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Séance du 23 mars 2021 (compte rendu intégral des débats)

M. le président. La parole est à Mme Sophie Primas. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

Mme Sophie Primas. Monsieur le ministre, depuis bientôt un an, la commission des affaires économiques du Sénat ne cesse de demander un débat transparent devant le Parlement sur l’évolution de notre politique énergétique. À défaut de l’avoir obtenu, je me réjouis que la présente proposition de résolution l’ait provoqué.

Au printemps dernier, la pandémie de la covid-19 a plongé le secteur de l’énergie dans une crise tout à fait inédite, après une chute de 5 % de la demande mondiale. C’est pourquoi l’Agence internationale de l’énergie estime que la crise sanitaire a causé plus de perturbations que tout autre événement dans l’histoire récente.

Dans ce contexte, les projets de restructuration se multiplient, en France notamment. Après le projet Hercule et le projet Bright, même TotalEnergies revoit certains de ses objectifs. Cette succession d’annonces, globalement très anxiogène, pose de lourdes questions pour notre souveraineté et notre transition énergétiques.

Concernant notre souveraineté, nous assistons à un long affaiblissement de notre appareil productif et, plus grave, à une perte de compétence, d’envie et d’enthousiasme autour d’une compétence qui était phare pour la France : celle de l’atome.

Nous savons qu’EDF a déjà arrêté les deux réacteurs de la centrale de Fessenheim ; ces arrêts sont les deux premiers d’une longue série de quatorze, qui se succéderont jusqu’en 2035. Aujourd’hui, le groupe EDF envisage d’ouvrir au public un tiers du capital d’une nouvelle entité, dénommée « EDF Vert ». Quelles assurances a-t-on quant au poids et au rôle de l’État dans cette nouvelle entité ? De son côté, Engie restructure les deux tiers de ses activités de services, avec des répercussions sur la moitié de son personnel. Que dire enfin de la cession, il y a quelques années, des turbines nucléaires d’Alstom à General Electric ? La situation nous semble préoccupante.

Face à ces difficultés, notre commission n’a pas ménagé ses efforts.

Tout d’abord, elle a reculé de dix ans l’objectif de réduction à 50 % de la proportion d’énergie nucléaire dans le cadre de la loi Énergie-climat. Sans cela, le nombre de fermetures de réacteurs aurait atteint vingt-quatre dès 2025 ! Étions-nous prêts à faire face ? Eh bien, je vous le dis : nous n’étions pas prêts.

Par ailleurs, notre commission poursuit une intense activité de contrôle, notamment sur EDF et Engie.

Si notre souveraineté est ainsi mise à l’épreuve, il en va de même de notre transition vers une économie plus sobre en carbone.

La recherche nucléaire semble en berne depuis l’arrêt du réacteur Astrid ; les énergies renouvelables ne sont pas mieux loties, avec la remise en cause de dispositifs de soutien à l’énergie photovoltaïque ou au gaz renouvelable.

La nouvelle réglementation environnementale induit des surcoûts très élevés.

En outre, la moitié des 12 milliards d’euros d’investissements du plan de relance consacrés à l’énergie est en réalité issue de redéploiements de crédits. De toute évidence, ces moyens sont bien insuffisants pour relancer notre économie en accélérant sa décarbonation.

Dès le mois de juin dernier, notre commission avait pourtant proposé d’investir massivement dans l’industrie nucléaire, la rénovation énergétique et les énergies alternatives. Je ne vois aucune opposition entre le développement du nucléaire et les efforts sur les autres points énergétiques.

Aujourd’hui, nous attendons du Gouvernement qu’il sorte d’un double déni : il doit admettre que la crise de la covid-19 a un impact considérable sur le secteur de l’énergie, mais aussi que nous devons faire davantage en faveur de l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050.

Pour ce faire, le Gouvernement doit réaffirmer sa confiance en l’énergie nucléaire : plutôt que de seulement le dire, il doit surtout le faire !

Face à l’urgence climatique, il faut cesser de tergiverser sur les avantages et les inconvénients du nucléaire, car nous n’accomplirons pas la transition actuelle vers une économie sobre en carbone sans le nucléaire : celui-ci est le meilleur allié actuel du climat ; c’est le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui le dit.

Alors il nous faut accélérer l’achèvement de l’EPR de Flamanville, cher Daniel Gremillet ; il nous faut développer les trois paires d’EPR ; il nous faut dynamiser les projets du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, et, bien sûr, conforter les missions de l’Autorité de sûreté nucléaire, missions qui sont tout à fait essentielles pour la confiance des Français. L’hydrogène nucléaire doit aussi être activement soutenu, à l’échelle nationale comme au niveau européen, car il permet le développement de la filière aval en attendant l’hydrogène vert.

Voilà, monsieur le ministre, ce que nous attendons du Gouvernement. C’est plus substantiel et, peut-être, plus ambitieux que certaines dispositions du projet de loi Climat et résilience, dont on peut s’étonner qu’il soit absolument muet sur l’énergie nucléaire.

Je forme donc le vœu que celle-ci retrouve une place de choix dans notre mix énergétique, ainsi que dans notre recherche et développement. Cette place n’évincerait en rien le développement légitime et nécessaire des énergies renouvelables. Bien évidemment nous attendons de ces dernières qu’elles soient efficaces et efficientes, et nous consacrons beaucoup de moyens à cette fin. C’est à ce moment-là que nous pourrons baisser la part de notre énergie nucléaire, mais non pas plus tôt : ce serait une faute pour les Français et pour l’industrie française ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées des groupes UC et INDEP.)

M. le président. La parole est à M. Patrick Chauvet. (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées du groupe INDEP.)

M. Patrick Chauvet. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, la proposition de résolution déposée par nos collègues du groupe Les Républicains pose la question de l’équilibre à trouver entre la politique énergétique de notre pays et ses ambitions écologiques.

Au cœur de ce questionnement figurent nos choix en matière d’énergie nucléaire – avenir des réacteurs de quatrième génération, prolongement ou fermeture des réacteurs actuels –, ainsi qu’en matière d’énergies renouvelables.

Pour ma part, il me semble que l’équation que nous avons à résoudre réside plus dans la balance à trouver entre le prix de l’énergie produite et consommée, d’une part, et le mix énergétique que nous souhaitons mettre en place à l’avenir dans notre pays, d’autre part.

Même si notre volonté commune est de diminuer nos consommations énergétiques, cet objectif ne peut être atteint qu’à usage constant. Or le développement de nouvelles pratiques, qu’il s’agisse des mobilités ou de l’adoption de nouvelles normes de construction comme la RE 2020, et les mutations relevées dans de nombreuses activités, comme le télétravail ou les usages numériques, impliqueront irrémédiablement une augmentation globale des besoins en énergie électrique.

Nous devons donc trouver des sources d’énergie qui assureront l’approvisionnement du pays pour les habitants comme pour les entreprises. Pour cela, il nous faudra être très vigilants quant à notre capacité à produire suffisamment et de manière responsable, au bon moment et surtout au bon prix.

L’équation à résoudre est à trois inconnues.

Il faut, d’abord, produire suffisamment et proprement, ce qui implique de maintenir au minimum notre capacité nucléaire à son niveau actuel. Il s’agit en effet d’une énergie décarbonée, maîtrisée et fiable. Cela implique aussi de développer les énergies renouvelables, par l’intermédiaire de l’éolien, du solaire, des biocarburants et, bien sûr, de l’hydroélectrique, dont nous aurons l’occasion de parler prochainement.

Il faut, ensuite, produire au bon moment. C’est à l’évidence une autre des qualités du nucléaire, mais cela doit aussi nous inciter à accentuer la recherche et développement en matière de stockage de l’électricité.

Il faut, enfin, produire au bon prix : c’est sans doute la plus grande difficulté. L’Arenh a déjà permis de favoriser l’émergence de fournisseurs d’électricité alternatifs, sans leur faire porter la charge de l’investissement et de la recherche sur le nucléaire. Le projet Hercule, demandé à EDF par le Gouvernement, possède comme principal ressort l’évolution de cet accès régulé. Ce boulet aux pieds de l’opérateur historique ne lui permet ni d’amortir ses coûts ni d’investir pour l’avenir dans le nucléaire et les énergies renouvelables.

Où en sont, monsieur le ministre, les négociations avec la Commission européenne sur cette question primordiale pour EDF, pour l’organisation du secteur énergétique en France et pour les consommateurs français ?

En outre, le coût relativement maîtrisé de l’électricité en France est une conséquence de nos choix passés, qui nous placent comme le pays du monde où l’énergie nucléaire occupe la plus grande place au sein du mix énergétique. Si l’on souhaite passer de 70 % à 50 % de nucléaire dans le mix à l’horizon 2035, prenons garde à nous doter de la capacité d’investir dans d’autres sources d’énergie décarbonées suffisamment productrices ! Il serait incompréhensible de devoir importer de l’électricité parfois produite à partir de charbon.

L’Europe possède le plus grand parc nucléaire du monde ; il représente en fin de compte une partie de la solution pour atteindre l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre en 2050. Néanmoins, les dynamiques mondiales démontrent que ce sont la Chine et la Russie qui ont les dynamiques de capacités de mise en service les plus importantes, la Chine devant dépasser l’Europe vers 2030.

L’Europe est donc à la croisée des chemins. Au-delà d’une question purement nationale, nous devons élever le débat et impulser une véritable politique européenne de l’énergie, qui soit ambitieuse, décarbonée et indépendante. (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées des groupes INDEP et Les Républicains.)

M. le président. La parole est à Mme Angèle Préville. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST.)

Mme Angèle Préville. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, oui, nous devons mettre en cohérence la politique énergétique de la France avec ses ambitions écologiques.

Cela dit, notre production d’électricité est aujourd’hui fortement décarbonée, à 93 %, dont plus de 70 % de nucléaire. La part des énergies renouvelables dans notre production augmente régulièrement, mais il faudrait s’engager de manière plus volontariste encore dans leur développement pour compenser les futures fermetures de centrales, sans oublier l’hydroélectricité, qui est tout de même la seule énergie renouvelable capable d’assurer le maintien des réseaux et des fréquences ; la petite hydroélectricité, très pertinente à l’échelon local, est pourtant sujette à de nombreux freins.

En réalité, pour décarboner, l’impératif est de réduire la consommation d’énergie fossile dans les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre, c’est-à-dire en premier lieu dans les transports. Une révolution de nos mobilités et de nos modes de consommation et de production est donc incontournable et nécessaire. Une réflexion doit également être menée sur les déchets et le gaspillage. Il convient enfin de conditionner les aides publiques en cohérence avec la stratégie nationale bas-carbone et d’investir davantage dans le financement de la transition écologique : 50 milliards d’euros de plus par an sont nécessaires, selon Jean Pisani-Ferry.

Nos centrales nucléaires vont toutes atteindre leur quarantième anniversaire dans les années à venir ; ce sera le cas de trente-neuf réacteurs d’ici à 2025. Les bétons des enceintes de confinement deviennent poreux, certaines tuyauteries non accessibles ne sont plus étanches. Tout a vieilli : continuer l’exploitation de ces sites pourrait donc poser problème, malgré le lancement de travaux dans le cadre du « grand carénage ».

S’ajoute à cela le fait que le réchauffement climatique s’installe de manière pérenne sur nos territoires : l’augmentation de la température des fleuves et la trop grande faiblesse des débits ne permettent plus d’assurer le refroidissement, entraînant des arrêts répétés de certaines centrales. C’est le cas de celle de Golfech, refroidie par la Garonne, qui atteint 30 degrés tous les étés, vrai sujet d’inquiétude.

Il faut ensuite se pencher sur le fiasco technologique et économique de l’EPR de Flamanville, qui devait être raccordé au réseau en 2012 et coûter 3,3 milliards d’euros.

Or on a appris le 16 mars dernier qu’il y avait encore des problèmes de soudure ; l’ASN a demandé à EDF de lui indiquer sa stratégie et les raisons de la détection tardive de ces problèmes. Au mieux, cette centrale sera raccordée au réseau en 2023 et devrait coûter quatre à six fois plus cher que prévu.

Dès lors, comment envisager l’avenir du nucléaire ?

Enfin, comment parler du nucléaire sans évoquer la gestion du cycle de vie de l’uranium et les risques qu’elle pose. Toute entreprise humaine comporte des risques. À ce propos, l’IRSN rappelait ce mois-ci que « l’absence d’incident ou d’accident sérieux depuis celui de Fukushima ne saurait conduire à considérer la maîtrise du risque comme définitivement acquise ».

Un accident nucléaire en France, ce serait un demi-département rayé de la carte, qu’on ne pourrait même plus traverser, contaminé pour des milliers d’années ; ce serait des centaines de milliers de personnes déplacées et une centrale qu’il faudrait refroidir sans cesse. À Fukushima, en ce moment, on injecte en continu de l’eau douce dans les cuves des réacteurs 1, 2 et 3.

Quant à l’exploitation minière de l’uranium, elle n’a pas toujours été des plus vertueuses, en France comme ailleurs. Malheureusement, le Limousin s’en souviendra longtemps, qu’il s’agisse de la radioactivité de l’eau à Limoges, ou des 176 000 fûts de yellowcake disséminés sur ce territoire.

En outre, la question des déchets nucléaires n’est toujours pas résolue et continue de faire débat. Les déchets de haute activité et à vie longue ne sont toujours pas enfouis à Bure ; il serait grand temps d’y remédier.

S’il fallait changer la voie choisie de réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix énergétique, comme il est envisagé dans cette proposition de résolution, qui porte sur un sujet sociétal par excellence, il serait absolument nécessaire d’y associer nos concitoyens : après tout, on ne leur a jamais demandé leur avis sur cette question, choix crucial d’avenir mêlant souveraineté, indépendance, industrie et écologie. Pour une fois, il serait bon de bien faire les choses, c’est-à-dire de donner à nos concitoyens des connaissances pour leur offrir les conditions d’un choix éclairé.

Pour toutes ces raisons, la diminution de la part du nucléaire actée dans la programmation pluriannuelle de l’énergie, jusqu’à 50 % en 2035, nous paraît un choix raisonnable. C’est pourquoi nous nous abstiendrons sur cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST.)

M. le président. La parole est à M. Christian Klinger. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Christian Klinger. Alors que le Gouvernement souhaite mettre en place un délit d’écocide pour punir les atteintes à l’environnement, est-il prêt, monsieur le ministre, à reconnaître la fermeture de la centrale de Fessenheim comme le premier écocide ? (Rires et applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

Dans son rapport de mars 2020, la Cour des comptes indique que la fermeture de Fessenheim se caractérise par un processus de décision chaotique.

De fait, cette fermeture est une triple faute.

C’est tout d’abord une faute écologique et l’amorce d’un écocide. Les deux réacteurs de Fessenheim représentaient une production de 1,8 gigawatt. Avec la centrale de Fessenheim, RTE n’aurait pas été obligé de tirer la sonnette d’alarme cet hiver : nous n’aurions pas eu de tensions sur les réseaux. Avec Fessenheim, nous n’aurions pas dû avoir recours de manière accrue à la centrale à charbon de Saint-Avold et aux importations de gaz de nos voisins, mesures dont l’impact direct a été une émission supplémentaire d’environ 10 millions de tonnes de CO2.

M. François Bonhomme. Beau résultat !

M. Christian Klinger. Par conséquent, si votre délit d’écocide est correctement appliqué, les personnes qui ont décidé de la fermeture de Fessenheim pourraient être poursuivies, puisque cette décision a été néfaste pour l’environnement ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

Ensuite, la fermeture de la centrale de Fessenheim est une faute économique et industrielle. Comme le dit le maire de Fessenheim, la centrale était un îlot de prospérité. La fermer a mis en difficulté 2 000 emplois directs et indirects, ainsi que les familles de ces salariés. Cela a occasionné des répercussions sur les sous-traitants et sur les commerçants, dont le chiffre d’affaires a évidemment baissé. Il y a aussi eu des répercussions pour les collectivités, avec le prélèvement par l’État de 3 millions d’euros au titre du fonds national de garantie individuelle des ressources (FNGIR), qui n’a pas été neutralisé.

Fermer Fessenheim a aussi eu des conséquences pour nos finances publiques. On a dû verser 400 millions d’euros à EDF pour sa fermeture, sans compter toutes les sommes à ajouter pour le manque à gagner ; le coût du démantèlement est évalué à 2 milliards d’euros.

Alors, monsieur le ministre, pourquoi fermer Fessenheim ? Était-ce parce que la centrale était la doyenne du parc, ou qu’elle était trop vieille ?

L’âge d’une centrale n’a rien à voir avec sa sûreté ; c’est d’ailleurs ce qu’indiquent les différents rapports. La centrale était sûre et rentable ; elle pouvait encore fonctionner durant plusieurs années, comme l’indique l’Autorité de sûreté nucléaire.

C’est là qu’intervient la troisième faute, qui laissera des traces sur notre territoire : fermer Fessenheim est une faute politique majeure, car cette fermeture relève d’un choix arbitraire, fait pour des raisons politiciennes.

Les Alsaciens ne sont pas dupes, non plus que les Français. Ils n’oublieront pas que Fessenheim a été sacrifiée pour quelques voix et un accord électoraliste entre le PS et les Verts en 2012. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

Sacrifier des intérêts stratégiques et économiques, un territoire et les salariés sur l’autel d’un accord politicien, c’est une erreur historique !

Enfin, la reconversion du territoire n’a pas été anticipée et le projet de technocentre, une usine de traitement de métaux radioactifs, est très loin des attentes.

Ce projet, défendu par le Gouvernement, verrait une mise en service au plus tôt en 2029 avec seulement 150 emplois créés : on aura vu mieux comme reconversion ! Quelle image le Gouvernement envoie-t-il au territoire alsacien avec ce projet, alors qu’il s’était engagé à ce que Fessenheim devienne un symbole de la reconversion industrielle et énergétique du pays ?

Après la fermeture des réacteurs de Fessenheim et la fin de non-recevoir sur StocaMine, l’attente est forte sur le territoire alsacien. Pour l’instant, monsieur le ministre, le Gouvernement n’est pas au rendez-vous !

Nous devons, collectivement, assurer cette reconversion du territoire. Les élus sont prêts à vous suivre, mais sur un projet viable. Avec le plan de relance, nous avons une chance inouïe d’assurer cette reconversion : il prévoit 200 millions d’euros pour la filière nucléaire. Alors fléchons dès aujourd’hui une partie de ce fonds pour la reconversion du territoire de Fessenheim ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées des groupes UC et INDEP.)

M. le président. La parole est à M. le ministre délégué.

M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué auprès de la ministre de la transition écologique, chargé des transports. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, merci pour votre invitation, qui me permet de vous exposer la cohérence de notre politique énergétique avec nos ambitions écologiques.

Cette cohérence s’apprécie déjà dans nos objectifs, nos ambitions et nos investissements. Ce qui nous fait défaut, en matière d’énergie, ce n’est pas tant la cohérence que la souveraineté.

Le grand défi de notre génération et des suivantes, après presque deux siècles d’abondance énergétique, est de garantir notre sécurité d’approvisionnement dans des conditions soutenables pour la planète.

Pour ce faire, nous devons donner à la France les moyens de sa souveraineté énergétique. En matière d’énergie comme pour les autres secteurs stratégiques, la souveraineté repose sur la diversification et l’indépendance.

Cette stratégie est un héritage : nous le devons au Conseil national de la Résistance, qui donna naissance à EDF et GDF, deux sociétés d’impulsion étatique qui constituent depuis lors des attributs de puissance de la France et ont été un moyen pour le pays de se reconstruire, mais aussi l’un des fondements de son identité.

Concernant le gaz, nous avons constitué au fil des années l’un des portefeuilles d’approvisionnement les plus diversifiés d’Europe. C’est une force ; tous nos voisins ne peuvent pas en dire de même.

Pour l’électricité, avec le développement du nucléaire, comme cela a été rappelé, nous avons construit un atout précieux : celui d’avoir une électricité parmi les moins carbonées au monde.

Comme vous le savez, nous avons fait le choix de ramener progressivement la part du nucléaire de 70 % à 50 % du mix électrique d’ici à 2035.

Viser 50 %, c’est maintenir la part prépondérante du nucléaire en France et c’est préserver une filière de 2 600 entreprises et de plus de 200 000 emplois directs et indirects ; ces chiffres aussi ont été cités dans ce débat.

Il nous revient aujourd’hui de terminer les grands chantiers actuels et de préparer ceux qui s’annoncent. Il s’agira aussi de constituer une filière de démantèlement et de développer de nouvelles solutions pour le traitement des déchets.

Pour cela, la filière nucléaire peut compter sur un savoir-faire et une excellence reconnus à travers le monde. Mais elle doit aussi pouvoir compter sur une capacité d’investissement que le Gouvernement renforce avec France Relance.

Nous mobilisons ainsi un demi-milliard d’euros pour soutenir les entreprises les plus sensibles, pour amplifier l’effort de recherche et développement, pour renforcer les compétences critiques et pour moderniser une industrie qui fait l’honneur de la France depuis soixante ans.

Parallèlement, nous devons accélérer le développement des énergies renouvelables. Aujourd’hui, celles-ci fournissent déjà environ un cinquième de notre production électrique, notamment parce que nous avons historiquement développé l’hydraulique. Ces énergies renouvelables sont de plus en plus compétitives.

Nous pouvons passer à la vitesse supérieure, avec un cap clair : que, d’ici à 2030, 40 % de l’électricité produite dans le pays soit renouvelable.

Pour cela, nous devons développer plus largement le solaire, l’éolien et l’hydrolien.

Concernant le solaire, nous avons pour objectif de quadrupler la puissance installée d’ici à 2028, tout en développant des panneaux tant sur les toitures que par des centrales au sol.

Quant à l’éolien terrestre, nous devons poursuivre et amplifier nos efforts, tout en nous assurant de l’acceptabilité des projets. L’objectif est de doubler la puissance d’ici à 2028.

Pour l’éolien en mer, ou hydrolien, nous avons le deuxième gisement d’Europe par son potentiel. Celui-ci doit être davantage exploité ; la simplification administrative peut nous y aider. Nous avons déjà engagé ce travail dans la loi ASAP, mais nous pouvons faire davantage.

Par ailleurs, un certain nombre d’études montrent que nous pourrions intégrer des taux supérieurs à 40 % d’énergies renouvelables variables sans mettre en péril la sécurité du système électrique. Comme vous le savez, RTE analyse actuellement des scénarios de long terme. Ces travaux nous seront remis à l’automne ; ils seront – je n’en doute pas – de nature à nourrir le débat et à éclairer les décisions qui seront prises au début du prochain quinquennat.

Mais notre mix énergétique ne se résume pas à l’électricité : il y a aussi le gaz.

Pour décarboner cette filière, la solution est non pas de la démanteler, mais bien de la transformer et de développer, pour ce faire, le gaz renouvelable. Nous avons pris des engagements inédits à cet effet dans la programmation pluriannuelle de l’énergie.

En trois ans, nous avons multiplié par quatre le nombre d’installations de méthanisation, qui constituent aussi de plus en plus souvent, comme vous le savez, des compléments de rémunération pour nos agriculteurs. Nos capacités de production augmentent rapidement. Au total, nous investirons 10 milliards d’euros dans le biogaz d’ici à 2028.

Enfin, nous devons bâtir une filière française de l’hydrogène qui nous permettra de décarboner un certain nombre d’usages dans les champs de l’industrie et des transports. Pour construire cette filière, il faudra s’assurer de la production d’un hydrogène vert ou décarboné.

Pour cela, l’option la moins coûteuse et la plus efficiente est de le produire localement, par électrolyse, à partir de l’électricité de notre réseau, qui, je le disais, présente l’avantage d’être très peu carbonée.

Sincèrement, sur ce sujet, nous avons toutes les capacités pour nous imposer comme l’un des leaders mondiaux de l’hydrogène, raison pour laquelle nous investirons 7 milliards d’euros d’ici à 2030.

Notre souveraineté énergétique dépend bien sûr de notre mix, mais aussi de notre consommation. En la matière, nous devons aller vers plus de sobriété, par l’innovation technologique et par l’efficacité énergétique.

L’objectif est de faire baisser notre consommation finale d’énergie de moitié d’ici à 2050. Les politiques conquérantes de décarbonation des transports et de rénovation thermique des bâtiments y contribueront fortement.

Mesdames, messieurs les sénateurs, les décisions en matière d’énergie dépassent très largement l’horizon de nos mandats politiques. Elles engagent les générations à venir et nécessitent de la réflexion, du débat et de la planification.

La place de la France dans le monde, sa souveraineté, sa puissance sont intrinsèquement liées à sa production d’énergie. Le général de Gaulle l’avait bien compris ; il visait en la matière l’indépendance et l’excellence.

Cette volonté, cette vision, nous en sommes les héritiers. Soyez assurés qu’elle guide, chaque jour, chacune de nos décisions. Notre politique énergétique n’est pas seulement cohérente avec nos ambitions écologiques ; elle est cohérente avec nos ambitions tout court. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)