Allez au contenu, Allez à la navigation

COMPTES RENDUS DE LA DELEGATION AUX DROITS DES FEMMES


Mercredi 27 juin 2007

- Présidence de Mme Gisèle Gautier, présidente. -

Femmes et hommes dans les médias - Audition de Mme Michèle Cotta, journaliste

La délégation a procédé à l'audition de Mme Michèle Cotta, journaliste.

Mme Gisèle Gautier, présidente, a accueilli l'intervenante en rappelant les principales étapes de sa carrière et en soulignant son « cursus exceptionnel » dans le secteur des médias. Puis elle a rappelé que la délégation avait choisi de s'intéresser, cette année, à la place et aux responsabilités occupées par les femmes dans les médias, et a demandé à Mme Michèle Cotta quelles seraient ses propositions pour améliorer la situation dans ce domaine.

Mme Michèle Cotta a tout d'abord précisé que 42 % des titulaires de la carte de journaliste étaient des femmes et que celles-ci représentaient environ 60 % des effectifs des écoles de journalisme. Elle a cependant indiqué qu'on pouvait observer, dans cette profession comme dans d'autres, une certaine égalité entre femmes et hommes à la base de la « pyramide », les inégalités s'accroissant à mesure que l'on montait dans la hiérarchie, et elle a évoqué le phénomène du « plafond de verre ».

Dressant un vaste panorama de la place des femmes dans le secteur des médias, elle a constaté que celles-ci occupaient très peu de postes de responsabilité au sommet de la hiérarchie, que ce soit à la télévision, à la radio ou dans la presse écrite, à quelques rares exceptions près, et que leur place était également limitée aux échelons intermédiaires.

Estimant que les inégalités entre les sexes étaient, de ce point de vue, sans doute plus accentuées dans les médias que dans l'ensemble de l'économie, Mme Michèle Cotta a toutefois signalé un accroissement récent de la proportion de femmes dans le journalisme politique, ainsi que dans le journalisme sportif, ce dernier secteur bénéficiant, depuis quelques années, d'un nouvel engouement et étant désormais considéré comme un « secteur d'avenir ». Elle a également noté la part importante des femmes parmi les journalistes qui suivent les questions internationales, en précisant qu'au sein des rédactions, les journalistes les plus disponibles pour partir du jour au lendemain à l'étranger étaient, le plus souvent, des femmes célibataires. D'une manière générale, elle a fait observer que les femmes journalistes se mariaient souvent assez tard, puis étaient contraintes de mettre un frein à leur activité professionnelle pour s'occuper de leurs enfants, ce qui compromettait leur accession ultérieure à des postes de responsabilité.

Par ailleurs, elle a constaté qu'à la télévision, de nombreuses femmes apparaissaient à l'antenne, sans pour autant exercer des fonctions d'encadrement.

Examinant les conséquences de la situation des femmes dans les professions des médias sur la place qui leur est faite dans l'information diffusée par ceux-ci, elle a notamment cité des études menées dans le cadre de l'Unesco, qui font apparaître des différences dans le traitement de l'information selon qu'elle concerne des hommes ou des femmes, les hommes étant beaucoup plus fréquemment cités et une préférence étant donnée aux sujets dits « masculins ». Cependant, s'agissant de l'image de la femme dans les médias, elle a noté des progrès sensibles, qui se traduisent par une certaine diminution des représentations choquantes.

Evoquant ensuite les mesures envisageables pour améliorer la place des femmes dans le secteur des médias, Mme Michèle Cotta a souligné, à la lumière de sa propre expérience, l'effet d'entraînement que suscite la nomination d'une femme à un poste de responsabilité.

Réservée à l'égard de l'institution de quotas qu'elle a jugés difficiles à imposer, elle a néanmoins suggéré d'instaurer des mécanismes de médiation permettant aux femmes de contester, au cas par cas, les processus de nomination discriminatoires à leur égard. Cependant, elle a noté une réticence à exercer des fonctions d'encadrement de la part de certaines femmes.

Mme Gisèle Gautier, présidente, a constaté que les propos de l'intervenante allaient dans le même sens que ceux entendus lors des auditions précédentes. Elle s'est ensuite interrogée sur l'opportunité de mettre en place, dans les écoles de journalisme, des modules de formation destinés à permettre l'amélioration de la place des femmes dans les médias et à diffuser des informations susceptibles de les inciter à s'orienter sans exclusive dans tous les domaines du journalisme.

Mme Michèle Cotta a souligné, à cet égard, l'importance des « phénomènes de mode », en précisant que le journalisme politique, autrefois considéré comme une spécialité « noble », semblait aujourd'hui moins prisé par les hommes et faisait donc une place plus large aux femmes. Elle a regretté que les étudiants des écoles de journalisme, très motivés par les sujets culturels, ne s'intéressent pas davantage au secteur social et à l'éducation. Au-delà des problèmes d'orientation, elle a suggéré la mise en place, dans les écoles de journalisme, d'un court module de formation destiné à sensibiliser les étudiants à la question de la place des femmes dans les médias.

Mme Gisèle Gautier, présidente, s'est interrogée sur les mesures incitatives à mettre en place pour faire progresser effectivement la parité dans les professions des médias, en particulier dans les entreprises publiques de la communication audiovisuelle.

Mme Gisèle Printz a nuancé l'ampleur des avancées de la parité en politique, en rappelant que, seules, onze femmes faisaient partie du Gouvernement et qu'au Parlement, la proportion de femmes demeurait limitée. Elle a souhaité que le monde politique donne davantage l'exemple pour favoriser la nomination de femmes à des postes de responsabilité.

Mme Paulette Brisepierre a estimé néanmoins que le fait d'imposer la nomination de femmes pouvait, parfois, conduire à les déprécier.

Mme Gisèle Gautier, présidente, a fait observer que l'adoption de la loi relative à la parité avait cependant permis d'améliorer la place des femmes en politique.

Tout en reconnaissant la difficulté d'imposer la présence de femmes au sein des postes de direction, Mme Michèle Cotta a considéré comme nécessaire de sensibiliser les présidents d'entreprises de médias à la parité entre femmes et hommes.

Mme Hélène Luc a rappelé que Mme Michèle Cotta avait été l'une des premières femmes à exercer le métier de journaliste. Elle s'est ensuite interrogée sur l'évolution de ce métier. Par ailleurs, elle a rendu hommage aux femmes « grand reporter », qui interviennent dans les zones les plus dangereuses de la planète.

Après avoir évoqué la question de la formation des journalistes, Mme Hélène Luc a souligné le problème des inégalités salariales entre femmes et hommes dans cette profession, regrettant qu'en dépit du talent dont font preuve les femmes, peu d'entre elles accèdent à des postes de responsabilité. Enfin, elle s'est interrogée sur l'homogénéisation croissante de l'information, les journaux reprenant tous les mêmes dépêches d'agence.

En réponse, Mme Michèle Cotta a rappelé tout d'abord le bon niveau des écoles de journalisme. S'agissant de l'évolution du métier de journaliste, elle a noté que l'introduction des nouvelles technologies, et notamment de l'Internet, avait largement transformé ses conditions d'exercice et introduit un risque de nivellement de l'information, sans considérer pour autant que le métier s'était dévalué. Par ailleurs, elle a mentionné la diminution de la présence physique des journalistes au Parlement, estimant qu'elle n'allait pas sans conséquences sur la manière d'exercer la profession de journaliste politique.

Mme Gisèle Printz s'est demandé dans quelle mesure les journalistes étaient tributaires de l'« audimat » et quelles en étaient les conséquences sur le traitement des sujets de fond.

A cet égard, Mme Michèle Cotta a estimé, qu'en tout état de cause, il demeurait important qu'un journal télévisé rencontre un certain succès. Elle a relativisé la notion de « dictature de l'audimat », en soulignant les contraintes inhérentes à la formule du journal télévisé.

Interrogée par Mme Gisèle Printz sur la présence des femmes dans le secteur de la presse dite « people », Mme Michèle Cotta a précisé qu'elles y occupaient une place plus importante que dans la presse généraliste.

Mme Gisèle Gautier, présidente, s'est demandé si les présentatrices des journaux télévisés, dont le contenu est élaboré par des rédactions essentiellement masculines, ne jouaient pas un rôle de « femme-alibi ».

Mme Michèle Cotta a réfuté cette interprétation, en estimant que le présentateur avait une influence notable sur le choix des thèmes présentés au journal télévisé, même s'il n'avait pas forcément le temps de visionner tous les reportages. Elle a souligné que la réalisation du journal télévisé constituait un travail d'équipe associant étroitement le présentateur et le rédacteur en chef.

Mme Gisèle Gautier, présidente, a ensuite évoqué une tendance à la « victimisation » de l'image de la femme dans les médias, les sujets choisis présentant souvent les femmes comme victimes, au lieu de les valoriser.

Mme Michèle Cotta a rejoint cette observation, en prenant l'exemple des violences faites aux femmes, tout en reconnaissant que le traitement de ces violences par les médias avait contribué à les réduire. Elle a relativisé le phénomène de « victimisation », en soulignant que les médias assuraient une bonne couverture des grandes vedettes sportives féminines, des femmes chefs d'entreprise ou encore des femmes ministres. S'agissant de la nomination de femmes à des postes ministériels, elle a noté qu'elle était désormais considérée de manière positive, et non plus comme le « fait du prince ». Elle a souligné les progrès de la parité en politique, où la situation des femmes est désormais plus favorable que dans le monde des affaires ou des médias.

Mme Christiane Kammermann a noté avec satisfaction la banalisation de la nomination de femmes comme ministre et les progrès de la parité dans de nombreuses professions, évoquant, par exemple, les femmes militaires ou médecins.

Mme Michèle Cotta a cependant estimé que ces progrès ne devaient pas conduire à un relâchement de la vigilance à l'égard de la question de l'égalité professionnelle, en soulignant les reculs parfois constatés dans certains secteurs.

Interrogée par Mme Gisèle Printz sur le problème des inégalités salariales, Mme Michèle Cotta a précisé que le principe de l'égalité salariale était en principe respecté dans la profession de journaliste, tout en faisant observer que les indemnités liées aux responsabilités, plus souvent attribuées aux hommes, avaient pour conséquence de créer des inégalités qui vont en s'aggravant au fil de la carrière.

Mme Gisèle Gautier, présidente, a souligné la corrélation existant entre l'insuffisance de la présence des femmes dans les instances de décision des médias et le déséquilibre du traitement des sujets dans l'information.

Mme Michèle Cotta a estimé que ce déséquilibre du contenu de l'information en défaveur des femmes n'était que le reflet de leur présence plus faible aux responsabilités dans l'ensemble de la société. Par ailleurs, elle a souhaité que les femmes soient davantage incitées à occuper des postes de responsabilité sur le plan financier.

Enfin, Mme Gisèle Gautier, présidente, a évoqué l'idée de proposer la création d'un prix officiel tendant à récompenser une entreprise de médias dont le comportement serait exemplaire en matière de parité entre les femmes et les hommes.

Mme Michèle Cotta a approuvé cette proposition, tout en faisant observer qu'il conviendrait d'exclure de l'éligibilité à ce prix les entreprises de la presse féminine, où les femmes sont traditionnellement très présentes.