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Séance du 18 novembre 2020 (compte rendu intégral des débats)

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Madame la sénatrice Préville, dans le cadre de la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné annoncé par le Gouvernement le 8 septembre, l’électrolyse sera privilégiée, l’objectif étant d’atteindre une puissance installée de 6,5 gigawatts sur le territoire national d’ici à 2030.

L’un des objectifs de la stratégie est de positionner notre pays, à travers ses industriels, comme un leader mondial dans la production d’électrolyseurs performants et de bon rendement, à des coûts permettant de les diffuser largement sur les marchés de la filière hydrogène. Clairement, la stratégie nationale a vocation à favoriser l’implantation sur le territoire national de gigafactories d’électrolyseurs.

L’appel à projets Briques technologiques et démonstrateurs a ainsi vocation, entre autres, à soutenir les industriels dans leur effort d’industrialisation d’électrolyseurs made in France, du prototype au démonstrateur de grande taille.

Par ailleurs, des discussions sont en cours avec d’autres États membres pour établir des projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC). Ces projets partenariaux sont destinés à soutenir les industriels français et européens de la filière de l’hydrogène, qui ne pourront pas, sans appui de la puissance publique, investir aussi massivement que cela est nécessaire.

Le dispositif PIIEC est un mécanisme européen de soutien à la recherche et à l’innovation. Lancé en 2014, il doit favoriser des projets d’intérêt transnational dans des domaines stratégiques, comme le calcul intensif, la voiture autonome ou la nanoélectronique. Il présente l’avantage d’autoriser les pouvoirs publics à soutenir les participants au-delà du stade de la recherche, en finançant le passage des innovations à la production. Il doit contribuer de manière concrète, claire et identifiable à un ou plusieurs objectifs de l’Union européenne.

Enfin, la question de la traçabilité que vous soulevez sera traitée par une ordonnance qui sera prise sur la base de la loi relative à l’énergie et au climat et qui devrait paraître au début de l’année 2021.

Mme la présidente. La parole est à Mme Angèle Préville, pour la réplique.

Mme Angèle Préville. Je vous remercie de votre réponse, madame la secrétaire d’État, et je profite de cet instant pour remercier le groupe du RDSE d’avoir demandé l’inscription de ce débat à notre ordre du jour.

Madame la secrétaire d’État, j’attire votre attention sur un élément qui me semble important. Pour développer cette nouvelle filière de l’hydrogène, nous ne devons pas, comme cela a été fait dans le passé pour d’autres politiques publiques, privilégier une production massive. Promouvoir une consommation locale passe aussi par une production locale d’énergie. Il faudra donc installer de petites unités sur l’ensemble du territoire. Voilà pourquoi je vous ai interrogé sur la taille et le volume des électrolyseurs. La stratégie nationale devra donc aussi épauler les collectivités locales.

Mme la présidente. La parole est à M. Étienne Blanc.

M. Étienne Blanc. Madame la secrétaire d’État, nous sommes contraints, au titre des engagements de l’accord de Paris, d’aboutir d’ici à 2050 à la neutralité carbone.

On le sait, les transports représentent environ 30 % de la totalité des émissions. De nombreux pays – les États-Unis, la Chine, l’Allemagne… – investissent des sommes importantes afin d’être, eux aussi, en mesure de respecter leurs engagements.

L’industrie française n’est pas en reste, notamment en région Auvergne-Rhône-Alpes, où Air Liquide, Michelin et Plastic Omnium, notamment, investissent des sommes considérables, soit directement, soit par l’intermédiaire de leurs filiales, et les grandes régions industrielles accompagnent cette filière.

Dans ce contexte, le risque est élevé que les politiques ne soient pas ciblées. C’est pourquoi ma question porte sur les choix et les priorités du Gouvernement. Par exemple, sur quel programme de recherche allez-vous concentrer les moyens les plus significatifs ? Quelle stratégie allez-vous mettre en place pour transformer l’hydrogène gris en hydrogène vert ? À quelle filière industrielle de la mobilité allez-vous donner priorité, l’aérien, le ferroviaire ou le transport routier ? Sur laquelle de ces priorités allez-vous mobiliser les moyens européens ? La Commission européenne alloue des moyens très substantiels à la filière de l’hydrogène. Nous voudrions connaître là aussi vos priorités en ce qui concerne les partenariats européens.

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Monsieur le sénateur Blanc, vos questions sont nombreuses et je crains de manquer de temps pour y répondre…

En ce qui concerne le programme de recherche destiné à accélérer la préparation de la future génération des usages de l’hydrogène, la stratégie propose un ensemble d’outils. Il est évidemment nécessaire de poursuivre l’effort de recherche et de développement pour rester à la pointe à l’échelon international et il nous faut soutenir l’innovation en faveur de l’industrialisation. C’est pourquoi nous avons mis en place un programme prioritaire de recherche qui sera doté de 65 millions et qui sera géré par l’Agence nationale de la recherche.

Quelles filières industrielles encourager pour passer de l’hydrogène gris carboné à l’hydrogène vert décarboné ? Nous avons la conviction que, dans les années à venir, l’hydrogène produit par électrolyse sera un vecteur clé de décarbonation dans le secteur industriel, par exemple pour développer et déployer des solutions de mobilité lourde sans émission.

La stratégie nationale que je vous ai présentée dans mon intervention initiale est porteuse de grandes ambitions : développement de l’électrolyse à hauteur de 6,5 gigawatts de puissance installée d’ici à 2030 ; déploiement de flottes de véhicules lourds utilisant notamment l’hydrogène – bus, autocars, camions et véhicules de collecte des déchets – ; soutien à des projets visant à améliorer la production de composants stratégiques afin d’alimenter la chaîne d’approvisionnement des futurs véhicules en grande série ; soutien aux efforts de recherche pour les différents modes de transport – train, navire, avion. D’ailleurs, les projets qui visent à développer des solutions pour le secteur ferroviaire sont pleins de promesses.

En ce qui concerne la stratégie et les partenariats européens, des discussions sont en cours pour mettre en place des projets importants d’intérêt européen commun afin de soutenir les industriels français de la filière. Une première réunion à haut niveau a eu lieu – elle a réuni la Chancelière allemande et le Président de la République – afin d’identifier les secteurs clés et les grands axes de ces partenariats.

Mme la présidente. La parole est à M. Étienne Blanc, pour la réplique.

M. Étienne Blanc. Il est absolument essentiel pour les régions de connaître les priorités du Gouvernement parce qu’elles vont intervenir à la fois sur les programmes de recherche et sur l’accompagnement des industriels, notamment dans le cadre du plan de relance.

Connaître avec précision les priorités du Gouvernement nous permettra de combiner nos forces et d’apporter des réponses très significatives au développement de cette filière industrielle. C’est particulièrement important dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui regroupe 80 % des industries du secteur de l’hydrogène.

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Médevielle.

M. Pierre Médevielle. Madame la secrétaire d’État, les enjeux de la relance nous obligent à imaginer un avenir différent. Les plans français et européens proposent une croissance verte et l’hydrogène, dans lequel je crois depuis longtemps, y tiendra une place principale. L’État ne pourra pas réaliser seul les évolutions souhaitées.

La France a déjà raté le tournant pour certaines innovations importantes, par manque de moyens et d’ambition – je pense aux batteries au lithium. Ne commettons pas les mêmes erreurs avec l’hydrogène et allions nos forces ! Chacun doit prendre sa part. L’argent public ne sera efficace que si l’argent privé est aussi investi dans des projets d’avenir, qui sont par ailleurs coûteux. Les effets de levier seraient vertueux et cela donnerait du souffle à l’État, dont l’endettement explose.

Je vous poserai deux questions, en associant ma collègue Vanina Paoli-Gagin à la première.

Les Français ont beaucoup épargné depuis le mois de mars. Or il faut faire en sorte qu’ils puissent utiliser une partie de cette épargne, très importante en volume et placée sur des livrets A, et l’investir dans des projets d’avenir sur leur territoire.

Madame la secrétaire d’État, êtes-vous prête à permettre l’émergence de ce levier en faveur de la filière de l’hydrogène, assorti évidemment de garanties de l’État ? L’objectif est de créer une filière industrielle et des emplois non délocalisables et de déployer des infrastructures performantes dans nos territoires.

Ma seconde question s’articule autour de la notion de crowdlending, que j’ai déjà évoquée à l’occasion d’une question d’actualité au Gouvernement : il s’agit d’un moyen d’investir son épargne, via des plateformes numériques, dans des entreprises françaises, en particulier dans notre tissu de PME-TPE. Cela peut prendre la forme de financements interentreprises ou concerner des investisseurs particuliers ou des personnes morales.

Madame la secrétaire d’État, envisagez-vous de garantir et d’accompagner l’intégration de telles plateformes de financement participatif dans la stratégie hydrogène de la France ?

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Monsieur le sénateur Médevielle, je vous rejoins tout à fait sur la nécessité d’aller plus loin concernant ces nouvelles façons de s’engager dans des projets ayant du sens dans les territoires. Ces nouveaux modèles restent sans doute à conforter, pour ne pas dire à inventer.

Votre question, qui va largement au-delà du thème du développement de l’hydrogène, porte sur le sujet fondamental de l’investissement de notre épargne, à la fois dans les territoires et dans la transition écologique.

À titre d’exemple, j’évoquerai quelques initiatives prises par l’État dans ce domaine.

Afin de favoriser le financement et l’investissement participatif dans des projets d’énergie renouvelable soutenus par l’État, une participation des collectivités locales et des riverains au capital et dans la gouvernance des projets donne droit à un bonus, d’autant plus élevé que cette participation est importante.

Les personnes désireuses d’investir dans la transition écologique doivent pouvoir bénéficier d’une information objective et garantie par l’État, ainsi que d’un accompagnement. À cette fin, le ministère de la transition écologique a créé le label Greenfin afin de garantir la qualité des fonds d’investissement dans des projets écoresponsables, ce label ayant d’ores et déjà permis de drainer plus de 15 milliards d’euros.

Pour entraîner un effet de levier, l’État finance des dispositifs et des fonds d’investissement dans la transition. Ainsi, au titre du programme d’investissements d’avenir, nous avons co-investi dans des fonds finançant des projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. À cet égard, la Banque des territoires et Bpifrance sont des acteurs importants aux côtés des collectivités et des financeurs régionaux, qui sont également très investis dans la croissance verte.

Beaucoup reste à faire, mais je suis très confiante dans l’avenir de ces projets de territoire localisés, qui font sens et permettent à nos concitoyens d’avoir prise sur la transition écologique, quand l’importance du défi et des enjeux peut paralyser.

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Médevielle, pour la réplique.

M. Pierre Médevielle. Merci, madame la secrétaire d’État, de votre réponse.

Aujourd’hui, il faut aller vite et donner un coup d’accélérateur.

Lors de l’examen du projet de loi de finances rectificative 2, de nombreux investisseurs nous ont saisis, car ils souhaitaient que les garanties de l’État soient étendues aux plateformes de crowdlending autres que celles qui étaient visées, ainsi qu’à des personnes morales. De l’argent est disponible, des gens souhaitent investir. En l’occurrence, la grande distribution souhaitait investir via ces plateformes et venir en aide à ses fournisseurs. Une relation de confiance était établie.

Il faut mettre en place le même dispositif pour la filière de l’hydrogène et l’étendre au plus grand nombre de financeurs possible.

Mme la présidente. La parole est à M. Daniel Salmon.

M. Daniel Salmon. Madame la secrétaire d’État, je me suis penché avec beaucoup d’intérêt sur la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné présenté par le Gouvernement, laquelle prévoit 7 milliards d’euros pour développer la filière, ce dont je ne peux que me féliciter.

L’hydrogène est une énergie de stock et non une énergie de flux, comme l’électricité. C’est là tout son intérêt : elle peut être associée à des énergies intermittentes, comme le solaire et l’éolien.

Avec cette stratégie, nous avons une chance importante de faire de l’hydrogène un vecteur de la transition énergétique. Cependant, soyons vigilants et précis afin d’éviter les écueils de maintes politiques présentées comme étant très vertes.

Aujourd’hui, plus de 95 % de l’hydrogène produit est un hydrogène gris, c’est-à-dire produit à partir d’énergies fossiles. L’intérêt écologique de cet hydrogène pour les mobilités est donc nul, pour ne pas dire négatif. Il ne faut donc pas développer la consommation d’hydrogène sans nous être au préalable assurés qu’il pourra être produit à partir d’énergies renouvelables.

La technique de production par électrolyse est une technologie tout à fait intéressante, dès lors qu’on utilise des énergies renouvelables. Qu’en est-il du bilan écologique du process dans son ensemble ? Je pense en particulier aux électrolytes et aux piles à combustible. Quels matériaux sont employés ? D’où proviennent-ils ? Cette question porte non seulement sur le bilan écologique, mais aussi sur notre souveraineté.

Madame la secrétaire d’État, pouvez-vous vous engager à corriger le tir dans votre stratégie en la recentrant exclusivement sur la production d’hydrogène à partir d’énergies renouvelables, afin de faire réellement de la France une championne de l’énergie hydrogène verte, décarbonée et renouvelable ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Monsieur le sénateur Salmon, le ministère est très attentif aux enjeux d’approvisionnement, notamment en matériaux critiques.

Début 2019, le Gouvernement a d’ailleurs lancé les travaux du comité de pilotage chargé de l’élaboration du plan de programmation des ressources minérales de la transition bas carbone.

Les technologies d’électrolyseurs ont aujourd’hui recours à des matériaux dont la criticité est jugée faible à modérée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Ainsi, pour le nickel, utilisé dans la technologie alcaline, nous sommes approvisionnés par la Nouvelle-Calédonie, qui en est le quatrième producteur mondial. C’est aussi le cas pour le platine, pour la technologie à membrane échangeuse de protons.

Plus largement, la Commission européenne a prévu de lancer une action de surveillance pour s’assurer du bon approvisionnement des matériaux nécessaires à la production des éléments de la chaîne de valeur des technologies de l’hydrogène.

Dans le cadre du programme prioritaire de recherche lancé dans le cadre de la stratégie pour le développement de l’hydrogène, l’État pourra soutenir de la recherche plutôt en amont afin de diminuer l’utilisation de matériaux sous tension et proposer des solutions de remplacement. Il soutiendra ensuite les projets de recherche en aval, plus orientés vers la démonstration industrielle, lesquels pourront être soutenus par le volet innovation de la stratégie, dans le cadre du PIA.

En complément, je précise que de nombreux programmes de recherche visent à améliorer le taux de récupération de ces matériaux rares et des matériaux alternatifs. C’est un autre enjeu, d’économie circulaire celui-là.

Mme la présidente. La parole est à M. Daniel Salmon, pour la réplique.

M. Daniel Salmon. Je vous remercie de votre réponse, madame la secrétaire d’État. Il nous faut être très vigilants afin de préserver notre souveraineté. Nous ne devons pas dépendre, comme pour les batteries, des terres rares chinoises, entre autres.

La filière de l’hydrogène est séduisante, et il faut pousser la recherche, bien entendu, mais ne mettons pas, une fois encore, tous nos œufs dans le même panier. N’oublions pas que la sobriété et l’efficacité énergétiques sont à la base de la transition écologique.

Mme la présidente. La parole est à Mme Catherine Fournier. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

Mme Catherine Fournier. Madame la secrétaire d’État, se positionner en leader de l’énergie hydrogène est un véritable défi, en termes de compétitivité d’abord, de chaînes de fabrication ensuite. La politique de transition énergétique annoncée par le Gouvernement vise à lutter contre la pollution en décarbonant spécifiquement l’industrie.

Vous l’avez rappelé, madame la secrétaire d’État, comme certains de mes collègues, une enveloppe de 2 milliards d’euros est prévue à cet effet dans le plan de relance pour la période 2020-2022, ainsi qu’une trajectoire fixe courant jusqu’en 2030, pour un total de 7 milliards d’euros.

Comme mon collègue Daniel Salmon l’a indiqué, l’hydrogène est actuellement fabriqué à 95 % à partir d’énergies fossiles. C’est ce que l’on appelle de l’hydrogène gris. L’hydrogène que l’on doit développer est dit « vert ». Il est fabriqué par électrolyse de l’eau. Compte tenu de son mix électrique faiblement émetteur de CO2, la France dispose d’atouts pour produire cet hydrogène décarboné.

Je vous alerte cependant sur la matière première de fabrication, à savoir l’eau, qui est une ressource essentielle. Sa gestion industrielle devra être adaptée.

Il reste l’hydrogène bleu, fabriqué à partir de la technique de pyrolyse de gaz naturel, gaz essentiellement composé de méthane. Il représente une ouverture pour la gestion des déchets de l’agriculture et des centres de traitement.

L’hydrogène est un volet du plan de relance. Il s’agit de positionner la France comme championne de sa fabrication, mais ne nous voilons pas la face : devenir leader, c’est développer une stratégie agressive en matière d’innovation, de fabrication, de normalisation, de stockage et de transport. Or l’on sait que l’hydrogène vert coûtera trois à quatre fois plus cher que l’hydrogène gris. L’utilisation de cette énergie propre dans l’industrie représentera un coût supplémentaire, ce qui entraînera une hausse des coûts de production.

Pour se donner les moyens de développer cette filière vertueuse, ne faut-il pas enfin finaliser le principe de la taxation carbone aux frontières de l’Union européenne pour tous les produits importés ne répondant pas aux normes imposées en Europe ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Madame la sénatrice Fournier, votre question est double.

Elle porte tout d’abord sur la réduction de l’écart de prix entre l’hydrogène fossile et l’hydrogène décarboné pour assurer une équité de concurrence entre entreprises européennes et extraeuropéennes, sur le verdissement de notre mix ensuite.

La réduction de l’écart de prix est l’un des objectifs forts de la stratégie européenne et de la nôtre. Grâce au soutien à la R&D, à l’amélioration de la performance industrielle des voies de production de l’hydrogène décarboné, en particulier par électrolyse, et à la baisse des coûts par effet d’échelle, grâce à des électrolyseurs moins chers et à des usines d’électrolyse plus importantes, nous comptons bien réduire cet écart le plus fortement possible.

À cet égard, des perspectives de réduction bien en deçà du facteur 3 ou 4 que vous évoquez nous semblent crédibles d’ici à quelques années. Ce n’est pas une vue de l’esprit, ni même du Gouvernement. C’est le point de vue d’experts et d’industriels très impliqués dans le développement de ces filières.

En réponse au second point de votre question, il faut en effet concilier réussite de la décarbonation de nos économies, nationale et européenne, et maintien de la compétitivité, en particulier dans les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale.

Dans le cadre des discussions actuelles sur le renforcement de l’objectif européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2030, nous avons proposé de travailler opérationnellement à la mise en place d’un mécanisme dit d’ajustement carbone aux frontières. Je vous l’assure, nous sommes engagés et mobilisés en ce sens. C’est vrai que, après des années de scepticisme, voire d’opposition, de nombreux États membres considèrent aujourd’hui cette proposition très favorablement.

Nous devrions entamer en 2021, sous l’égide de la Commission européenne, l’écriture d’un texte législatif opérationnel sur une refonte du dispositif, dit ETS, de quotas d’émission de gaz à effet de serre, ce qui nous offre des perspectives assez rassurantes.

Mme la présidente. La parole est à Mme Viviane Artigalas. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

Mme Viviane Artigalas. Madame la secrétaire d’État, dès le début de la crise, j’ai appelé l’attention du Gouvernement sur la nécessité de donner, au sein du plan de relance, une forte impulsion aux transports, et singulièrement à la filière hydrogène.

Le tourisme fera partie des secteurs clés de la relance de l’économie mondiale. Comme il apparaît illusoire de vouloir cesser tout déplacement aérien dans un monde globalisé, il est indispensable de verdir les déplacements en utilisant une énergie moins polluante, comme l’hydrogène.

L’Allemagne a très vite mesuré cette urgence. Pour relancer ce secteur, elle a décidé de consacrer 9 milliards d’euros aux transports et à la filière hydrogène. Le gouvernement français a présenté sa propre stratégie pour le développement de l’hydrogène, qui prévoit 7 milliards d’euros étalés sur dix ans. Ce budget, certes non négligeable, reste néanmoins inférieur à celui de l’Allemagne.

La France en est encore au stade de l’expérimentation du train à hydrogène, tandis que l’Allemagne en est à l’utilisation. Alstom indiquait d’ailleurs, en 2019, avoir reçu 41 commandes de trains à hydrogène pour le marché allemand. Certaines régions anticipent déjà ces changements. La région Occitanie a ainsi été pionnière en matière de commandes de matériel roulant à hydrogène auprès d’Alstom pour équiper ses TER. Elle est aujourd’hui rejointe par d’autres régions.

Madame la secrétaire d’État, ma question porte sur les crédits alloués aux énergies vertes. Dans sa dernière version, le plan de relance prévoit 3,7 milliards d’euros en autorisations d’engagement et 910 millions d’euros en crédits de paiement. Ces sommes sont importantes et nous nous en réjouissons, car elles devraient permettre à la France d’être à la pointe de la production d’hydrogène renouvelable. Néanmoins, comment vont se décliner concrètement les 7 milliards d’euros du plan hydrogène ? Quels secteurs vont en bénéficier en priorité ? Pouvez-vous nous présenter l’échéancier précis de ces investissements ?

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Madame la sénatrice Artigalas, l’hydrogène constitue une piste stratégique, vous l’avez dit, pour réussir la transition vers une économie zéro carbone, en particulier dans le secteur de l’industrie et de la mobilité lourde.

En se dotant d’une stratégie hydrogène ambitieuse pour accélérer le déploiement des filières de production et d’utilisation de l’hydrogène par électrolyse, ce sont quelque 7 milliards d’euros de soutien public, d’ici à 2030, qui seront déployés. C’est une perspective, je le répète, très ambitieuse.

Avec cette stratégie d’accélération, nous adoptons une approche systémique reposant sur deux piliers. Il s’agit d’abord de développer une filière française de premier rang sur la chaîne de valeur – électrolyse, piles à combustible, composants clés, solutions de mobilité –, puis de faire émerger et de déployer sur les territoires les solutions de l’hydrogène décarboné, à hauteur de 6,5 gigawatts de puissance installée d’ici à 2030. Nous attachons une grande importance à ce maillage territorial, nous l’avons déjà dit, afin d’équilibrer les projets plus ambitieux.

Pour la mise en œuvre de cette stratégie, qui doit être rapide, nous avons d’ores et déjà publié deux appels à projets par l’intermédiaire de l’Ademe le 14 octobre : l’un dans le cadre du PIA pour les projets innovants, l’autre pour le déploiement d’écosystèmes territoriaux. Nous avons également beaucoup avancé sur la définition d’un mécanisme de soutien à la production d’hydrogène décarboné et même commencé les discussions avec la Commission européenne pour sa notification comme aide d’État en 2021.

Les budgets permettront de soutenir l’ensemble des actions et la chaîne de valeur. Nous pouvons ainsi compter, pour la recherche en amont, sur un programme prioritaire de l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour 65 millions d’euros, sur des projets importants d’intérêt européen commun à hauteur de 1,5 milliard d’euros, dont 890 millions pour les usines et 685 millions de soutien à l’exploitation pour les projets pilotes, sur une enveloppe de 350 millions d’euros pour les briques technologiques et les démonstrateurs, dans le cadre du PIA, et de 325 millions d’euros pour les volets Écosystèmes territoriaux et Mobilités avec l’Ademe.

Mme la présidente. La parole est à Mme Viviane Artigalas, pour la réplique.

Mme Viviane Artigalas. Madame la secrétaire d’État, je vous remercie de ces précisions. Compte tenu des enjeux, nos entreprises de pointe, qui peuvent beaucoup s’investir dans ce domaine, et nos collectivités ont besoin de visibilité sur ce sujet. Il faut les tenir informées très régulièrement.

Une dernière chose : l’Allemagne est déjà très avancée en la matière. Malheureusement, nous avons déjà pris un certain retard, qu’il nous faut rattraper. Nous devons devenir leaders dans cette filière, comme dans d’autres, d’ailleurs.