Allez au contenu, Allez à la navigation

Séance du 17 décembre 2020 (compte rendu intégral des débats)

compte rendu intégral

Présidence de M. Gérard Larcher

Secrétaires :

Mme Esther Benbassa,

Mme Jacqueline Eustache-Brinio.

M. le président. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à dix heures trente.)

1

Procès-verbal

M. le président. Le compte rendu analytique de la précédente séance a été distribué.

Il n’y a pas d’observation ?…

Le procès-verbal est adopté sous les réserves d’usage.

2

Place de la stratégie vaccinale dans le dispositif de lutte contre l’épidémie de covid-19

Déclaration du Gouvernement suivie d’un débat

M. le président. L’ordre du jour appelle une déclaration du Gouvernement, suivie d’un débat, sur la place de la stratégie vaccinale dans le dispositif de lutte contre l’épidémie de covid-19, en application de l’article 50-1 de la Constitution.

Mes chers collègues, le Premier ministre, avec lequel je me suis entretenu au téléphone, m’a informé qu’il était susceptible d’être cas contact du covid-19. De ce fait, par précaution, il s’isole et ne pourra être présent ce matin parmi nous.

Il m’a demandé de l’excuser, ce que je n’ai nul besoin de faire, puisqu’il applique à lui-même les règles que nous demandons à nos concitoyens de respecter en de telles circonstances. Je lui souhaite le meilleur.

La parole est à M. le ministre.

M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé. Mesdames, messieurs les sénateurs, il me revient en effet de m’exprimer ce matin devant vous en raison du motif évoqué par le président Larcher : le Premier ministre est susceptible d’être cas contact du covid-19. J’ajoute que l’Élysée vient d’annoncer que le Président de la République a été diagnostiqué positif au coronavirus. Permettez-moi, par conséquent, de commencer mon intervention en ayant une pensée particulière à leur égard.

Vous le savez, notre pays affronte la pire crise sanitaire qu’il ait connue depuis un siècle. Loin de perdre en intensité, le virus continue à progresser. La situation sanitaire reste préoccupante, et nous avons atteint depuis une dizaine de jours un plateau, qui se situe malheureusement à un niveau ne permettant pas encore de garantir une pleine maîtrise de la circulation virale, alors même que les fêtes de fin d’année approchent.

La deuxième vague n’est pas derrière nous. Aussi, la prudence et la vigilance devront rester de mise pendant de longues semaines encore.

L’arrivée du vaccin et le lancement dans notre pays de la campagne vaccinale dans les toutes prochaines semaines constituent cependant un grand motif d’espoir. Le Gouvernement a souhaité préciser au Parlement les fondements de notre stratégie vaccinale et ses modalités de mise en œuvre, mais aussi la façon dont il l’intègre à son dispositif global de lutte contre le virus.

Il est essentiel que nous puissions, ensemble, engager un débat constructif sur ce sujet. C’est la raison pour laquelle, au-delà de cette séance, un cadre de dialogue pérenne a été installé, avec la mise en place d’un comité permanent comprenant les présidents de chacune des assemblées et les présidents de l’ensemble des groupes parlementaires.

Comme je le disais, l’arrivée du vaccin est une étape très importante. Elle peut offrir la solution à même de protéger durablement de ce virus la population française, et même la population mondiale. Nous l’espérons tous.

Je sais que nous serons collectivement à la hauteur. Depuis le début de cette crise sanitaire, le Sénat a été une force motrice. Les territoires, les collectivités territoriales, les élus locaux ont, eux aussi, été en première ligne face à la détresse de nos concitoyens.

Dès le printemps dernier, la France a pris l’initiative de demander la création d’une task force européenne capable de constituer une seule force d’achat, de façon à peser dans les négociations et à éviter une compétition nécessairement contre-productive entre les pays européens.

Aujourd’hui, les résultats sont là : nous avons précommandé près de deux cents millions de doses, permettant de vacciner jusqu’à cent millions de personnes. En effet, vous le savez, la plupart des vaccins exigent deux injections.

À ce stade, les vaccins les plus avancés sont ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna. D’autres vaccins se situent en phase 3 des essais cliniques et pourraient être disponibles dans les mois qui viennent.

La stratégie vaccinale n’a pas été construite ex nihilo. Elle s’appuie sur les recommandations de la Haute Autorité de santé, la HAS, relatives à la stratégie visant à fixer les priorités quant aux populations à vacciner contre le covid. Elle comporte plusieurs étapes, dont la prochaine doit commencer très prochainement.

Comme l’a indiqué le Premier ministre hier, nous espérons réaliser les premières vaccinations d’ici à la fin du mois de décembre, peu de temps après Noël, si les avis des autorités sanitaires indépendantes nous le permettent. Le démarrage de cette campagne vaccinale s’inscrira dans un cadre européen de coopération.

Cette première étape vise un public dont nous savons qu’il est prioritaire parce qu’il est plus vulnérable, plus fragile et plus exposé face à la maladie : les personnes âgées qui vivent en hébergement collectif, que ce soit dans les Ehpad, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, les résidences services, les résidences seniors ou les unités de soins de longue durée à l’hôpital.

Protéger nos aînés qui sont en perte d’autonomie, c’est aussi sauvegarder les femmes et les hommes qui prennent soin d’eux, lorsqu’ils présentent eux-mêmes un risque au regard de la maladie, que ce soit du fait de leur âge ou de la présence d’une comorbidité. À ce stade, la Haute Autorité de santé recommande donc de vacciner tous les soignants des établissements dont je viens de parler qui ont plus de 65 ans ou qui présentent une comorbidité.

Des précisions seront fournies dans un avis complémentaire de la HAS sur les autres structures qui accueillent des personnes âgées et qui, sans être spécialisées dans l’accueil de ces dernières, pourraient également être concernées par cette première étape.

La population en question compte environ un million de personnes, ce qui montre bien le très grand défi que nous devons relever.

Cette première étape sera décisive, mais les personnels des établissements pour personnes âgées ne seront pas seuls pour la franchir – je m’y engage. Ils seront informés à l’avance et les Agences régionales de santé, les ARS, se tiendront à leurs côtés pour que l’approvisionnement se déroule dans les meilleures conditions. Nous les accompagnerons, comme nous le faisons déjà – c’est ce à quoi s’attache la ministre déléguée chargée de l’autonomie, Brigitte Bourguignon.

Pour cette étape, nous avons fait un choix essentiel, que j’assume pleinement, celui de l’information claire, loyale et appropriée. Nous devrons nous assurer que cette information aura été correctement donnée aux personnes susceptibles d’être vaccinées et que le consentement de ces personnes aura été recueilli.

Si une personne, notamment en Ehpad, n’est pas suffisamment autonome pour exprimer clairement son consentement, nous demanderons aux équipes soignantes de ces établissements de rechercher le consentement de la famille. Cela prendra forcément un peu de temps, chacun peut le comprendre.

Dès que nous aurons les recommandations de vaccination, une instruction sera envoyée à l’ensemble des directeurs des établissements pour personnes âgées – il y en a plus de dix mille – pour leur demander de commencer, dans des délais raisonnables, le recueil du consentement et la consultation médicale prévaccinale.

Ainsi, aucune personne ne se verra injecter un vaccin sans ces trois éléments : premièrement, avoir bénéficié d’un check-up médical permettant de vérifier qu’il n’y a pas de contre-indication ; deuxièmement, avoir été clairement informé ; troisièmement, avoir donné son consentement.

Personne ne se verra imposer la vaccination ni dans les Ehpad ni ailleurs dans le pays. C’est le choix que nous avons fait. Ce n’est pas forcément celui qui a été fait dans tous les pays, mais nous l’assumons, et je suis certain que vous y serez sensibles.

La deuxième étape de la vaccination dépendra évidemment du rythme de livraison des différents vaccins. Nous savons que certains laboratoires ont pris du retard par rapport au programme qu’ils avaient envisagé, notamment pour aller au bout de la phase 3 des essais cliniques.

En fonction de l’arrivée des doses de vaccin, nous élargirons progressivement le public pouvant bénéficier en priorité de la vaccination. Les choses se dérouleront en médecine de ville, en lien direct avec les médecins traitants et les autres soignants et avec l’appui, fondamental, des pharmaciens.

Cette étape concernera tout d’abord les personnes âgées de 75 ans et plus, puis celles de 65 ans et plus, ensuite les professionnels de santé du secteur sanitaire et médico-social âgés de 50 ans et plus et/ou présentant des comorbidités.

Après l’hiver, viendra le printemps. Nous entrerons alors dans une troisième étape, en élargissant le public bénéficiaire de la vaccination à l’ensemble de la population majeure.

Les choses se feront progressivement : les personnes âgées de 50 ans et plus, les professionnels des secteurs essentiels au fonctionnement du pays en période épidémique – la sécurité, l’éducation ou encore l’alimentation –, les personnes vulnérables et précaires, ainsi que les professionnels qui les prennent en charge, les personnes vivant dans des hébergements confinés ou des lieux clos, puis le reste de la population majeure.

Pourquoi vacciner prioritairement une personne de 70 ans résidant en Ehpad, plutôt que quelqu’un de 90 ans qui est resté à domicile ? J’entends parfois cette question et je souhaite lever toute incompréhension.

La raison de cette différence est fournie par la Haute Autorité de santé, qui estime que le risque est plus élevé dans un hébergement collectif. Nous savons maintenant par l’expérience et le recul que, lorsque le virus réussit à entrer dans un hébergement réunissant de nombreuses personnes fragiles, parfois une centaine, il touche beaucoup de résidents, et le nombre de morts est élevé. Voilà pourquoi nous donnons la priorité aux hébergements collectifs.

Mesdames, messieurs les sénateurs, nous sommes bel et bien entrés dans l’organisation de la campagne vaccinale. C’est une véritable épreuve logistique, tant l’échelle est sans comparaison avec nos habitudes en la matière.

Nous commencerons cette campagne en utilisant le premier vaccin mis à notre disposition, le fameux Pfizer-BioNTech, sous réserve de l’obtention de l’autorisation européenne de mise sur le marché, qui devrait intervenir le 21 décembre, si tout se passe bien.

Après cette autorisation de mise sur le marché, la Commission européenne rendra un avis – ce sera probablement le 23 décembre –, puis le comité technique de la vaccination de la Haute Autorité de santé pourrait fournir un avis pour la France entre le 24 et le 27 décembre. Nous commencerons alors sans délai la campagne vaccinale.

La Haute Autorité de santé précisera les indications et les contre-indications, individuelles et collectives, en fonction des données scientifiques à sa disposition.

Je souhaite d’ailleurs préciser à ce stade de notre débat que ce n’est pas le Gouvernement qui met au point le vaccin, pas plus qu’il n’aurait, comme on peut le lire sur certains réseaux sociaux, créé ce virus…

Ce n’est pas le Gouvernement qui détermine la cible vaccinale ou qui choisit un vaccin plutôt qu’un autre. Notre rôle, mesdames, messieurs les sénateurs, c’est de faire en sorte que les choses se passent bien et en conformité avec les données factuelles et éclairées issues de la science. Notre objectif, c’est de donner le bon vaccin au bon patient au bon endroit et au bon moment !

La chaîne logistique est monumentale pour le vaccin Pfizer, et je veux vous en dire quelques mots.

Elle est monumentale, parce que ce vaccin doit être conservé à –80 degrés Celsius. Je souhaite remercier l’ensemble des personnes, notamment les responsables de collectivités locales ou de laboratoires vétérinaires, qui nous ont informés qu’ils disposaient de moyens de stockage de cette nature ; je pense par exemple au directeur du port de Sète, Jean-Claude Gayssot.

Toutefois, en réalité, il ne suffit pas de stocker ce vaccin dans un congélateur à –80 degrés Celsius. Il faut aussi que le congélateur en question soit qualifié, calibré, équipé, sécurisé et doté de son propre système d’information, pour que nous soyons certains que la chaîne du froid ne soit jamais interrompue.

Le vaccin Pfizer-BioNTech est composé de ce qu’on appelle des brins d’ARN messager, qui sont extrêmement fragiles et sensibles aux variations de température et au transport, à telle enseigne que, une fois le produit décongelé, nous ne disposons que de douze heures pour le transporter, faute de quoi les brins d’ARN messager pourraient être abîmés et le vaccin moins efficace.

Nous devons donc conserver ce vaccin à –80 degrés Celsius dans des conditions de sécurité absolument drastiques : je le répète, une fois décongelé, le vaccin ne peut être transporté plus de douze heures et nous ne disposons que de cinq jours pour l’administrer. Or cette chaîne logistique comprend naturellement plusieurs étapes : centre de stockage, pharmacie, établissement, etc.

La contrainte est d’autant plus importante que nous devons planifier la première étape de vaccination sur plus de dix mille sites, comme je le disais tout à l’heure.

Pour relever ce défi, nous avons fait le choix de la compétence et de la connaissance, en nous appuyant sur les pharmaciens et les circuits logistiques de transport de médicaments sensibles et en renforçant encore la sécurisation de toutes les étapes, partout où cela faisait sens.

Comme je le disais, le vaccin de Pfizer-BioNTech doit être administré en deux injections pour être pleinement efficace. Une consultation prévaccinale et le recueil du consentement précèderont la première injection et la seconde interviendra entre dix-huit et vingt-trois jours après.

Lors du premier passage dans un Ehpad, il est possible que certaines personnes ne puissent pas ou ne veuillent pas être vaccinées. Si les circonstances évoluent ou qu’elles changent d’avis, par exemple si le recul leur permet d’être rassurées, elles pourront être vaccinées lors du deuxième passage, si bien qu’un troisième passage sera peut-être nécessaire pour injecter à ces dernières personnes une seconde injection. Ce simple exemple montre bien les difficultés logistiques de cette campagne vaccinale.

Pour éclairer le débat et renforcer la confiance, nous avons une responsabilité collective : nous devons bien sûr balayer toutes les contre-vérités qui se font jour ici ou là, mais nous devons aussi apporter une information claire, loyale et appropriée – c’est l’expression que nous utilisons en médecine –, pour que chacun puisse saisir pleinement les enjeux de cette vaccination.

À ce stade, que savons-nous et qu’ignorons-nous sur le vaccin Pfizer-BioNTech ? Il est issu d’une start-up allemande, qui a conclu un partenariat avec un groupe pharmaceutique américain pour pouvoir produire plus massivement dans le monde. Le site de production des vaccins qui seront distribués aux Français est situé en Belgique, donc pas très loin de chez nous.

Je le disais, c’est un vaccin à ARN messager : cette méthode de vaccination est assez innovante, et nous espérons qu’elle pourra également être utilisée à l’avenir pour des traitements contre le cancer.

L’ARN messager est comme une petite partition qui entre dans la cellule et qui est traduite en une ou plusieurs protéines, sans qu’il s’agisse de reconstituer le virus. Ces protéines permettent d’engager une réaction et de sensibiliser les cellules du système immunitaire et sont ensuite détruites. Il reste uniquement une mémoire immunitaire : si, à un moment donné, le virus tape à la porte d’une cellule, le système immunitaire, qui est alors équipé pour cela, le reconnaît comme un intrus et l’empêche d’entrer. Voilà le mécanisme de ce vaccin.

Les études dont nous disposons actuellement montrent que ce vaccin protège les cellules des poumons, ce qui est un élément important, puisque les cas graves de la maladie, ceux qui mènent les patients en réanimation, sont des formes pulmonaires, respiratoires, très sévères. (M. Alain Milon acquiesce.)

En revanche, nous ne savons pas s’il protège les muqueuses nasales ou oropharyngées ; nous ne savons donc pas si les gens peuvent quand même être contaminés, développer des formes légères et éventuellement transmettre le virus.

Nous n’avons pas encore suffisamment d’informations pour cela ; nous les aurons bientôt, et nous espérons évidemment que cette efficacité existera, ce qui serait formidable. En effet, la protection des poumons assure une protection individuelle contre les formes graves, tandis que la protection contre l’invasion nasale fournit une protection non seulement individuelle, mais aussi collective, ce qui nous situerait évidemment dans une autre dynamique.

Sur la base des données scientifiques actuelles, nous ne savons donc pas s’il est intéressant, pour limiter la transmission, de vacciner des gens qui seraient potentiellement contagieux.

En revanche, il est intéressant de vacciner des gens qui sont susceptibles de développer des formes graves, donc des personnes âgées vivant en établissement collectif. Voilà ce que nous disent à ce stade les études scientifiques françaises et internationales qui ont été publiées, et c’est une chance extraordinaire.

J’entends dire parfois que le vaccin a été développé trop vite. Cela me fait penser au film Amadeus sur la vie de Mozart, en particulier à la scène où l’empereur d’Autriche apprécie une composition absolument magnifique de Mozart tout en trouvant qu’elle a trop de notes… Je ne me souviens plus de quelle partition il s’agissait, veuillez m’en excuser.

M. Julien Bargeton. C’est LEnlèvement au sérail ! (Exclamations admiratives.)

M. Olivier Véran, ministre. On ne découvre pas un traitement trop vite ! Avoir une recherche suffisamment efficace pour identifier dans des délais extrêmement courts des traitements et des vaccins pouvant sauver des vies est plutôt une chance pour la santé des populations.

En tant que neurologue, j’ai fait face à des maladies qui pouvaient être redoutables et pour lesquelles on manque de traitements. Quand ceux-ci arrivent, on ne demande pas si c’est trop tôt ! On se demande simplement si les études scientifiques attestent de son efficacité et de sa sûreté ; si tel est le cas, il protège des patients, ce qui est évidemment une chance.

Comme je le disais hier à l’Assemblée nationale, la science et la médecine sont des choses magnifiques ; nous devons les célébrer, non en avoir peur.

Je sais que c’est un combat, et je le dis en présence de Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. C’est un combat que vous devez mener avec nous, le combat pour la confiance dans la science et le progrès, ce qui va bien au-delà, il est vrai, de la question de la vaccination.

Je le disais, la connaissance et l’information sont des données absolument essentielles dans cette période. Nous nous appuyons sur les compétences du professeur d’immunologie Alain Fischer, qui est une personnalité éminente du monde de la médecine et qui travaille de manière indépendante. Il est notamment chargé de relayer les informations qui lui semblent importantes.

Je le répète, un check-up médical aura lieu avant la vaccination pour vérifier que la personne n’est pas malade ; il faudra notamment vérifier la présence ou l’absence de fièvre, l’un des symptômes. Une surveillance médicale aura lieu dans les jours qui suivent l’injection vaccinale, et une seconde dose sera administrée trois semaines plus tard.

Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, permettez-moi, pour conclure, de mettre l’accent sur notre méthode. Le mot « méthode » vient des mots grecs metá et odós, ce qui signifie, littéralement, « au-dessus du chemin ».

La première balise du schéma que nous allons suivre est celle de la mobilisation générale. C’est un défi, je l’ai dit, mais ce n’en est pas seulement un pour le Gouvernement ; c’est aussi un défi collectif, pour la Nation tout entière. C’est d’ailleurs le sens de ce débat devant la représentation nationale.

Pour surmonter ce défi, le Gouvernement n’entend pas travailler seul, et nous avons organisé des réunions hebdomadaires de suivi avec l’ensemble des parties prenantes.

Ainsi, je réunis toutes les semaines les représentants des professionnels de santé – les ordres, les syndicats, etc. –, au sein du comité des professions de santé. En effet, ce sont les soignants qui seront en première ligne, et nous leur faisons confiance ; de toute façon, jamais une campagne de vaccination n’a fonctionné dans notre pays sans que les soignants soient impliqués en première ligne. Et c’est en eux que les Français ont confiance.

Nous réunissons évidemment les représentants des fédérations hospitalières et des conférences de directeurs et de présidents des commissions médicales d’établissement. La semaine dernière, j’ai réuni en visioconférence, pendant plus d’une heure, près de vingt mille médecins, libéraux et hospitaliers, pour échanger à bâtons rompus sur la vaccination et ses enjeux.

Brigitte Bourguignon réunit très régulièrement l’ensemble des acteurs du monde médico-social. Organiser, pendant la période des fêtes, une consultation médicale et le recueil du consentement des résidents et tout mettre en place pour être prêt au moment où les vaccins arriveront dans les établissements constitue, pour eux aussi, un énorme défi.

Je vous le dis sans ambages, je ne crois pas que nous pourrons créer l’adhésion des Français sur la vaccination – vous savez combien nos concitoyens sont exigeants sur ce sujet – sans nous appuyer sur les communautés médicales, paramédicales et scientifiques.

Toutefois, je sais aussi que nous serions peu de chose sans les élus locaux. C’est pourquoi je réunis un comité des élus tous les quinze jours, pour partager toutes les informations et associer pleinement les collectivités au déploiement de notre stratégie.

Nous devons nous appuyer sur leur connaissance fine des territoires, sur les ressources dont ils disposent et sur la confiance et l’adhésion de la population envers eux. Les collectivités territoriales travaillent main dans la main avec les Agences régionales de santé et les préfectures ; elles ont un rôle essentiel à jouer dans la campagne de vaccination, dès la première étape, et plus encore pour les suivantes.

Il y a quelques jours, je réunissais les représentants de l’Association des maires de France, l’AMF, de l’Assemblée des départements de France, l’ADF, de Régions de France et de France urbaine. Je note d’ailleurs que nos relations sont au beau fixe, si je puis me permettre cette expression, et je remercie ces associations de leur communication positive à l’égard des consultations que nous avons mises en place.

Les collectivités disposent de nombreux moyens pour nous prêter main-forte dans cette campagne de vaccination, par exemple en mettant des ressources à notre disposition ou en nous permettant de toucher plus facilement des personnes isolées, que ce soit en ville ou à la campagne.

Vous le savez, les ressources médicales sont parfois rares, en particulier dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville ou dans les territoires reculés. Qui d’autre que le maire, le centre communal d’action sociale ou les associations locales, aidées par l’expérience des canicules, pour identifier correctement l’ensemble des personnes âgées qui n’iraient pas d’elles-mêmes vers nous ? C’est la base même de notre démarche du « aller vers ».

En outre, lorsque nous vaccinerons la population générale, certains élus auront peut-être à cœur de mettre à la disposition des médecins, des infirmiers et des pharmaciens de petits locaux adaptés – personnellement, je ne crois pas aux immenses vaccinodromes… –, qui pourront devenir des centres de vaccination. Faire venir les personnes dans ces centres sera peut-être plus efficace et augmentera la confiance dans cette campagne. Vous l’aurez compris, la confiance est un élément très important !

Le Gouvernement a aussi saisi le Conseil économique, social et environnemental, le CESE, pour mettre en place un collectif de citoyens chargé d’émettre des observations et de formuler des recommandations sur la politique conduite.

Enfin, puisque j’ai parlé de mobilisation générale, je ne peux pas ne pas évoquer la coordination européenne qui a marqué ces dernières semaines.

Je le dis devant Clément Beaune, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé des affaires européennes : il ne ménage pas ses efforts, depuis des mois, pour obtenir cette cohésion européenne qui est si essentielle, que ce soit pour acheter des doses de vaccin – Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’industrie, a également beaucoup contribué à nos efforts en la matière – ou pour mettre en place ce programme opérationnel de vaccination.

Je dois le dire, l’Europe s’est montrée unie, soudée et ambitieuse pour préparer de manière efficace et à grande échelle cette campagne vaccinale historique. Avec mes homologues allemand, belge, espagnol, italien, luxembourgeois, néerlandais, mais également suisse, j’ai échangé avant-hier dans un esprit constructif et solidaire, et nous sommes convenus que, pour renforcer la confiance, et parce que cela fait sens, il fallait coordonner le lancement des campagnes de vaccination.

Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, nous sommes à l’aube d’un véritable changement de braquet dans notre lutte contre l’épidémie. Pour venir à bout de celle-ci, il faudra de la patience, de la transparence et de la confiance. C’est seulement à ce prix que l’espoir, enfin, sera permis. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI et INDEP. – M. Vincent Capo-Canellas applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. Alain Milon, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Alain Milon. Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, nous souhaitons bien évidemment au Premier ministre de rester en bonne santé.

L’annonce d’une campagne de vaccination par la présidente de la Commission européenne le 16 décembre dernier, campagne qui commencera le même jour dans tous les pays de l’Union européenne, est une immense source d’espoir. En effet, il s’agit de la mise en place d’une lutte efficace contre ce fléau qu’est le covid-19, grâce à une action commune et coordonnée sur l’ensemble de l’Union européenne qui est la bienvenue.

Cette vaccination massive permettra rapidement de constater, après les précédents du Royaume-Uni et les États-Unis, l’absence d’effets secondaires majeurs. Elle permettra aussi de savoir si les personnes vaccinées seront ou non passibles de transmettre le virus sous une forme bénigne ou grave, ce qui, jusqu’à présent et avec d’autres vaccins, n’existait jamais, sauf, me semble-t-il, pour le vaccin contre la poliomyélite.

Il nous faudra marteler que ces campagnes de vaccination, longues et ciblées, seront couronnées de succès si, dans le même temps, nous continuons à pratiquer le port efficace du masque, la distanciation physique et le lavage des mains.

Cependant, dans le contexte bien français de défiance à l’égard des vaccins, alors que le vaccin ARN messager n’a pas d’adjuvant, et sachant que le nombre de doses sera insuffisant pour couvrir l’ensemble de la population – au début de 2021, quelque 2 millions de doses de vaccins ARN messager, dont l’efficacité repose sur l’injection de deux doses –, l’action de ciblage des populations encouragée par la Haute Autorité de santé est nécessaire, mais elle méritera elle aussi une communication convaincante et répétée.

Le choix des Ehpad, guidé par un objectif de protection d’une population hyperfragile, semble judicieux, mais comment communiquer sur le fait que les résidents des Ehpad y restent statistiquement au maximum entre deux ans et demi et trois ans ? Comment expliquer que les personnes mourant dans ces établissements dans les jours ou mois suivant la vaccination ne décéderont pas de cette dernière ?

Il a été décidé aussi que les personnels soignants présentant des maladies graves et ceux qui sont volontaires seront vaccinés prioritairement. C’est évidemment indiscutable, et il semble que ces patients soient, pour la plupart d’entre eux, demandeurs de cette vaccination.

Toutefois, quid des personnes âgées valides demeurant chez elles, qui ont déjà subi deux confinements, et qu’il faudrait vacciner rapidement pour leur permettre de reprendre une vie sociale, source d’équilibre physique et psychique ?