire variable selon le nombre d’enfants. Il importe aussi d’encourager l’accès des agricultrices aux responsabilités et de renforcer la féminisation de la gouvernance de la profession, notamment pour ce qui concerne les chambres d’agriculture – cela a été fait notamment dans les départements de la Mayenne et du Maine-et-Loire où nous avons des exemples de femmes agricultrices qui occupent les plus hautes responsabilités. Je veux enfin souligner l’importance de faciliter l’accès aux aides, à l’installation et aux terres. Dans notre région, nous aurons à vivre, en Loire-Atlantique, l’après- Notre-Dame-des-Landes, dont l’enjeu est la gestion future de centaines d’hectares.

Si ces seuls points étaient rapidement traités, nous ferions une avancée considérable au bénéfice des femmes agricultrices !

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Marlène Schiappa, secrétaire dÉtat auprès du Premier ministre, chargée de légalité entre les femmes et les hommes. Monsieur le sénateur, j’ai déjà répondu, lors des échanges précédents, à un certain nombre des questions que vous me posez. Je vais donc consacrer mon développement à la question du taux de formation professionnelle continue des femmes, sujet qui n’a pas encore été traité cet après-midi.

Vous le savez, les femmes, qui représentent 30 % des contributeurs au fonds de formation, n’en bénéficient qu’à hauteur de 9 %, contre 14 % globalement.

VIVEA, qui est le fonds de formation des agriculteurs, mène une action spécifique sur le sujet. Pleinement conscient du défi à relever, il le soutient activement et l’a inscrit dans son plan stratégique pluriannuel.

Le ministère de l’agriculture est représenté par le commissaire du Gouvernement au conseil d’administration de VIVEA. Il a ainsi pu constater le souci qui anime les membres de ce fonds afin de faire progresser les choses, instituant notamment un suivi précis des indicateurs de progrès en ce domaine. Ce sujet est d’autant plus important pour les femmes que près de la moitié des exploitantes de moins de quarante ans ne sont pas passées par l’enseignement agricole. Seulement un cinquième des hommes sont dans ce cas, cela a été dit tout à l’heure.

Les femmes sont souvent plus diplômées de l’enseignement supérieur que les hommes, mais elles s’installent dans la plupart des cas plus tard et sans avoir bénéficié des formations idoines qu’elles suivront en formation professionnelle continue. Cette question, nous l’avons longuement évoquée dans le cadre des échanges précédents.

Je reste très vigilante sur le thème de la parité dans l’accès à la formation professionnelle tout au long de la vie. À cet égard, il m’a été remis ce matin, dans le cadre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, un rapport qui contient un certain nombre de préconisations. Nous allons bien évidemment les mettre en lien avec les actions portées par le ministère de l’agriculture.

M. le président. La parole est à M. Pierre Cuypers, pour le groupe Les Républicains.

M. Pierre Cuypers. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, comme le rappellent nos excellents rapporteurs, au nom de la délégation aux droits des femmes : « Ce sont les femmes qui, pendant les guerres, ont fait tourner les exploitations agricoles ». Cette constatation souvent évoquée doit rester dans nos esprits.

L’épouse du chef d’exploitation a longtemps été considérée comme sans profession.

En 2014, 113 200 femmes étaient chefs d’entreprise, ce qui représente 25 % de l’effectif global.

Par ailleurs, 5 000 femmes d’exploitants agricoles occupant un emploi salarié dans l’entreprise de leur conjoint ne sont pas déclarées à la mutualité sociale agricole, la MSA, et sont donc considérées comme sans emploi.

Aujourd’hui, elles souhaitent un véritable statut qui leur assure une protection sociale adaptée et une retraite calculée sur les meilleures années de leur vie professionnelle.

Afin de survivre à l’agriculture, l’équilibre se fait souvent par l’exercice d’un métier extérieur. Je salue le mérite de ces femmes qui composent ainsi entre deux mondes, permettant très souvent de sauver l’exploitation.

Un couple d’agriculteurs vit en moyenne, selon une récente enquête de la MSA effectuée en 2017, avec à peine 354 euros par mois. Telle est la vérité, madame la secrétaire d’État !

Dès lors, comment valoriser la féminisation croissante de la profession agricole et encourager l’accès des femmes aux responsabilités dans les instances agricoles ? Cette démarche est indispensable.

Les femmes apparaissent comme les nouveaux catalyseurs du monde agricole. Je considère que leur avenir dépend d’une solide formation. Elles pourront davantage reconvertir une partie du secteur agricole en secteur de services.

Favoriser leur installation permettrait de pérenniser les exploitations, sans négliger pour autant la production.

Pouvez-vous, madame la secrétaire d’État, nous indiquer le plan envisagé par le Gouvernement pour conforter la place des exploitantes agricoles, qui, de jour en jour, font vivre le tissu rural ?

Quelles sont les suites proposées pour les aides à l’entrepreneuriat ou le remplacement en cas de congé de maternité et l’aide à domicile ?

Enfin, quelles mesures d’action locale adaptées à chaque territoire rural proposez-vous ?

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Marlène Schiappa, secrétaire dÉtat auprès du Premier ministre, chargée de légalité entre les femmes et les hommes. Monsieur le sénateur, votre question englobe un certain nombre de sujets. J’ai déjà répondu à une partie d’entre eux, précédemment. Soucieuse de ne pas me répéter, je note votre volonté de faire en sorte que l’on encourage l’orientation, sujet abordé tout à l’heure notamment à propos de la place des jeunes filles dans les lycées agricoles et de l’attractivité des métiers. Vous souhaitez également encourager l’installation. Nous avons évoqué la PAC post-2020 et les discussions qui pourraient s’engager pour favoriser cette installation et, au-delà, la pérennisation. Nous avons aussi évoqué et détaillé des politiques publiques de soutien aux agricultrices ; à ce sujet, mon collègue le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert, s’appuiera sur un certain nombre des propositions formulées dans le rapport sénatorial dont tout le monde salue la qualité.

Vous avez parlé du congé de maternité. J’ai déjà répondu à un certain nombre de questions à ce propos. Je ressens en effet sur ce sujet une forte attente de la part des agricultrices. Je veux de nouveau vous rassurer sur ce point et préciser que ce qui est en cause, c’est bien l’harmonisation des congés de maternité. Il n’est, bien sûr, aucunement question de mettre la fin au système tel qu’il existe actuellement avec les indemnités de remplacement.

J’en viens à l’autonomisation des filles et des femmes dans le cadre de l’enseignement agricole, qui est l’une des questions liées à leur orientation. Il est bon de le rappeler, les méthodes pédagogiques développées par l’enseignement agricole sont centrées sur une forme de construction commune et de conduite du projet. De caractère très concret, elles sont l’ADN même de cet enseignement agricole. Elles cherchent à développer l’autonomie des jeunes femmes, à les rendre actrices de leur parcours, de leur formation et, plus généralement, de leur parcours professionnel.

Tel me paraît vraiment être le fil rouge de tous les sujets que vous évoquez, monsieur le sénateur : l’autonomisation, l’émancipation économique, mais aussi sociale des femmes agricultrices. L’enjeu consiste tout simplement à leur permettre de vivre de leur travail et de ce qu’elles produisent, non seulement pour elles et pour leur exploitation, mais aussi pour la France tout entière.