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Séance du 18 novembre 2020 (compte rendu intégral des débats)

Mme la présidente. La parole est à M. Guillaume Chevrollier.

M. Guillaume Chevrollier. Madame la secrétaire d’État, longtemps le mal-aimé des politiques énergétiques, l’hydrogène est aujourd’hui présenté comme un pilier majeur de la réindustrialisation et de la relance en France. Une énergie sans émission de CO2 est intéressante, à l’heure où la question de l’enfouissement du gaz carbonique fait débat.

Les régions ont saisi ces capacités de décarbonation pour l’industrie et les mobilités. Elles ont été pionnières dans le soutien à l’hydrogène et portent des projets de déploiement de solutions adaptées. Ainsi, la région des Pays de la Loire, sous l’impulsion de sa présidente, Christelle Morançais, débloquera 100 millions d’euros d’ici à 2030 pour développer l’hydrogène et en faire une filière d’excellence.

Dans les mobilités, la logistique, des projets émergent et gagnent en maturité, témoignant d’une ambition industrielle de long terme.

Je salue l’impulsion que l’État a donnée à la filière hydrogène en lui consacrant des moyens importants, à hauteur de 7 milliards d’euros.

Je vous alerte néanmoins, madame la secrétaire d’État, sur le fait que nos politiques publiques en matière d’environnement manquent souvent de stabilité et de lisibilité. Le Gouvernement avait par exemple dilué sur trois ans les engagements du plan hydrogène de Nicolas Hulot, juste après la démission de ce dernier. Nombreuses sont les filières industrielles que l’État a souhaité développer pour la transition énergétique, sans que cela aboutisse. Si les régions s’engagent, l’État doit lui aussi le faire à long terme. Le développement de l’hydrogène doit s’inscrire dans une vision d’ensemble de l’évolution du système énergétique et des usages associés.

Comment le soutien État-région va-t-il s’articuler pour le maillage des stations d’hydrogène ? Une véritable stratégie territoriale en la matière est nécessaire, et nous attendons vos réponses. Par ailleurs, quels gages êtes-vous en mesure de donner aujourd’hui pour sécuriser la filière de l’hydrogène, dans quel cadre juridique et financier ?

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Monsieur le sénateur Chevrollier, vous l’avez très bien dit, les régions et les collectivités locales sont des acteurs clés de la transition écologique. Plusieurs collectivités locales se sont d’ailleurs déjà dotées de plans hydrogène territoriaux ambitieux afin de développer des outils de soutien complémentaires des dispositifs nationaux. Certaines collectivités sont membres de France Hydrogène.

Les régions qui le souhaitent ont été invitées à aider les projets en complément du soutien de l’État, dans le cadre de l’appel à projets Écosystèmes territoriaux lancé en octobre.

En complément, nous organisons de nombreux webinaires au cours desquels sont présentées les problématiques et les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de ces projets, ainsi que des stratégies et des outils.

De plus, tant le ministère – au niveau central ou via les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) – que l’Ademe – via son siège ou ses directions régionales – ont des échanges avec plusieurs conseils régionaux et d’autres collectivités pour répondre à leurs questions et les accompagner dans leurs réponses aux appels à projets nationaux ou pour identifier des axes de collaboration sur des projets concrets.

Enfin, le volet ferroviaire est très important. L’État et plusieurs régions ont d’intenses discussions afin de finaliser le soutien à une première commande de trains à hydrogène. De belles coopérations devraient ainsi se nouer.

Mme la présidente. La parole est à M. Guillaume Chevrollier, pour la réplique.

M. Guillaume Chevrollier. Madame la secrétaire d’État, pour arriver à la neutralité carbone en 2050, l’État doit s’appuyer sur les collectivités locales pour construire une filière hydrogène française solide, dotée d’infrastructures adaptées pour produire un hydrogène décarboné et renouvelable.

Le développement de cette filière doit être un facteur de croissance, mais aussi d’espérance dans cette période compliquée.

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Michel Houllegatte. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Jean-Michel Houllegatte. Madame la secrétaire d’État, il devient vital de pouvoir stocker de l’électricité. En effet, les systèmes énergétiques éoliens ou photovoltaïques, parce que non pilotables, produisent de plus en plus une électricité intermittente, entraînant des pics de production supérieurs à la demande en consommation.

En 2020, certes du fait de la crise, la chute du marché de gros de l’énergie a conduit à plusieurs reprises à des prix négatifs. Ce phénomène risque de se reproduire en raison de la part croissante du renouvelable non pilotable dans le mix énergétique. Le stockage de l’électricité par le biais de l’hydrogène est un levier qu’il devient donc urgent d’activer, mais les performances et les capacités ne sont pas encore au rendez-vous.

Dans sa récente fiche technique, l’Ademe relève que le rendement de la chaîne de l’hydrogène est à l’heure actuelle de 23 % entre l’électricité induite dans l’électrolyseur et celle qui est restituée par la pile à combustible, alors qu’il est de 70 % pour les batteries.

Sans opposer les deux modes de stockage, cette note montre le chemin qu’il reste à parcourir. Pour relever ce défi, il faut non seulement des moyens financiers, mais aussi une organisation qui évite la dispersion et le saupoudrage des crédits, souvent ventilés entre de multiples équipes à la suite des appels à projets.

Au moment où l’Europe, notamment l’Allemagne, se dote d’une ambition, quelle organisation vous paraît la plus pertinente pour faire émerger une véritable filière et la piloter stratégiquement ? À notre sens, une telle organisation doit laisser la place à l’innovation et aux start-up, mais aussi permettre de structurer des équipes ayant la masse critique pour effectuer de véritables développements. Il faut également qu’elle permette la formation des ingénieurs et des techniciens indispensables, lesquels font aujourd’hui défaut.

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Monsieur le sénateur Houllegatte, l’échelon européen est crucial pour le développement de la filière de l’hydrogène. À cet égard, la publication de la stratégie européenne en juillet 2020 est une première étape très positive.

Celle-ci identifie la filière électrolyse comme une filière d’avenir et porte un objectif ambitieux de 40 gigawatts en 2030. L’enjeu est de construire des champions européens et de mettre en place des dispositifs de soutien pour le déploiement et l’industrialisation des solutions hydrogène.

La stratégie européenne affirme la nécessité de construire un cadre commun pour le développement de la filière.

Avec des objectifs de production d’hydrogène décarboné à hauteur de 6,5 gigawatts d’électrolyse et de 600 000 tonnes à l’horizon 2030, la stratégie nationale de la France rejoint sur de nombreux points les fondamentaux de la stratégie européenne.

Les discussions sont actuellement en cours avec d’autres États membres pour mettre en place des projets importants d’intérêt européen commun, des projets partenariaux en vue de soutenir les industriels français et européens de la filière de l’hydrogène afin de leur permettre d’investir plus massivement quand cela est nécessaire. Ces projets seront notifiés à la Commission européenne.

La première réunion a eu lieu à haut niveau entre la Chancelière allemande et le Président de la République afin d’identifier les secteurs clés de cette coopération : la production d’électrolyseurs, les composants clés et des projets de décarbonation, notamment.

Ces grands axes se traduiront également par l’émergence de projets communs entre industriels. Ceux-ci seront suivis de près par les ministères de chaque pays pour faciliter leur déploiement, en particulier en combinant des soutiens financiers européens et nationaux.

En complément, une feuille de route « recherche » a également été construite avec l’Allemagne sur l’énergie durable. Un appel à projets sur les énergies renouvelables a été lancé à la fin 2018, l’hydrogène étant identifié comme un secteur clé.

Les dispositifs français viennent en complément des dispositifs européens, notamment via l’Ademe.

Cette articulation des différents dispositifs permettra de garantir les retombées positives de ces projets pour l’ensemble des États membres et de s’assurer, notamment, qu’il n’y a pas de redondances dans les thématiques financées. Je vous rejoins donc totalement sur la nécessaire coordination dans la mise en commun de nos moyens.

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Michel Houllegatte, pour la réplique.

M. Jean-Michel Houllegatte. J’ai bien compris la nécessaire coordination à l’échelon européen, mais je m’interroge sur l’échelon national.

Quand la France s’est dotée d’une ambition nucléaire, elle a mis en place une organisation, avec, à sa tête, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Quand elle s’est dotée d’une ambition spatiale, elle a aussi mis en place, avec le Centre national d’études spatiales (CNES), une organisation capable de véritablement piloter une filière, sachant qu’il s’agit d’une filière de recherche et de formation, organisant aussi les industries, d’une certaine façon.

Alors que l’hydrogène est à la mode en ce moment, de nombreux acteurs se dispersent sur des sujets sans doute pertinents, au risque toutefois de manquer de cohérence.

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Piednoir.

M. Stéphane Piednoir. Madame la secrétaire d’État, si nous voulons inscrire l’hydrogène dans notre futur mix énergétique, il nous faut trouver le moyen de le produire de la façon la plus vertueuse possible sur le plan environnemental. Émettre 10 tonnes de CO2 par tonne d’hydrogène produite n’est évidemment plus tolérable.

Avec sa stratégie pour le développement de l’hydrogène décarboné, présentée le 8 septembre dernier, laquelle prévoit 7 milliards d’euros, la France prend enfin le chemin de la production par électrolyse, mais la question de la source d’électricité utilisée se pose de manière cruciale, car elle conditionne la couleur environnementale de l’hydrogène.

L’abandon des énergies fossiles ne peut se concevoir que si nous les remplaçons par des solutions faiblement émettrices de gaz à effet de serre. Certains pensent associer les énergies renouvelables aux électrolyseurs, mais cela ne pourra pas constituer un remède miracle, en raison de leur caractère intermittent, qui ne peut objectivement pas être occulté.

Alors, faisant fi de quelques positions dogmatiques, nous devons être pragmatiques pour atteindre nos objectifs environnementaux, en nous appuyant sur des technologies totalement maîtrisées et faiblement émettrices de CO2.

Ce débat est donc, me semble-t-il, une très bonne occasion de nous interroger sur la complémentarité entre le nucléaire et la production d’hydrogène décarboné. Je ne méconnais pas les griefs à l’encontre de l’atome, mais il devrait y avoir un consensus sur cet outil industriel, dont l’investissement est largement amorti. Par son caractère pilotable, il est un formidable atout pour équilibrer notre réseau électrique lors de fortes fluctuations de production des énergies renouvelables.

Madame la secrétaire d’État, peut-on envisager ce couplage nucléaire-hydrogène dans des délais raisonnables afin de permettre à la France de prendre le leadership dans la production et le stockage d’un hydrogène que l’on pourrait alors qualifier d’hydrogène jaune ?

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Monsieur le sénateur Piednoir, afin que l’hydrogène apporte son plein potentiel pour la décarbonation de l’économie, des usages nouveaux, comme la mobilité lourde ou la production de chaleur à haute température pour l’industrie, doivent également être soutenus, en plus du remplacement de l’hydrogène d’origine fossile utilisée aujourd’hui.

Selon le rapport de 2019 de l’Agence internationale de l’énergie, une croissance de l’hydrogène d’environ 31 % est attendue à horizon 2030 dans les secteurs de l’ammoniaque, du méthanol et de la chimie, essentiellement pour des raisons d’intérêt économique et de croissance.

La Commission européenne est convaincue qu’il est nécessaire de recourir à d’autres modes de production d’hydrogène bas carbone que la seule production d’hydrogène renouvelable, et ce principalement pour réduire rapidement les émissions des installations de production d’hydrogène existantes, et de soutenir l’adoption, en parallèle, et dans l’avenir, de l’hydrogène renouvelable.

Avec des objectifs de production d’hydrogène décarboné à hauteur de 6,5 gigawatts et 600 000 tonnes à l’horizon 2030, la stratégie nationale de la France rejoint sur de nombreux points les fondamentaux de la stratégie européenne. En ce sens, la production d’hydrogène par électrolyse fera appel aux productions d’énergie renouvelable, comme à la production bas carbone qu’offre actuellement le mix électrique français. Nous avons, pour ce faire, des objectifs et une feuille de route, à la fois dans la loi relative à l’énergie et au climat et dans la programmation pluriannuelle de l’énergie. Dans ce cadre, tout peut être imaginé.

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Piednoir, pour la réplique.

M. Stéphane Piednoir. Madame la secrétaire d’État, je n’ai pas entendu le mot « nucléaire » dans votre réponse.

« Tout peut être imaginé » : c’est votre conclusion. Je comprends par là que le nucléaire peut faire partie des potentialités.

Nous savons bien que nous n’avons pas en France suffisamment d’énergies renouvelables pour nous convertir à l’hydrogène exclusivement vert par ce seul moyen. Nous ne sommes pas la Norvège ! Nous n’avons pas ce potentiel, mais nous avons un outil industriel nucléaire entièrement à notre disposition, et qui peut être prolongé. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet dans quelque temps.

Mme la présidente. La parole est à M. Cédric Perrin.

M. Cédric Perrin. Madame la secrétaire d’État, avec 7 milliards d’euros d’ici à 2030, la France rattrape enfin son retard dans le développement de la filière hydrogène.

Permettez-moi de rappeler qu’il y a quelques mois encore, à la fin de juillet, juste avant l’interruption de nos travaux, le Gouvernement alignait seulement 100 millions d’euros en faveur de cette filière, ce qui suscitait incompréhension et consternation sur ces travées. Il semble que le Gouvernement voulait nous ménager un effet de surprise. À la bonne heure ! J’ai parfois tendance à penser que le covid-19 peut avoir du bon…

Une part très importante de cette enveloppe cible la décarbonation de l’industrie et la production d’hydrogène. Je m’en réjouis, mais pour bien développer l’économie de l’hydrogène et préserver notre souveraineté, il faut parvenir à faire émerger simultanément ses usages. Ce plan de relance doit aussi être l’occasion de les diversifier.

Madame la secrétaire d’État, vous aurez compris que ma question porte sur les moyens et dispositifs mis en œuvre par la France pour rester dans la course de la mobilité hydrogène.

Si l’amont, c’est-à-dire sa production, semble aujourd’hui constituer une priorité du Gouvernement, qu’en est-il de l’aval, c’est-à-dire de l’industrialisation de cette filière et de la massification des projets et des usages ?

Plusieurs projets sont portés aujourd’hui par de petites structures à l’échelle locale, mais c’est loin d’être suffisant pour générer une demande à la hauteur de l’offre qui existera dans quelques années. Si la demande n’émerge pas en France, l’offre sera bel et bien présente, mais elle viendra de l’étranger.

Il faut soutenir l’émergence d’une filière industrielle française, sans reproduire les erreurs commises dans le passé pour les batteries ou les panneaux solaires. Des milliers d’emplois en dépendent, notamment dans le secteur automobile.

Quelles initiatives, ou mesures, l’Europe et le Gouvernement prennent-ils pour stimuler cette filière, qui pourrait permettre la réindustrialisation des territoires oubliés ? Je pense notamment à de possibles souplesses administratives, qui rendraient le cadre réglementaire plus incitatif, mais aussi à des mécanismes de soutien public, ou encore à une taxation du carbone aux frontières européennes, de manière à rendre plus compétitif l’hydrogène face aux hydrocarbures. Des discussions sont-elles engagées entre le Gouvernement et la Commission européenne ?

En présentant le plan hydrogène, au début de septembre, Bruno Le Maire expliquait que le déclassement français, c’était le renoncement des élites. Alors, madame la secrétaire d’État, ne renoncez ni à la production d’hydrogène ni à ses usages, car ils sont indissociables !

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Monsieur le sénateur Perrin, nous avons effectivement évoqué le soutien à l’investissement et au fonctionnement de la filière, ainsi que les démarches de recherche et développement visant à accompagner la production d’hydrogène décarboné.

Aujourd’hui, par ce soutien à la recherche et au développement, ainsi que par l’amélioration de la performance industrielle des voies de production de l’hydrogène décarboné, en particulier par électrolyse, nous visons une baisse des coûts induite par des effets d’échelle.

Notre objectif est fort ; il sera atteint par cette baisse des coûts résultant d’effets d’échelle. Ainsi, le coût des électrolyseurs devrait diminuer et les usines d’électrolyse devenir plus importantes. Nous comptons bien réduire cet écart le plus rapidement possible.

Il s’agit, comme vous l’avez dit, de concilier la réussite de la décarbonation de notre industrie nationale et européenne avec le maintien de notre compétitivité dans les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale. Notre responsabilité est de travailler main dans la main avec nos partenaires européens afin que cette démarche, loin d’être une course à la réussite et au leadership, traduise une cohérence entre nos investissements respectifs et les plans mis en œuvre. Ainsi, on parviendra à une compétitivité commune.

Mme la présidente. La parole est à Mme Agnès Canayer.

Mme Agnès Canayer. Madame la secrétaire d’État, filière d’avenir et alternative sérieuse aux énergies fossiles, l’hydrogène se situe à un moment stratégique de son développement, qui nécessite l’engagement de tous pour renforcer la dynamique.

À cet égard, la place des territoires est essentielle. Il faut construire au plus vite un écosystème territorial performant pour ne pas risquer, comme nous l’avons malheureusement subi dans d’autres secteurs, la perte de notre indépendance, avec les conséquences douloureuses que cela emporte.

En 2020, le Président de la République s’est engagé à mettre en place un plan de relance massif axé sur des secteurs d’avenir et sur les compétences, afin de bâtir notre souveraineté industrielle et écologique. Cette ambition s’est traduite par la présentation de la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné en France.

En Seine-Maritime, tout au long de la vallée de la Seine, premier pôle industriel et logistique de France, de nombreuses initiatives sont prises, notamment sur le territoire de l’intercommunalité Caux Seine Agglo. On peut citer l’étude Deplhy – déploiement de l’hydrogène en vallée de Seine –, qui cartographie l’ensemble des acteurs et des besoins actuels dans l’industrie et les mobilités lourdes ; le projet Cryocap d’Air Liquide, installation industrielle unique, à Port-Jérôme-sur-Seine ; ou encore le projet de l’entreprise H2V d’implanter une usine de production industrielle massive d’hydrogène vert par électrolyse de l’eau en 2022.

Vous le voyez, madame la secrétaire d’État : les initiatives sont nombreuses dans les territoires et les élus locaux les accompagnent. Elles portent l’espoir de cette politique industrielle nouvelle et souveraine pour notre pays, tant dans la production d’électricité et les réseaux d’alimentation que pour les mobilités.

Cela dit, il faut accompagner financièrement les territoires et les doter des compétences qui permettront d’étendre notre souveraineté énergétique.

Je souhaiterais donc savoir, madame la secrétaire d’État, ce que le Gouvernement entend faire pour accompagner les collectivités qui portent des projets de territoire au plus près des réalités locales. Comment comptez-vous favoriser ces prises d’initiative et inciter les élus locaux à s’emparer de ce sujet ?

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Madame la sénatrice Canayer, la stratégie que nous déployons aujourd’hui s’appuie effectivement sur un développement systémique de l’offre et de la demande.

Nous soutenons d’ores et déjà le développement d’une filière industrielle française de premier rang à l’échelle européenne, voire mondiale, sur la chaîne de valeur de l’hydrogène, de la production aux usages finaux et de la recherche-développement à l’industrialisation. L’émergence et le déploiement dans les territoires de l’hydrogène décarboné devront permettre, à l’horizon 2050, d’atteindre une décarbonation totale.

L’appel à projets Écosystèmes territoriaux qui a été lancé par l’Ademe le 14 octobre vise à soutenir dans les territoires le déploiement de projets importants d’infrastructures de production et de distribution d’hydrogène décarboné au regard des usages d’applications industrielles et de mobilité, permettant un passage à l’échelle sur le territoire national.

L’Ademe et le ministère de la transition écologique et solidaire, via la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et les Dreal, ont noué des relations depuis plusieurs années avec les collectivités locales, en particulier les conseils régionaux, d’abord au travers des projets aidés par le premier plan hydrogène, à présent en déployant cette nouvelle stratégie.

Nous persévérerons dans cette optique de partenariat, en diffusant l’information adéquate sur la stratégie et les outils de soutien, qu’il faut mettre à l’épreuve du réel, et en échangeant avec les territoires, de manière à prendre en compte un éventuel besoin de réajustement de nos actions par un retour d’expérience des acteurs sur le déploiement de la filière. Il nous faut poursuivre ces échanges pour aider à accompagner le montage des projets et, le cas échéant, monter des cofinancements permettant de bénéficier pleinement de ces partenariats.

Mme la présidente. La parole est à M. Didier Mandelli.

M. Didier Mandelli. Madame la secrétaire d’État, la France s’est fixé l’objectif ambitieux et nécessaire d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 ; cela a été déjà maintes fois rappelé par les orateurs qui m’ont précédé : il est toujours difficile d’être le seizième !

Pour parvenir à cette neutralité, l’hydrogène décarboné représente une véritable occasion d’accélérer la transition écologique tout en assurant l’indépendance énergétique de la France.

Le 9 septembre dernier, le Gouvernement a présenté la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné. Un investissement de 7 milliards d’euros d’ici à 2030 est prévu, une enveloppe de 2 milliards d’euros étant déjà disponible dans le cadre du plan de relance. Nous ne pouvons que saluer ces financements indispensables pour accompagner les acteurs de l’hydrogène, car les besoins sont importants pour toutes les formes de mobilité, de l’avion développé par Airbus aux navires et aux véhicules lourds de transport de marchandises, en passant par les trains qu’Alstom construit et qui circulent déjà en Allemagne.

Des projets ambitieux voient le jour en France. En Vendée, l’entreprise Lhyfe, avec « hy » comme dans « hydrogène », a démarré un programme de construction de deux bâtiments dédiés à la production d’hydrogène vert par électrolyse et à la recherche-développement en matière de production d’hydrogène offshore grâce à un parc éolien en mer ; ce programme reçoit un fort soutien des collectivités locales. Ce sera le premier site français connecté à une source d’énergie renouvelable, en l’occurrence éolienne. Au printemps 2021, il fournira entre 300 kilos et une tonne d’hydrogène destiné aux besoins quotidiens de mobilité, auxquels je sais que vous êtes sensible, madame la secrétaire d’État, comme j’ai pu le mesurer quand vous étiez rapporteure pour l’Assemblée nationale de la loi d’orientation des mobilités.

Ces projets précurseurs, devenus réalité, doivent permettre de faire de la France un champion de l’hydrogène et de répondre ainsi à la question qui est le thème de notre débat aujourd’hui. Seront-ils soutenus, et à quel niveau ? Ces projets ont anticipé la tendance actuelle ; ils sont précurseurs et intègrent de fait les programmes d’aide tels qu’ils sont définis aujourd’hui.

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d’État.

Mme Bérangère Abba, secrétaire dÉtat auprès de la ministre de la transition écologique, chargée de la biodiversité. Monsieur le sénateur Mandelli, je me réjouis de vous retrouver sur des questions ayant trait à la mobilité verte.

Un appel à projets de l’Ademe visant à développer des écosystèmes territoriaux de l’hydrogène a été lancé le 14 octobre dernier. Il doit permettre d’offrir des financements à hauteur de 275 millions d’euros, via des subventions issues des crédits du ministère de la transition écologique et solidaire. Ainsi, on soutiendra et on accompagnera des investissements dans la production et la distribution d’hydrogène décarboné par des technologies ayant déjà fait l’objet de démonstrations et de premiers prédéploiements. Il s’agira prioritairement de projets orientés vers des usages industriels et la mobilité lourde, notamment dans le domaine des services publics et des transports lourds, collectifs ou de marchandises.

Pour ce faire, des consortiums réunissant des autorités locales et des entreprises industrielles doivent travailler ensemble sur une même zone afin de créer ces écosystèmes à grande échelle, qui favorisent par ailleurs les économies d’échelle. Mes services ont déjà eu l’occasion d’effectuer une première présentation de la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné devant l’Association des régions de France, de manière à faire de celle-ci un relais de cette politique. Une nouvelle présentation aura lieu vendredi prochain, dans l’objectif d’expliquer ces enjeux et les moyens mis en œuvre pour développer la filière de l’hydrogène.

Comme je l’ai indiqué précédemment, nous avons également une action territorialisée : le ministère de la transition écologique et solidaire la mène au travers des Dreal, l’Ademe au travers de ses directions régionales, qui restent en lien étroit avec les collectivités pour accompagner ces projets.

Je pense notamment au projet du Port du Bec, porté par l’entreprise Lhyfe, qui vise à produire de l’hydrogène renouvelable à partir d’éoliennes et d’eau de mer. Cette entreprise a d’ailleurs obtenu de Bpifrance un soutien en tant que producteur d’hydrogène renouvelable.

L’émergence de projets d’électrolyse raccordés directement à des installations d’énergie renouvelable est importante pour étudier les possibilités offertes par ce stockage de l’énergie. Toutefois, cette solution génère de l’hydrogène à un coût qui demeure plus élevé que celui de l’hydrogène produit par le mix électrique français. Le rapport publié par Réseau de transport d’électricité (RTE) sur l’hydrogène a montré que le système électrique n’aura pas besoin de stockage avant l’horizon 2035 à l’échelle de la France métropolitaine. Ce marché est tout de même plus mature dans les pays voisins, où de telles solutions seront toujours nécessaires.

La stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné vise donc à retrouver un équilibre entre le soutien aux projets particulièrement innovants, dans le cadre des guichets d’innovation, et le soutien au déploiement de solutions plus matures, qui peuvent trouver des débouchés industriels rapides à un coût pour les finances publiques qui soit raisonnable et acceptable par tous.