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L'objectif du pacte de
stabilité et de croissance est de prévenir l'apparition d'un
déficit excessif dans la zone euro après l'entrée dans la
troisième phase de l'Union économique et monétaire. Il
s'agit d'éviter qu'une politique budgétaire laxiste d'un
État membre ne pénalise les autres États, à travers
les taux d'intérêt, et ne porte atteinte à la confiance
dans la stabilité économique de la zone euro. La mise en oeuvre
du pacte de stabilité repose principalement sur deux piliers :
- la surveillance multilatérale des
positions budgétaires : pour concerter leur politique
économique et financière, les États membres de la zone
euro présentent un programme de stabilité, qui contient les
objectifs des comptes publics à moyen terme et qui est actualisé
chaque année. Tout dérapage des finances publiques peut faire
l'objet d'une recommandation du Conseil, éventuellement rendue
publique.
- la procédure des déficits
excessifs : cette procédure est déclenchée
si un État membre dépasse le critère du déficit
public fixé à 3 % du PIB. Si un déficit excessif est
constaté par le Conseil, celui ci adresse des recommandations à
l'État membre concerné pour qu'il prenne des mesures afin d'y
mettre fin. Si l'État membre ne se conforme pas à ces
recommandations ou ne prend pas de mesures destinées à
remédier à la situation, le Conseil peut prendre des sanctions
contre ce pays, qui prennent d'abord la forme d'un dépôt sans
intérêt auprès de la Communauté. Le
dépôt est en principe converti en amende si, dans les deux
années qui suivent, le déficit excessif n'a pas été
corrigé.
La procédure de surveillance multilatérale
implique un dialogue constant entre les États membres sur la politique
économique et budgétaire. Un élément central de ce
dialogue sont les grandes orientations des politiques
économiques (GOPE), qui sont des recommandations
adressées par le Conseil aux États membres sur proposition de la
Commission. Les États membres sont appelés à orienter leur
politique économique selon ces recommandations.
Depuis son entrée en vigueur, le pacte de
stabilité et de croissance a connu de fortes tensions. Dès 2002,
une procédure pour déficit excessif fut déclenchée
contre le Portugal. Ce dernier est depuis rentré dans le rang, mais au
prix d'une récession. En 2003, ce fut au tour de l'Allemagne et de la
France. En 2004, la procédure pour déficit excessif a
été déclenchée contre les Pays-Bas et la
Grèce. Circonstance aggravante, l'audit mené par le nouveau
gouvernement grec a fait apparaître qu'en fait la Grèce
était en situation de déficit excessif depuis 2000, les comptes
présentés officiellement étant faussés. L'Italie,
pour sa part, a failli voir engagée une procédure d'alerte rapide
à son encontre. Une procédure pour déficit excessif a
également été engagée contre le Royaume Uni.
Même si celui-ci ne peut pas être menacé de sanctions, dans
la mesure où il ne participe pas à la troisième phase de
l'UEM, il doit néanmoins « s'efforcer »
d'éviter un dépassement de la barre des 3 % de
déficit.
Dans le cas de l'Allemagne et de la France, vous le savez, le
Conseil a décidé de suspendre la procédure pour
déficit excessif. Cette décision a été
contestée par la Commission devant la CJCE, qui a rendu un arrêt
mi-chèvre mi-chou, selon lequel le Conseil était libre de ne pas
voter la recommandation de la Commission, mais ne pouvait pas pour autant
adopter une décision expresse de suspension de la procédure sans
se baser sur une proposition de celle-ci.
Ces épisodes ont abouti à fragiliser le pacte de
stabilité et de croissance. Celui-ci a été qualifié
de « stupide » par le président de la Commission
européenne, M. Romano Prodi. Aussi, est-il apparu nécessaire de
le réformer. La France et l'Allemagne ont officiellement demandé
un assouplissement du pacte. Le Conseil européen du 18 juin 2004 a
chargé la Commission de faire des propositions visant à clarifier
et renforcer la mise en oeuvre du pacte de stabilité. Celle-ci s'est
exécutée dans une communication présentée
le 3 septembre dernier.
I - LA PROPOSITION DE LA COMMISSION
La Commission rappelle en premier lieu que les valeurs
de référence de 3 % du PIB pour le déficit
budgétaire et de 60 % du PIB pour la dette doivent continuer
à constituer l'ancrage du système. Elle considère
par ailleurs que le pacte a permis d'assurer la stabilité
macroéconomique, comme le montrent les tendances budgétaires
observées lors du récent ralentissement de l'activité
économique. Celles-ci soutiennent favorablement la comparaison avec le
passé, lorsque les récessions s'accompagnaient
généralement d'une détérioration plus
prononcée des positions budgétaires sous-jacentes.
La Commission propose tout d'abord d'accorder plus d'attention
au critère de la dette, y compris sur son
évolution à moyen et long terme. Cela implique de définir
plus précisément le « rythme satisfaisant »
de réduction de la dette prévu par le traité. Une
évaluation annuelle par rapport à cette référence
pourrait ainsi avoir lieu en prenant en compte les conditions de croissance du
pays concerné. Dans la pratique, si la croissance est inférieure
à son niveau potentiel, un rythme plus lent de réduction de la
dette serait admissible, le contraire étant vrai si la croissance est
supérieure à son niveau potentiel.
Elle propose ensuite d'adapter la définition de
l'objectif à moyen terme relatif à une
« position proche de l'équilibre ou
excédentaire », en fonction de la situation du pays
concerné et du cycle économique. S'il convient toujours
d'éviter que le déficit dépasse le plafond de 3 % du
PIB, le niveau d'endettement sera pris en compte pour déterminer
l'objectif d'équilibre à moyen terme. Dans la pratique, plus le
niveau de la dette serait élevé et plus l'objectif à moyen
terme serait strict. L'évaluation périodique du déficit
par rapport à la réalisation de cet objectif prendrait
également en compte des facteurs comme le potentiel de croissance
économique, l'inflation, l'impact des réformes structurelles,
etc.
La Commission propose d'appliquer la procédure
de déficit excessif en fonction des circonstances
économiques. Il s'agit de revoir la définition des
circonstances exceptionnelles de façon à couvrir les
périodes prolongées de croissance atone. Le concept de grave
récession économique, qui peut justifier des exceptions, devrait
ainsi être revu. De même, elle propose d'accorder aux
spécificités nationales plus de place dans l'application de la
correction des déficits excessifs (la « trajectoire
d'ajustement »), toujours en fonction de leur évolution
cyclique et leur niveau d'endettement. Les États ne se verraient donc
plus appliquer de façon uniforme le délai qui prescrit un retour
sous les 3 % en un an. Cette innovation s'appliquerait également au
délai de quatre mois qui impose l'engagement d'une action suivie
d'effets.
La Commission rappelle également que, afin de mener des
actions plus précoces pour corriger les évolutions
budgétaires indésirables, le nouveau projet de Constitution lui
reconnaît la possibilité d'émettre directement des
« alertes rapides ».
Enfin, la Commission propose d'améliorer la
coordination entre les politiques budgétaires et
économiques. Il s'agirait de modifier le calendrier du volet
préventif du pacte de stabilité et de croissance, concernant la
soumission et l'évaluation des programmes de stabilité et de
convergence, en vue de le rendre plus compatible avec le processus
budgétaire national. Les mises à jour de ces programmes
pourraient alors devenir un véritable exercice ex-ante au début
de l'année. Cela permettrait aux GOPE et aux avis sur les programmes
d'être pris en compte lors de la préparation des budgets
nationaux.
II - LA POSITION DU GOUVERNEMENT
FRANÇAIS
L'idée générale est de parvenir à
un système dans lequel on éviterait l'application de
règles mécaniques, afin de dégager une marge de
manoeuvre pour le jugement économique, tant de la part de la
Commission que de la part du Conseil.
Cette vision est partagée par les
« grands » pays, tandis que les plus
« petits » ont du mal à l'admettre, notamment les
Pays-Bas. En effet, ceux-ci craignent, pas forcément de manière
illégitime, une différence de traitement entre les
« grands » et les « petits ». Il ne
faut pas oublier le traumatisme causé par le Conseil Ecofin du 25
novembre 2003, où les « grands » ont su imposer leur
loi. On peut toutefois se féliciter de l'appui de certains
« petits », tels que la Belgique ou le Luxembourg.
L'objectif est de parvenir à un paquet global,
où certains assouplissements seraient contrebalancés par des
signes de durcissement. Le gouvernement français a trois
grandes priorités :
- une plus grande attention portée à la
qualité de la dépense ;
- une meilleure prise en compte de la
croissance ;
- une meilleure prise en compte de la
dette.
1. Le Président de la
République a fait des déclarations publiques sur la
nécessité de sortir telles ou telles dépenses du
critère de 3 % de déficit (recherche, défense...). Il est
certain que toutes les dépenses publiques ne se valent pas en termes de
rationalité économique et de légitimité politique.
Mais, lors du dernier Ecofin, il n'y a pas eu d'accord pour sortir
certaines dépenses du critère des 3 %.
2. En période de forte
croissance, il faudrait diminuer le déficit et la dette. Lors de son
précédent épisode de forte croissance, la France a
dilapidé sa « cagnotte » au lieu d'améliorer
sa position budgétaire corrigée du cycle, aboutissant ainsi
à un réglage procyclique irrationnel.
En période de récession, le franchissement de la
barre des 3 % peut être excusé par ces circonstances
exceptionnelles. A partir d'une baisse de 2 % du PIB, cette clause est
automatique ; à partir d'une baisse de 0,75 %, l'État
concerné doit justifier qu'il connaît des circonstances
exceptionnelles. Autant dire que ces critères n'ont pour l'instant
jamais été remplis. L'idée serait de tenir compte
des périodes de ralentissement prolongé de la croissance, et non
plus des seules franches récessions.
3. En ce qui concerne la dette, faut-il
durcir le pacte de stabilité, par exemple en prenant un critère
de dette de 40 % du PIB, ou simplement en prenant plus sérieusement en
compte le critère actuel de 60 % ? Certes,
l'évolution annuelle de la dette est importante, mais ce n'est pas le
seul critère pertinent. La croissance et l'inflation doivent autant
être prises en compte. Par ailleurs, l'Italie, dont la dette
dépasse 100 % du PIB, a fait savoir qu'elle s'opposait à un
durcissement du pacte dans ce domaine.
Enfin, il conviendrait de réfléchir au
calendrier. Le problème est que chaque État membre a son propre
calendrier budgétaire. Pour la France, la situation n'est pas
idéale : le projet de loi de finances est discuté à
l'automne, et, lorsque la Commission intervient en février suivant, le
budget est déjà voté depuis longtemps et même en
partie appliqué. L'idéal serait d'avoir à Bruxelles une
discussion en mai-juin pour le projet de loi de finances suivant,
coïncidant avec le Conseil de printemps.
L'objectif des négociations en cours est de
parvenir à un accord au Conseil européen du mois de mars, ou
à défaut à celui du mois de juin.
III - LES DERNIERS DÉVELOPPEMENTS
Le Chancelier allemand Gerhard Schröder a
publié une tribune dans le Financial Times
Deutschland, reprise dans Le Monde du 19 janvier 2005, dans laquelle il
critique le pacte de stabilité et en demande la révision. Selon
lui, « une véritable politique financière, qui
soutienne de la même façon stabilité et croissance, ne peut
pas être mesurée au seul respect de la limiter des 3 % de
déficit ». La Commission doit prendre en
considération les réformes sociales engagées par un pays,
ses dépenses faites dans le but de relancer la conjoncture, ou encore
des « charges publiques extraordinaires » avant de mettre
en place une procédure de sanction pour non respect des 3 %.
En évoquant les « charges publiques
extraordinaires », M. Schröder pense au montant de la
contribution de l'Allemagne au budget européen et aux subventions
versées par Berlin à l'ex-RDA. L'Allemagne a
enregistré en 2004 un déficit public de 3,9 % du PIB,
dépassant pour la troisième année consécutive la
limite de 3 %. Sa dette publique cumulée devrait atteindre
66 % du PIB en 2005 et rester supérieure à la limite de
60 % du PIB fixée par le pacte au moins jusqu'en 2007.
L'Eurogroupe s'est réuni le lundi 17 janvier et
le mardi 18 janvier pour évoquer la réforme du pacte de
stabilité et de croissance. Les suggestions du Chancelier
allemand sont susceptibles de trouver un écho favorable en France et en
Italie, mais ont provoqué un tollé parmi les tenants de la
rigueur budgétaire.
Un consensus s'est fait sur le principe de ne pas modifier le
texte du Traité sur les limites de 3 % pour le déficit et de
60 % pour la dette, et de ne pas remettre en cause le droit d'initiative
de la Commission. L'ensemble de l'Eurogroupe s'est prononcé contre
l'exclusion de blocs entiers de dépenses du calcul du déficit.
Tous sont d'accord pour renforcer la dimension
préventive du pacte, même si les modalités de la
réforme sont encore floues.
Les objectifs à moyen terme pourraient
être différenciés selon les États membres, soit en
tenant compte de la dette, de la durabilité des finances publiques et
des réformes structurelles, soit en laissant aux États membres le
choix entre une réduction de la dette ou la poursuite des
réformes. La prise en compte des réformes structurelles
qui vont dans le sens de la stratégie de Lisbonne pourrait
permettre de dévier de la trajectoire d'ajustement.
Concernant le volet correctif du pacte, les États
membres estiment en général que la définition des
circonstances exceptionnelles est trop restrictive sur la notion de
récession. Les États membres en situation de
déficit excessif devraient bénéficier de
délais d'ajustement plus longs. Enfin, à propos
de la dette, les États membres divergent : certains sont pour des
critères qualitatifs, d'autres pour un cadre plus rigide du rythme de
réduction de la dette.
Le président, M. Jean-Claude Juncker, a bon espoir
de parvenir à un accord lors du sommet européen des 22 et
23 mars.
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La France a été l'un des pays initiateurs du
pacte de stabilité et de croissance, mais aussi l'un des premiers
à le remettre en cause. Il serait souhaitable que notre pays parvienne
à dégager une doctrine sur la manière dont il faudrait le
clarifier, si nous ne voulons pas subir une réforme imposée par
les autres États membres. Dans cette perspective, il faudrait profiter
de l'opportunité que représente la volonté de l'Allemagne
de modifier le pacte, pour parvenir à une position commune.
Mon sentiment est qu'il ne faut pas affaiblir le principe
même du pacte, qui est absolument indispensable. Donner une prime au
manque de rigueur serait irresponsable. En revanche, les modalités
peuvent et doivent être améliorées : il nous faut un
dispositif capable de mieux s'adapter aux réalités, de garantir
une gestion sérieuse des finances publiques tout en évitant des
automatismes contre-productifs. Si un accord se dégage en ce sens, nous
aurons un dispositif qui suivra de plus près les évolutions
budgétaires et en ce sens sera plus contraignant, mais en même
temps une discipline plus intelligente remplacera des mécanismes trop
rigides et pour cela - comme on l'a vu - difficilement
applicables.
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