Justice et affaires intérieures
Décision du Conseil relative à la création d'une unité EUROJUST (initiative de la République fédérale d'Allemagne)
E1479 -
Texte déposé au Sénat le 03/07/2000
Examen par la délégation le 24/10/2000
Adoption du texte par les instances européennes liée à l'adoption du texte E1509, qui a eu lieu le 28 février 2002
Ce texte a fait l'objet de la proposition de résolution : voir le dossier legislatif
Date d'adoption du texte par les instances européennes : 28/02/2002Justice et affaires intérieures
Communication de M. Hubert Haenel sur Eurojust
(Réunion du 24 octobre 2000)
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Le Conseil européen de Tampere, des 15 et 16 octobre 1999, a décidé la création d'Eurojust, afin de renforcer la lutte contre les formes graves de criminalité organisée. Selon les termes des conclusions adoptées par les chefs d'Etat et de gouvernement, « Eurojust sera une unité composée de procureurs, de magistrats ou d'officiers de police ayant des compétences équivalentes détachés par chaque Etat membre (...). Eurojust aura pour mission de contribuer à une bonne coordination entre les autorités nationales chargées des poursuites et d'apporter son concours dans les enquêtes relatives aux affaires de criminalité organisée, notamment sur la base de l'analyse effectuée par Europol. Cette unité devra aussi coopérer étroitement avec le Réseau judiciaire européen, afin, notamment de simplifier l'exécution des commissions rogatoires ». Le Conseil européen demandait au Conseil des ministres de l'Union européenne d'adopter cet instrument juridique avant la fin de l'année 2001. Le Parlement français est donc saisi, en application de l'article 88-4 de la Constitution, de deux propositions de décision qui ont le même objet puisqu'elles visent toutes les deux à la création d'Eurojust. L'une est une initiative de la République fédérale d'Allemagne, l'autre est une initiative conjointe des quatre Etats appelés à assurer la présidence de l'Union européenne en 2000 et 2001. Il s'agit du Portugal, de la France, de la Suède et de la Belgique. Je vais donc commencer par vous présenter brièvement le contenu de ces deux propositions, avant de vous donner mon sentiment. I - LA PROPOSITION PRESENTÉE PAR LES QUATRE ETATS DONT LA FRANCE Cette proposition fixe les objectifs d'Eurojust, son mode de fonctionnement et prévoit des garanties pour la protection des droits des citoyens. 1. Les objectifs d'Eurojust
3. Ce que pourrait devenir Eurojust à terme L'idée qui sous-tendait la création d'Eurojust a été, dès l'origine, étroitement liée à Europol. Le terme « Eurojust » en constitue, d'ailleurs, la meilleure preuve. Cependant, les deux propositions restent très ambiguës sur les relations qu'entretiendront les deux organes. Ainsi, si le champ de compétence d'Eurojust est fixé par référence à celui d'Europol, elles semblent néanmoins exclure tout lien fonctionnel ou organique, et, en particulier, toute relation hiérarchique de l'un sur l'autre. Or, il me semble important que les autorités répressives soient responsables devant les autorités judiciaires et la situation d'Europol me semble préoccupante, en raison de l'absence de tout contrôle sur cet organisme, alors même qu'il joue un rôle de plus en plus étendu et se voit accorder des pouvoirs accrus, par exemple en matière de lutte contre le blanchiment d'argent. Face à ce problème, on peut donc s'interroger sur l'instrument de contrôle d'Europol qui serait le plus adapté. L'idée d'un prolongement judicaire d'Europol par Eurojust, inspirée du modèle français du parquet, se heurte toutefois aux fortes réticences des Etats qui ne connaissent pas ce modèle. Mais je voudrais, sur ce point, souligner une première avancée, puisque Eurojust jouera le rôle d'un conseil juridique vis-à-vis d'Europol. Certes, il importe qu'Eurojust entre, d'abord, dans une phase de rodage, avant de lui voir attribuer des compétences plus importantes. En un mot, qu'il fasse ses preuves. Mais, pour cela, il faut, dès le départ, afficher plus d'ambition que les présentes propositions. Comme le soulignait l'excellent rapport de notre collègue Pierre Fauchon, sur l'espace judiciaire européen, une certaine unification des règles et des procédures pénales, notamment ce qui concerne la criminalité transfrontalière, serait une réponse efficace au défi que représente la criminalité organisée, dans l'Union européenne et, surtout, dans son antichambre et à ses frontières. A cet égard, je voudrais souligner la contribution que pourrait apporter la Conférence des Organes Spécialisés dans les Affaires communautaires (COSAC) dans le domaine de la justice et des affaires intérieures. Plusieurs délégations de parlements nationaux ont, d'ailleurs, proposé lors de la réunion de la COSAC le 17 octobre dernier, la constitution d'un groupe de travail sur l'espace judiciaire européen. A supposer qu'un tel objectif ne fasse pas l'unanimité au sein des Etats membres, on peut souligner l'intérêt d'un dispositif de « coopération renforcée » en la matière. Par ailleurs, la Commission européenne vient de proposer la création d'un procureur européen indépendant chargé de la protection des intérêts financiers de la Communautés. Cette proposition, toute séduisante qu'elle puisse être, me paraît soulever davantage de problèmes qu'elle n'en résout. Faut-il créer un nouvel organe communautaire qui ne serait responsable devant aucune autorité ? Comment pourrait-on lui assurer une légitimité incontestable ? Ne risquerait-on pas de compliquer encore plus la séparation des pouvoirs au niveau de l'Union européenne en mêlant le judiciaire à l'exécutif et à l'administratif représentés par la Commission ? Il serait souhaitable que, dans le cadre d'un débat devant le Parlement, le Gouvernement explique le rôle et la place qu'il souhaite voir reconnaître dans l'avenir à Eurojust et présente les dispositions juridiques qui seraient susceptibles d'assurer sa légitimité et sa responsabilité. |
Compte rendu sommaire du
débat
consécutif à la communication
M. Lucien Lanier :
La question majeure que soulèvent, selon moi, ces propositions est celle qui concerne la manière d'organiser les relations entre Eurojust et Europol.
M. Pierre Fauchon :
Eurojust constitue un sujet très important. Or, je considère que les présentes propositions ne sont que de la « poudre aux yeux ». Elles sont une façon commode, pour les gouvernements, de dissimuler leur passivité volontaire. Certes, ces propositions donneront l'occasion à certains magistrats de se rencontrer. Mais cela présentera un intérêt uniquement touristique et ne résoudra en rien le problème de la criminalité organisée.
Comme l'ont souligné, à de nombreuses reprises, tant des magistrats, que des personnalités, comme Mme le Professeur Delmas Marty, il faut parvenir, dans le domaine de la criminalité transfrontalière, à des règles pénales identiques, à une procédure pénale unifiée, ainsi qu'à la mise en place d'une autorité responsable des poursuites pénales qui soit rattachée à une autorité légitime.
Cette autorité légitime pourrait être une sorte de « Conseil supérieur de la magistrature » par exemple.
Quant à l'autorité responsable des poursuites, elle ne se substituerait pas aux parquets nationaux, mais aurait pour fonction d'impulser, d'animer et de coordonner les poursuites.
Face à l'absence de réelle avancée contenue dans ces propositions, je crois donc que la délégation devrait s'abstenir de s'y associer, en refusant d'examiner les présentes propositions. La délégation pourrait adopter une résolution pour expliquer ce choix et faire des propositions.
On pourrait également suggérer au Gouvernement de recourir à la méthode interparlementaire qui a fait ses preuves pour l'élaboration de la Charte des droits fondamentaux. Je compte d'ailleurs évoquer cette idée d'une convention pour aboutir à un « corpus juris », lors de la réunion de la prochaine COSAC.
Je pense qu'il est dans l'intérêt de la Haute assemblée qu'elle se manifeste avec vigueur sur cette affaire. Le Sénat devrait demander au Gouvernement de prendre les mesures appropriées pour lutter contre des phénomènes comme la criminalité organisée, la drogue, le blanchiment d'argent ou la traite des êtres humains, auxquels l'opinion publique est très sensible.
Je suis prêt, néanmoins, à souscrire à la proposition de résolution proposée par le Président. Je proposerai seulement deux modifications :
- tout d'abord, pour dire que les propositions présentées ne répondent pas au défi de la criminalité organisée ;
- ensuite, j'insérerai une référence « à la constitution d'une autorité responsable des poursuites », soit à l'idée d'un ministère public européen.
M. Hubert Haenel :
J'observe que la délégation est d'accord pour intégrer ces modifications dans la proposition de résolution.
A l'issue du débat, la délégation a conclu, à l'unanimité, au dépôt d'une proposition de résolution dans les termes suivants :
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Proposition de résolution Le Sénat, Vu l'article 88-4 de la Constitution, Vu la proposition de décision du Conseil relative à la création d'une unité Eurojust, à l'initiative de la République fédérale d'Allemagne (E 1479), Vu la proposition des gouvernements de la République portugaise, de la République française, du Royaume de Suède et du Royaume de Belgique, visant à faire adopter par le Conseil une décision instituant Eurojust (E 1509), 1. Considère que la conception d'Eurojust qui sous-tend les propositions E 1479 et E 1509 est très en deçà du texte et de l'esprit des conclusions du Conseil européen de Tampere, et, a fortiori, des exigences d'une prise en compte réaliste des nécessités d'une lutte efficace contre la criminalité organisée transfrontalière ; Demande donc au gouvernement : 2. de définir le domaine d'intervention d'Eurojust en fonction des champs d'investigation offerts à la coopération policière dans le cadre d'Europol et à la protection des intérêts financiers dans le cadre de l'OLAF ; 3. d'affirmer le rôle d'Eurojust en tant qu'unité juridique autonome et collégiale ; 4. de veiller à ce que tous les membres nationaux d'Eurojust se voient accorder des compétences équivalentes par les Etats qui les désignent ; 5. de voir reconnaître à Eurojust un rôle opérationnel pour les investigations transfrontalières entrant dans son champ de compétences ; 6. de faire d'Eurojust, une instance de proposition pour l'amélioration de la lutte contre la criminalité organisée transfrontalière ; 7. de prendre des initiatives en vue de parvenir, pour les formes graves de criminalité transfrontalière, à la constitution d'une autorité responsable des poursuites et à la définition commune des règles et procédures pénales nécessaires à la mise en oeuvre efficace des poursuites et des enquêtes ; 8. d'expliquer au Parlement le rôle et la place qu'il souhaite voir reconnaître dans l'avenir à Eurojust et de préciser la construction juridique qui serait susceptible de lui assurer légitimité et responsabilité. |






