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Séance du 30 octobre 2019 (compte rendu intégral des débats)

PRÉSIDENCE DE Mme Catherine Troendlé

vice-présidente

Mme la présidente. La séance est reprise.

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Mises au point au sujet de votes

Mme la présidente. La parole est à M. François Patriat, pour une mise au point au sujet de votes.

M. François Patriat. Je souhaite rectifier, pour le compte du sénateur Michel Amiel, son vote sur les scrutins publics nos 11, 12 et 13 lors de l’examen du projet de loi relatif à l’engagement dans la vie locale et à la proximité de l’action publique. Michel Amiel souhaitait voter pour dans ces trois cas.

Par ailleurs, nous souhaitons que les sénateurs qui n’ont pas pris part au vote lors du scrutin n° 14 sur le même projet de loi, à savoir Mme Agnès Constant et MM. Michel Dennemont, Abdallah Hassani, Thani Mohamed Soilihi et Dominique Théophile, soient comptabilisés comme ayant voté pour.

Mme la présidente. Acte vous est donné de ces mises au point. Elles seront publiées au Journal officiel et figureront dans l’analyse politique du scrutin.

La parole est à Mme Véronique Guillotin, pour une mise au point au sujet d’un vote.

Mme Véronique Guillotin. Lors des scrutins n° 17, 18 et 19 sur la proposition de loi tendant à assurer la neutralité religieuse des personnes concourant au service public de l’éducation, mon collègue Éric Gold souhaitait ne pas prendre part au vote.

Je vous remercie de tenir compte de cette mise au point.

Mme la présidente. Acte vous est donné de cette mise au point. Elle sera publiée au Journal officiel et figurera dans l’analyse politique du scrutin.

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Donner des armes à l’acier français, accompagner la mutation d’une filière stratégique

Débat organisé à la demande d’une mission d’information

Mme la présidente. L’ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande de la mission d’information sur le thème : « Enjeux de la filière sidérurgique dans la France du XXIe siècle : opportunité de croissance et de développement », sur les conclusions du rapport : Donner des armes à lacier français, accompagner la mutation dune filière stratégique.

Nous allons procéder au débat sous la forme d’une série de questions-réponses, dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents.

Je rappelle que l’auteur de la demande dispose d’un temps de parole de huit minutes, puis que le Gouvernement répond pour une durée équivalente.

À l’issue du débat, l’auteur de la demande dispose d’un droit de conclusion pour une durée de cinq minutes.

Dans le débat, la parole est à Franck Menonville, président de la mission d’information. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Indépendants et UC, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains.)

M. Franck Menonville, président de la mission dinformation sur les enjeux de la filière sidérurgique dans la France du XXIe siècle : opportunité de croissance et de développement. Madame la présidente, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, la France a un passé industriel et, surtout, un avenir industriel. C’est pour cette raison que le Sénat s’est attaché depuis plusieurs années à travailler sur le sujet de l’industrie. Il y a déjà près d’un an et demi, la mission d’information sur Alstom et la stratégie industrielle du pays rendait ses conclusions.

Alors que les temps sont aujourd’hui aux start-up et au numérique post-industriel, il n’en est pas moins nécessaire de conserver une industrie forte et modernisée, car la production métallurgique, notamment, constitue un enjeu essentiel pour notre économie et son autonomie.

L’acier se trouve au sommet de la chaîne de valeur de nombreuses industries. Sa production nécessite des investissements importants, avec des seuils de rentabilité élevés et des marges faibles.

L’acier est pourtant un enjeu de souveraineté. Il forge nos armes, au sens propre. Les vecteurs de notre force nucléaire – avions et sous-marins principalement – nécessitent des alliages spéciaux en acier de haute technicité.

L’acier est aussi un enjeu pour la transition énergétique. Le recyclage de l’acier représente une contribution importante dans le cadre de notre stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il ne faut pas oublier les évolutions technologiques qui permettent de limiter les émissions de CO2 dans la filière chaude au sein des hauts-fourneaux.

Or, douze ans après le Grenelle de l’environnement, la politique de l’éco-conception reste trop virtuelle et l’éco-recyclabilité des produits industriels à base d’acier est encore trop peu développée.

La France et l’Europe sont devenues des acteurs marginaux sur le marché mondial de l’acier, aujourd’hui dominé par la Chine, qui représente 50 % de la production mondiale.

Seuls les trois quarts à peine des capacités de production existantes sont utilisées. Nous sommes aujourd’hui en pleine crise de surcapacité, la création de nouvelles capacités se poursuivant dans un contexte de guerre commerciale exacerbée entre la Chine et les États-Unis.

Pourtant, malgré les efforts de structuration de la filière, il nous manque une politique publique claire, un ministre de l’industrie et des moyens humains et financiers dédiés.

Il nous manque également une véritable vision industrielle européenne. En effet, l’Europe est aujourd’hui trop focalisée sur la politique de concurrence, ce qui a pour conséquence première d’entraver notre capacité à construire des géants économiques capables d’affronter la concurrence mondiale. Le dossier Alstom-Siemens en est un exemple.

Enfin, l’Europe est trop lente à réagir face au dumping et elle manque d’ambition industrielle. Nous avons besoin d’une Europe stratège pour notre industrie.

Dans ce contexte, la mission d’information que j’ai eu le plaisir et l’honneur de présider a, pendant cinq mois, entendu 55 personnes et effectué plusieurs déplacements sur le terrain. J’en profite pour remercier mes collègues membres de la mission, en particulier Mme la rapporteure, chère Valérie Létard, ainsi que tous ceux qui ont travaillé à nos côtés.

Notre rapport, adopté à l’unanimité des groupes politiques du Sénat, contient 30 propositions, que la rapporteure va maintenant vous présenter dans leurs grandes lignes. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Indépendants, LaREM, UC et Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la rapporteure.

Mme Valérie Létard, rapporteure de la mission dinformation sur les enjeux de la filière sidérurgique dans la France du XXIe siècle : opportunité de croissance et de développement. Madame la présidente, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, à l’heure où la réindustrialisation des territoires est un objectif partagé du Gouvernement et des élus locaux, la consolidation de notre industrie sidérurgique nationale est absolument stratégique.

Notre mission d’information a identifié trois défis majeurs pour le futur de la sidérurgie française.

Tout d’abord, la surcapacité de production persiste à l’échelon mondial, exacerbant la concurrence, au détriment de l’industrie européenne. De plus en plus de pays, en particulier la Chine, ont recours au protectionnisme commercial et à des pratiques déloyales.

Ensuite, les sidérurgistes doivent prendre le virage de la transition énergétique. L’acier doit nécessairement devenir plus vert, mais les objectifs climatiques et énergétiques se renforcent et la hausse du coût du carbone s’accélère sur le marché des quotas, alors que les pays tiers ne sont pas soumis aux mêmes exigences.

Enfin, les moyens nécessaires à l’adaptation de l’industrie sidérurgique sont difficiles à mobiliser, alors que les investissements sont particulièrement lourds et risqués, notamment en matière de recherche et développement, et que la conjoncture ne s’améliore que lentement. L’acier est pourtant le fondement de nombreux secteurs en aval : la construction, l’automobile, et bien d’autres…

Pour donner des armes à l’acier français dans la compétition mondiale, nous avons formulé trente recommandations, qui agissent sur quatre leviers.

Le premier est le soutien de la transition énergétique à la sidérurgie française.

Alors que le prix de la tonne de carbone à l’échelon européen augmente depuis quelques mois, il serait inacceptable que ce renchérissement renforce la compétitivité des entreprises situées en dehors de l’Union européenne et qui ne sont pas soumises aux mêmes contraintes, alors même que leurs émissions de CO2 sont souvent bien plus importantes qu’en Europe.

Il faut mettre en place une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne. À cet égard, on peut se réjouir que la nouvelle Commission européenne y soit favorable. Il faut maintenant faire vite et être très offensif, car l’urgence pour le tissu industriel sidérurgique n’est pas le temps de l’Europe.

Ensuite, les investissements des entreprises sidérurgiques pour décarboner la filière ne porteront leurs fruits qu’à la condition d’être soutenus par un coût de l’énergie compétitif. La compétitivité du prix de l’énergie en Europe est un élément déterminant dans les choix d’investissement des groupes sidérurgiques et conditionne l’avenir de la filière.

À l’échelon national, le coût de la compensation carbone, compensant les coûts des quotas carbone qui sont répercutés sur le prix de l’électricité pour des secteurs exposés à un risque de fuite carbone, est appelé à augmenter ces prochaines années.

Notre recommandation de conforter le budget qui lui est dédié a été entendue, madame la ministre, 279,5 millions d’euros de crédits ayant été prévus à ce titre dans le projet de loi de finances pour 2020, que nous allons prochainement examiner.

Cela étant, j’attire votre attention, madame la secrétaire d’État, mais vous le savez mieux que moi, sur le fait que ce sujet se posera de façon tout aussi aiguë lors des prochains budgets, voire davantage, et qu’il sera nécessaire de donner de la visibilité au secteur.

Le second levier est la défense de nos intérêts commerciaux et la protection du marché sidérurgique européen contre des compétiteurs aux pratiques déloyales. L’industrie européenne utilise de plus en plus d’acier importé, au très mauvais bilan carbone et largement financé par des subventions des États.

Pour restaurer des conditions équitables, il faut une politique volontariste de la Commission européenne, qui doit se saisir pleinement de ses nouveaux outils de défense commerciale, lesquels sont aujourd’hui insuffisants et plus adaptés. Il faut absolument les revisiter, à un rythme différent du tempo européen habituel.

Le troisième levier est la stratégie de filière, qui améliore l’articulation entre les besoins des entreprises sidérurgiques et le soutien des pouvoirs publics. Il faut que les industriels s’impliquent fortement dans ces projets structurants, qui bénéficient à tous, et que l’État engage plus de moyens pour améliorer le dialogue.

Le quatrième levier, le plus essentiel, c’est, comme l’a dit mon collègue Franck Menonville, l’accompagnement stratégique à tous les niveaux des politiques publiques.

Pour mobiliser pleinement les trois autres leviers et renforcer le pilotage de la politique industrielle, il faut mettre en place un véritable ministère de l’industrie, non pas symbolique, mais doté de moyens humains et budgétaires appropriés, ce qui n’est plus le cas depuis trop longtemps, madame la secrétaire d’État. Ce n’est pas le fait de ce gouvernement, mais ce gouvernement peut changer les choses et faire de la sidérurgie une véritable priorité nationale.

Seul un tel – ou une telle ! – ministre de l’industrie pourra défendre nos entreprises industrielles à l’échelon européen et s’engager aux côtés des sidérurgistes dans la mutation écologique. Il portera la vision stratégique qui fait aujourd’hui défaut, au lieu de jouer au pompier, faute de moyens et sans anticipation, dans les situations difficiles, comme on l’a vu dans le cas de l’aciérie Ascoval, dont les salariés ont dû en souffrir beaucoup trop longtemps.

Il rassemblera tous les acteurs concernés autour de la table, en lien avec le Conseil national de l’industrie, dans une approche partenariale avec l’échelon territorial et régional, premier maillon de l’accompagnement des bassins sidérurgiques.

Madame la secrétaire d’État, vous avez lu notre rapport et nos recommandations, partagez-vous notre vision stratégique pour l’acier français ? Quels moyens concrets entendez-vous dédier à l’accompagnement de ce secteur industriel, alors que nous nous apprêtons à examiner le projet de loi de finances pour l’année 2020 ?

Nous sommes à la croisée des chemins à l’échelon européen ; beaucoup de décisions vont être prises. Que comptez-vous faire ? (Applaudissements sur les travées des groupes UC, Les Républicains, RDSE, LaREM et SOCR.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire dÉtat auprès du ministre de léconomie et des finances. Madame la présidente, monsieur le président de la mission d’information, madame la rapporteure, mesdames, messieurs les sénateurs, vous avez raison, la sidérurgie est un maillon central de l’industrie française.

L’importance de la sidérurgie est notamment liée à sa place incontournable dans de nombreuses filières industrielles majeures. C’est le cas en particulier de la construction, des transports et des industries mécaniques, qui représentent respectivement 43 %, 26 % et 16 % des débouchés de l’acier.

L’industrie sidérurgique française emploie environ 48 000 personnes. Elle est implantée sur tout le territoire, même si elle est partout connue pour ses grandes implantations historiques, qui emploient plusieurs milliers de salariés dans les bassins des Hauts-de-France, du Grand Est, des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Sa présence est aussi le fait de nombreuses usines de plus petite taille, aciéries électriques ou unités de transformation aval – laminoirs, fonderies.

C’est un secteur mondialisé, qui doit s’adapter à une concurrence féroce. Face à l’agressivité de la concurrence mondiale en termes de prix, de volumes, de capacités, de concentration, les acteurs de la filière ont su se transformer afin de rester dans la course : restructuration des aciers plats français, qui détiennent maintenant une bonne position de marché, transformation et sécurisation des emplois du site de Florange, où 2 200 emplois ont été conservés grâce à l’innovation.

La filière doit aujourd’hui faire face à des défis majeurs.

Vous avez parfaitement souligné dans votre rapport, monsieur le président, madame la rapporteure, les nombreux enjeux de cette filière : la réduction des émissions de carbone, la lutte contre la concurrence déloyale et les surcapacités, le développement de la recherche et développement, la transformation numérique des entreprises, la sécurisation des approvisionnements en matières premières, l’attractivité de ses métiers. Tous sont importants, mais quelques-uns me semblent vitaux pour l’avenir de la filière sidérurgique française et européenne.

Le premier enjeu est de traiter la surcapacité mondiale, ce qui renvoie à la proposition n° 6.

En dix ans, la Chine est devenue le premier producteur mondial d’acier. À elle seule, elle produit 930 millions de tonnes d’acier, soit plus de 50 % de la production mondiale, et elle est responsable de la moitié des surcapacités mondiales qui pénalisent les aciéristes européens, tirent les prix à la baisse et détruisent les marges en Europe.

Or les marges sont la condition des investissements et des emplois. Les aciers plats ont ainsi vu leur prix baisser de 21 % entre janvier 2018 et mai 2019. Sous l’impulsion de l’Union européenne et des États-Unis, le G20 a mis en place en 2016 un forum mondial sur les surcapacités dans le secteur de l’acier, le GFSEC. Celui-ci a permis d’obtenir de la Chine des réductions de capacité. C’est un premier pas, même si ce n’est pas suffisant. Nous souhaitons continuer à agir, comme je l’ai fait encore dernièrement au Japon avec mes homologues.

Le deuxième enjeu est de faire respecter une concurrence loyale, ce qui correspond aux propositions nos 7, 8 et 27 de votre rapport.

Près de la moitié des cas anti-dumping ou anti-subvention traités à l’échelon européen relèvent du seul secteur de la sidérurgie. Les règles de concurrence loyale ne sont en effet pas toujours respectées par nos partenaires. Vous le savez, nous poussons la Commission européenne à renforcer son action en la matière. C’est d’ailleurs ce que je fais au conseil Compétitivité.

Le troisième enjeu est de faire de l’impératif climat une chance ; il est en lien avec la proposition n° 9.

Les enjeux climatiques sont aujourd’hui un impératif reconnu par tous. Le plan Climat du Gouvernement et sa déclinaison dans la stratégie nationale bas-carbone fixent l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. La sidérurgie est responsable d’environ 7 % des émissions anthropiques de CO2 dans le monde. À ce titre, elle a une responsabilité envers la planète, mais elle fait aussi face à d’exceptionnelles occasions de rupture technologique qui permettront aux industriels les plus offensifs de se différencier – j’y reviendrai.

Le quatrième enjeu, celui de la compétitivité, passe par un engagement fort sur le prix de l’électricité ; cela renvoie aux propositions nos 13 et 15.

La sidérurgie est un grand consommateur d’électricité à la fois pour l’élaboration du métal dans les aciéries électriques et sa première transformation lors du laminage, du forgeage et des réchauffages de la matière. Comme vous le savez, c’est un élément que nous défendons à l’échelon tant européen, puisqu’il y a un certain nombre de négociations en cours, que national.

Je vous remercie de souligner les efforts actifs que nous avons réalisés pour défendre notre budget de compensation CO2. Je pense notamment à la réflexion que nous avons engagée pour faire en sorte que les entreprises intensives et les hyper électro-intensifs bénéficient, dans les années à venir, de tarifs compétitifs en matière d’électricité.

Le cinquième enjeu est l’effort de recherche et développement, ou R&D, qui reste le facteur principal de compétitivité et de différenciation sur les marchés ; cela donne lieu aux propositions nos 12, 22 et 26.

Le crédit d’impôt recherche, que de nombreuses nations ont copié, est un outil souple et massif de soutien à la R&D des entreprises.

En revanche, nous avons des marges de progrès s’agissant de l’industrialisation de la R&D sur le territoire national. Il faut y travailler tous ensemble. Les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer en la matière. C’est notamment en offrant aux investisseurs un territoire accueillant et un cadre légal lisible et attractif que l’industrie et les emplois créés par elle se localiseront.

Vous avez évoqué la Banque publique d’investissement, Bpifrance. Je me félicite de son engagement constant pour l’industrie, qui s’est renforcé cette dernière année.

Depuis sa création, elle a été présente sur de nombreux dossiers du secteur des métaux. Elle a été associée à de grands succès, comme Constellium, auquel j’ai personnellement participé en 2009. Et elle est une actrice cruciale dans les dossiers plus sensibles, comme Vallourec.

Bpifrance est un investisseur avisé en économie de marché soumis aux règles de concurrence communautaire en matière d’aides d’État. Elle n’intervient pas directement en retournement, mais elle gère pour le compte de l’État le Fonds de fonds de retournement, ou FFR, doté de 74,7 millions d’euros dans le cadre du programme d’investissements d’avenir, qui souscrit à des fonds gérés par des équipes spécialisées et dont nous avons besoin sur certains dossiers.

Je tiens à le souligner, face à de tels défis, il y a au sein de l’État une stratégie industrielle, des plans d’action et des résultats en matière d’industrie et de sidérurgie. Je me contenterai de rappeler, via trois exemples concrets, que la stratégie industrielle de l’État s’est structurée et renforcée durant ces deux dernières années. La stratégie de filière a été renforcée.

Le 18 janvier dernier, j’ai signé le contrat stratégique de filière Mines et métallurgie avec la présidente du comité stratégique de filière, Mme Christel Bories, en présence des organisations syndicales. C’est une instance unique, où tous les acteurs, entreprises, organisations syndicales et administrations peuvent échanger hors situation de crise pour consolider et préparer ensemble l’avenir de la filière.

Ils travaillent ensemble sur plusieurs sujets importants soulevés dans le rapport : l’avenir des différentes filières acier en France – hauts-fourneaux et aciéries électriques –, la réduction des émissions carbone, la lutte contre la concurrence déloyale, la transformation numérique de la filière, la sécurisation des approvisionnements en matières premières, l’attractivité de ses métiers.

Ce contrat doit permettre une meilleure coordination entre les grands acteurs de la filière et les PME, entre l’amont fournisseur et l’aval consommateur. Pour cette filière, je le répète, la démarche est nouvelle.

Des travaux sont également menés sur les approvisionnements en matières premières stratégiques ; ce point est lié à vos propositions nos 2 et 17.

Vous avez aussi évoqué le risque de dépendance aux matières premières analysé dans le récent rapport du Conseil économique, social et environnemental, le CESE, et mis en avant au cours de l’été par des déclarations de la Chine sur sa maîtrise des ressources mondiales de terres rares. Le Gouvernement est très attentif à ce risque.

À ce titre, et dans le cadre du Conseil national de l’industrie, le CNI, le Conseil général de l’économie a remis au ministère de l’économie un rapport sur la vulnérabilité de l’approvisionnement en matières premières des industries françaises, ce qui a permis d’identifier plusieurs pistes de travail.

Pour les mettre en application, a été confirmé lors du comité exécutif, le Comex, du CNI du 23 septembre dernier le lancement de travaux applicatifs sur la sécurisation des approvisionnements en matières premières associant des industriels de référence de l’amont, producteurs de métaux, et de l’aval, consommateurs, pour trois filières d’excellence et d’avenir fortement consommatrices de métaux critiques : les batteries pour la mobilité, les énergies renouvelables et le secteur de l’aéronautique et défense.

Les conclusions sont attendues pour la fin de l’année 2019, et des premières applications pratiques ont été mises en œuvre.

Des travaux sur l’avenir des aciéries électriques sont menés ; cette question est liée à la proposition n° 16. Je l’ai déjà souligné, la filière des hauts-fourneaux en France s’est restructurée et elle est maintenant au meilleur niveau européen et mondial. En revanche, les aciéries électriques françaises ont subi une succession de difficultés, que votre rapport a relevées et qui ont entraîné des fermetures de sites et des arrêts définitifs de fours.

Pourtant, la filière électrique dispose de caractéristiques qui devraient lui permettre de soutenir un développement concurrentiel : plus faible intensité capitalistique que les hauts-fourneaux, flexibilité, adaptation aux aciers de spécialité et aux petits volumes, réactivité opérationnelle…

Par ailleurs, avec une faible émission de CO2 à la tonne, l’aciérie électrique est un élément de réponse à la réduction des émissions de la filière et à l’objectif de décarbonation de l’économie.

Je me félicite donc que le comité stratégique de filière Mines et métallurgie vienne de lancer un groupe de travail pour dégager des scénarios de développement des différentes technologies de production de l’acier en France associant les industriels, les organisations syndicales et les administrations. C’est un travail fondamental, qui doit éclairer l’avenir.

Ce type de travaux est dans l’ADN des comités stratégiques de filière et fait partie des réflexions stratégiques et de l’anticipation qui sont indispensables pour l’avenir de l’industrie et dont votre rapport souligne l’impérieuse nécessité.

Puisque nous parlons d’intervention en urgence, si l’aciérie Ascoval continue de travailler, je le souligne, c’est grâce à l’action déterminée, tant de l’État tout au long de ces douze derniers mois, que des élus locaux. Je tenais à vous en remercier, madame Létard ; je pense que si vous êtes rapporteure, c’est aussi parce que ce cas emblématique a permis d’apporter un éclairage sur la situation.

Mme la présidente. Madame la secrétaire d’État, je vous invite à conclure.

Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire dÉtat. J’aimerais mentionner une dernière action en matière de formation. C’est le principal défi de la filière.

La filière est en tension. Elle peine à recruter et doit faire évoluer ses compétences pour s’adapter aux nouvelles donnes introduites notamment par la numérisation de l’économie. Nous devons y travailler ensemble.

C’est l’une des missions que le Gouvernement a données au comité stratégique de filière. J’attends que les travaux du comité, associant les entreprises et les organisations syndicales de salariés, aboutissent à des actions ambitieuses, en lien notamment avec l’Union des industries et métiers de la métallurgie, l’UIMM, celle-ci étant en première ligne sur le sujet.

Bien entendu, toutes ces questions sont bien prises en compte dans le cadre de la réflexion sur le pacte productif.

Débat interactif

Mme la présidente. Nous allons maintenant procéder au débat interactif.

Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question, avec une réponse du Gouvernement pour une durée équivalente.

Dans le cas où l’auteur de la question souhaite répliquer, il dispose de trente secondes supplémentaires, à la condition absolue que le temps initial de deux minutes n’ait pas été dépassé.

Dans le débat interactif, la parole est à M. Bernard Buis.

M. Bernard Buis. Je tiens tout d’abord à saluer le travail qui a été réalisé par Mme la rapporteure et les différents membres de la mission d’information.

La situation périlleuse de notre industrie sidérurgique est principalement la conséquence du développement exponentiel de la concurrence étrangère. En 2017, près de 1 700 millions de tonnes étaient produites à travers le monde, dont près de la moitié en Chine. Les trois principaux pays producteurs d’aciers, tous situés en Asie – il s’agit de la Chine, du Japon et de l’Inde –, totalisent plus de 68,8 % de la production mondiale.

Pourtant, aujourd’hui, malgré plusieurs mesures anti-dumping mises en place pour renforcer la compétitivité de nos entreprises, la question reste en suspens : quid de l’avenir de l’acier français ?

La richesse de notre industrie française se concentre aujourd’hui dans le développement de nouveaux savoir-faire. J’ai donc deux questions.

La technologie peut être une issue pour notre industrie. En 2017, le sidérurgiste américain Nucor, qui représente 30 % de tout l’acier américain, avec dix-huit aciéries électriques, a aligné des performances de premier plan : un recyclage massif, un souci de l’environnement, quatre fois moins de CO2 par tonne produite que ses concurrents et des dividendes redistribués durant 180 trimestres successifs depuis 1972. Comment accompagner nos entreprises dans la restructuration de leur modèle économique ?

Par ailleurs, je pense que les préoccupations environnementales peuvent être une chance. L’acier présente quelques avantages pour le développement durable : filière sèche, faible consommation en eau, peu de déperditions énergétiques, longévité des matériaux et facilité dans la déconstruction, notamment par rapport au béton. L’acier peut même être à 100 % recyclable.

Comment, là encore, accompagner nos entreprises sidérurgiques, pour en faire des acteurs du développement durable et de l’économie circulaire ?