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COMPTES RENDUS DE LA DELEGATION AUX DROITS DES FEMMES


Mardi 20 février 2007

- Présidence de Mme Gisèle Gautier, présidente. -

Femmes et médias - Table ronde

La délégation a procédé à l'audition, dans le cadre d'une table ronde, sur le thème : « Les femmes ont-elles toutes leur place dans les médias ? », de Mmes Dominique Alduy, ancienne directrice générale de France 3, ancienne directrice générale du quotidien Le Monde, Christine Clerc, chroniqueuse aux quotidiens Le Télégramme de Brest et Midi Libre et aux hebdomadaires Marianne et Valeurs actuelles, Isabelle Germain, présidente de l'Association des femmes journalistes, Mémona Hintermann, grand reporter au service Politique internationale de France 3 et Christine Ockrent, rédactrice en chef à France Télévisions et présentatrice de "France Europe Express" sur France 3.

Mme Gisèle Gautier, présidente, a tout d'abord fait une rapide présentation des travaux de la délégation, en soulignant que ses différents rapports comportaient des recommandations destinées à parvenir à une meilleure égalité des chances entre les femmes et les hommes. Elle a ensuite précisé que la délégation avait décidé, cette année, de choisir comme sujet d'étude le thème « Femmes et hommes dans les médias », ce thème comportant deux aspects, le premier, relatif à l'image des femmes dans les médias et à son utilisation, notamment dans la publicité, et le second, concernant la place et les responsabilités des femmes dans les professions des médias. Elle a ajouté que cette audition constituerait l'occasion d'inverser les rôles habituels en permettant aux parlementaires membres de la délégation « d'interviewer » à leur tour des journalistes et des personnalités des médias.

Puis elle a invité les différentes personnalités auditionnées à se présenter brièvement.

Mme Dominique Alduy a évoqué ses vingt années passées dans le secteur des médias, dont onze au « Monde », puis quatre à la direction générale de France 3. Elle a précisé qu'elle interviendrait dans cette table ronde au titre de son expérience de responsable d'entreprise de média.

Mme Christine Ockrent a indiqué qu'elle était actuellement rédactrice en chef à France 3 et animait le magazine d'information hebdomadaire « France Europe Express ». Elle a également rappelé qu'elle avait précédemment à deux reprises dirigé des rédactions d'hebdomadaires de la presse écrite, à « l'Express » et à « l'Européen ».

Après avoir rappelé qu'elle était née à La Réunion, Mme Mémona Hintermann a souligné qu'elle avait été la première journaliste femme recrutée à l'ORTF, sur concours, et s'est définie comme un « produit de l'école de la République ». Puis elle a indiqué qu'elle exerçait le métier désigné quelque peu pompeusement sous le terme de « grand reporter », mais se considérait plus simplement comme une « journaliste de terrain ».

Mme Isabelle Germain a déclaré qu'elle était co-présidente de l'Association des femmes journalistes (AJF), qui réalise une étude quinquennale sur la place et l'image des femmes dans le contenu des médias, et qu'elle était par ailleurs journaliste dans la presse économique, à « l'Usine Nouvelle ».

Se demandant en quoi son parcours pouvait constituer un exemple pour une femme journaliste, Mme Christine Clerc a estimé avoir bénéficié à une certaine époque d'un a priori plutôt favorable aux femmes, même si les choses avaient été plus difficiles ensuite.

Elle a rappelé qu'elle avait débuté comme journaliste à « l'Express » dans les années 70 et que, chargée de conduire des enquêtes de terrain, elle avait ainsi pu découvrir et analyser la réalité sociale de notre pays avant de se spécialiser, pour un temps, dans le domaine médical.

Elle a ensuite évoqué sa collaboration au « Point », et l'occasion qui lui avait alors été donnée d'exercer sa profession dans la sphère économique, notamment à travers des interviews de grands dirigeants d'entreprise. Puis, rappelant qu'elle avait, très tôt, été intéressée par l'univers essentiellement masculin que constitue le journalisme politique, elle a fait état de son expérience dans ce domaine au « Figaro Magazine », en soulignant qu'elle y avait bénéficié de la confiance du directeur de la publication et d'une liberté importante.

Mme Gisèle Gautier, présidente, a ensuite mentionné les principaux résultats de l'enquête de l'AFJ sur la place des femmes dans le contenu des médias, soulignant que les femmes ne représentaient qu'environ 17 % des personnes citées dans la presse. Puis, évoquant la notion de « plafond de verre », elle a demandé aux intervenantes, eu égard à leur expérience professionnelle, si être une femme constituait un handicap, ou au contraire un avantage, pour faire carrière dans les médias.

Mme Dominique Alduy a souligné le contraste entre une certaine surreprésentation - quantitative, mais non qualitative - des femmes dans les messages diffusés par les médias et la faible féminisation des postes clefs et des organes dirigeants. Elle a précisé que la toute récente nomination de Mme Agnès Touraine à la tête du conseil de surveillance de « Libération » constituait un cas unique en France, où l'ensemble des quotidiens nationaux et régionaux est dirigé par des hommes et où les femmes sont peu nombreuses dans les directions des chaînes de télévision ou des stations de radio. Elle a souligné qu'une telle situation était exceptionnelle en Europe. Elle a cependant observé que les femmes étaient plus nombreuses à la tête des régies publicitaires.

Par ailleurs, elle a indiqué que 75 % des réclamations adressées au Bureau de Vérification de la Publicité (BVP) pour atteinte à la dignité de la personne humaine concernaient des images représentant des femmes. Poursuivant cette analyse des inégalités entre les sexes dans les médias, elle a fait remarquer que, selon une étude sur le contenu des journaux télévisés réalisée il y a deux ans, on pouvait recenser, au Journal de « 20 heures », plus de 85 % de sujets à dominante masculine, concernant par exemple le sport, l'économie, la bourse ou encore des reportages sur des personnes, et 15 à 20% seulement de sujets pouvant être considérés comme « mixtes », mais pas forcément à dominante féminine.

Mme Christine Ockrent a également évoqué l'étude publiée il y a quelques mois par l'AFJ, selon laquelle on relevait moins de 20 % d'informations dont les femmes étaient les sujets. Elle a en outre mentionné une autre statistique, publiée par un journal américain à propos d'une exposition sponsorisée par des associations féministes, selon laquelle les femmes seraient représentées - la plupart du temps dénudées - dans 97 % des oeuvres présentées par les musées, tandis que seulement 3 % des artistes seraient des femmes.

Elle a fait observer que, seules, deux femmes, en France, dirigeaient des rédactions de grands médias, à France 2 et au journal « La Croix », soulignant la singularité du retard français dans ce domaine. Approfondissant son analyse, elle a précisé que les postes à responsabilité, qu'il s'agisse de responsabilité économique ou de responsabilité éditoriale, demeuraient majoritairement « détenus par des hommes et transmis à des hommes par des hommes » et que le phénomène du « plafond de verre » jouait donc à fond dans ce secteur.

Elle a néanmoins relevé que la profession de journaliste s'était désormais beaucoup féminisée, tout particulièrement parmi les « troupes de choc » qui n'hésitent pas à aller sur le terrain, notamment dans des zones qui connaissent des situations de guerre.

Mme Christine Ockrent a souligné que la plupart des directeurs de rédaction étaient issus du journalisme politique, ce qui constitue également une singularité française. Citant le cas de « The Economist », elle a fait observer que la presse anglo-saxonne était plus volontiers paritaire et que les directeurs de rédaction y étaient plus souvent issus du journalisme économique ou international, soulignant que cette spécificité française n'était pas sans conséquence eu égard au phénomène du « plafond de verre ».

Mme Mémona Hintermann a noté la préférence dont bénéficient parfois les jeunes et jolies femmes pour accéder aux fonctions de présentatrices de Journaux télévisés, alors que les études d'audience démontrent pourtant que leur public est majoritairement composé de personnes plutôt âgées. A ce sujet, elle a regretté que les présentateurs de Journaux télévisés n'aient plus toujours la même « carrure professionnelle » qu'autrefois. Elle a ensuite évoqué les conditions d'exercice de sa profession, en déplorant l'insuffisance de rémunération des femmes reporters.

Mme Isabelle Germain a indiqué que si les femmes, rarement citées dans les pages économiques ou sportives, étaient en revanche volontiers citées dans les pages culturelles, elles y figuraient, la plupart du temps, non pas en tant qu'auteurs, mais en tant que « muses ». Elle a également montré comment la hiérarchie des informations était construite et décidée par des directions à dominante masculine.

Mme Christine Clerc a également noté une hiérarchisation définie par les hommes entre des sujets dits masculins, comme la guerre, le sport ou l'économie, et des sujets considérés comme secondaires et féminins, comme le social et l'enfance. Signalant, par exemple, qu'aucune femme ne fait partie du comité éditorial du « Figaro », elle s'est ensuite dite frappée par la répartition habituelle des tâches, qui aboutit, en règle générale, à confier aux femmes les reportages, les « échos » ou les portraits, et aux hommes les analyses générales. Elle a illustré son propos en évoquant plusieurs émissions télévisées et radiodiffusées où l'on peut voir ou entendre jusqu'à six ou sept hommes réunis dans un studio pour commenter, entre eux, la campagne présidentielle de la candidate socialiste, sans qu'une seule femme soit invitée à exprimer son point de vue.

Prenant ensuite l'exemple du « Figaro Magazine », qui s'adresse plus volontiers à un lectorat féminin, elle a noté que l'ensemble des neuf chroniques régulières de ce journal étaient tenues par des hommes. Par comparaison, elle a observé que parmi les onze chroniques du « Financial Times », six étaient tenues par des femmes.

Mme Isabelle Germain a fait observer que le fait que les médias soient dirigés par les hommes avait une incidence directe sur la hiérarchie et le contenu de l'information. S'interrogeant sur les propos tenus à propos de la forte natalité constatée en France, elle a souligné qu'en réalité, seulement 45 % des enfants de moins de trois ans bénéficiaient d'un mode de garde pris en charge par la collectivité, et que les femmes ayant des enfants restaient souvent au foyer, alors qu'on tient pour acquis, notamment dans le discours diffusé par les médias, que la natalité est favorisée par le système social français, et notamment le développement des structures de garde d'enfants.

Mme Christine Ockrent a fait observer néanmoins qu'en France l'appareil social favorisait la démographie de façon plus accentuée, par exemple, qu'en Allemagne, qui n'a pas mis en place des dispositifs analogues et où les femmes sont encore moins nombreuses aux postes de responsabilité.

Elle a cependant estimé que, dans ce pays, l'accession de Mme Angela Merkel au poste de chancelier fédéral avait eu un « effet d'entraînement » dans les mentalités, notamment sur les médias, et qu'on avait alors assisté à la floraison de sujets « typiquement féminins » dans la presse allemande, même si la place des femmes demeurait limitée dans les rédactions. A ce sujet, elle a rappelé que le seul exemple significatif de femme allemande à la tête d'un organe de presse - en dehors d'épouses ou de filles de propriétaires de journaux - demeurait celui de la Comtesse Marion Dönhoff, cofondatrice du journal « die Zeit ». Elle a enfin noté, à titre d'anecdote, que, sur le bureau de Mme Angela Merkel, figurait un portrait de Catherine de Russie.

Mme Mémona Hintermann a fait observer cependant que le partenariat et la mixité étaient plus développés dans la société allemande que dans la société française, qui peut apparaître parfois comme « arriérée » dans sa conception de la place réservée aux femmes. Elle a, en conséquence, lancé un appel aux femmes en situation de pouvoir pour qu'elles contribuent à renforcer la place de l'ensemble des femmes, en précisant que cette démarche devait concerner simultanément l'univers des médias, le politique, l'économique, le social et le culturel.

Mme Dominique Alduy a indiqué que plusieurs études avaient montré que la situation professionnelle des femmes, comparativement à celle des hommes - en particulier en ce qui concerne les rémunérations et les promotions - était plus inégalitaire dans les médias que dans d'autres activités de services, telles que la banque. Elle a mis en évidence le paradoxe affectant le secteur des médias, qui utilisent abondamment l'image de la femme, mais réservent à celle-ci une situation professionnelle relativement défavorable. Elle a noté que de nombreux quotidiens et magazines ne comptaient aucune femme au sein de leur comité de rédaction, et, relatant une expérience personnelle au sein d'une équipe essentiellement masculine, a fait observer que certains de ses collègues ignoraient à son arrivée que le 8 mars était la Journée internationale de la femme. Elle a estimé qu'il convenait de faire appliquer la législation en vigueur sur l'égalité professionnelle et salariale, au besoin en engageant une action en justice devant les prud'hommes, tout en soulignant qu'il était difficile d'y parvenir lorsque les femmes étaient peu nombreuses aux postes de responsabilité. Enfin, elle a indiqué qu'au sein des entreprises où elle avait exercé des responsabilités, elle avait toujours traité les hommes et les femmes de façon égalitaire, et elle a mis l'accent sur la nécessité d'une présence des femmes à tous les niveaux de la hiérarchie.

Mme Christiane Hummel a évoqué la « tristesse » que lui inspiraient les propos tenus au cours de la table ronde, qui lui ont rappelé le combat des femmes en politique. En effet, elle a fait remarquer qu'en dépit de l'adoption d'une législation sur la parité en politique, qui a permis la féminisation des assemblées locales, des conseils municipaux en particulier, et permettra désormais celle des fonctions d'adjoint, l'exercice des responsabilités demeurait dans les faits réservé aux hommes. Elle a ainsi indiqué que le département du Var ne comptait que huit femmes maires. Elle a ajouté que les commissions d'investiture des formations politiques ne comprenaient que peu de femmes. Elle a regretté qu'en politique, de même que dans les médias, les femmes soient parfois mises en avant en raison de leurs atouts physiques et restent trop souvent cantonnées à des secteurs de compétences prétendument féminins, tels que les affaires culturelles ou sociales. Elle a estimé que, si la loi sur la parité du 6 juin 2000 avait initialement été critiquée, y compris parfois par des femmes, elle avait permis d'indéniables progrès en termes de représentation des femmes en politique. Elle s'est dès lors interrogée sur les solutions qui pourraient être envisagées pour améliorer la place des femmes dans les médias.

Mme Gisèle Printz, après avoir salué les journalistes présentes, a estimé que la question de la place des femmes dans les médias pouvait être résumée, comme dans d'autres domaines, dont la politique, par la question de l'exercice du pouvoir : les hommes détiennent le pouvoir et ne veulent pas le perdre. Elle s'est toutefois demandé si les femmes recherchaient l'exercice du pouvoir de la même façon que les hommes.

Par ailleurs, elle a fait observer que les femmes étaient fréquemment infantilisées, voire ridiculisées dans la publicité, mais s'est étonnée qu'elles n'en fussent pas plus choquées, en s'interrogeant sur la manière dont elles pourraient réagir de façon plus virulente face à de telles publicités. Enfin, elle a souhaité connaître les qualités requises pour devenir journaliste.

Mme Yolande Boyer a relevé le parallélisme existant entre la politique et la presse, et entre les femmes politiques et les femmes journalistes. Se demandant si les intervenantes ne représentaient pas « les arbres qui cachent la forêt », elle a estimé qu'il convenait de trouver des solutions pour améliorer la situation des femmes dans les professions des médias, soulignant que la loi sur la parité avait permis aux femmes d'accéder à des mandats politiques.

Mme Josette Durrieu a rappelé qu'elle avait été élue au Sénat pour la première fois en 1992, alors que les femmes y étaient très peu nombreuses, en particulier celles qui étaient élues au scrutin majoritaire. Elle a estimé que l'obstination, la persévérance et la « carrure » constituaient les qualités requises pour faire de la politique, en particulier pour les femmes. Elle a considéré que la loi avait été nécessaire pour permettre aux femmes d'accéder à des mandats politiques, mais qu'elle était parfois insuffisante, car l'évolution des mentalités est généralement très lente et il est indispensable que des femmes aient la volonté de s'engager dans le combat politique. Enfin, elle a noté le rôle des médias dans l'émergence de la candidature de Mme Ségolène Royal, dont elle a souligné l'importance, en termes d'image, pour l'ensemble des femmes.

Mme Christine Ockrent a fait remarquer qu'il existait des pays démocratiques où les femmes avaient conquis le pouvoir et l'exerçaient. Elle a néanmoins indiqué que, partout, les femmes engagées en politique devaient franchir trois étapes successives : le « procès en ridicule », y compris sur des considérations tenant à l'aspect physique, le « procès en légitimité », puis, une fois le pouvoir conquis, le doute et l'interrogation sur l'éventuelle manipulation par un homme. Elle a d'ailleurs rappelé que Mme Margaret Thatcher elle-même, devenue Premier ministre en Grande-Bretagne dès 1979, avait dû franchir ces trois étapes. Elle a toutefois estimé qu'il convenait de ne pas grossir exagérément les symptômes de discrimination sexiste. Revenant à la candidature de Mme Ségolène Royal, elle a noté que celle-ci avait désormais franchi ces trois étapes successives et que l'on commençait maintenant à examiner son programme et ses propositions. Par ailleurs, elle a considéré comme plutôt positif que des commentaires concernant l'apparence physique soient désormais également faits à l'égard des hommes politiques, et non plus seulement des femmes.

Mme Dominique Alduy a estimé que les femmes devaient être persévérantes et énergiques pour devenir journalistes. Elle a considéré que les femmes exerçant des fonctions de responsabilité se devaient de faire respecter les lois contre les discriminations, rappelant par exemple que les images dégradantes de la femme dans la publicité pouvaient faire l'objet d'une action en justice. Elle a estimé que l'arsenal juridique permettant de protéger les femmes des discriminations était aujourd'hui satisfaisant, mais qu'il convenait de le faire appliquer concrètement. Elle a cité les objectifs fixés par les institutions communautaires en termes de non-discrimination envers les femmes, qui sont ambitieux, mais encore loin d'être atteints.

Mme Mémona Hintermann s'est déclarée très réservée sur l'opportunité de l'adoption d'une loi supplémentaire et s'est prononcée, à titre personnel, contre le concept de discrimination positive, faisant observer que, même aux Etats-Unis, il était contesté, certains Etats l'ayant abandonné par référendum ou projetant d'y renoncer.

Mme Christine Clerc a insisté sur l'importance des réseaux, qui permettent à de nombreux hommes d'exercer le pouvoir, alors que les femmes n'ont généralement pas constitué de tels réseaux de solidarité et se trouvent de ce fait dans une situation de concurrence sur laquelle peuvent jouer les hommes.

Mme Isabelle Germain a noté que la législation sur l'égalité professionnelle et salariale était souvent difficile à appliquer. Elle a fait observer que, selon le rapport de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE), les plaintes relatives aux discriminations fondées sur le sexe étaient les moins nombreuses, ce qui montre, selon M. Louis Schweitzer, président de la HALDE, que les femmes ont intériorisé les inégalités salariales en leur défaveur. Elle a ajouté que l'AFJ essayait de lutter contre cette situation, en cherchant à « décomplexer » les femmes. Elle a regretté que les médias continuent de présenter la femme soit comme soumise, soit comme victime, soit, dans le meilleur des cas, comme une personne anonyme, et contribuent ainsi à véhiculer une image peu valorisante de la femme. Elle a considéré que les femmes, après avoir conquis leur indépendance physique et financière, devaient maintenant conquérir leur indépendance morale. Elle a estimé que les médias avaient un rôle central à jouer dans cette nouvelle étape. Elle a déploré que les médias reflètent de la société une image bien plus « sexiste » que la réalité, prenant l'exemple des femmes « cadres et professions intellectuelles supérieures », qui ne sont quasiment jamais représentées dans la presse. Elle a illustré son propos en montrant la couverture d'un célèbre hebdomadaire ayant consacré sa « une » aux intellectuels sans qu'aucune femme n'y apparaisse. Elle a également évoqué, à titre d'exemple, les reportages réalisés sur les retraités, qui donnent toujours la parole aux hommes, alors que les femmes retraitées sont bien plus nombreuses.

Mme Christiane Kammermann, après avoir rappelé qu'elle s'était engagée en politique après avoir eu cinq enfants, s'est demandé si la faible présence des femmes aux postes de responsabilité ne s'expliquait pas par le fait que nombre d'entre elles préféraient encore rester au foyer pour élever leurs enfants en bas âge, plutôt qu'exercer le pouvoir. Elle a déclaré, à titre personnel, approuver le choix des femmes qui souhaitent être présentes auprès de leurs enfants, au moins pendant leurs trois premières années de leur vie.

Mme Sylvie Desmarescaux a rappelé qu'elle figurait en dernière position sur une liste pour les élections sénatoriales en 1992, puis qu'elle avait été élue grâce à la loi sur la parité en 2001. Faisant observer que le fait pour des femmes journalistes de vivre avec un homme politique avait été présenté comme un problème d'ordre déontologique pendant la campagne électorale, elle s'est demandé si cette question aurait été posée dans une situation inverse.

Après avoir félicité Mme Mémona Hintermann, née Afféjée, pour son livre intitulé « Tête haute », dans lequel elle montre son attachement à La Réunion, où il existe une harmonie réelle, quoique fragile, entre les différentes communautés religieuses, Mme Anne-Marie Payet a souligné qu'il était doublement difficile de faire carrière dans le journalisme pour une femme originaire d'outre-mer, rappelant qu'à ses débuts, il avait été conseillé à Mme Mémona Afféjée de changer de nom.

Mme Annie Jarraud-Vergnolle s'est demandé si, pour faire progresser les droits des femmes, il ne fallait pas d'abord faire évoluer les mentalités, et donc engager un long travail sur l'éducation donnée aux enfants et l'accès à la culture. Elle a par exemple noté que les femmes qui travaillaient étaient encore trop souvent culpabilisées.

M. Jean-Guy Branger, après s'être félicité de l'organisation de cette audition publique, a rappelé que l'année 2007 avait été reconnue par le Conseil de l'Europe comme « Année de la lutte contre les violences envers les femmes » et qu'il avait été désigné comme « Parlementaire référent » à ce titre par le Président du Sénat. S'agissant de Mme Ségolène Royal, il a considéré qu'elle avait effectué un parcours politique réussi, mais s'est interrogé sur l'influence des médias dans l'émergence de sa candidature. Enfin, il a estimé que l'amélioration de la condition des femmes nécessitait de mobiliser suffisamment les hommes à cette cause, jugeant que les femmes seules n'y parviendraient jamais complètement. A ce propos, il a cité le cas de l'Islande, où il existe des groupes de travail dans lesquels des hommes réfléchissent à la manière de renforcer les droits des femmes.

Après avoir salué la présence de ses collègues masculins Jean-Guy Branger et Jean-François Picheral, Mme Gisèle Gautier, présidente, a récapitulé les questions posées aux intervenantes. Rappelant que l'on considère souvent que les femmes ont une pratique politique différente de celle des hommes, elle s'est demandé si, de même, les femmes avaient une approche du journalisme différente de celle des hommes.

Mme Dominique Alduy, revenant sur le traitement journalistique de la campagne présidentielle, s'est interrogée sur le soutien apporté par les médias aux différents candidats. Puis, soulignant que les médias font partie de l'éducation et constituent même, dans les faits, une « seconde école », elle a analysé l'impact de la relative surreprésentation quantitative des femmes, conjuguée à leur sous-représentation qualitative, dans les médias. Elle a estimé que les médias pourraient utilement contribuer à la promotion de la femme, tout en considérant que la question de l'accès des femmes aux responsabilités concernait la société dans son ensemble et ne pouvait être limitée à certains secteurs d'activité, évoquant par ailleurs la place des femmes en politique ou dans la science.

S'agissant des couples de femmes journalistes et d'hommes politiques et, en particulier des compagnes de ministres écartées de leurs fonctions dans les médias pendant la campagne présidentielle, Mme Christine Clerc a indiqué qu'après avoir initialement été choquée par l'injustice d'une telle mesure, elle reconnaissait à présent que le changement de regard du téléspectateur connaissant le lien entre une personnalité du monde politique et une journaliste faisait peser sur celle-ci une suspiscion permanente qui pouvait poser problème, en l'empêchant de porter la moindre appréciation sur les faits commentés.

Elle a ensuite évoqué la culpabilité constante des femmes qui soit se sentent coupables de ne pas travailler si elles restent auprès de leurs enfants, soit se sentent coupables de ne pas pouvoir s'en occuper suffisamment si elles travaillent. Elle a cependant souligné la nécessité pour les femmes, dans la société actuelle, de poursuivre leur carrière professionnelle pour conquérir une indépendance financière suffisante. Au total, elle a considéré qu'il n'existait pas de solution idéale face à ce problème, sauf à améliorer les conditions de conciliation de la vie professionnelle avec la vie familiale.

Puis elle a évoqué, s'agissant de l'accès à la profession de journaliste, les différentes écoles existantes, avant d'indiquer que l'exercice de cette profession nécessitait à ses yeux comme qualités essentielles la curiosité d'esprit et la ténacité.

Mme Josette Durrieu a estimé que la généralisation de la mixité à l'école, au cours des dernières décennies, avait eu le mérite de décomplexer les jeunes filles, sans pour autant parvenir à transformer complètement la réalité sociale. Puis elle a souligné la nécessité pour les femmes d'être présentes dans les lieux de décision et l'utilité des progrès de la parité en politique pour contribuer à réduire les inégalités entre les sexes.

S'agissant du cas des femmes journalistes compagnes d'un homme politique, elle a estimé que l'honnêteté et la responsabilité professionnelle devaient être les seuls critères à prendre en compte pour juger de la capacité d'un journaliste à exercer son métier.

Mme Isabelle Germain a estimé que l'accroissement de la proportion de femmes dans les rédactions ne constituait pas nécessairement une solution-miracle, car les clichés et les stéréotypes imprègnent aussi, parfois, le contenu des articles signés par des femmes. Elle a souligné, en revanche, l'importance d'une contribution des hommes au combat pour la réduction des inégalités et a considéré, par ailleurs, qu'il convenait d'inciter les femmes occupant des fonctions de responsabilité à se mettre plus souvent en avant.

Mme Gisèle Gautier, présidente, a conclu en remerciant chaleureusement les intervenantes et en évoquant, à son tour, la nécessité de poursuivre l'effort en faveur de l'égalité des chances entre femmes et hommes au moyen, notamment, du développement de réseaux de solidarité.