3ème édition de TREMPLIN RECHERCHE



Colloque - Palais du Luxembourg 12 février 2008

II. LES IMPACTS DE L'ÉCO-INNOVATION

TABLE RONDE

Participaient aux à la table ronde :

Marc FLORETTE, Directeur de la Recherche, Gaz de France

Laurent GILBERT, Directeur Recherche Avancée, Sciences de la Matière, L'Oréal

Jean-Michel GIRES, Directeur développement durable et environnement, Total

Grégory LANNOU, Coordinateur Ecologie industrielle, CEIA

François MOISAN, Directeur Exécutif Stratégie et Recherche, ADEME

Jean-Charles POMEROL, Président de l'université Pierre et Marie Curie

Les débats étaient animés par Philippe ADNOT, Sénateur de l'Aube, Président du Conseil général de l'Aube

Philippe ADNOT

Je ne présenterai qu'une partie de mes différentes facettes, en tant que Président du Conseil général de l'Aube et Vice-Président du conseil d'administration de l'Université de technologie de Troyes, la première à avoir eu une chaire d'écologie industrielle. A ce titre, j'ai eu l'occasion de créer un club d'écologie industrielle, à travers lequel sont associées les chambres de commerce, les métiers de l'agriculture, les industriels, l'université et l'administration, pour instaurer un système « gagnant-gagnant ». Grâce à la présence, parmi nous, de l'une des personnes chargées de mettre ce processus en oeuvre, nous allons pouvoir en faire la démonstration concrète.

a) L'université Pierre et Marie Curie

Jean-Charles POMEROL

J'ai moi-même participé au conseil scientifique de l'Université de technologie de Troyes, qui constitue une brillante réussite.

Héritière de la Faculté des Sciences de Paris, l'Université Pierre et Marie Curie a néanmoins un historique plus ancien.

Nous avons par ailleurs démontré notre engagement dans le domaine dont il est question ce matin, avec la reconstitution d'un pôle « terre vivante et environnement » ainsi que la création d'une nouvelle UFR « Terre, Environnement et Biodiversité ».

Nous disposons, tant au sein du pôle que de l'UFR d'une trentaine de laboratoires. Nombre d'entre eux travaillent sur le changement climatique, notamment les laboratoires de l'UPMC.

Nous sommes également très engagés dans les recherches en Arctique, le grand projet européen Damoclès étant coordonné par l'UPMC. Ce projet, dont vous avez certainement entendu parler, prouve la probable disparition prochaine, du moins en été, de la banquise Arctique.

Nous travaillons par ailleurs sur des disciplines qui n'ont pas encore été mentionnées, notamment l'observation. Compte tenu des polémiques sur le réchauffement climatique, il est essentiel, du point de vue scientifique, d'être capable de maintenir des observations de valeur. Avec l'INSU, qui est un département du CNRS, nous gérons un certain nombre de laboratoires qui jouent un rôle fondamental dans la compréhension des changements climatiques, en distinguant les variations liées aux phénomènes anthropiques des modifications naturelles du climat.

La présente table ronde ayant pour thème l'éco-innovation, nous pouvons nous interroger sur les apports de nos recherches dans le domaine de l'innovation. Grâce à l'incubateur Agoranov, avec lequel nous travaillons en collaboration, nous avons aidé à la création d'un certain nombre d'entreprises, notamment des sociétés qui aident les entreprises privées et les assurances à anticiper les évènements climatiques.

Au-delà de ce premier axe de développement, il nous paraît également essentiel d'encourager la création d'entreprises dans le domaine de la chimie verte. Au préalable néanmoins, nous pouvons nous interroger sur la manière dont la valeur d'un procédé chimique est évaluée.

La question de l'eau nous intéresse également. Dans ce domaine, il convient de soutenir toutes les initiatives visant à économiser et à recycler l'eau, à mieux connaître l'état des nappes phréatiques et à prévenir la pollution. Précédemment en effet, l'un des intervenants a utilisé la formule « nous empruntons la terre à nos descendants ».

Or, dans certains cas, le problème de la pollution de l'eau peut s'avérer catastrophique. Certaines nappes phréatiques sont totalement épuisées tandis que d'autres sont polluées pour des dizaines d'années. Nous devons donc absolument nous donner les moyens de favoriser l'innovation, notamment au sein des sociétés qui pratiquent la dépollution.

Nous privilégions enfin toutes les mesures liées aux énergies renouvelables. En tant qu'affectataires de Jussieu, nous avons la chance de connaître actuellement un processus visant à mettre fin à la pollution du site. Nous profitons de cette occasion pour nous engager dans une rénovation respectueuse de l'environnement, notamment en installant des systèmes photovoltaïques.

b) Problématiques énergétiques de Total

Jean-Michel GIRES

Le groupe Total, au sein duquel je suis en charge des problématiques de développement durable et d'environnement, se situe au coeur des processus visant à réconcilier environnemental et sociétal, que ce soit dans le domaine industriel, commercial, ou énergétique.

Il ne s'agit pas néanmoins d'un sujet que nous venons de découvrir. Nombre de démarches ont en effet déjà été engagées dans ce sens. La hausse du prix de l'énergie ainsi que les problématiques de gaz à effet de serre nous conduisent cependant aujourd'hui à nous pencher à nouveau sur ces questions avec beaucoup plus d'acuité, afin de trouver de nouvelles solutions, nous permettant d'aller plus loin. Nous souhaitons réduire à la fois :

· les émissions générées par nos activités et celles de nos clients ;

· la consommation d'intrants, c'est-à-dire de matières premières ;

· la consommation de ressources issues des écosystèmes liés à un certain nombre de nos développements pétroliers.

Ces objectifs nous incitent à rendre un certain nombre de nos procédés, notamment dans le domaine de l'efficacité énergétique, beaucoup plus innovants. Nous sommes également conduits à réfléchir à des solutions qui, à terme, pourraient s'avérer encore plus radicales. Il en est ainsi du pilote de démonstration que nous lançons actuellement à Lacq, dans le sud-ouest de la France. Il s'agit d'une opération de captage et de stockage du gaz carbonique issu de la vapeur de chaudière, afin de le purifier et de le comprimer avant de le réinjecter dans le sous-sol.

Il serait néanmoins réducteur de limiter notre recherche de solutions au domaine industriel. Nous devons en effet répondre aux attentes relativement fortes de nos clients pour les aider à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre, notamment grâce à des carburants dont la composition améliorée permet une utilisation plus réduite.

Dans ce sens, nous sommes également amenés à explorer les énergies renouvelables. Ainsi, Total détient-il une position intéressante dans le domaine de l'énergie solaire photovoltaïque, dans lequel nous avons connu des réductions de coûts spectaculaires au cours des trente dernières années qui nous permettent d'espérer une intégration croissante des capteurs photovoltaïques dans le bâti.

Par ailleurs, nous réfléchissons aux possibilités que nous offrent les biocarburants de deuxième génération, qui présentent l'intérêt de ne plus entrer en conflit avec les marchés alimentaires. Reste encore à déterminer la manière dont ils fonctionneront (ressources, procédés de transformation, etc.)

En ce qui concerne les pays du sud, évoqués précédemment, des schémas d'accès à l'énergie sont à l'étude, afin d'aider les populations qui auraient des difficultés financières ou géographiques à disposer d'électricité. Pour ce faire, nous envisageons de faire appel non seulement à l'énergie solaire photovoltaïque mais également à d'autres solutions, comme la biomasse. Enfin, il convient de réfléchir à la manière d'assurer la maintenance des équipements, pendant une période donnée.

c) Actions de l'ADEME

François MOISAN

L'ADEME est une agence publique, qui dépend de deux ministères, le Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables d'une part, et le Ministre de la recherche d'autre part. Parmi ses activités, l'ADEME a une mission de recherche, consistant à animer, orienter et financer des programmes de recherche relatifs à l'environnement, conduits par des entreprises et des organismes publics.

(1) Actions que nous menons en termes d'éco-conception

L'éco-conception consiste à concevoir un produit en prenant en compte l'ensemble des impacts qu'il est susceptible d'avoir sur l'environnement, dans une logique « du berceau à la tombe », c'est-à-dire de l'extraction des matières premières au recyclage des déchets.

En 2001, nous avons lancé un premier appel à propositions, pour connaître les entreprises désireuses de s'engager dans ce processus. A cette époque, ce sont des fabricants de matériel industriel qui se sont engagés.

En 2004, après avoir recommencé l'opération, nous avons obtenu des réponses de la part d'entreprises fabricant des produits grands publics, notamment des PME : un fabricant de matériel pour la montagne, qui a réalisé une chaussure éco-conçue, un fabricant d'aspirateurs, un fabricant de chaussettes, etc. Néanmoins, nous ne nous sommes pas tant intéressés aux objets en question qu'aux méthodes élaborées par les entreprises pour éco-concevoir ces produits.

Début 2008, nous avons lancé un nouvel appel à propositions, à travers lequel nous visons deux grands secteurs : d'une part, la puissance publique, qui est un prescripteur important de produits et d'autre part, la grande consommation, qui s'est engagée au Grenelle de l'environnement à produire des « étiquettes carbones ».

(2) La question des échéances

Au travers de la problématique du changement climatique, nous sommes face à des échéances de moyens et de long terme, que nous ne retrouvons pas dans d'autres secteurs de la recherche. Ainsi, le facteur 4 découle-t-il non seulement d'une appréciation des scientifiques mais également d'une décision politique.

Des objectifs de plus court terme ont néanmoins été établis. Il en est ainsi de l'objectif européen dit « trois fois vingt » consistant d'ici 2020, pour l'ensemble des Etats membres :

· à réduire de 20 % leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 ;

· à améliorer de 20 % l'efficacité énergétique ;

· à disposer de 20 % d'énergies renouvelables dans la production d'énergie.

Pour répondre à cet objectif, nous devrons mettre en oeuvre des solutions tant technologiques qu'organisationnelles et ce, de manière urgente, entre les organismes publics et les entreprises.

(3) Priorité sur les secteurs du transport et du bâtiment

Lors du Grenelle de l'environnement, les parties prenantes sont parvenues à un consensus sur la nécessité de concentrer leurs efforts en priorité sur les secteurs du transport et du bâtiment.

Dans le domaine du bâtiment, nous disposons d'ores et déjà de technologies nous permettant de construire des bâtiments dits « à énergie positive », soit des bâtiments dont l'isolation et l'utilisation d'énergies renouvelables est telle qu'ils produisent plus d'énergie qu'ils n'en consomment. Pour l'instant néanmoins, la profession du bâtiment ne dispose pas d'un niveau de formation suffisant pour s'approprier l'ensemble de ces technologies. Dans ce domaine, au-delà de la recherche, le principal défi réside dans notre capacité à produire des démonstrateurs de bâtiments à énergie positive, entraînant des baisses de coût rapides. Il convient également de mettre en place un programme de formation.

En 2012, les consommations d'énergie des bâtiments neufs devront être divisées par deux. Il ne s'agit néanmoins que d'un premier pas. Deux tiers des bâtiments qui existeront en 2050 en effet, sont d'ores et déjà construits. Il convient donc également d'adapter ces technologies à l'ancien.

Dans le secteur des transports, la situation est radicalement différente dans la mesure où, du point de vue technologique, il n'existe pas encore d'alternative au véhicule individuel. Nous ne disposons que de différentes options, comme les biocarburants, le véhicule électrique, le véhicule hybride, l'hydrogène, etc.

L'ADEME a travaillé avec l'ensemble des constructeurs automobiles ainsi que différentes parties intéressées comme Total ou l'IFP pour essayer de déterminer une vision commune en vue de l'échéance 2050. Au terme de huit mois de réflexion, nous avons identifié quatre visions qui nous ont semblé suffisamment importantes pour conjuguer nos efforts. L'une d'entre elles est fondée sur l'hydrogène et les piles à combustibles, une autre sur le véhicule électrique. Nous pourrions en effet envisager de construire un véhicule beaucoup plus léger et, partant, beaucoup moins consommateur d'énergie.

Enfin, nous avons retenu l'option d'un petit véhicule urbain à autonomie limitée, qui pourrait être électrifié. Contrairement au Japon, où ces véhicules représentent déjà 32 % des ventes, aucun constructeur européen ne s'est encore lancé dans l'aventure. Cette réflexion nous a néanmoins permis d'aboutir à la conclusion que l'innovation résidait avant tout dans la notion de service, ce véhicule ayant vocation à être associé à des services, afin de créer de la valeur ajoutée.

Face à cette urgence, nous devons conjuguer nos forces, afin de favoriser les visions communes, la démonstration ainsi que la continuité entre la recherche publique, la recherche industrielle et le marché.

d) Actions menées par Gaz de France

Marc FLORETTE

Gaz de France estime avoir des devoirs vis-à-vis de ses 11 millions de clients.

En matière de mix énergétique, Gaz de France s'est résolument engagée dans le domaine de l'éolien puisque nous disposons actuellement du premier parc installé en France. Nous sommes également actifs dans le secteur de la géothermie. Ce mix énergétique ne doit pas se limiter à la production. Il doit également être mis en place au niveau du client final.

Je distinguerai donc entre les actions que nous menons sur notre propre outil industriel et celles que nous engageons auprès de nos clients.

(1) Actions vis-à-vis de nos outils industriels

S'agissant de nos outils industriels, nous tentons d'améliorer notre gestion du gaz naturel liquéfié et ce, à travers deux voies. Premièrement, le froid produit par les terminaux méthaniers est utilisé à Fos par Air Liquide dans ses procédés de fabrication de divers gaz industriels. Ce faisant, nous respectons l'idée, propre à l'écologie industrielle, selon laquelle les déchets des uns peuvent être les matières premières des autres.

Par ailleurs, alors qu'ils étaient traditionnellement motorisés au fuel, les navires méthaniers que nous affrétons utilisent désormais le gaz naturel transporté, ce qui permet non seulement d'améliorer le rendement de 25 % mais également de diminuer de 40 % les émissions de CO 2 .

Il y a quelques semaines, nous avons signé avec Vattenfall un accord de coopération sur un pilote de fabrication d'électricité par oxycombustion, pour expérimenter la capture et l'injection de CO 2 dans un champ nous appartenant. Ce procédé, qui demande beaucoup de travaux de recherche, coûte encore très cher.

(2) Actions vis-à-vis de nos clients

S'agissant de nos clients, je citerai l'exemple d'un accord que nous avons passé avec Arcelor, à Dunkerque, pour construire une centrale à cycle combiné, permettant de brûler à la fois les gaz sidérurgiques et du gaz naturel. Il s'agit d'une véritable innovation. Etant donné les tailles considérées en effet, nous avons pris des risques.

Vis-à-vis de nos clients domestiques, nous avons pour objectif final d'arriver à construire un bâtiment dont le bilan net de consommation serait nul. Je rappelle que je suis membre fondateur de la Fondation du bâtiment à énergie positive.

En attendant l'aboutissement de ces recherches, des solutions ont déjà été mises en oeuvre, à travers notamment un démonstrateur qui a été exposé au salon Interclima. Il s'agit d'une maison en bois qui, bien qu'étant évolutive, répond dès à présent au label BBC (50 kilowattheures par mètre carré et par an), grâce auquel la RT 2015 devrait être avancée en 2012.

Ce type d'évolutions se fonde sur la notion d'éco-confort, que nous essayons de développer.

e) La politique de développement durable de L'Oréal

Laurent GILBERT

Dans le cadre de ses recherches en développement durable, la politique de L'Oréal consiste à développer une innovation soutenable, basée sur :

· l'éco et la socio-conception des produits ;

· une lisibilité d'un certain nombre de concepts (produits naturels, commerce équitable) ;

· un partage avec les différentes parties prenantes de notre activité.

Lorsque nous éco-concevons un produit cosmétique, nous devons nous assurer que nous évaluons l'ensemble des matières premières qu'il contient sur tous les aspects du développement durable.

Pour ce faire, nous avons développé un référentiel de qualification, basé sur cinq axes :

· la protection de la santé des personnes ;

· la protection de l'environnement ;

· la protection de la biodiversité ;

· la mis en place d'échanges commerciaux équitables ;

· la prise en compte des impacts sociaux et sociétaux de l'activité.

Ce référentiel présente par ailleurs l'intérêt de porter sur tout le cycle de vie du produit, de l'extraction des matières primaires à la fin de vie du produit, en intégrant nos fournisseurs à l'évaluation. Il convient en effet que ces derniers s'approprient ce référentiel de qualification et soient capables de progresser avec nous sur l'ensemble de ces axes.

Par ailleurs, depuis de nombreuses années, tant en interne, au niveau de notre recherche, qu'en partenariat avec nos fournisseurs, nous avons travaillé au développement de la chimie verte. Nous avons ainsi découvert un nouvel actif anti-âge, le proxylane, dont nous nous sommes assurés qu'il s'agissait d'une matière première renouvelable, conçue à partir d'un procédé économe en énergie et en atome. Dans ce but, nous avons utilisé un certain nombre d'indicateurs d'éco-conception, développés par l'université hollandaise de Delft. Enfin, nous garantissons la biodégradabilité de ce produit.

f) Les démarches d'écologie industrielle menées par le CEIA

Grégory LANNOU

J'aborderai le sujet du développement durable sous un angle plus opérationnel, en évoquant la mise en oeuvre sur le terrain d'une démarche d'écologie industrielle.

A travers l'institut Charles Delaunay, affilié au CNRS et de sa chaire d'écologie industrielle, l'Université de technologie de Troyes dispose d'outils de développement durable non seulement dans le domaine de la recherche mais également sur le plan opérationnel. Elle forme également des étudiants dans le cadre d'un Master d'écologie industrielle et d'éco-conception.

(1) Création du CEIA

Pour mettre en oeuvre les démarches d'écologie industrielle sur un territoire, en l'occurrence le département de l'Aube, nous avons créé une association, le Club d'écologie industrielle de l'Aube. Ce club a pour objectif de faire du développement durable et de l'écologie industrielle une clé de la performance du territoire et ce, en transformant ce qui pourrait apparaître en premier lieu comme une contrainte en un avantage concurrentiel.

Cet avantage peut être obtenu, d'une part, par une substitution de flux et, d'autre part, grâce à des mutualisations, non seulement d'approvisionnements, de traitements de déchets, d'utilité, etc., mais également de crèches d'entreprises, de services collectifs, de plans de déplacement, etc. L'idée est de transférer les résultats du laboratoire de recherche de l'université de technologie de Troyes vers les entreprises et les territoires.

Dans ce sens, l'association est divisée en quatre collèges :

· le collège des entreprises ;

· le collège des activités/institutions ;

· le collège des établissements de recherche et de formation ;

· le collège des représentations professionnelles.

Nous essayons donc d'adopter une démarche pragmatique et transversale qui implique l'ensemble des acteurs du territoire.

Depuis sa création en 2003, la véritable clé de la réussite de ce club réside dans le dialogue entre les parties prenantes du territoire. Si les acteurs d'un territoire (décideurs, chefs d'entreprises, établissements de formation, etc.) n'échangent pas d'informations, que ce soit sur leurs flux, leurs activités, leurs perspectives et leur stratégie, la démarche d'écologie industrielle est vouée à l'échec.

Malgré sa taille modeste (300 000 habitants), le département de l'Aube a la chance d'être composé d'acteurs qui se connaissent bien entre eux. Il s'agit pour nous d'un véritable levier d'action. Nous travaillons avec les chambres de commerce, de métier, d'agriculture, les représentations professionnelles, les autres établissements de formation (école de commerce, lycées agricoles, l'Institut universitaire des métiers du patrimoine, etc.).

En 2007, nous nous sommes portés candidats à un projet de l'Agence Nationale de la recherche, piloté par l'association Orée et intitulé COMET.

De 2008 à 2011, il sera mis en oeuvre sur sept territoires d'expérimentation français, dont trois dans l'Aube.

Cette démarche ambitieuse vise soit à faire des déchets des uns la matière première des autres, soit à mutualiser les ressources.

(2) Deux exemples d'écologie industrielle dans le département de l'Aube

Le premier exemple porte sur deux entreprises du département de l'Aube :

· la sucrerie Cristal Union, située dans le nord du département, qui fabrique du sucre à partir de betterave ;

· l'entreprise de travaux publics Appia Champagne, qui appartient au groupe Eiffage.

Lorsque l'entreprise Cristal Union les reçoit, les betteraves sont plus ou moins terreuses. Une fois lavées, la terre et le sable contenus dans l'eau sont décantés, avant de devenir un déchet. Depuis les années 60, ce déchet était épandu. Néanmoins, le rayon d'épandage était plus restreint que le rayon d'approvisionnement. Outre la saturation des sols, le sable engendrait une graminée, susceptible de gêner l'agriculture. Ce sable était par conséquent enfoui, en centre de classe III, pour un coût d'une vingtaine d'euros la tonne, pour près de 6 000 à 12 000 tonnes par an. Il s'agit donc d'un coût non seulement environnemental et mais également économique.

Appia Champagne quant à elle exploitait des carrières de sable vierge dans le cadre de son activité de travaux publics. La connaissance de ces flux nous a permis de mettre en relations les deux entreprises qui depuis 2004 ont signé une convention leur permettant d'échanger ces matières sableuses. Cet échange permet non seulement d'allonger la durée de vie des carrières et d'éviter l'enfouissement mais également de mutualiser les transports.

Ce type de solution pragmatique devient possible, dès lors que les différents acteurs d'un territoire dialoguent entre eux. Mettre en relation ces acteurs est l'idée fondatrice du Club d'écologie industrielle de l'Aube.

Deuxièmement, pour résoudre les problèmes de traitement des effluents graisseux issus de l'unité de fabrication d'andouillettes de l'entreprise AT France, il a été envisagé avec la DRIRE, d'une part, de procéder à un prétraitement des eaux et d'autre part, d'utiliser ce gras dans une chaudière, dimensionnée à cet effet, afin de fournir de la vapeur dans le cadre de process industriels. Ce bouclage en interne a permis de remplacer 30 % des gaz par ce nouveau combustible.

Enfin, il a été décidé d'utiliser l'excédent de vapeur non seulement pour chauffer les bâtiments mais également pour désinfecter les canalisations. Une blanchisserie a également été créée.

g) Echanges avec la salle

Claude ALBAGLI

En mai, le réseau international francophone que je préside, implanté dans 35 pays, organisera un colloque intitulé «  Comment rendre le développement plus durable ? ». La participation du Sénat y sera assurée au travers de la présence du Sénateur Jean-François Legrand.

Ce matin, nous avons évoqué les notions de bonheur et de PIB. La notion de bonheur a été établie par Jean-Baptiste Say, qui avait proposé de le mesurer au travers de la quantité de consommation réalisée par chaque individu. Dès lors, la publication annuelle par la Banque Mondiale du PNB par habitant constituait-elle une sorte de hit parade du bonheur planétaire. Or nous remarquons que depuis quatre ans elle ne donne plus qu'un ordre alphabétique. Peut-être ne croit-elle plus au bonheur.

Tant au sein des entreprises que des administrations, il devient de plus en plus difficile de mesurer le problème du transport par rapport à la norme écologique. Dans ce cadre, nous pourrions nous demander si la mondialisation, qui jusqu'à présent était apparu comme le début d'une nouvelle ère, ne constituerait pas plutôt le dernier acte d'une économie fondée il y a trois siècles. De plus en plus en effet, les entreprises risquent d'être confrontées à des problèmes d'organisation ainsi que de hausse considérable du prix des transports, si bien que la proximité finira par être valorisée. En d'autres termes, l'économie écologique signifie-t-elle la fin de la mondialisation ?

Anissa LARDJANE, chercheur

Le représentant de L'Oréal a parlé de référentiels de qualification. En tant que femme, je souhaiterais savoir pourquoi vous ne développez pas plus les produits biologiques, qui constituent une garantie de développement durable.

Estelle FORGET, étudiante en développement durable, Paris Dauphine

Je m'interroge sur l'enfouissement du CO 2 , dont Messieurs Gires et Florette ont fait la promotion. Je souhaiterais avoir l'avis de l'ADEME sur cette question.

Laurent GILBERT

Récemment, L'Oréal a procédé à des acquisitions dans le domaine du naturel et du biologique, afin de développer ce type de produits pour le maximum de consommateurs. Si, aujourd'hui, les surfaces cultivées ne permettent pas d'atteindre le niveau que vous appelez de vos voeux, nous nous sommes résolument engagés dans cette voie, en acquérant une marque comme Sanoflore, basée sur les principes de l'agriculture biologique.

Jean-Charles POMEROL

La question des transports et de la mondialisation est intéressante. Certains produits font déjà l'objet de coûts de transport tellement dissuasifs que la production locale a fini par s'imposer (sables, ciment, granulats, etc.). Nous avons pourtant affaire à des grands groupes mondiaux, le ciment notamment étant aux mains d'un quasi-oligopole. Dans ce cas, la mondialisation concerne davantage les procédés et les savoir-faire que la production qui, elle, peut être locale. Néanmoins, un producteur local peut être menacé par un producteur ayant une vision mondiale, à condition que ce dernier fasse preuve de procédés plus efficaces et plus propres.

François MOISAN

Le transport aérien est le seul dont le carburant n'est pas taxé, ce qui explique que ses prix n'aient pas encore d'impact sur les échanges. Si l'instauration de telles taxes peut conduire à une « vérité des prix », celle-ci néanmoins ne mettra pas fin à la globalisation. Elle conduira simplement à une rationalisation économique des échanges.

Par ailleurs, à ce stade, l'ADEME considère le captage et stockage du CO 2 comme une option de recherche. Il y a quatre ans, nous avons mis en place un club CO 2 , rassemblant tous les acteurs français (entreprises, laboratoires, etc.) travaillant sur cette filière. Nous estimons qu'il convient de prendre cette possibilité en considération, dans le cadre de nos échéances, pour 2050, de diviser par quatre les émissions de CO 2 dans les pays développés.

Pour autant, nous ne sommes pas encore en mesure de décider la généralisation de ce procédé. Néanmoins, lorsque nous constatons que chaque semaine plus d'une centrale électrique ou au charbon est construite en Chine ou en Inde, nous pouvons envisager, à l'avenir, de recourir à cette option, pour limiter les émissions. Une fois fiabilisée, il ne s'agira néanmoins que d'une solution transitoire.

Si nous avons déjà mené beaucoup d'études sur les technologies de captage et de stockage, nous ne disposons encore que de peu de références. C'est pourquoi il est essentiel de mettre en place des démonstrateurs, comme celui de Total. Des expériences sous aquifères seront également nécessaires, la Chine et l'Inde ne disposant pas d'un grand nombre de puits de pétroles ou de gaz.

Par conséquent, il convient de continuer nos recherches. Ainsi, d'ici une dizaine d'années, nous saurons si cette solution peut constituer une réponse à nos besoins. En aucun cas en revanche, nous ne devons nous reposer uniquement sur cette option. Pour limiter les gaz à effet de serre, l'efficacité énergétique reste la solution privilégiée.

Monsieur NDINGA-OBA, ISEC

Originaire du Congo-Brazzaville, où le groupe Total est le premier producteur de pétrole, je souhaiterais savoir comment vous vous y prenez pour allier exploration pétrolière et défi écologique. Par ailleurs, l'échéance d'épuisement des matériaux fossiles, fixée en 2020, prend-elle en compte les découvertes pétrolières qui ont lieu actuellement partout dans le monde ?

De la salle

D'où proviendront les sources de bois utilisées pour construire la maison que Monsieur Florette a évoquée ? A quelle échelle comptez-vous développer ce prototype ?

Philippe TRAMOY

Nous savons que les biotechnologies industrielles apportent des solutions à l'écologie industrielle, notamment dans la bioproduction de principes actifs.

Qu'en est-il du développement et de l'utilisation de la bioproduction au sein de L'Oréal, pour la production de principes actifs ?

Par ailleurs, en Europe, certaines sociétés développent des biotechnologies industrielles pour capter le CO 2 à partir de microorganismes. Qu'en est-il du développement de ces biotechnologies au sein de Total et de Gaz de France ?

Marc FLORETTE

Le bois de la maison que nous avons présenté à Interclima et qui sera exposée à la Foire de Paris, au mois de mai, provient d'une forêt autrichienne administrée et gérée de façon durable. Néanmoins, ce bois pourrait également venir de France.

Par ailleurs, je rappelle que nous ne vendons pas de maisons. Nous avons mené cette opération en collaboration avec des architectes ainsi que les magazines Vivre et La maison Ecologique , l'idée étant de présenter des possibilités, susceptibles d'être répliquées. En outre, le démonstrateur que nous avons exposé a vocation à évoluer. Nous espérons ainsi passer de 50 à 30 kilowattheures. Nous souhaitons également utiliser des panneaux photovoltaïques, des isolations renforcées, etc. Il s'agit donc davantage d'une sorte de laboratoire de démonstration, susceptible de déboucher sur des réalisations concrètes.

Laurent GILBERT

Nous investissons dans les technologies de bioproduction, depuis de très nombreuses années, notamment pour produire le plancton thermal.

Depuis quelques années, nous avons amplifié notre recherche tant en interne que dans le cadre de projets soutenus au niveau français, européen, ou en partenariat avec un certain nombre de nos fournisseurs, dans le domaine de la biotransformation pour la production d'actifs et d'intermédiaires.

Jean-Michel GIRES

Au Congo, alors qu'un déclin quasiment irrémédiable était annoncé il y a encore quelques années, nous estimons aujourd'hui possible de continuer à développer la production de pétrole, grâce aux découvertes que nous avons récemment effectuées en off-shore profond.

Pour concilier cette exploration avec les défis écologiques, il convient d'être particulièrement rigoureux en termes de lieux d'implantation, d'atteintes possibles à la biodiversité, de maîtrise des émissions, etc.

J'ignore à quel problème en particulier votre question fait référence. Le Congo-Brazzaville est confronté à d'autres problématiques écologiques comme la déforestation, qui relèvent moins de la responsabilité des compagnies pétrolières.

Pour répondre à votre seconde question, l'exemple du Congo montre qu'il est possible d'augmenter, dans une certaine proportion, les productions de pétrole.

Nous n'envisageons pas de rencontrer de contrainte, tel le fameux « peak oil », régulièrement débattu de gauche et de droite, avant 2020-2025. Nous rencontrerons certainement des difficultés, au-delà de ces échéances, davantage liées à nos capacités de production qu'aux ressources disponibles. Ces problématiques doivent nous inciter à travailler vigoureusement à la recherche d'alternatives au pétrole, ne serait-ce que pour faire face aux besoins qui ne vont pas manquer de se développer dans les pays émergents.

Par ailleurs, le stockage du gaz carbonique par les plantes mérite d'être encouragé. J'imagine que vous vous référiez à des recherches originales, basées sur les algues ou les micro-organismes. Pour l'instant néanmoins, il s'agit de recherches très en amont. A notre connaissance en effet, il n'existe pas de procédés industriels ou de business models dans ce domaine.

En liaison avec l'IFP, nous avons l'attention d'organiser, sur ce sujet, un colloque qui se déroulera probablement à Pau, aux alentours des mois de mai et de juin de cette année. Cet évènement nous permettra de faire le point et, peut-être, d'engager d'autres initiatives pour encourager les recherches les plus prometteuses dans ce domaine.

Jean-Marie BASSET

En tant que Directeur de recherche au CNRS ainsi que d'un laboratoire de catalyse à Lyon, membre de l'Académie des sciences et de l'académie des technologies, je voudrais témoigner au nom des chercheurs.

Nous avons le sentiment en effet que les chercheurs sont les « laissés pour compte » de ce débat, qui laisse avant tout la parole aux lobbys. S'ils pouvaient s'exprimer, les chercheurs souligneraient l'accroissement de la recherche en Inde et en Chine. Ils feraient valoir qu'en France, si les moyens de la recherche augmentent, la carrière du chercheur reste sous-évaluée, ce qui explique que nous soyons confrontés à des difficultés considérables pour motiver et recruter les jeunes.

Nous ne communiquons pas suffisamment sur ce que les défis auxquels nous faisons face actuellement peuvent leur apporter en termes de possibilités d'emploi. Quant à moi, je constate que dix fois plus de Chinois que de Français demandent à entrer dans mon laboratoire.

Nous sommes par ailleurs confrontés à un problème de lobbys. Les intervenants qui viennent de s'exprimer en effet défendent leurs lobbys respectifs, qu'il s'agisse du gaz, du pétrole ou de « l'administration ».

L'année dernière, lors d'un Congrès que j'ai organisé sous le titre : « De l'or noir à l'or vert », de grandes sociétés chimiques mondiales, comme Exxon, remarquaient que, quoi que nous fassions, les émissions de CO 2 allaient doubler d'ici vingt à trente ans. En Chine en effet, une usine d'électricité à base de charbon est construite toutes les semaines. Face à ce problème, Exxon a considéré que si, en Chine, une unité sur deux de charbon était remplacée par une unité de nucléaire, nous pourrions éventuellement stabiliser aux environs de 2040-2050 la quantité de CO 2 dans l'atmosphère. La France, qui a un rôle considérable dans le domaine du nucléaire, joue-t-elle suffisamment cette carte ? Le nucléaire en effet me paraît une solution évidente aux problèmes de l'énergie dans le monde.

Philippe ADNOT

Je répondrai à la première partie de votre intervention. Il se trouve que c'est moi qui aie conçu la maquette de cette manifestation, que j'ai présentée au Président du Sénat pour qu'il la reprenne à son compte. Ce faisant, j'ai veillé à mettre en dialogue le monde de la recherche avec le monde de l'entreprise et de la finance. Par conséquent, je ne peux pas laisser dire que cette manifestation a pour objectif de permettre aux lobbys de s'exprimer.

En revanche, il serait absurde d'organiser ce type d'évènement sans inviter le monde de l'entreprise. Par ailleurs, je ne suis pas certain que le Président de Pierre et Marie Curie soit le représentant d'un quelconque lobby.

Enfin, je rappelle que 17 projets de recherche sont exposés dans le hall toute la journée. De plus, nous avons encore tout l'après-midi pour travailler.

Marc FLORETTE

Nous fréquentons quant à nous largement les scientifiques. A titre d'exemple, nous avons des partenariats avec le CORIAC et le laboratoire spécialisé en combustion, du CNRS à Rouen. Par ailleurs, dans le cadre du pôle de compétitivité TENERRDIS en Rhône-Alpes, nous travaillons avec le CEA sur les énergies renouvelables.

Au conseil scientifique de Gaz de France, sont représentés un certain nombre de chercheurs, comme Jean Salençon, qui est le Vice-Président de l'Académie des Sciences ou Hervé Le Treut, qui est l'un des plus grands climatologues français et internationaux. Ces chercheurs nous interpellent sur un certain nombre de sujets. Néanmoins, en tant qu'entreprise, nous devons aussi prendre en considération notre compte de résultat.

François MOISAN

Pour moi, la notion de lobby n'est pas a priori négative. Il rejoint le terme « parties intéressées », utilisé par les Américains. Il est à mon sens inéluctable que les personnes qui s'expriment soient porteuses des intérêts des organismes qu'elles représentent. Nous pourrions ainsi parler de lobby, en ce qui concerne tel ou tel laboratoire ou institution.

A l'ADEME, en termes de recherche, nous travaillons tant avec les laboratoires publics qu'avec les entreprises, qui reçoivent respectivement un tiers et deux tiers de nos budgets, l'objectif étant d'instaurer un dialogue entre ces deux acteurs.

Vous avez évoqué les chercheurs, dont un certain nombre des problèmes sont liés à leurs salaires. Des réformes structurelles sont en cours dans ce sens.

En revanche, je ne souscris pas à l'idée selon laquelle les émissions de CO 2 devraient inéluctablement doubler. Les scientifiques du GIEC ont en effet démontré que l'écart de température de la fin du siècle (de +2° à +6°) repose pour moitié sur l'incertitude des modèles climatiques, l'autre moitié étant due aux trajectoires d'émissions futures. Je refuse l'idée selon laquelle tout serait déjà écrit. Si l'augmentation est inéluctable, faisons en sorte qu'elle soit la plus faible possible.

Philippe ADNOT

Je souhaiterais que Grégory Lannou nous présente le logiciel que le CEIA met actuellement en oeuvre.

Grégory LANNOU

L'écologie industrielle suppose que, dans le cadre d'accords de confidentialité, les partenaires industriels placent dans un lieu sécurisé les informations concernant leurs flux.

Grâce aux travaux de recherche que nous avons menés dans le cadre d'une thèse réalisée au sein de mon laboratoire, nous avons créé un logiciel permettant de capitaliser les données sur les flux entrants et sortants des entreprises, afin de faire les connexions, soit en mutualisation, soit en substitution, dont nous avons besoin pour mettre en oeuvre les démarches sur le territoire.

Le logiciel ne remplace pas l'expert. Une fois l'ensemble des possibilités de synergie détectées par le logiciel, il convient d'analyser leur faisabilité, en termes d'économie, pour l'entreprise, de limitation des impacts sur l'environnement, de création ou de consolidation d'emploi, etc. C'est de cette manière que nous arrivons à mettre en place des synergies sur un territoire ainsi qu'à pérenniser des activités.

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